Les Lucaniens (en latin, Lucanii) étaient un peuple italique qui habitait en Lucanie, une région à cheval sur les actuelles Basilicate et Campanie, en Italie. La langue parlée par les Lucaniens, le lucanien, est une langue indo-européenne osque qu'ils écrivaient avec des caractères grecs, notamment dans le cadre d'inscriptions publiques (comme à Serra di Vaglio ou Paestum), ou parfois sur des objets (le casque de la Vereiia des Lucaniens de Métaponte par exemple).

Leur genèse se fait au cours du , soit par le biais d'une migration des Samnites - ce que la tradition littéraire relate - soit par une ethnogenèse spontanée à la suite de la chute de l'empire de Sybaris.

Histoire

Origines des Lucaniens Peut-être issus des souches osco-sabelliques d'Italie centrale vers le milieu du , les Lucaniens - dans la tradition antique - ont poussé les peuples indigènes de la région de l'actuelle Basilicate vers les montagnes intérieures (peuples que les Grecs appelaient Œnotriens, Lauternoi et Choni). Le est marqué, dans le territoire qu'ils contrôlent alors, par un fort développement des fortifications de hauteur, un changement dans les modes d'inhumation, et un développement de la céramique indigène à figures rouges.

Le territoire de la Lucanie n'est pas vide de peuplement au , période au cours de laquelle les Lucaniens émergent comme une entité ethnique et politique distincte dans les sources. L'originalité de cette population est que son nom semble non plus provenir d'une désignation hétéronyme (donnée par les Grecs ou les Romains) mais autonyme (donnée par les membres même de cette communauté). Le débat est depuis longtemps installé quant au mode d'arrivée des Lucaniens : migration des Samnites, ethnogenèse spontanée, confédération, autant de modèles auxquels les archéologues contribuent par les découvertes récentes.

Système institutionnel et mode de vie Les Lucaniens avaient selon les sources adopté une constitution démocratiqueSelon Strabon., sauf en temps de guerre, lorsqu'ils choisissent un roi parmi les magistrats ordinaires. On ne connaît qu'un seul nom de roi des Lucaniens, Lamiscos. Le système politique des Lucaniens reste cependant très mal connu. Les magistratures connues par les inscriptions en osque sont le kwaestor (équivalent au questeur romain), l'archeis (l'archonte), le meddix (institution osque, probablement le stratège, en tout cas assez sûrement un chef militaire). Les cités connues pour l'époque "lucanienne" sont rares, mais on peut mentionner Grumentum, Bantia, Numistros, Acheruntia, Potentia, Volcei, et Forentum (dont la localisation est débattue). Hécatée de Milet évoque au une douzaine de cités Œnotriennes, dominées par Sybaris.

Les Lucaniens conquièrent assez rapidement plusieurs villes grecques de la façade tyrrhénienne : Paestum, et Laos notamment, et s'allient peut-être avec Vélia. Du fait de cette montée en puissance, ils s'opposent militairement aux cités du golfe ionien, notamment Tarente, et Thourioi, qui menèrent plusieurs expéditions contre eux, comme en 389

Leur présence à Métaponte et à Siris est attestée par plusieurs tombes, rattachées à une tradition italique par l'armement qu'elles contiennent notamment (la tombe du rétiaire à Siris en est un exemple, et certaines tombes de la nécropole de Pantanello dans la chôra de Métaponte semblent être des tombes lucaniennes).

Plusieurs grands sites fortifiés ont livré des vestiges s'apparentant à une vie urbaine en développement : Cività di Tricarico, Serra di Vaglio, par exemple. La région à l'époque archaïque compte peu de sanctuaires, mais avec l'époque lucanienne proprement dite, ces derniers se développent, notamment à Rossano di Vaglio, où un grand sanctuaire dédié à Méfitis a pu être considéré comme le sanctuaire fédéral des Lucaniens. La plupart des grands sites lucaniens présentent plusieurs caractéristiques communes : l'usage d'un habitat modulaire basé sur le pied osque, un monnayage importé des colonies de Grande-Grèce puis de Rome, des fortifications souvent construites en grand appareil quadrangulaire, pseudo-isodome, ou en appareil polygonal, des portes à cour, parfois même des tours de flanquement et des tours en saillie de la courtine.

Relations politiques et militaires avec le reste de l'Italie En -336, les Lucaniens sont alliés de la colonie grecque de Tarente lors de son conflit avec le roi Alexandre d'Épire pour le contrôle de la Grande Grèce. Tite-Live précise qu'en -298, ils font alliance avec Rome, étendant l'influence romaine jusqu'à Venusia en -291. Mais en -281, lorsque Pyrrhos d'Épire débarque en Italie, ils sont parmi les premiers à se déclarer en sa faveur. Au terme de la guerre, ils se soumettent à Rome en -272, laissant aux Romains la maîtrise de Paestum en -273, et surtout la région de Tarente en -272.

Pendant la deuxième guerre punique, espérant prendre leur revanche sur Rome, ils prennent parti pour Hannibal : la Lucanie est ravagée par les deux armées pendant plusieurs campagnes. Dépeuplé, le pays ne se remet pas de ces désastres, et sous le gouvernement romain, la Lucanie entre en décadence.

La Guerre sociale est une nouvelle occasion de tenter de s'émanciper de la tutelle romaine, mais Lucaniens et Samnites ne peuvent plus compter sur le soutien des villes grecques de la côte, qui avaient perdu de leur magnificence et de leur population, de sorte qu'ils sont vaincus : le pays s'appauvrit et se dépeuple encore plus, la campagne redevient friches et pâturages, les montagnes voient repousser les forêts peuplées de sangliers, d'ours et de loups. Les Lucaniens s'acculturent et sont progressivement romanisés.

Art et culture des Lucaniens Il y a eu dans les cités grecques conquises par les Lucaniens une forme d'osmose entre la culture lucanienne, la culture grecque puis la culture latine.

La cuisine grecque antique a hérité d'eux les Λουκάνικα (saucisses aux herbes, en grec « Lukanika »)Eleonora Trojan, Julian Piotrowski, Tradycyjne wędzenie, éd. "AA", 96 pages, consulté sur .. Par ailleurs, les casques ornés (entre autres) de ramures de cerf des Lucaniens ont inspiré, dès l'antiquité, le nom d'un coléoptère, comme le signalent Nigidius Figulus et Pline l'Ancien : le « lucane cerf-volant ».

Les Lucaniens de Paestum se faisaient parfois inhumer dans des grandes tombes à chambre, peintes sur les quatre parois, selon une tradition étrusco-campanienne que l'on retrouve par ailleurs à Nola, Capoue, ou Cumes.

En termes de productions céramiques, les Lucaniens utilisaient d'une part une céramique commune, dépurée, mais aussi une céramique dite « à peintures mates » ainsi que des vases à figures rouges qu'Arthur Dale Trendall a identifié comme la céramique italiote de style lucanien, pendant logique des styles campaniens, apuliens, siciliens, et paestans.

Les armes lucaniennes

Le poète Léonidas de Tarente donne la parole à un capitaine grec, Agnon, qui consacre à Athéna Corèphasia les armes prises aux Lucaniens, combattants valeureux. Les armes sont par groupe de huit (huit boucliers longs, huit casques, huit épées, huit cuirasses de cuir). Dans la deuxième épigramme, les armes mêmes se mettent à parler : les lances et les boucliers capturés aux lucaniens se souviennent de chevaux et cavaliers, maîtres du passé, accablés par la mort. La victoire tarentine est mise encore plus en relief par la valeur des adversaires. Ce texte date probablement de 303, et fait référence à la campagne de Cléonyme, allié de Tarente, contre Rome et les LucaniensLeon. Anth. Gr., VI, 129 ;131 : (129) Ὀκτώ τοι θυρεούς, ὀκτὼ κράνη, ὀκτὼ ὑφαντοὺς θώρηκας, τόσσας δ' αἱμαλέας κοπίδας, ταῦτ' ἀπὸ Λευκανῶν Κορυφασίᾳ ἔντε' Ἀθάνᾳ Ἅγνων Εὐάνθευς θῆχ' ὁ βιαιομάχος. (131) Αἵδ' ἀπὸ Λευκανῶν θυρεάσπιδες, οἵδε χαλινοὶ στοιχηδὸν ξεσταί τ' ἀμφίβολοι κάμακες δέδμηνται, ποθέουσαι ὁμῶς ἵππους τε καὶ ἄνδρας, Παλλάδι· τοὺς δ' ὁ μέλας ἀμφέχανεν θάνατος..

Les Lucaniens dans les sources anciennes

Les Lucaniens font l'objet de nombreuses mentions dans les sources anciennesPrincipalement Tite-Live, Histoire romaine, livre 8, 17 à 24 et Justin, Abrégé des Histoires Philippiques (de Trogue Pompée) livre 12. :

Sur leurs origines

Au volume douzième de Justin résumant les œuvres de Trogue Pompée, figurent les guerres de Bactriane et d’Inde d’Alexandre le Grand, et il fait sur l’époque de sa mort, des digressions sur les activités de son préfet Antipater en Grèce, sur Archidamos roi des Lacédémoniens, sur Alexandre le Molosse et sur leur venue en Italie, où les deux ont été détruits avec leurs armées. Il évoque ici les origines en Italie des Apuliens, des Lucaniens, des Samnites, des Sabins, et compare avec la façon dont Zopyrion périt avec son armée dans le PontTrog., Prol., XII : XII. Duodecimo volumine continentur Alexandri magni bella bactriana et indica usque ad interitum eius, dictaeque in excessu res a praefecto eius Antipatro in Graeciae gestae, et ab archidamo, rege Lacedemoniorum, Molossoque Alexandro in Italia, quorum ibi est uterque cum exercitu deletus. Additae hic origines Italicae Apulorum, Lucanorum, Samnitium, Sabinorum, et ut Zopyrion in Ponto cum exercitus periit..

À propos d'Acerenza : oppidum in Lucania

Acerenza se trouve en Lucanie, c’est une petite ville sur la cime d’un mont, ce qui est caractéristique et typique des villes en LucaniePORPHYRIO, Comm. In Hor. Carmina, III, 4, 14 : "Acheruntia oppidum est lucaniae, quam nidum appellavit, quod parvum sit, et in summo monte constitutum, sicutnidi avium in summis arboribus solent esse.".

Sur Venosa et les peuples environnants Venosa, patrie d’Horace, est entre la Lucanie et l’ApuliePORPHYRIO, Comm. In Hor. Carmina, I, 28, 26.

Dans l'intérieur, pour le Bruttium on ne trouve que les Aprustans; mais pour la Lucanie on trouve les Aténates, les Bantins, les Éburins, les Grumentins, les Potentins, les Sontins, les Sirins, les Tergilans, les Ursentins, les Volcentans, auxquels sont joints les Numestrans : en outre, Caton cite, comme ayant péri, une Thèbes de Lucanie; et Théopompe dit qu'il y eut une ville Lucanienne appelée Pandosia, où mourut, Alexandre, roi d'ÉpirePlin., Natur. Hist., III, 11, 98 : mediterranei Bruttiorum Aprustani tantum; Lucanorum autem Atinates, Bantini, Eburini, Grumentini, Potentini, Sontini, Sirini, Tergilani, Ursentini, Volcentani, quibus Numestrani iunguntur. praeterea interisse Thebas Lucanas Cato auctor est, et Pandosiam Lucanorum urbem fuisse Theopompus, in qua Alexander Epirotes occubuerit..