Rafael Vicente Correa Delgado (Prononciation en espagnol d'Amérique retranscrite selon la norme API.), né le à Guayaquil, est un économiste et homme d'État équatorien, président de la République du au .

Économiste de gauche, Rafael Correa, est élu président de la République fin 2006 avec 56 % des voix, et investi le . Après son élection, une nouvelle constitution est adoptée par référendum avec 64 % de suffrages favorables, et est suivie de nouvelles élections. Il est réélu au premier tour en 2009 avec 52 % des voix, puis en 2013 avec 57 % des suffrages. Il ne se représente pas lors de l'élection présidentielle de 2017.

Rafael Correa mène des politiques publiques de lutte contre la pauvreté et les inégalités. Son gouvernement double le salaire minimum, renforce les aides sociales aux familles défavorisées et distribue des centaines de milliers de logements sociaux. Pour financer cette politique, il nationalise une partie du secteur des hydrocarbures, prend le contrôle des gisements et réduit l’influence des multinationales étrangères. Il est toutefois confronté à l’effondrement des cours du pétrole en 2016.

À l'issue de sa présidence, il devient le principal opposant de son successeur Lenín Moreno, son ancien vice-président. Accusé de corruption, il est condamné en 2020 par contumace à huit ans de prison et 25 ans d’inéligibilité. Il réside depuis en Belgique, où il a obtenu l'asile politique. Interpol a refusé les demandes du gouvernement équatorien de faire procéder à son arrestation et à son extradition, estimant que sa condamnation pouvait être motivée par des considérations politiques.

Avant la présidence

Premières années Il passe une enfance difficile, marquée par les difficultés financières auxquelles est confrontée sa famille et la noyade de sa sœur, âgée de onze ans.

Son père est emprisonné aux États-Unis de 1968 à 1971 après avoir été arrêté en possession de cocaïne qu'il transportait pour le compte de narcotrafiquants. Interpellé à ce sujet, Rafael Correa déclare : « je n'approuve pas ce qu'il a fait mais les trafiquants de drogues ne sont pas des criminels, ce sont des mères célibataires ou des chômeurs désespérés qui doivent nourrir leurs familles ».

Il est marié à la Belge Anne Malherbe, avec qui il a trois enfants.

Il effectue des études d'économie à l’université catholique de Santiago de Guayaquil avant d'obtenir une bourse pour les poursuivre à l'université catholique de Louvain (Belgique) puis à l’université de l'Illinois (États-Unis). Il se porte volontaire pour participer à un projet humanitaire auprès des Indiens Zambahua et apprend à leur contact la langue quechua.

De 1993 à 2005, il enseigne les sciences économiques au sein de l'université San Francisco de Quito.

Débuts en politique Il devient le conseiller économique du vice-président Alfredo Palacio.

Lorsque le président Lucio Gutiérrez est destitué en 2005, Palacio devient président et Correa ministre de l’Économie et des Finances (en ). À ce poste, il promeut une politique de gauche, opposée aux propositions de la Banque mondiale et du FMI, notamment concernant la répartition des revenus engendrés par le pétrole équatorien (préconisant alors d'en utiliser 70 % pour rembourser la dette extérieure du pays, 20 % pour stabiliser les prix et revenus du pétrole, et 10 % pour financer les systèmes de santé et d'éducation.).

Avec l'accord du parlement, il parvient à diminuer la part de revenus destinée à rembourser la dette extérieure à 50 % et à augmenter celle destinée aux programmes sociaux jusqu'à 30 %. En guise de réaction, la Banque mondiale décide de résilier son prêt accordé à l'Équateur, ce qui renforce les désaccords et différends politiques avec le président Palacio et pousse Correa à la démission, quatre mois seulement après sa nomination.

En tant que ministre, il se fait aussi remarquer pour son franc parler, à travers sa virulence envers le gouvernement américain de l'époque : ainsi, il qualifie le président américain de l'époque George W. Bush de « simple d'esprit » et déclare, en réaction à la comparaison faite par Hugo Chávez entre Bush et le diable, qu'une telle comparaison est insultante pour le diable lui-même. Une telle attitude contribue à sa popularité : au moment de son départ du gouvernement, les sondages le désignent comme le ministre le plus populaire du gouvernement, avec un taux d'approbation avoisinant les 57 %..

Élection présidentielle de 2006 Correa est le candidat d'une alliance entre différents partis de gauche, l'Alianza País, à l'élection présidentielle de 2006. Il prend Lenín Moreno comme colistier, candidat à la vice-présidence.

Il se définit comme humaniste et chrétien de gauche. Partisan d’une politique souverainiste et d’intégration régionale, il est opposé à la dollarisation et au Traité de libre-échange (TLC) avec les États-Unis et soutient une plus grande participation de l’État en ce qui concerne l’exploitation du pétrole et la gestion des ressources pétrolières, ainsi qu’une renégociation de la dette extérieure.

D'un point de vue institutionnel, Correa se revendique populiste. Il promet une nouvelle Constitution accordant plus de pouvoir décisionnel et de contrôle aux citoyens, et critique le régime politique parlementaire, qu'il qualifie de « particratie » (« partidocracia » dans la langue d'origine) ; c'est dans cette optique qu'il refuse de présenter des candidats aux élections législatives..

vignette|Rafael Correa en juin 2006. Arrivé en deuxième position avec 22,84 % des votes au premier tour de l'élection, le , il affronte le magnat de la banane Álvaro Noboa au second tour le . Obtenant le soutien des principales formations de gauche et des organisations indigènes (CONAIE), il est élu avec une confortable avance (56,8 %). Il déclare alors que « grâce à Dieu, nous avons gagné » et « qu'après des années de politique de fermeture socio-économique, ils n'ont pas pu nous enlever notre espoir ».

Durant la campagne électorale, certains analystes l’assimilent au courant latino-américain de la gauche incarnée par le Vénézuélien Hugo Chávez et le Bolivien Evo Morales. Cette identification est mise en avant par certains autres candidats des partis traditionnels. On peut déceler une similitude dans la volonté d’indépendance politique vis-à-vis des États-Unis, de progrès social et une volonté de rapprochement régional. Le directeur de thèse de Correa, le professeur Baer de l'université de l'Illinois, suggérait que Rafael Correa n'est pas hostile à l'économie de marché et anticipait, en cas d'élection, une attitude plus proche de celle du président brésilien Lula que d'Hugo Chávez.

Président de la République Débuts vignette|Rafael Correa durant son discours d'investiture en janvier 2007 Conformément à sa promesse électorale, Correa annonce lors de son investiture Discurso de Posesión del Presidente de la República, Econ. Rafael Correa la tenue d'un référendum le , référendum qui concerne l’autorisation de créer une assemblée nationale constituante chargée de rédiger une nouvelle constitution, dans le but de limiter le rôle des partis politiquesL'Amérique latine confirme son virage à gauche avec l'investiture du Président Correa en Équateur, Euronews, 16 janvier 2007.

Correa a par ailleurs annoncé sa volonté de renégocier la dette équatorienne (s'élevant à dix milliards d'euros) ainsi que les contrats de la société énergétique PetroEcuador avec les partenaires étrangersRafael Correa : nouveau président de l'Équateur, Xinhua, 16 janvier 2007.

Il a également annoncé la division de son salaire par deux et la diminution des salaires des hauts fonctionnaires équatoriensLe président Correa réduit son salaire de moitié, Romandie News, 16 janvier 2007.

Le pays s'est déclaré en défaut de paiement sur sa dette extérieure en . Le président a argué d'« irrégularités » pour justifier sa décision. Ces irrégularités sont constatées par un audit. La finalité, sur la base de la notion de « dette illégitime », dite « dette odieuse » (notion initiée par Alexander Sack, et utilisée de nombreuses fois par les États-Unis d'Amérique) sera le rachat de sa propre dette à un coût nettement inférieur à celui initialement exigé.

Conformément à sa promesse de campagne, Correa a créé un ministère du « Buen vivir » (bien-vivre)..

Élections présidentielle et législatives de 2009

Correa, élu en 2007, est candidat à un second mandat. Le scrutin se tient en même temps que les élections législatives, le .. Rafael Correa est réélu dès le premier tour avec près de 52 % des voix, devançant Lucio Gutierrez (28,2 %) et Álvaro Noboa (11,4 %). Alianza País obtient 59 sièges de députés sur les 124 à pourvoir, soit 21 de moins que lors de la mandature précédente, mais se maintient toutefois amplement comme la première force à l'Assemblée nationale, et conserve avec ses alliés la majorité de l'Assemblée.

Élection présidentielle de 2013 vignette|redresse|Rafael Correa en 2013. Correa est candidat à sa réélection lors des élections générales de 2013. Il est réélu dès le premier tour avec 57,17 % des voix Correa declares victory in Ecuador polls, Al Jazeera English, 18 février 2013, et Alianza País obtient une majorité écrasante (100 députés sur 137 à l'Assemblée nationale). La campagne électorale est marquée par une attaque au couteau d'un homme contre des personnes venues participer à un rassemblement en soutien à Correa, tuant deux personnes et en blessant quatre autres.

Outre l'usure du pouvoir, son troisième mandat est marqué négativement par l'hostilité des classes moyennes à une réforme fiscale, ainsi que par des critiques contre l'autorisation d'une exploitation pétrolière dans un parc naturel, contredisant les engagements du président sur la défense de l'environnement et des Indiens.

Nouvelle Constitution

Le , une nouvelle constitution est approuvée par l’Assemblée nationale constituante par 94 voix sur 130.

Pour Correa, elle est le moyen d’enterrer le « modèle néo-libéral » appliqué par ses prédécesseurs. Elle renforce les pouvoirs présidentiels, notamment en matières économiques et monétaires; lui permet de promulguer des décrets-lois d’urgence et de dissoudre le Parlement suivant certaines modalités, au cas où celui-ci « empêche l’exécution du plan national de développement ». La nouvelle loi fondamentale octroie à l’exécutif représenté par l’État un plus grand contrôle des secteurs stratégiques tels que les secteurs énergétiques, les mines, les télécommunications et l’eau. Parmi les innovations, le texte autorise la réélection du président pour un second mandat consécutif et renforce la reconnaissance des peuples indigènes par l’accession au statut de langues officielles du kichwa et du shuarLa nueva Constitución de Ecuador refuerza los poderes de Correa El Pais, 26 juillet 2008..

Le , la Constitution est approuvée par les citoyens équatoriens par voie référendaire Ecuadoreans back new constitution, BBC, 29 septembre 2008..

Politique étrangère En 2012, l’Équateur reconnaît l'asile politique à Julian Assange, réfugié à l’ambassade équatorienne à Londres et dont les États-Unis réclament l'extradition..

Il refuse aux États-Unis le renouvellement du contrat leur permettant d'exploiter une base militaire en Équateur.. Cependant, pour l'universitaire Gonzalo Abad, le président utilise un anti-américanisme de façade, dénonçant les États-Unis dans sa politique étrangère mais négociant avec eux dans sa politique intérieureFrédéric Martel, « Adulé par l’extrême gauche, le modèle Correa est à bout de souffle », slate.fr, 29 août 2014..

Politique économique et sociale vignette|gauche|275x275px|Rafael Correa et le président bolivien Evo Morales en 2013