thumb|Entrée du musée Prjevalski à Karakol.
Nikolaï Mikhaïlovitch Prjevalski (en ), orthographié à l'origine Przewalski (nom polonais), né le à Kimborovo près de Smolensk, décédé le à Karakol, est un naturaliste d'origine polonaise qui fut officier de l'armée impériale russe, géographe et explorateur de l'Asie centrale. Bien qu'il n'ait jamais atteint son objectif final, la ville de Lhassa au Tibet, il voyagea à travers des régions inconnues du monde occidental, comme le nord du Tibet (les actuels territoires du Qinghai et de la Dzoungarie). Il est considéré comme le premier Européen ayant rencontré la seule espèce de cheval sauvage connue, le cheval de Przewalski, auquel Ivan Poliakov donna son nom..
Jeunesse Nikolai Prjevalski naît dans la région de Smolensk. Son père, officier peu fortuné, descend d'un cosaque zaporogue établi en Pologne au , et anobli alors par le roi. Il meurt en 1846. Sa mère est issue d'une famille de propriétaires terriens du voisinage. Prjevalski n'apprécie pas l'école, mais il s'y découvre une mémoire photographique. Il n'est heureux qu'en été, à la maison, où il s'adonne à la chasse avec son oncle. En 1855, il décide de s'engager, et il entame une vie de garnison d'infanterie sans intérêt. Rêvant de devenir explorateur, il demande son transfert vers la région de l'Amour, tout juste concédée sous la contrainte à la Russie par la ChineCf. convention de Pékin.. Demande refusée. Il est néanmoins admis sur concours dans une académie militaire de Saint-Pétersbourg en 1861. Il y passe deux ans à étudier très consciencieusement les sciences naturelles et militaires (géographie, topographie, navigation), et rédige une dissertation intitulée Étude militaire et statistique de la région de l'Amour. Le texte connaît un succès qui dépasse les murs de l'Académie, et qui lui vaut son admission à la Société impériale de géographie.
En 1865-1866, il enseigne l'histoire et la géographie dans un collège militaire de Varsovie, où il apprécie la compagnie de ses jeunes élèves. En , on lui permet de partir vers Irkoutsk, et rapidement on lui confie une première mission.
Expédition militaire vers l'Oussouri (1867-1869) Les autorités militaires lui demandent d'examiner la disposition des bataillons des frontières mandchoue et coréenne, d'étudier la population, la faune et la flore, ainsi que les routes terrestres, fluviales et maritimes. Son jeune ami Koecher lui ayant fait faux bond, Prjevalski trouve un autre compagnon de voyage, Nikolaï Iagounov. L'expédition se met en route le . Elle traverse le lac Baïkal en bateau à vapeur, puis rejoint la rivière Chilka, le premier affluent majeur de l'Amour, et fait route vers Blagovechtchensk puis le village de Khabarovka (aujourd'hui Khabarovsk), au confluent de l'Oussouri. De là, l'Amour coule vers le nord-est, et l'Oussouri vers le sud. Sur 500 kilomètres, l'expédition remonte le cours de l'Oussouri jusqu'au village de Busse, passant les de colons cosaques qui gardent la frontière chinoise, puis atteint le grand lac Khanka. Tout le mois d' est consacré à l'observation, la chasse et la pêche sur les abords du lac. En septembre, le poste de Possiet sur la côte Pacifique est atteint, à au sud. Prjevalski force la frontière coréenne, jusqu'à la forteresse de Keiko, considérant que c'est ainsi qu'il faut agir avec les Asiatiques. L'expédition remonte ensuite de mauvaises pistes côtières sur jusqu'à Vladivostok, peuplée alors de . Après une infructueuse chasse au tigre dans la vallée de Soutchan, l'expédition passe la baie d'Olga, puis remonte la vallée de la Tazoucha à travers les monts Sikhote Aline. Elle arrive dans la vallée de l'Oussouri et passe un printemps 1868 bucolique au lac Khanka, où elle recense d'oiseaux. Prjevalski est appelé à pacifier un soulèvement anti-russe des Chinois de la vallée de Soutchan, puis il est appelé à Nikolaïevsk, pour y occuper des fonctions militaires qu'il apprécie peuVladimir Arseniev, Aux confins de l'Amour, Actes Sud, 1994, ..
Son travail d'exploration lui vaut la médaille d'argent Constantin de la société impériale de géographie (le compte rendu Voyages dans la région de l'Oussouri sera publié en 1870), et il peut enfin rentrer à Irkoutsk à l'automne 1869, puis à Saint-Pétersbourg pour la nouvelle année.
Le président de la Société de géographie, Piotr Semionov-Tian-Chanski, lui promet son soutien pour une expédition dans l'ouest de la Chine, mais la région est en proie à la rébellion des Dounganes, des Chinois de religion musulmane. Prjevalski obtient néanmoins la permission de monter une expédition vers le lac Kokonor, point de rencontre des Chinois, des Mongols et des Tangoutes (Tibétains nomades). L'expédition est financée par la Société de géographie, le ministère de la Guerre, Prjevalski lui-même, et le jardin botanique. L'ambassade russe à Pékin se charge d'obtenir les passeports.
En Mongolie et chez les Tangoutes (1871-1873) L'expédition se prépare à Irkoutsk et Kiakhta, sur la frontière mongole, fin 1871Jules Rouch, Époque contemporaine, tome IV de Histoire Universelle des Explorations publiée sous la direction de L.-H. Parias, Paris, Nouvelle Librairie de France, 1957, . Elle se met en route vers Pékin via Ourga (aujourd'hui Oulan-Bator, la capitale de la Mongolie) et Kalgan (Zhangjiakou), sur l'itinéraire traditionnel des caravanes commerciales. Prjevalski manifestera toute sa vie un profond dédain pour les populations locales, et traitera de l'ethnologie par des formules lapidaires, telles que : « La religion bouddhiste s'allie parfaitement avec le caractère paresseux du nomade », ou bien « L'homme chinois est un juif, doublé d'un pickpocket moscovite, les deux élevés au carré ». Son seul biographe occidental (Donald Rayfield, 1976) justifie cette attitude en proposant que les explorateurs de l'époque fuyaient leur propre société, et étaient donc enclins à voir le pire de chaque société plutôt que le meilleur.
Prjevalski décide de consacrer le printemps à l'exploration et à la chasse dans la région du lac Dalaï (达里湖), à au nord de Pékin, qui regorge d'oiseaux migrateurs. L'expédition commence réellement en , en direction du fleuve Jaune, via Kuku Khoto (Hohhot) et la ville de garnison chinoise de Baotou, où elle traverse le fleuve, vers le plateau des Ordos. Après avoir exploré le petit massif des monts Ala Shan, dans l'actuelle région autonome du Níngxià, Prjevalski constate qu'il n'a pas de fonds suffisants pour continuer, et rentre fin octobre par une route plus septentrionale, vers Pékin qu'il atteint à la fin de l'année. La route est difficile et se solde par la perte de douze chameaux et onze chevaux.
En mars 1872, l'expédition reprend le départ de Kalgan pour les qui conduisent à l'Ala Shan, via la route qu'ils connaissent. Là, ils ont la chance de trouver une caravane de marchands et de pèlerins tangoutes qui se dirige vers le Kokonor. Les marches de nuit dans un « horrible désert » sont éprouvantes. Partout, la rébellion doungane (qui fait alors rage en Chine.) a laissé des lamaseries en ruines et des cadavres en décomposition.
Dans le système montagneux des Nan Shan, qui s'étend au nord du lac Kokonor, l'air devient enfin plus frais et humide. Près de la rivière Datong (大通河), au nord de la ville de Xining (西宁), l'expédition trouve à la fois refuge et camps de base aux lamaseries de Chörtentang et de Choibseng. En quelques semaines dans les montagnes, 324 espèces de plantes à fleurs et 124 espèces d'oiseaux sont identifiées. En octobre, Prjevalski atteint enfin la rive du Kokonor, le grand lac sacré des Tibétains. « Le rêve de ma vie est réalisé », écrit-il. Entre deux sorties de chasse et d'exploration de faune et de flore, Prjevalski rencontre l'ambassadeur de Lhassa à Pékin, Kambe Nantu, qui avait quitté Lhassa en 1862, et qui y retournait, en attendant la fin de la rébellion doungane. L'ambassadeur lui propose de rendre visite au dalaï-lama à Lhassa, mais il n'a pas les moyens de s'y rendre immédiatement.. L'expédition se rend vers l'ouest au Tsaidam, la dépression d'altitude peuplée de tribus mongoles et située au pied de la partie nord-est du plateau tibétain.
Avec un vieux guide mongol, Chutungdzamba, il veut aller reconnaître le cours supérieur du fleuve Bleu, qui porte là le nom de Mur Usu. C'est une ancienne route caravanière, et les conditions sont rendues terribles par l'altitude et le vent ; mais Prjevalski trouve son bonheur dans la chasse au yak sauvage, dont il tire en deux mois. L'expédition atteint finalement son but, distant de Lhassa de seulement. Mais les bêtes sont épuisées ou mortes, il n'y a plus d'argent, et Prjevalski décide de faire demi-tour. Fin février, il est de retour au Tsaidam, et un mois plus tard sur la rive du Kokonor, encore gelé. Le trajet de retour est entrecoupé de longues parties de chasse, dans ses régions favorites des Nan Shan et de l'Ala Shan. Fin , il repart vers le nord, dans les grandes chaleurs du désert de Gobi, sur une piste qui conduit en ligne droite vers Ourga.
Le bilan de l'expédition est un succès total. Pour la somme de , et au prix de la perte de , de et du chien Faust, l'expédition a atteint des régions inconnues et rapporté de plantes, et d'insectes, ainsi que et des peaux et fourrures de différents.. Prjevalski passe Noël en famille, puis se rend à Saint-Pétersbourg où il reçoit tous les honneurs et est promu au grade de lieutenant-colonel. Il prévoit la publication en trois volumes de Mongolie et Pays des Tangoutes, dont un volume d'ornithologie et un de botanique. Le premier volume est prêt en novembre 1874, et le travail sur le volume 2 dure pendant toute l'année 1875.
Un plan grandiose est élaboré pour l'expédition suivante : des steppes kazakhes au Tian Shan ; le Lop Nor, Lhassa, la descente du Brahmapoutre jusqu'en Inde ; retour au Tibet et en Mongolie, puis Tibet à nouveau, descente de l'Irrawaddy ou de la Salween vers la Birmanie. Le plan est rapidement réduit à deux ans, sans passer par l'Inde ou la Birmanie.
En Dzoungarie et au Lop Nor (1876-1878)
L'expédition quitte Saint-Pétersbourg en , et se rend à Semipalatinsk (aujourd'hui Semeï au Kazakhstan), puis à Kulja (Yining), dans la vallée de l'Ili, affluent du lac Balkach, alors occupée par les Russes. Dix hommes, , quatre chevaux et deux chiens se mettent en route à travers les Tian Shan, avec la double autorisation de Yaqub Beg, l'homme fort local, et des Chinois, qui s'apprêtent à regagner militairement la Dzoungarie et la Kachgarie. Les musulmans les interceptent et leur imposent d'aller directement à Korla.