Thérèse-Christine de Bourbon-Siciles ou Thérèse-Christine des Deux-Siciles (en italien : Teresa Cristina di Borbone-Due SicilieDans cette langue, son nom complet est : Teresa Cristina Maria Giuseppa Gaspare Baltassare Melchiore Gennara Francesca de Padova Donata Bonosa Andrea d'Avelino Rita Luitgarda Geltruda Venancia Taddea Spiridione Rocca Matilde. et en portugais : Teresa Cristina de Bourbon-Duas Sicílias), princesse des Deux-Siciles puis, par son mariage, impératrice du Brésil, née le à Naples, dans le royaume des Deux-Siciles, et morte le à Porto, au Portugal, est une princesse de la maison de Bourbon et la troisième et dernière impératrice consort du Brésil.
Fille du roi François I des Deux-Siciles, Thérèse-Christine devient orpheline de père à l'âge de huit ans. Négligée par sa mère, l'infante Marie-Isabelle d'Espagne, elle est élevée dans un environnement conservateur et développe un caractère timide et effacé. Âgée de vingt et un ans et dotée d'un physique peu gracieux, elle conclut, en 1843, un mariage prestigieux en épousant, par procuration, à Naples, le jeune empereur Pierre II du Brésil. Cependant, la première rencontre des deux jeunes gens, à Rio de Janeiro, est un échec et le souverain latino-américain se sent trompé en découvrant l'apparence de sa promise. Le temps passant et la générosité de l'impératrice aidant, une complicité réelle finit toutefois par unir le couple et quatre enfants ne tardent pas à naître de leur relation. Tout au long de son règne, Pierre II n'en noue pas moins différentes relations extra-conjugales, sur lesquelles son épouse semble avoir en partie fermé les yeux.
Éloignée de toute préoccupation politique et impliquée dans de nombreuses œuvres caritatives, Thérèse-Christine parvient rapidement à gagner le cœur de ses sujets, qui la surnomment affectueusement la « mère des Brésiliens ». Discrète et pieuse, elle mène pourtant une vie relativement retirée, dans laquelle l'éducation de ses enfants tient une large place. Moins cultivée que son époux et que sa principale rivale, la comtesse de Barral, l'impératrice se passionne toutefois pour l'art gréco-romain et elle entreprend, dès son arrivée au Brésil, une collection d'antiquités entreposées au Musée national du Brésil. Elle s'intéresse par ailleurs à la technique de la mosaïque et décore, de ses œuvres, les jardins du palais de Saint-Christophe.
Après plus de quarante-cinq ans au Brésil, Thérèse-Christine assiste, en 1889, au coup d'État républicain qui renverse son époux et qui l'oblige à partir, avec sa famille, en exil au Portugal. Déjà gravement malade depuis plusieurs années, l'impératrice voit sa santé décliner rapidement et elle meurt d'un arrêt cardiaque en raison de problèmes respiratoires un peu plus d'un mois après l'abolition de la monarchie brésilienne. Très appréciée des Brésiliens, et même des républicains qui louent sa réserve, Thérèse-Christine est sincèrement pleurée dans son pays d'adoption. Il faut pourtant attendre 1921 et la préparation des festivités liées au centenaire de l'indépendance du Brésil pour que sa dépouille, ainsi que celle de son mari, soient rapatriées dans leur pays. Les corps de la famille impériale reposent aujourd'hui dans la cathédrale de Petropolis, où on peut encore observer les gisants qui surplombent leurs tombeaux.
Famille thumb|left|La famille du futur François I des Deux-Siciles en 1820, représentée par Giuseppe Cammarano. De gauche à droite, on peut voir les futurs : reine Marie-Isabelle des Deux-Siciles, duchesse de Berry, grande-duchesse Marie-Antoinette de Toscane, duchesse de Cadix, reine Marie-Christine d'Espagne, prince royal de Naples (futur Ferdinand II), infante Marie-Amélie d'Espagne et de Portugal, roi François I des Deux-Siciles, prince de Capoue et comte de Syracuse.
La princesse Thérèse-Christine est la fille du roi François I des Deux-Siciles (1777-1830) et de sa deuxième épouse l'infante Marie-Isabelle d'Espagne (1789-1848), elle-même fille du roi Charles IV d'Espagne (1748-1819) et de la princesse Marie-Louise de Parme (1751-1819). Par son père, Thérèse-Christine appartient donc à la branche napolitaine de la Maison de Bourbon tandis que, par sa mère, elle descend des Bourbons d'Espagne et de Parme.
Thérèse-Christine est par ailleurs la demi-sœur de la duchesse de Berry (1798-1870) et la sœur du roi Ferdinand II des Deux-Siciles (1810-1859), de la grande-duchesse Marie-Antoinette de Toscane (1814-1898) et de la reine-régente Marie-Christine d’Espagne (1806-1878).
Le , elle épouse, par procuration, à Naples, puis en personne, à Rio de Janeiro, le , l'empereur Pierre II du Brésil (1825-1891), fils de l'empereur-roi Pierre I / IV du Brésil et du Portugal (1798-1834) et de sa première épouse l'archiduchesse Marie Léopoldine d'Autriche (1797-1826). De cette union naissent quatre enfants : Alphonse (1845-1847), prince impérial du Brésil ; Isabelle (1846-1921), princesse impériale et plusieurs fois régente du Brésil, qui épouse, en 1864, le prince Gaston d'Orléans (1842-1922), comte d'Eu ; Léopoldine (1847-1871), princesse du Brésil, qui épouse, en 1864, le prince Auguste de Saxe-Cobourg-Kohary (1845-1907) ; Pierre-Alphonse (1848-1850), prince impérial du Brésil.
Biographie Une jeunesse solitaire thumb|Vue de la ville de Naples, capitale du royaume des Deux-Siciles, où Thérèse-Christine passe les premières années de sa vie. Tableau de Sylvester Shchedrin, 1819.
Née le , à une époque où le futur François I des Deux-Siciles est encore duc de CalabreIl ne monte sur le trône des Deux-Siciles qu’en 1825., Thérèse-Christine devient orpheline de père à l’âge de huit ans, en 1830. Sa mère, qui se remarie avec un jeune officier en 1839, est pour elle une personnalité distante et Thérèse-Christine passe une enfance solitaire, dans un environnement que des historiens comme Pedro Calmon qualifient de superstitieux, intolérant et conservateur. Selon d’autres auteurs, comme Aniello Angelo Avella, il convient toutefois de nuancer cette analyse, la légende noire des Bourbon-Siciles ayant été largement bâtie après le Risorgimento. Contrairement à son père, volontiers impitoyable, et à sa mère impulsive, Thérèse-Christine se montre d’un caractère doux et timide. Peu sûre d’elle-même, elle ne se plaint jamais, quelles que soient les circonstances dans lesquelles elle se trouve.
Ni belle, ni jolie, la princesse est petite et un peu ronde. Elle a les yeux marron et les cheveux bruns. Généralement décrite comme boiteuse, elle aurait plutôt, selon l’historien Pedro Calmon, une manière étrange de marcher, due à des jambes arquées qui la pousseraient à s’appuyer alternativement sur son pied droit et son pied gauche. Dotée d’une jolie voix, elle pratique régulièrement le chant et s’intéresse à l’opéra et à la danse. Elle est en outre passionnée par l'art gréco-romain et arrive au Brésil avec plusieurs œuvres d'art issues des fouilles réalisées par sa famille à Pompéi et à Herculanum « Exposições Arquelogia » sur le site du Musée national du Brésil..
Un mariage qui commence mal Une union arrangée thumb|Le faux portrait de Thérèse-Christine envoyé à Pierre II pour favoriser le mariage impérial.
Au début des années 1840, Vincenzo Ramirez, ambassadeur des Deux-Siciles à la cour d'Autriche, rencontre à Vienne, l'envoyé brésilien chargé de trouver en Europe une épouse pour le jeune Pierre II. Les maisons souveraines déjà approchées par le représentant du monarque se sont montrées prudentes, craignant sans doute que Pierre II ait développé une personnalité similaire à celle de son père, l'empereur Pierre I, bien connu pour son inconstance et ses nombreuses liaisons. De son côté, Ramirez n'accorde aucune importance à la réputation du souverain et propose la main de Thérèse-Christine à l'empereur.. De fait, à l'époque, les sentiments romantiques n'ont guère d'importance et le rôle des princesses se limite largement à donner le jour à des héritiers pour leur mari et leur nation d'adoption. Or, issue d'une famille prolifique qui ne peut lui assurer qu'une dot médiocre et ayant déjà dépassé les vingt ans (âge considéré comme avancé, à l'époque), Thérèse-Christine n'a plus guère d'espoir de mariage et la perspective d'épouser un empereur ne peut être négligée.
Afin de convaincre Pierre II d’accepter le projet matrimonial, le gouvernement napolitain envoie au souverain le portrait d’une belle jeune fille censé représenter Thérèse-Christine. Séduit par cette image, qui lui apparaît comme celle d’une « princesse féerique », l’empereur accepte l’union avec enthousiasme. Or, d'après l’historien James McMurtry Longo, la personne représentée sur le portrait (voir l’image ci-contre) n'est pas la princesse et, lorsque Pierre II découvre la supercherie, il est déjà trop tard pour faire marche arrière.
Thérèse-Christine et Pierre II étant liés par des liens de parenté étroitsSœur de la reine Charlotte-Joachime de Portugal (1775-1830), la mère de Thérèse-Christine est ainsi la grand-tante de l'empereur Pierre II du Brésil. , une demande de dispense est déposée auprès du pape Grégoire XVI afin de pouvoir finaliser les accords matrimoniaux. Une fois la dispense obtenue, un mariage par procuration est organisé, le , à Naples. Pendant la cérémonie, c'est le comte de Syracuse qui représente le fiancé de sa sœur cadette.
Un mari déçu par le physique de son épouse
thumb|left|Tableau d'Eduardo de Martino (1872) représentant l'arrivée au Brésil de Thérèse-Christine à bord de la frégate Constitução. Une petite flotte brésilienne, composée de la frégate Constitução et de deux corvettes, quitte le royaume des Deux-Siciles le pour escorter la toute nouvelle impératrice. L'escadre, accompagnée par une division navale napolitaine composée d'un vaisseau de ligne et de trois frégates, parvient à Rio de Janeiro le , après six mois de mer..
À peine Thérèse-Christine est-elle arrivée au Brésil que Pierre II, âgé de 18 ans, se rue sur son navire afin de faire sa connaissance. Devant ce geste impétueux, la foule carioque acclame son empereur et tire des coups de feu assourdissants pour le saluer. Grand, blond aux yeux bleus et décrit comme un beau jeune homme malgré son prognathisme habsbourgeois, l'empereur de dix-sept ans séduit immédiatement la princesse napolitaine. Malheureusement pour cette dernière, la réciproque n'est pas vraie et Pierre II se montre ouvertement déçu par l'apparence de sa fiancée.. Dans les yeux du souverain, Thérèse-Christine apparaît comme une « vieille fille » bien plus âgée que ses vingt-et-un ans. Il ne voit que ses défauts physiques et la différence entre le portrait d'elle qu'on lui a présenté et la réalité qui s'offre à lui. Ses espoirs sont déçus et il ne cache pas la répulsion que lui cause la princesse. Un témoignage nous le montre tellement choqué qu'il doit s'asseoir après avoir rencontré Thérèse-Christine. Un autre nous le dépeint tournant les talons et quittant rapidement la scène. L'historien Roderick J. Barman observe quant à lui que l'empereur « pourrait très bien avoir fait ces deux choses ».
Quoi qu'il en soit, Pierre II quitte le navire de la princesse après un court intervalle et celle-ci se renferme dans sa cabine. Ayant perçu la désillusion de son promis, elle éclate en sanglots, se lamentant que l'empereur ne l'aime pas..
Une épouse déterminée thumb|Le couple impérial à l'époque de son mariage, en 1843. Cette lithographie nous offre un portrait plus réaliste de Thérèse-Christine.