, né le à Tokyo et mort le dans la même ville, est empereur du Japon du à sa mort. Bien que le nom de « Hirohito » soit usuel en Occident, au Japon on le désigne, depuis sa mort, par son nom de règne posthume, .
Fils de l'empereur Taishō et de l'impératrice Teimei, frère des princes Yasuhito Chichibu, Nobuhito Takamatsu et Takahito Mikasa, il est le selon la tradition shinto. Son règne, le plus long de l'histoire japonaise (), définit l' d'où il tire son nom posthume.
L'empereur Shōwa est un des personnages majeurs de la Seconde Guerre mondiale ; il est, avec Adolf Hitler et Benito Mussolini, l'un des trois grands dirigeants de l'Axe. La question de sa responsabilité personnelle dans les activités militaires et les crimes de guerre du Japon en Asie avant puis durant la Seconde Guerre mondiale a eu une grande importance politique et fait l'objet de nombreux travaux historiques. Sa pleine responsabilité est démontrée concernant les crimes de guerres commis en Asie durant la Seconde Guerre mondiale. Les Américains, alors qu'ils occupent provisoirement le Japon au sortir de la guerre, décident malgré tout de le maintenir à la tête d'un empire au sein duquel il n'a plus qu'un rôle symbolique. Il restera ainsi empereur près de quarante-cinq ans après la fin du conflit, sans jamais être inquiété.
Jeunesse et formation Naissance et origines vignette|gauche|Hirohito à quatre ans.
Le prince Hirohito naît le dans le palais Aoyama à Tokyo. Il est le premier fils du prince héritier Yoshihito (le futur empereur Taishō) et de la princesse Sadako. Il sera le premier empereur depuis une centaine d'années dont la mère biologique est l'épouse officielle de son prédécesseur.
Son , Hirohito, est composé des kanji signifiant « richesse, abondance, fertilité » et « vertu », le deuxième caractère hito entrant dans la composition du nom de pratiquement tous les enfants mâles de la famille impériale japonaise depuis le . Hirohito porte dans sa jeunesse le de .
Enfance et éducation Comme le veut la tradition, il est séparé de ses parents et confié, avec son frère cadet Yasuhito (futur prince Chichibu) à la garde d'un amiral à la retraite, le comte Kawamura Sumiyoshi, et de son épouse. Il suit également une éducation au sein d'une institution spéciale pour les enfants de la famille impériale située dans le palais détaché d'Akasaka jusqu'en 1908, puis à l'école pour garçons de la compagnie scolaire Gakushūin (établissements éducatifs destinés aux enfants du kazoku) de 1908 à 1914 (il y a pour maître l'ancien général Maresuke Nogi, figure de la guerre russo-japonaise, désormais principal de Gakushūin et admirateur des règles du bushido) et finit sa formation auprès d'une institution spéciale créée au sein de la Maison du prince héritier, le .
Il y reçoit une formation militaire de l'amiral et marquis Heihachirō Tōgō (qui fut le commandant de la marine impériale durant la guerre russo-japonaise), morale, philosophique et religieuse (telles la morale confucéenne, la théologie shintoïste et l'histoire de la famille impériale, ainsi qu'une introduction aux théories de Herbert Spencer sur la sélection naturelle et le darwinisme social, et plus largement aux sciences et à la langue française) de Shigetake Sugiura et historique du sinologue Kurakichi Shiratori, tous de fervents nationalistes mais aussi des défenseurs d'une monarchie certes divine mais constitutionnelle et parlementaire, sur le modèle du règne de l'empereur Meiji (surtout Sugiura) .
Prince héritier Mort de l'empereur Meiji vignette|gauche|200px|Le prince héritier Hirohito en 1919.
La mort de l'empereur Meiji le fait de lui l'héritier de la couronne. Il est formellement investi du titre de prince héritier le .
Premiers voyages En 1921, il entreprend un voyage d'une durée de six mois en Europe, le premier de la part d'un prince de l'empire nippon, visitant notamment le Royaume-Uni, la France, l'Italie, les Pays-Bas et la Belgique.
Régent du Japon
À son retour, Hirohito devient régent du Japon le à la suite des problèmes de santé de son père, atteint d'une maladie cérébrale, séquelle d'une méningite contractée enfant. Il se familiarise alors avec sa future fonction en remplissant les obligations quotidiennes de son père : lecture d'ouverture de la session annuelle de la Diète impériale, signature des actes, décrets et lois, célébration des rituels shinto.
Il reçoit des hôtes officiels étrangers, comme le maréchal Joffre et le prince de Galles Édouard (futur Édouard VIII) en 1922. Le docteur en droit, sociologue et juriste Jean Ray devient son précepteur en 1922.. Son initiation politique est alors prise en main par l'ancien Premier ministre Kinmochi Saionji, dernier genrō vivant (titre honorifique donné à certains hommes d'État de l'ère Meiji et qui ont pour mission de conseiller directement l'empereur, notamment pour la nomination des chefs de gouvernement), à partir de 1924 et libéral, admirateur des systèmes politiques britanniques et américain. Le , le prince régent échappe à une tentative d'assasinat.
La régence de Hirohito correspond alors à la première expérience de démocratie parlementaire connue par le Japon, avec quatre Premiers ministres civils sur six durant cette période (Korekiyo Takahashi de 1921 à 1922, Kiyoura Keigo en 1924, Takaaki Katō de 1924 à 1926 et Reijirō Wakatsuki de 1926 à 1927) et plusieurs réformes libérales dont surtout la réforme de 1925 de la Chambre des pairs qui ouvre celle-ci à certains roturiers et réduit son poids politique au profit de la Chambre des représentants, ou l'instauration du suffrage universel masculin par la loi du .
Mariage vignette|gauche|200px|Le régent Hirohito et sa nouvelle épouse Nagako, en 1924. Le , il épouse la princesse Kuni Nagako (titrée depuis sa mort impératrice Kōjun), issue d'une de la famille impériale, avec qui il s'était fiancé le , et malgré la forte opposition des chambellans et fonctionnaires de la cour. En effet, la jeune femme est la première épouse d'un héritier (et futur empereur) à ne pas être issue de l'une des cinq branches de sekke (classe supérieure de l'aristocratie de cour japonaise) du clan Fujiwara (Ichijō, Kujō, Nijō, Konoe et Takatsukasa) depuis le début du .
Empereur du Japon Avènement et couronnement vignette|250px|L'empereur Shōwa lors de son couronnement en 1928. À la mort de l'empereur Taishō, le , Hirohito lui succède sur le trône du chrysanthème, et une nouvelle ère est immédiatement proclamée : Shōwa (la Paix rayonnante). Selon l'usage japonais, l'empereur ne porte pas de nom durant son règne et est désigné usuellement par le terme Kinjō Tennō, soit « l'empereur actuel ». Le nom sous lequel il sera désigné après sa mort est cependant connu dès le début de son règne, puisque c'est le nom même de l'ère coïncidant avec son règne : Shōwa Tennō () c'est-à-dire Empereur Shōwa.
Hors du Japon, les livres et les journaux continuent pour la plupart de désigner l'empereur par son nom personnel « Hirohito » — même après sa mort —, quand bien même tous les précédents empereurs du Japon sont communément dénommés par les mêmes sources sous leur nom de règne posthume. Cette pratique peut être d'ailleurs considérée au Japon comme un manque de respect envers le défunt empereur. Le nouvel empereur est intronisé le à Kyoto.
Gouvernement militaire et invasion de la Chine
Les années 1920 et 1930 sont marquées par des violences continuelles entre les deux principales factions nationalistes au sein de l'armée impériale, la Kōdōha (radicale, favorable à l'expansion en Asie et à un gouvernement totalitaire et militariste) et la Tōseiha (plus modérée), et, dans un premier temps, à la mise en place d'une forme de démocratie parlementaire fondée sur un bipartisme entre le Rikken Minseitō (parti démocrate constitutionnel, libéral modéré) et le Rikken Seiyūkai (Fraternité du gouvernement constitutionnel, libéral conservateur). L'assassinat du Premier ministre Tsuyoshi Inukai en 1932 fut un évènement majeur, qui entraîna la fin du contrôle de l'armée du Guandong par le conseil des ministres. Après que six Premiers ministres civils se soient succédé entre 1924 et 1932, l'empereur nomma à nouveau un militaire à la tête du Cabinet du Japon.
Auparavant, une suite d'incidents orchestrés par des officiers de l'armée du Guandong avaient débouché sur l'invasion de la Mandchourie en 1931. Le gouvernement et l'empereur se montrent d'abord irrités par l'insubordination des troupes, mais avalisent finalement l'occupation en raison des gains territoriaux réalisés.
En 1936, lors de l'incident du , de jeunes officiers de la Kōdōha organisent une tentative de coup d'État. Cette insurrection répondait à la perte d'influence de la faction militaire à la Diète à la suite des élections. La tentative se conclut par l'assassinat de plusieurs officiers supérieurs et membres du gouvernement et avorte quand l'empereur s'oppose résolument aux insurgés en menaçant de prendre lui-même la tête de la garde impériale.
En 1936, l'empereur autorise par décret impérial l'expansion de l'unité de recherche bactériologique de Shiro Ishii et son incorporation au sein de l'armée du Guandong. Cette « unité 731 » procédera à des expérimentations et à des vivisections sur plusieurs milliers de prisonniers chinois, coréens et russes, y compris des femmes et des enfants.
L'invasion du reste de la Chine à partir de 1937 donne lieu à d'innombrables atrocités contre les populations civiles. Elles sont notamment rendues possibles par la décision prise par l'empereur en d'approuver une directive proposant la suspension de l'application des conventions internationales sur les droits des prisonniers de guerre. Parmi ces atrocités, les plus connues sont le massacre de Nankin et la , une stratégie de la terre brûlée qui entraîne, à compter de , la mort de 2,7 millions de Chinois des régions du Hebei et du Shandong.
Les archives militaires et le journal du général Sugiyama, commentés par plusieurs historiens japonais comme Yoshiaki Yoshimi et Seiya MatsunoDokugasen kankei shiryō II, Kaisetsu, 1997., de même que Herbert P. Bix, indiquent de plus que l'empereur Shōwa s'est réservé le contrôle des armes chimiques dont il autorise l'utilisation à maintes reprises contre des civils, notamment en Chine. Ces autorisations sont données par le biais de directives impériales spécifiques (rinsanmei) transmises aux généraux par l'entremise du chef d'état-major de l'armée, le prince Kotohito Kan'in, puis le général Hajime Sugiyama (à compter de 1940). De septembre à , l'empereur autorise ainsi l'emploi de gaz toxiques à 375 occasions lors de la bataille de Wuhan. En , le général Yasuji Okamura est, quant à lui, autorisé à employer de gaz toxique au Shandong. droite|vignette|200px|L'empereur Hirohito chevauchant Shirayuki lors d'une inspection militaire en août 1938. Au printemps 1939, l'incident de Nomonhan débouche sur une attaque de l'Union soviétique. Cette tentative d'invasion se solde par un cuisant échec des forces impériales et oblige l'empereur à conclure un pacte de non-agression qui porte le Japon à se diriger définitivement vers le sud, puis vers les États-Unis.
Seconde Guerre mondiale et guerre du Pacifique
De 1938 à 1940, l'empereur se rallie à la position de l'état-major de la marine et résiste à la tentation d'ouvrir un nouveau front comme l'aurait souhaité l'état-major de l'armée. En 1940, après les succès remportés par la Wehrmacht en Europe, il se laisse finalement convaincre par les partisans, dont faisait partie son frère Yasuhito Chichibu, d'une alliance militaire avec l'Allemagne nazie.
À l'automne 1941, alors que le Japon doit faire face aux conséquences de l'embargo sur les produits pétroliers que lui ont finalement imposé les États-Unis pour son refus de se retirer de la Chine, l'empereur demande la tenue d'une série de conférences impériales pour discuter de la possibilité de déclarer la guerre à d'autres pays que la Chine.