vignette|Entrée de la Piazza Edmond J Safra, Milan, Lombardie, Italie, mai 2018
Edmond J. Safra, né le à Aley au Liban et mort le à Monaco, est un banquier et philanthrope juif d'origine libanaise naturalisé brésilien et monégasque, The Guardian, 29 octobre 2000.
Biographie Origines et débuts Edmond Safra naît au Liban, dans une bourgade à de la capitale Beyrouth, dans une riche famille de banquiers juifs originaires d'Alep en Syrie, qui finançaient jadis les caravanes de chameaux. Son père, Yaakov Safra, est considéré comme le fondateur de la famille de banquiers Safra en s'étant engagé avec succès dans la finance au début du à son arrivée au Liban (ouverture de Safra GA Bank en 1920 à Beyrouth), son entreprise s'étendant sur son pays d'accueil, la Syrie ottomane, la Turquie et l'Égypte.
Edmond est engagé à 16 ans dans la banque de son père et s'occupe du département des métaux précieuxHenry Michel, Monaco: mort suspecte d'un roi de la Finance. Edmond J. Safra est décédé vendredi dans un incendie, Libération, 4 décembre 1999.
Carrière À la fin des années 1940, Safra étend l'entreprise en Italie et y ouvre une société de négoce à Milan. Face aux émeutes anti-juives à Beyrouth après la création de l'Etat d'Israël en 1948, la famille Safra décide de déménager à nouveau en 1952 et s'installe au Brésil. Âgé de 23 ans, Edmond Safra y fonde en 1955 la Banco Safra S.A..
Alors qu'il n'est pas le fils aîné de la famille, Edmond est considéré comme le chef de famille après la mort de son père Yaakov en 1963. Il reste fidèle aux principes conservateurs de son père, préférant les dépôts au crédit et évitant de prendre des risques inutiles.
Safra s'installe à Genève en Suisse, en 1956 - où il vivra plus de 40 ans - pour lancer une banque privée, la Sudafin qui deviendra la . Il y trouve un milieu favorable aux affaires et y étend son empire financier, mettant un point d'honneur à satisfaire ses clients fortunés partout dans le monde. La banque Safra passe d'un capital initial de 1 million de dollars à une valeur de 5 milliards de dollars.
Il fonde ensuite la Republic National Bank of New York en 1966, dont le ruban d'inauguration est coupé par Robert F. Kennedy. En 1988, Edmond Safra fonde également la Safra Republic Holdings S.A.. Cette société entretient 80 succursales dans la région de New York, ce qui en fait le troisième réseau d'agences de la région métropolitaine derrière Citigroup et Chase Manhattan Bank. Elle exploite également huit succursales en Floride. Dans les années 1980, elle prête de l'argent à des pays en développement comme l'Argentine et le Brésil.
En 1976, Edmond Safra épouse Lily Watkins, une Brésilienne née à Porto Alègre, aux racines uruguayenne, tchèque et russe, qu'il avait rencontrée à Londres en 1969 et qui s'associera à son œuvre tout le reste de sa vie.
La vente de la Trade Development Bank à American Express pour plus de 450 millions de dollars en 1983 a abouti à une bataille juridique entre les deux parties. Le financier libanais s’en tire à son avantage en recevant des excuses publiques de la part du patron d’American Express qui avait lancé à son encontre une campagne de diffamation pour piétiner sa réputation, en l'accusant notamment de trafic de drogue. Il reçoit également à cette occasion 8 millions de dollars de dommages et intérêts, entièrement reversés à des œuvres de charité dont la Croix-Rouge et l’hôpital universitaire de Genève.
À la fin des années 1980, Safra est mis en cause en France dans l'affaire de la Société générale mais la Commission des opérations de bourse (COB) l'écarte de toute participation, en soulignant son comportement exempt de critique. À la même époque, Edmond Safra participe à l'acquisition de la First International Bank of Israel par son parent, Jacques Nasser.vignette|Soukkah construite sur la place Safra à Jérusalem, 2009 À l'orée des années 1990, la fortune d'Edmond Safra est estimée à 2,5 milliards de dollars. Le magazine Forbes le classe en 1989 comme l'un des plus grands milliardaires du monde (position n° 199). Il est un philanthrope et donateur majeur de son vivant, et il laisse sa fortune à la Fondation philanthropique Edmond J. Safra.
Crise financière russe En 1996, Safra cofonde Hermitage Capital Management avec Beny Steinmetz et Bill Browder. Le fonds devient l'une des sociétés d'investissement les plus importantes en Russie et acquiert plus tard une certaine notoriété dans le cadre de l'affaire Sergei Magnitsky. Deux ans plus tard, la Safra's Republic National Bank of New York, qui est la neuvième banque privée du pays, perd 45 % de son bénéfice net en raison de sa forte participation en obligations russes après la crise financière russe de 1998.
À la fin des années 1990 la banque d'Edmond Safra alerte le FBI sur un réseau de blanchiment d'argent de 7 milliards de dollars impliquant la Banque de New York, des banques russes dont Depozitarno-Kliringovy Bank et la mafia russe, réseau qui mène à Peter Berlin et à son épouse Lucy Edwards, l'ancienne vice-présidente de la Banque de New York, qui avoue un blanchiment d'argent pour Semion Mogilevich et la mafia russe entre 1996 et 1999. En 1998, Safra est un témoin-clé du FBI dans un projet de blanchiment d'argent de 4,8 milliards de dollars impliquant l'argent du FMI, sa Republic National Bank of New York, celle de Suisse, Mikhaïl Kassianov et Vladimir Poutine. Il fournit également des éléments de preuve au procureur de Genève, Bernard Bertossa. Le journal italien la Repubblica annonce la nouvelle du « Kremlingate » en , indiquant que 21,4 milliards de dollars avaient été transférés entre le et le via un compte à sa Banque de New York. Les fonds volés du FMI ont provoqué la crise financière russe de 1998 qui a débuté le Selon Oleg Lurie, après que Boris Berezovsky, qui était secrétaire adjoint du Conseil de sécurité, eut informé Safra au début de l'automne 1998 qu'il serait tué parce qu'il avait assisté les procureurs, Safra a déménagé de sa villa Léopold à Antibes vers un bunker très sécurisé à Monaco où il est décédé en décembre 1999 lorsque deux hommes armés et masqués sont entrés dans l'appartement de 1 000 mètres carrés de Safra et y ont mis le feu alors que Safra, sa femme, sa fille et d'autres s'y trouvaient. Safra a succombé à l'inhalation de fumée pendant l'incendie. En mars 1998, Alexander Litvinenko avait reçu l'ordre de tuer Berezovsky..
Fin de vie À presque 60 ans, le financier passe son temps entre ses résidences genevoises, new-yorkaise et sa villa de la Côte d'Azur de Villefranche-sur-Mer, la villa Léopolda érigée en 1902 par le roi des Belges Leopold II pour sa maîtresse, et acquise par Safra en 1985Business Week, 7 mars 1994, "The Mystery Man of Finance, Inside the World of Billionaire Banker Edmond Safra.. À cette époque, Edmond J. Safra devient de plus en plus observant ; il porte une kippa en permanence, refuse désormais de travailler le jour du shabbat et, aux repas, suit la tradition juive moyen-orientale. Affaibli par la maladie de Parkinson, Edmond Safra a besoin de soins infirmiers constants et décide de vendre son empire financier. Le HSBC Private Bank basée en Asie devient le nouveau nom des anciennes participations de Safra.
Safra vit entouré d'une escouade d'agents de sécurité et d'infirmiers logés, nourris, blanchis et grassement rétribués pour être mobilisables 24 heures sur 24 à son service dans le penthouse de en duplex de l'immeuble luxueux « La belle époque », pour lequel il verse 500 000 euros annuels à la famille Grimaldi, propriétaire du lieu, sis au 17 avenue d'Ostende et surplombant le port Hercule à Monaco-ville, à un autre étage duquel il a installé une succursale de sa banque.
Quelques jours avant sa mort Edmond Safra est naturalisé monégasque par ordonnance souveraine du prince Rainier III. Le Edmond Safra meurt à 67 ans avec son infirmière de nuit, asphyxié dans son appartement de Monaco par un incendie d'origine criminelle, organisé par un membre de son entourage. Son épouse Lily Safra était à la maison au moment de l'incendie mais a rapidement été secourue par la police (voir infra). La mort violente de Safra alimentera les théories du complot.vignette|Vue sur le cimetière israélite de Veyrier depuis le promontoire du SalèveIl est enterré le au cimetière israélite de VeyrierEdmond J. Safra inhumé en Suisse, Libération, 6 décembre 1999 situé à la frontière franco-suisse, entre la commune suisse de Veyrier (canton de Genève) et la commune française d'Étrembières (Haute-Savoie). Lors de la cérémonie le grand-rabbin Joseph H. Sitruk et le prix Nobel de la Paix Elie Wiesel ont pris la parole lors de ses obsèques.
Edmond Safra laisse derrière lui sa femme Lilly et ses enfants Adriana et Eduardo ainsi que deux frères, Moise et Joseph, et trois sœurs, Arlette, Gaby et Huguette. Il a laissé 50 % de ses actifs à plusieurs associations caritatives, le reste étant réparti entre les membres de sa famille et sa femme Lily, qui a reçu 800 millions de dollars d'après SwissLeaks. Après la succession, les frères et sœurs du banquier entreprennent des actions en justice pour tenter de récupérer une partie de la fortune qu’Edmond Safra a léguée à son épouse.
Enquête sur sa mort , de nationalité américaine, un de ses infirmiers, ancien béret vert, ancien toxicomane, est arrêté et condamné en 2002 par la Cour de justice de Monaco à 10 ans de prison pour homicide involontaire sur les personnes d'Edmond Safra âgé de 67 ans et de Vivian Torrente âgée de 52 ans. Il a indiqué qu'il avait tenté de simuler un sauvetage héroïque d'Edmond Safra en mettant en scène une agression par des hommes armés puis en mettant le feu à une corbeille de papier. Malheureusement, le feu se propage et l'appartement-bunker d'Edmond Safra, lequel a été réveillé par ses infirmières, est envahi à son tour par une épaisse fumée. Les sapeurs-pompiers sont rapidement sur place, de même que les policiers de la Sûreté publique monégasque. Alerté entre-temps, Samuel Cohen, le chef de la garde personnelle du banquier composée d''anciens soldats d'élite de Tsahal, qui réside à Villefranche-sur-Mer, une commune proche, se rend lui aussi sur les lieux du sinistre avec les clefs et les codes pour entrer dans l'appartement.
Entre-temps Safra, réfugié avec son infirmière philippine dans la salle de bain, réveille par téléphone son épouse Lily qui court sur le balcon puis descend saine et sauve. Un peu plus tard elle supplie en vain son mari de sortir de son refuge.
Arrivés devant la porte blindée de l'appartement, les pompiers ne peuvent y accéder. Ils demandent aux infirmières de l'ouvrir mais Edmond Safra, qui avait la phobie de l’assassinat, leur ordonne de n'en rien faire tant qu'il n'a pas l'assurance que les intrus sont maîtrisés, sauf si la demande émane du chef de sa garde personnelle. Mais Samuel Cohen, retenu et même menotté par les policiers dans l'immeuble le temps de vérifier son identité, ne parvient jamais à grimper jusqu'à l'étage.
Edmond Safra reste sourd aux injonctions des pompiers, et l'infirmière près de lui, fidèle jusqu'au bout, n'ouvre jamais. Quand les sauveteurs parviennent à faire enfin céder la porte blindée, ils ne trouvent que deux corps sans vie : ceux d'Edmond Safra sur un fauteuil et de l'infirmière Vivian Torrente sur un tapis, les deux couverts de suieChristophe Deloire, Le banquier prodigue, Le Point, 10 décembre 1999.
L'affaire met à mal la compétence des secours et de la police monégasques à la réputation ultrasécuritaire, les 85 personnes présentes sur les lieux de l'incendie et présentées comme des troupes sélectionnées drastiquement et « formées dans des unités d'élite » ayant mis trois heures pour avancer de neuf mètres sans pour autant sauver les reclus. Les mensonges de Ted Maher sur la pseudo-intrusion d'hommes armés ont compliqué et ralenti la progression des secours qui devaient être assurés de la sécurisation de chacun des étages avant d'intervenir à celui du banquier.