Almonte est une commune et ville d'Espagne, dans la province de Huelva, communauté autonome d’Andalousie. Elle compte près de habitants, ce qui fait d'elle la troisième commune la plus peuplée de la province. Elle a une superficie de (la au niveau national et la au niveau régional) et une densité de population de . Elle est située à une altitude de au-dessus du niveau de la mer. Elle se situe à de la capitale de province (Huelva). La commune d’Almonte comprend trois agglomérations urbaines : la ville d’Almonte, le hameau d’El Rocío (avec le pèlerinage international le plus fréquenté du monde) et la ville maritime de Matalascañas, entourée du parc national de Doñana (patrimoine mondial de l’UNESCO, dont la plupart est en Almonte)., ainsi que deux des six monuments naturels régionaux. Almonte est connue aussi pour sa côte, la plus longue d’Espagne, avec ses continus de plage, et pour son industrie agroalimentaire biologique, l'une des plus importantes d'Europe. Almonte est membre fondateur de l'association Amuparna, dont elle abrite le siège. Elle a été la première ville à signer une charte nationale de développement durable. Ensuite, elle est la seule commune d'Espagne à disposer d'une plateforme de lancement de véhicules spatiaux . Enfin, elle est la seule commune d’Espagne du Sud à disposer d'une résidence d'État.
Histoire Almonte, à l'instar d'autres villes d’Espagne établies juste avant la Reconquista du , possède une histoire riche. Elle a été impliquée dans plusieurs événements historiques majeurs, de la découverte de l'Amérique à la guerre hispano-américaine, en passant par les guerres napoléoniennes. La fin des conflits territoriaux avec Niebla en 1335 a dessiné les contours actuels de la commune . Bien qu'Almonte ait été officiellement fondée au , diverses civilisations ont occupé son territoire dès la Préhistoire. Cependant, le classement d'une partie de la commune en parc national a complexifié les fouilles archéologiques, freinant ainsi l'étude approfondie de ses origines préhistoriques et antiques.
Préhistoire vignette|La région de Tartessia, occupée depuis l’Âge du bronze, autour de l’embouchure le fleuve Tartessos (renommé Baetis puis Guadalquivir)Un habitat permanent est attesté dans les limites actuelles d’Almonte à partir de l’Âge du bronze (2700 avant notre ère). On a découvert des traces de métaux dits « Tartesses » près du ruisseau de Saint Bartolomé, au nord de la ville, appartenant au village Tartesse de Saint Bartolomé d’Almonte, d'une superficie de , à une altitude de . Ce village s’est consacré à la production d’argent par coupellation. et à son commerce, via le fleuve Guadalquivir, avec les Phéniciens et les Grecs, comme une route alternative à celle de la capitale, située de l'autre côté du fleuve Tinto. L’architecture dominante de l’époque consistait en des huttes de terre ovales. En amont du Guadalquivir se trouvait alors le lac Ligustinus, qui s’étendait du village d’El Rocío actuel à Cadix et qui s’est asséché en 700 av. J.-C..
Antiquité Almonte témoigne aussi de la présence romaine, avec la ville d’Alostigi au , selon l’archéologue Rodrigo Caro. Des vestiges ont été découverts dans plusieurs endroits comme La Solana, au sud-est de la ville, où a été trouvée la pierre tombale de Domigratia, une petite fille morte au . On a également découvert des vestiges dans le Cerro del Trigo, sur le territoire actuel du parc national de Doñana. Là-bas, les archéologues Adolf Schulten et George Bonsor, en quête de l’Atlantide, ont trouvé les restes d’une fabrique de garum. Une quinzaine d’autres fabriques étaient installées le long de la côte d’Almonte, ainsi qu'une nécropole romaine où ont été retrouvés plusieurs corps, des pièces de monnaie et des ustensiles des Le lac Ligustinus, axe majeur du commerce maritime, s’est progressivement réduit au fil des siècles pour se transformer en l’actuel fleuve Guadalquivir dès le Ier siècle.
Moyen Âge L’actuelle agglomération urbaine d’Almonte est née au sous le nom d'Al-Yabal. Au , l’historien Ibn Hayyan mentionne dans son ouvrage Al-Muqtabis la forteresse d’Al-Munt (origine étymologique d'Almonte'), dans la Cora de Niebla (division territoriale d’Al-Andalus), ainsi que d'autres villes importantes de l’époque musulmane comme Huelva, Lepe ou Cortegana.
Alors qu'une race équine locale existait dans la zone depuis des siècles, l’élevage du cheval se développe en Almonte à partir du , pendant la domination musulmane.
Almonte est reconquise par les chrétiens au début du , quand la Taïfa de Niebla devient un protectorat de la couronne de Castille. Après la rébellion des Mudéjars de 1264, cette taïfa est intégrée au royaume de Séville. Le roi chrétien Alphonse X Le Sage, enveloppé de la légende du bois de Las Rocinas sur un chasseur qui a trouvé l’image de la vierge, ordonne en 1270 l'érection du premier sanctuaire consacré à sainte Marie de Las Rocinas, sur son emplacement actuel, à El Rocío. La sculpture de la vierge qui s'y trouve est une œuvre gothique anonyme taillée en bois peu après la construction du sanctuaire.
Au , un conflit territorial oppose Almonte au comte de Niebla pour des questions territoriales. Ce conflit prend fin en 1335 avec la prise de contrôle de la ville par le duc de Medina Sidonia, Alvar Pérez de Guzmán, comte de Niebla. Almonte atteint ses dimensions territoriales actuelles en 1338.
Époque moderne
L’activité économique est relancée après la découverte de l'Amérique, avec l'augmentation des échanges entre le port du Palos de la Frontera et Séville et la stimulation de l'exportation d'huile d’olive. Avec l'effervescence du commerce se développe un engouement populaire pour Sainte Marie de Las Rocinas et pour son sanctuaire au milieu des bois. Une recherche scientifique effectuée par l’université de Huelva en 2024 avec un géoradar a permis de découvrir que le hameau d’El Rocío a été un des plus importants ports fluviaux du Moyen Âge tardif. Almonte exerce une influence décisive sur l'Ouest américain, tant dans l'architecture que sur la faune. Ainsi, les races de chevaux et vaches marismeña sont toutes deux originaires d’Almonte et ont été introduites en Amérique au . Le terme local mostrenco, qui signifie littéralement « sauvage », a donné lieu au mot américain mustang, lequel se réfère aux chevaux sauvages américains.
vignette|170px|gauche|Ruines de la Tour de l’Or (Almonte) En 1499, les ducs de Medina Sidonia acquièrent la seigneurie d'Almonte, avec l'intention d'unifier leurs terres de Huelva et de Cadix. En 1583, Almonte acquiert la zone au sud du ruisseau de la Rocina pour , y compris le Coto de Doñana. Ce dernier, qui porte le nom de la duchesse Doña Ana Gómez de Silva, devient une forêt royale. Peu de temps après, le roi Philippe II ordonne la construction de tours de surveillance tout au long de la côte de l’Andalousie, dont six en Almonte. On peut encore observer cinq d’elles aujourd'hui, dont les plus emblématiques sont la Torre de la Higuera (tour de la figuier) et la Torre del Oro (tour de l’or). Les rois d’Espagne visitent Almonte régulièrement en raison de la proximité de la forêt royale de Doñana. En 1583, Almonte achète les bois de Las Rocinas au duché. La population locale y développe alors des activités agricoles, de pêche et d’élevage. Les propriétaires terriens ont été les représentants politiques jusqu’au . Au cours du , de nombreux procès opposent Almonte et Niebla aux ducs de Medina Sidonia au sujet de la propriété, l'utilisation et la juridiction du domaine de chasse de Doñana, affectant particulièrement les activités de chasse.
En 1598, Sainte Marie de las Rocinas, déjà connue comme la Vierge d'El Rocío, est transportée pour la première fois à la ville d’Almonte. Cela se répétera plusieurs fois, en raison de catastrophes naturelles ou de conflits armés. Cette même année, la confrérie d’Almonte (Hermandad Matriz) est créée.
La Vierge d'El Rocío est nommée patronne d’Almonte en 1653. Plusieurs autres villes créent des confréries filiales qui se joignent au pèlerinage annuel, comme les confréries de Villamanrique de la Condesa, Pilas, La Palma del Condado, Moguer et Sanlúcar de Barrameda. Au , sur l’insistance la mairie, le duché permet l’inauguration de la Feria del Rocío, qui deviendra « royale » après l’assentiment du roi. En 1755, le séisme de Lisbonne détruit une partie importante du sud-ouest espagnol, y compris les tours de surveillance sur la côte et le sanctuaire d’El Rocío, dont il faudra reconstruire le temple.
Époque contemporaine Pendant le , les peuples d’Almonte gagnent leur vie avec les activités agricoles (huile, pain et vin), la pèche et l’élevage équin et bovin. L’exécution de l’officier supérieur Pierre d’Osseaux en 1810 déclenche l'envoi de plus de napoléoniens de Séville vers Almonte. La ville, exténuée par la guerre d'indépendance, organise une procession de la Vierge d'El Rocío à Almonte pour la supplier d’arrêter l’avancée des troupes françaises. Curieusement, les soldats n'entrent dans la ville et rebroussent chemin à la ville voisine de Pilas. Depuis, les dévots organisent annuellement un vœu, nommé 'El Rocío Chico' (le petit Rocío), pour commémorer cet événement.
Dans cet même siècle, plusieurs terrains sont privatisés durant la vague de désamortissement. Olivieraies et vignes s'étendent à cette époque, à mesure que d'anciens journaliers accèdent à la propriété foncière. La loi de seigneurie du permet aux ducs de Medina Sidonia de devenir propriétaires à part entière d'une grande partie de la réserve de Doñana, empêchant ainsi son appropriation par des agriculteurs privés. Cette mesure, pour injuste qu'elle soit perçue, explique la meilleure conservation de ce territoire. En 1900, le duc vend la propriété au vigneron de Jerez Guillermo Garvey. Une société de chasse se forme alors, avec des membres naturalistes britanniques comme qui promeuvent la projection internationale du territoire. Finalement, le marquis du Mérito et l'homme d'affaires Salvador Nogueras achètent le terrain. Ceux-ci seront contraints de promouvoir un ambitieux plan de reforestation face à la menace d'expropriation par l'État en 1952 à des fins commerciales.
Depuis 1949, les venues de la Vierge du hameau d’El Rocío sont organisées tous les sept ans, durant lesquelles la Vierge reste en Almonte pendant neuf mois. Au cour des années 1940, dans le contexte du plan général pour la reforestation de l’Espagne, plus de de la commune d’Almonte sont reboisés avec différentes espèces : pin parasol, gommier bleu et rouge, guayule, acacia et cyprès. À au sud d’Almonte, à mi-distance de l’Océan atlantique, près du ruisseau de l'Osa, se trouve le hameau forestier de Cabezudos, construit dans les années 1940. La route qui traverse le hameau se termine actuellement au parador de Moguer, bien qu'il s'agissait autrefois d'un chemin appelé Camino del Río de Oro (chemin du fleuve de l’or), car il rejoignait le ruisseau à proximité de la tour de surveillance. Ce hameau héberge alors une école, une église, un médecin et plusieurs magasins, à l’avant-garde de la technologie agricole et de l’assainissement. La plupart de ses sont employés par l'État (ingénieurs, gardes forestiers et agriculteurs) et se consacrent à l’extraction de bois, de l'essence et de la cellulose des eucalyptus. Le hameau atteint une telle popularité qu'il reçoit des personnalités comme la reine d’Espagne en 1982. Cabezudos se vide peu à peu à partir des années 1960 jusqu'à se dépeupler complètement a la fin des années 1980 : la plupart des familles se sont déplacées vers la ville d’Almonte. Avec la législation européenne actuelle concernant l’espace naturel du Doñana, le hameau reste dépeuplé et tombe en ruines. Un débat se focalise sur la possibilité de lui donner nouvel usage.