Desmond Tutu, né le à Klerksdorp et mort le au Cap, est un archevêque anglican et militant des droits de l'homme sud-africain. Il reçoit le prix Nobel de la paix en 1984 pour son combat pacifique contre l'apartheid.

Auteur d'une théologie ubuntu de la réconciliation et proche de Nelson Mandela, il fut ensuite le président de la Commission de la vérité et de la réconciliation, chargée de faire la lumière sur les crimes et les exactions politiques commis, durant l'apartheid, au nom des gouvernements sud-africains, mais également les crimes et exactions commis au nom des mouvements de libération nationale.

Biographie Origines Desmond Tutu est né à Klerksdorp, dans le Transvaal, le deuxième des trois enfants de Zacheriah Zililo Tutu et de son épouse, Aletta. La famille Tutu déménage à Johannesbourg quand Desmond a douze ans. Son père est enseignant et sa mère est femme de ménage et cuisinière dans une école pour les aveugles. À 4 ans, il est victime de la poliomyélite : il en conserve toute sa vie une gêne au bras gauche.

Études Desmond Tutu fait ses études dans la ville de Johannesbourg. Il veut dans un premier temps devenir médecin, mais de telles études coûtant trop cher pour sa famille, il se destine à devenir instituteur, tout comme son père. De 1951 à 1954, il étudie et commence à enseigner en 1954 au Johannesbourg Bantu High School. En 1955, il se marie à Nomalizo Leah Shenxane, une enseignante ; ils auront quatre enfants. Mais il démissionne en 1957, pour protester contre la mauvaise qualité de l'enseignement donné aux Noirs.

Il décide alors de s'orienter vers la théologie. De famille méthodiste, il se tourne vers l'Église anglicane et est ordonné prêtre en 1961, à . Il devient l'aumônier de l'université de Fort Hare. Fort Hare est à l'époque une des seules universités de qualité pour les Noirs d'Afrique du Sud et d'Afrique australe ; les principaux dirigeants actuels du pays y ont étudié. En 1962, il s'installe avec sa femme et ses enfants à Londres, et obtient en 1966 une maîtrise en théologie au King's College de Londres. Il retourne en 1967 en Afrique du Sud, où il travaille comme professeur de théologie.

De 1972 à 1975, il revient en Angleterre, où il est le vice-directeur du (TEF) du Conseil œcuménique des Églises, à Bromley dans le Kent. Il est nommé doyen du diocèse de Johannesbourg en 1975, à la cathédrale anglicane Sainte-Marie de Johannesbourg. Il est le premier Noir à occuper ce poste. Il refuse le logement de fonction luxueux, en , réservé aux Blancs - il lui faudrait demander officiellement un statut dérogatoire de - et s’installe dans un des quartiers de Soweto, le ghetto des Noirs, où éclatent, en 1976, de sanglantes émeutes.

Il est évêque du Lesotho de 1976 à 1978, puis est secrétaire général du Conseil œcuménique d'Afrique du Sud de 1978 à 1985. Il devient une personnalité publique, et élève la voix contre les injustices du système politique de ségrégation raciale, l'Apartheid.

Militant contre l'apartheid En 1977, Desmond Tutu fait le prêche des funérailles de Steve Biko, fondateur du Mouvement de conscience noire et co-organisateur des émeutes de Soweto, assassiné Desmond Tutu, « Steve Bantu Biko Memorial Lecture Delivered By Archbishop Emeritus Desmond Tutu », University Of Cape Town, 26 septembre 2006.. Il rend par la suite hommage à Biko et au Mouvement de conscience noire, qui avait attiré l'attention sur la dimension performative du langage et non simplement descriptive, conduisant ainsi les Noirs à se mésestimer eux-mêmes.. Desmond Tutu participe aux réunions clandestines du Black consciousness movement.. Au sein du TEF, il participe aussi au mouvement de Black theology (théologie noire) et s'initie à la théologie de la libération venue d'Amérique latine.

vignette|Desmond Tutu avec Ronald Reagan (Maison-Blanche, 12 juillet 1984).

Au cours de plusieurs années de sermons et de prédications, il fait passer « un message de paix et de non-violence ». Il critique aussi bien l'apartheid que les Noirs qui réclament vengeance. Ses prédications contribuèrent à la lutte pacifique menée contre les gouvernements afrikanersVoir le volume Institution de la parole en Afrique du Sud (Philippe-Joseph Salazar (dir.)), numéro spécial de Rue Descartes, 17, 1997, 178 p. ., et c'est pour ce combat pacifiste contre le système de l'apartheid, qu'il reçoit le , le prix Nobel de la paix.. Pour lui, la paix entre les peuples est la seule voie possible.

Auréolé de sa nouvelle stature internationale, il est nommé évêque de l'Église anglicane d'Afrique du Sud en 1985, à Johannesbourg, puis nommé archevêque au Cap le , devenant le premier Noir à occuper cette fonction. Cette nomination est critiquée par ses opposants. Il organise alors des protestations contre la ségrégation raciale et des campagnes de boycottage, dont celle du charbon d'Afrique du Sud. Il milite également pour des écoles communes, qui représentent pour lui une étape essentielle dans la réconciliation de l'Afrique du Sud. Il milite aussi contre la réglementation des déplacements des Noirs, les « pass-laws ».

Il s'élève en 1986 contre le refus de Ronald Reagan d'adopter des sanctions contre le régime sud-africain.

Le président de la Commission de la vérité et de la réconciliation Desmond Tutu devient en 1995 président de la Commission de la vérité et de la réconciliation créée par le président Nelson Mandela. Après trois ans d'enquêtes et des milliers d'auditions, il rend publiques les conclusions de la Commission en 1998. Ce dossier est aujourd'hui considéré comme l'une des pierres angulaires de la réconciliation sud-africaineSe reporter aux deux ouvrages suivants : Philippe-Joseph Salazar (dir.), Amnistier l’Apartheid. Travaux de la Commission Vérité et Réconciliation sous la présidence de Desmond Tutu, traduction française, Paris, Le Seuil, coll. « L’Ordre philosophique », 2004, 352 p. ; et Barbara Cassin, Olivier Cayla et Philippe-Joseph Salazar (dir.), Vérité, réconciliation, réparation, Paris, Le Seuil, Le Genre humain, vol. 43, 2004, 365 p. ; ce dernier comporte un texte écrit par Jacques Derrida..

Positions politiques Rôle en Afrique du Sud Il est à l'origine de l'expression « nation arc-en-ciel » qu'il emploie pour la première fois en 1993 lors de son discours prononcé aux obsèques du dirigeant communiste assassiné Chris Hani.vignette|Desmond Tutu avec le ministre indien des Affaires étrangères K. Natwar Singh (Le Cap, 11 mars 2005). Il dénonce, entre autres, le montant des salaires des députés du Parlement sud-africain qu'il juge exorbitants, la politique de vente d'armes, qui rapporte beaucoup d'argent au nouveau pouvoir sud-africain..

En ce qui concerne la politique étrangère de l'Afrique du Sud, il dénonce le silence de son pays envers le régime de Robert Mugabe, le président du Zimbabwe voisin. Il compare d'ailleurs Robert Mugabe à « une sorte de Frankenstein »Dépêche de l'AFP intitulé « Robert Mugabe est une sorte de Frankenstein » repris par franceinfo.com le 25 juin 2008..

Lors des élections générales sud-africaines de 2009, il refuse d'apporter son soutien à Jacob Zuma et critique les dérives, selon lui, « Desmond Tutu dénonce un pays sous la coupe d'un parti », arib.info, 6 octobre 2008.. Il est nommé en 2005, par le secrétaire général des Nations unies Kofi Annan, membre du Haut Conseil pour l'Alliance des civilisations.

En , alors la moitié de la population vit toujours au dessous du seuil de pauvreté, il propose aux ministres noirs de vendre leurs voitures luxueuses : « Dans l’esprit de l’ubuntu (une expression sud-africaine qui signifie l’humanité, le savoir vivre ensemble), pour montrer que vous êtes attentifs, remplis de compassion, s’il vous plaît, vendez vos voitures de luxe et remplacez-les par des voitures un peu moins chères – pour montrer que vous vous en faites pour ces gens pauvres. Votre humanité en dépend. » Il suggère également, pour corriger les inégalités raciales héritées de l'apartheid, de taxer les avoirs en Bourse des Blancs. Ces propos provoquent une polémique dont la réprobation de la Fondation Frederik de Klerk, le mettant en garde contre .Article AFP du 15 août 2011..

Initiatives internationales Le , à l'initiative du milliardaire Richard Branson et du musicien Peter Gabriel, Nelson Mandela, Graça Machel et Desmond Tutu convoquent à Johannesbourg une assemblée de dirigeants influents du monde entier qui veulent contribuer, « à l'aide de leur expérience et de leur sagesse », à résoudre les problèmes les plus importants de la planète. Nelson Mandela annonce la formation de ce conseil des Global Elders (les anciens, ou sages, universels) dans un discours lors de son .. Desmond Tutu est président du conseil et ses membres fondateurs incluent également Kofi Annan, Ela Bhatt, Gro Harlem Brundtland, Jimmy Carter, Li Zhaoxing, Mary Robinson et Muhammad Yunus..

Il écrit en au comité Nobel pour proposer « la nomination de Marwan Barghouti, dirigeant palestinien emprisonné, pour le prix Nobel de la paix ». Il rappelait qu’ « en 2013, une campagne internationale pour la libération de Marwan Barghouti et de tous les prisonniers palestiniens fut lancée à Robben Island (…) depuis la cellule du symbole universel de paix qu’est Nelson Mandela ».

Tutu soutient en 2008 le pasteur Jeremiah Wright, figure de la théologie de la libération noire qui avait lui-même apporté son soutien au candidat à la présidentielle Barack Obama, avant que celui-ci ne rompe ses liens avec Wright Desmond Tutu, « Black Theology Seeks the Liberation of All », Newsweek & Washington Post, mai 2008.. Tutu lui-même s'est pourtant éloigné de la théologie de la libération, en définissant une éthique au-delà de la théologie de la libération L. D. Hulley, « Liberation theology and beyond: The contextual ethics of Desmond Tutu », Anglican theological review, , , 1997, .. Concernant Wright, il déclare ainsi que ce dernier a dit sans fioritures « ce que presque n'importe lequel Afro-Américain aurait envie de dire », c'est-à-dire que « la race est un enjeu central », appelant aussi à un « forum de réconciliation » aux États-Unis Storer H. Rowley, « Desmond Tutu: Equality of U.S. blacks an 'illusion' », The Chicago Tribune, ..

Il se joint fréquemment à d’autres lauréats du prix Nobel de la paix et inaugure des actions pour soutenir Aung San Suu Kyi, et le . Au mois de , il a été rejoint par plus de 40 célébrités et signataires dans une lettre sur thecommunity.com exhortant les officiels chinois à le dalaï-Lama, et en appela au Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme à visiter le Tibet et faire un rapport à la communauté internationale « Tutu to China: Stop Abusing Dalai Lama », ABC News. « Dalaï lama : Nobel de la paix et Hollywood disent stop à la Chine », inventerre.canalblog.com..

vignette|Desmond Tutu au Forum économique mondial (2009).

Desmond Tutu est membre de la fondation PeaceJam, membre d'honneur du Club de Budapest « Desmond Tutu, membre d'honneur du Club de Budapest ». et fait partie du groupe des Global Elders, anciens dirigeants à la retraite qui tentent de contribuer à des solutions pacifiques aux problèmes de la planète. Il dénonce en 2010 le comportement du gouvernement russe durant la .