L est le nom de code de l'offensive américaine menée fin dans le Cotentin pendant la bataille de Normandie afin de s'ouvrir la route de la Bretagne, et d'enfoncer les lignes de défense allemandes.
La réussite de cette opération, suivie de la percée d'Avranches, puis le contournement des lignes allemandes, en fait le tournant majeur de l'offensive alliée en Normandie.
Contexte
Près d’un mois et demi après le débarquement du 6 juin, les Américains ont peine à avancer dans le bocage normand avec des pertes importantes pour un minimum de gains. Des centaines de milliers d'hommes commencent à saturer l'espace de la tête de pont. Il leur est impossible de lancer leurs chars à travers des champs barrés par de hautes haies et les chemins creux qui masquent des canons antichars allemands.
Le terrain est favorable aux actions défensives basées sur l'embuscade et le coup de main, dont les Allemands savent habilement tirer parti. Ils utilisent de façon judicieuse les haies, les chemins creux, les zones marécageuses : ils disposent aussi d'un armement adapté au combat rapproché ; plusieurs lignes de défense prennent appui sur les épaisses haies et brisent invariablement les attaques successives des forces américaines. Quelques haies prises à l'ennemi constituent une progression spectaculaire pour une journée de combat. Les pertes du côté des Américains sont très lourdes.
La progression américaine, entre La Haye-du-Puits et Lessay, est couteuse, pour chaque km gagnéet la seule capture du mont Castre occasionne . Sur la commune de Montgardon, près de La Haye-du-Puits, trois mètres conquis coûtent un homme à la d'infanterie américaine. Les soldats sont épuisés, d'autant que pendant cette fin du mois de juillet des pluies continuelles finissent par user les troupes et retardent toute offensive.
Monter une attaque massive pour permettre à l'armée américaine de faire irruption plus au sud s'impose. Dans une région ouverte, elle serait à même d'exploiter pleinement sa grande mobilité et sa supériorité numérique.
Les forces allemandes
vignette|upright=3|centre|Le dispositif tactique de la allemande entre Périers et Caumont. La division blindée Lehr (symbolisée par le rectangle PZ LEHR surmonté de deux XX) est positionnée au sud de la route Périers-Saint-Lô à à l'ouest de Saint-Lô. Ce sont des unités usées par des semaines de combat. Les renforts arrivent au compte-goutte. Un total de et d'une cinquantaine de chars devront s'opposer à la percée américaine. La Panzer Lehr, présente sur le front, a beaucoup souffert des derniers combats. La Panzerdivision SS (Das Reich), la Panzergrenadier SS, la Fallschirmjäger-Division, bien qu'amoindries, constituent encore une menace sérieuse.
Les forces américaines C'est au corps, commandé par le général Lawton Collins, qu'est dévolue la mission de percer le front allemand. Six divisions dont deux blindées sont massées sur un front de huit kilomètres. La d'infanterie et la d'infanterie doivent s'engager dans la brèche créée par un bombardement intense, suivies par la d'infanterie. Les deux divisions blindées doivent s'y engouffrer pour se ruer sur les arrières des Allemands.
À l'ouest, le VIII corps commandé par le lieutenant général Troy Middleton sert de force d'exploitation, pour exploiter la percée le long de la côte vers le Sud et au-delà la Bretagne.
Patton et ses rhinocéros
George Patton est arrivé avec la armée américaine dans le Cotentin (pour l'anecdote, il connaît la région d'Avranches car son voyage de noces l'avait conduit au Mont-Saint-Michel). Il est opérationnel le . Pour s'affranchir des obstacles formés par les haies, ses chars sont désormais équipés du dispositif « hedgecutter » que vient d'imaginer le sergent Curtis G. Culin : les blindés défoncent et traversent les haies avec une facilité qui en fait des obstacles dérisoires. Les chars ainsi équipés sont surnommés « rhinocéros ». Malheureusement, plus au sud du Cotentin, les haies sur talus et en particulier les chemins creux du bocage tels qu'on les trouve vers Mortain restent des pièges.
La percée Le général Omar Bradley, commandant de la , la conçoit ainsi : un bombardement aérien de saturation (tactique du « tapis de bombes ») sur un périmètre restreint doit annihiler toute défense et créer la brèche dans laquelle devraient s'engouffrer ses unités. Son choix s'est porté sur un quadrilatère entre les villages de La Chapelle-Enjuger et Hébécrevon Ces deux communes sont réunies depuis le dans la commune nouvelle de Thèreval, à quelques kilomètres au sud de la grande route joignant Saint-Lô à Périers.
Début juillet 1944, les Britanniques lancèrent l', une opération blindée à l'est du front, visant à dégager la ville de Caen. Les meilleures troupes allemandes restent devant les Anglo-Canadiens. La répartition des forces allemandes sur le front est déséquilibrée : devant les Anglo-Canadiens contre 110 devant les Américains.
Décidé initialement pour le , le bombardement est repoussé de quelques jours pour cause de mauvais temps. Une première tentative, le lundi , tourne au désastre à cause d'une tragique erreur dans les communications. De nombreux avions alliés bombardent une partie des premières lignes américaines, tuant américains et blessant . « Certaines unités américaines, folles de rage, ouvrirent le feu sur leur propre aviation »Paul Fussell, A la guerre. Psychologie et comportements pendant la Seconde Guerre mondiale, Paris, Seuil, collection Points, 2003, p. 27.
Le mardi 25 juillet Le lendemain, , à partir de et durant une heure, et B-24 labourent leurs cibles, appuyés de bombardiers moyens et chasseurs-bombardiers : le plus grand bombardement en tapis de bombe de la Seconde Guerre mondiale est en cours, de bombes sont larguées ce jour-là, pour de bocage, soit incendiaires au km. Le pilonnage de la zone se poursuit au moyen de d'artillerie, transformant le bocage en paysage lunaire. La commune de La Chapelle-Enjuger est rayée de la carte. Le front américain a été secrètement reculé de plusieurs kilomètres afin de ne pas risquer de faire des victimes une seconde fois. Malheureusement, la précaution est insuffisante, il y a dans les rangs américains dont le lieutenant général Lesley McNair — le plus haut gradé américain mort au combat sur le théâtre des opérations européen — et . Des hommes sont déchiquetés, des chars projetés en l'air comme des jouets, des soldats perdent la raison. Après ce désastre le général Bradley se souvient qu'Eisenhower, complètement abattu, décida de ne plus appuyer les offensives au sol par des bombardements lourdsPaul Fussell À la guerre…, , .Omar N. Bradley et Clay Blair, A General's Life, New York, 1983, ..
vignette|centre|upright=3|La percée réalisée à travers les positions allemandes — anéanties par le bombardement effectué par une armada de lourds et moyens — par les trois divisions blindées du corps du 25 au 27 juillet.
En revanche, la Panzer Lehr Division du lieutenant-général Fritz Bayerlein est pulvérisée. Des chars Panther de sont détruits par le souffle des déflagrations, des fantassins sont enterrés vivants dans leurs abris. En quelques heures, sont hors de combat, tués, blessés, et la plupart des chars détruits. En tant qu'unité opérationnelle, la Panzer Lehr n'existe plus. L'après-midi, les 9 et américaines attaquent la zone et se heurtent, malgré tout, à des petits îlots de résistance. Des groupes de combat, un canon et quelques fantassins constituent les principaux noyaux allemands de résistance.
vignette|upright=1.7|centre|L'exploitation de la percée par les quatre corps de la armée US.
Le mercredi 26 juillet Dès le lendemain, les troupes américaines occupent les objectifs désignés et le général Collins lance trois colonnes de blindés dans un étroit goulot au travers du front allemand : première colonne vers Coutances, deuxième et troisième colonnes dans une mission de flanc-garde ou protection.
Entre Marigny et Saint-Gilles, les Américains s'engouffrent dans la brèche et foncent vers le sud.
Le , le corps américain du général Collins progresse d'une dizaine de kilomètres, enlevant Saint-Gilles puis Canisy après avoir franchi la route allant de Coutances à Saint-Lô. Devant la menace d'encerclement qui se précise, les Allemands décrochent dans la nuit du 27 au . Vingt mille hommes du échappent à l'encerclement.
Le vendredi 28 juillet Les divisions blindées américaines déferlent irrémédiablement vers le sud et l'ouest. Lessay et Périers sont enlevées dans la journée. Coutances est libérée le 28 par la blindée américaine du VIII corps commandée par le général Wood. Cette avance foudroyante a encerclé des éléments en retraite du allemand autour de la localité de Roncey. Des éléments de diverses unités, malgré une tentative de percée des lignes américaines, sont capturés, désarmés et le plus souvent laissés sur place, faute de temps pour les conduire vers un camp. Ces unités laisseront derrière elle d'énormes quantités de matériels : pièces d'artillerie, canons automoteurs, camions, etc. , commandant du allemand, tente vainement de reconstituer de nouvelles lignes de défense, devenues caduques avant même d'avoir pu être édifiées. Rien désormais ne peut stopper les Américains.
Le dimanche 30 juillet Le , la blindée américaine du général Grow traverse Bréhal et Granville sans s'arrêter. Le soir même, Wood, fonçant toujours en pointe, s'empare d'Avranches. Dès le lendemain, il réussit à prendre intact le pont de Pontaubault, sur la Sélune, voie de passage du plus haut intérêt stratégique vers la Bretagne qu'envahit le corps d'armée américain du général Troy Middleton.
Le , Patton prend le commandement de la qui devient alors opérationnelle à partir d'Avranches. Un monument imposant commémore l'instant.
À Servon, dans la rue principale (18, D107), on peut encore voir en 2022 sur la porte d'une grange l'inscription tracée au pinceau « This town off, limits for all troops » (cette ville est fermée, limites pour toutes les troupes).
La suite se déroule très vite vers la Bretagne.
Vers l'est, c'est plus difficile et le QG de la d'infanterie restera fixé à Brécey jusqu'au 13 à cause de la bataille de Mortain et de la contre-offensive allemande (opération Lüttig). Celle-ci se transforme en piège pour les Allemands lorsque se referme la poche de Falaise.
L'offensive détruit l'effectif de huit divisions allemandes : sont faits prisonniers en dont au cours des six premiers jours de l’, sont tués. Cependant, de réussissent à se replier au sud-est de la Sienne. En moins d'une semaine, les troupes de Bradley ont réalisé une percée de .
Du lundi 31 juillet au lundi 14 août
En six jours, la bataille vient brutalement de changer de visage. La rupture est faite et la guerre d'usure cède alors la place à une guerre de mouvement.
Notes et références
Articles connexes Corps d'armée Curtis G. Culin
Opérations de la Seconde Guerre mondiale Opérations aériennes pendant la bataille de Normandie
Liens externes DDay-Overlord - Opération Cobra Histoire et plans de l'opération Cobra pendant la bataille de Normandie
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