Les échecs (prononcé : ), ou le jeu d'échecs, sont un sport cérébral sous la forme d'un jeu de société opposant deux joueurs de part et d'autre d'un tablier (plateau de jeu) appelé « échiquier » constitué par un quadrillage carré de , alternativement blanches et noires.
Sur trente-deux cases sont disposées au début de la partie des figurines, appelées pièces, représentant deux armées ennemies. Les adversaires jouent à tour de rôle en déplaçant de case en case l'une de leurs pièces, selon des règles de marche propres à la nature de cette dernière. Un tel déplacement est obligatoire et peut consister en une capture, c'est-à-dire un coup où la pièce termine sur une case occupée par une pièce adverse, qui est alors retirée du jeu. Chaque camp possède un roi, dont la capture doit impérativement être évitée. Lorsqu'un camp menace de capturer le roi adverse au prochain coup, on dit qu'il y a échec. Si une telle capture est inévitable, on dit qu'il y a échec et mat, et la victoire revient alors au camp qui a menacé le roi adverse.
Le jeu a été introduit dans le sud de l'Europe à partir du par les Arabes, mais on ignore où il fut inventé exactement. Il dérive du shatranj, qui lui-même est la version perse du chaturanga de l'Inde classique. Les règles actuelles se fixent à partir de la fin du .
La compétition aux échecs existe depuis les origines. On en trouverait trace à la cour d'Hâroun ar-Rachîd au Nicolas Giffard, Le guide des échecs, éd. Robert Laffont, 1993, , p. 335.. Le premier tournoi de l'ère moderne a lieu à Londres lors de l'Exposition universelle de 1851. La compétition est régie par la Fédération internationale des échecs (FIDE), qui publie notamment le classement Elo officiel des joueurs. Parallèlement, l'Association of Chess Professionals défend les intérêts des joueurs professionnels. Le premier champion du monde d'échecs est Wilhelm Steinitz en 1886 ; le champion en titre est l'Indien Dommaraju Gukesh depuis .
Aujourd'hui les programmes informatiques d'échecs sont incomparablement meilleurs que les joueurs humains.
Le jeu d'échecs est souvent vu, par monsieur et madame tous le monde, comme un jeu de société et non comme un sport cérébral
Étymologie Le terme échecs vient du persan šâh signifiant « le roi » qui a donné Chess en anglais, Schach en allemand ou l’expression échec et mat. L’emploi du pluriel fait référence aux diverses pièces du jeu..
Histoire
Légendes Mythe du brahmane Sissa
vignette|Enluminure, Liber de Moribus, vers 1300. La légende la plus célèbre sur l'origine du jeu d'échecs. est due aux Perses. Elle raconte l'histoire d'un roi légendaire des Indes (suivant les versions, le roi s'appelle Balhait/Balhit ou Shahram/Shirham.) qui cherchait à tout prix à tromper son ennui. Il promit donc une récompense exceptionnelle à qui lui proposerait une distraction qui le satisferait. Lorsque le sage Sissa, fils du Brahmine Dahir, lui présenta le jeu d'échecs, le souverain, enthousiaste, demanda à Sissa ce que celui-ci souhaitait en échange de ce cadeau extraordinaire. Humblement, Sissa demanda au prince de déposer un grain de riz sur la première case, deux sur la deuxième, quatre sur la troisième, et ainsi de suite pour remplir l'échiquier en doublant la quantité de grain à chaque case. Le prince accorda immédiatement cette récompense en apparence modeste, mais son conseiller lui expliqua qu'il venait de signer la mort du royaume car les récoltes de l'année ne suffiraient à s'acquitter du prix du jeu. En effet, sur la dernière case de l'échiquier, il faudrait déposer , soit plus de neuf milliards de milliards de grains ( précisément), et y ajouter le total des grains déposés sur les cases précédentes, ce qui fait un total de , soit environ de riz décortiqué. « La balle constitue environ 20 % du poids du paddy »..
Des variantes de cette légende existent, l'une suggérant que le roi accepta à condition que le sage compte les grains lui-même, une autre affirmant que Sissa eut la tête tranchée pour une telle effronterie. Certaines versions disent que Sissa ne demanda rien en échange mais, que le roi insistant, Sissa aurait alors décidé de se moquer du roi en lui demandant une récompense que ce dernier ne pourrait donner.
Légende grecque Une autre légende, datant du Moyen Âge, place l'invention du jeu durant la guerre de Troie. Palamède, l'un des héros grecs, aurait inventé le jeu pour remonter le moral des troupes durant le siège de TroieHomère, Odyssée, I, 107 ; Euripide, Iphigénie à Aulis, v. 195 et suiv. Voir aussi de nombreuses peintures de vases grecs., de même que d'autres jeux : Larousse encyclopédique en 10 volumes, Paris, 1984, vol.VIII, 7747 .Robert Graves, « Les Mythes grecs », édition Fayard, Paris, 1967, traduit de l'anglais par Mounir Hafez, 497-517 édition originale : Greek myths, Cassell & c° LTD, Londres 1958.Jacques Roubaud, dans le Petit traité invitant à la découverte de l'art subtil du go, montre le caractère légendaire de ce genre d'affirmations (concernant le go) en faisant remarquer que .. C'est l'origine du nom Le Palamède, première revue échiquéenne. Cette légende est née d'une traduction erronée du mot grec , un terme désignant un jeu de plateau différent des échecs, l'équivalent du senet égyptien., ancêtre probable du Tablut ou « jeu des cinq lignes »., parfois traduit - à tort - par « dames ». ou « échecs »..
Légende latine Selon une autre légende, inventée par le poète anglais William Jones en 1763 dans un poème en latin, Euphron (frère de Vénus et dieu des sports) aurait créé les échecs pour aider Mars à séduire la belle CaïssaSamuel Johnson, The works of the English poets, from Chaucer to Cowper, J. Johnson, 1810, « Caissa: or The Game of Chess ». Cette dernière est parfois considérée comme la déesse des échecs.
Hypothèses historiques d'une origine orientale vignette|Un juif et un musulman jouant aux échecs (extrait du Libro de los juegos, manuscrit du réalisé à la demande du roi Alphonse X de Castille). La rencontre des Arabes avec ce jeu, au début du Moyen Âge, en Perse, est fort bien documentée.. Les premiers livres traitant des échecs remontent à l'époque arabe, avec notamment certains des textes compilés dans le Kitab-al-Fihrist d'Ibn al-Nadim à la fin du Nicolae Sfetcu, The Game of Chess, 2014, page 41.. Les Arabes s'y adonnent avec passion et propagent sa pratique au fil de leurs conquêtes. Vers l'ouest, le jeu traverse le Maghreb et la Méditerranée pour parvenir à l'Espagne musulmane et atteindre l'Occident chrétien à la fin du ..
vignette|Jeu de chatrang perse du .|gauche Avant le Moyen Âge, plusieurs anciens jeux de plateau de stratégie partageaient un ensemble de traits les apparentant au jeu d'échecs, comme notamment le chaturanga indien, le shatranj persan, le shatranj arabe, le shatar mongol, le sit-tu-yin birman, le makruk thaï ou cambodgien, le catur malais, le xiangqi chinois ou vietnamien, le janggi coréen ou encore le shōgi japonais. Cependant, il n'existe aucun témoignage direct et sans équivoque établissant la piste d'un supposé ancêtre commun des échecs.
Si la naissance même du jeu reste encore obscure et controversée., on peut au moins affirmer que les échecs sont un jeu asiatique. Trois ensembles géographiques posent leur candidature au titre de berceau du roi des jeux : l'Inde du Nord, du Cachemire à la haute vallée du Gange, en passant par le Sind et le Pendjab, puis le bassin de l'Indus (aujourd'hui appartenant largement au Pakistan) ; la Chine historique, c'est-à-dire le bassin du fleuve Jaune et peut-être celui du Yangzi Jiang, plus au sud ; la grande sphère iranienne entre les deux, les pays traversés par l'antique route de la soie : la Perse, mais aussi le Gandhâra, la Bactriane, le Khwarezm, la Sogdiane et la Sérinde, soit l'Asie centrale de l'Iran et de l'Afghanistan au Xinjiang. Linguistiquement et culturellement, ces régions se rattachaient à la sphère iranienne.
L'attribution de la genèse du jeu d'échecs à l'Inde est généralement l'hypothèse la plus envisagée. En effet, les premiers textes persans et arabes affirment que les échecs sont venus d'Inde. Cependant, les traces historiques prouvant cette origine manquent.
L'Asie centrale iranienne, au contraire, reste la terre des premiers témoignages comme des plus anciennes trouvailles archéologiques. Enfin, la Chine revendique aussi l'origine de ce jeu et, s'il est vrai que les premiers témoignages confirmés sont tardifs en Chine, il existe des sources, certes floues mais dépassant en ancienneté les sources perses ou sanscrites (qui datent de l'époque 600 à 650 ).
Dans l'état actuel des connaissances, il est difficile de trancher.
Une autre croyance très répandue est l'idée que les premiers échecs auraient été inventés (dans ce cas, en Inde) sous la forme d'un jeu se jouant à quatre joueurs et avec l'aide de dés. Vers l'an 600, des Indiens ou des Perses auraient éliminé les dés et regroupé les camps pour n'en faire que deux. Cette hypothèse est très certainement fausse : la plus ancienne mention connue du jeu à quatre date de 1030, soit quatre siècles après la mention du jeu à deux. Toutes ces informations poussent à penser que ce chaturanga à quatre, appelé « chaturaji », constitue une variante du chaturanga ou shatranj à deux et non le contraireà ne pas confondre avec sa variante tardive à quatre joueurs dite « » ; voir la mise au point de Jean-Louis Cazaux, ..
Le mot sanskrit « chaturanga », qui a donné chatrang en pehlevi (moyen persan), signifie quatre membres et désignait à l'origine l'armée épique indienne, avec infanterie, cavalerie, éléphanterie et chars de combat. Ces pièces, avec un roi et son conseiller (ministre ou général), formaient à l'origine l'ensemble des pièces du jeu, très semblables à celui d'aujourd'hui. Chaque joueur maniait sur un tablier de , de couleur unique.
L'unification des variantes au Moyen Âge vignette|Éléphant (ancêtre du fou) de l'Échiquier de Charlemagne. Lorsque les Arabes envahissent la Perse, ils l'adoptent sous le nom de shatranj. Dans son Kuzari (en arabe), le rabbin poète Juda Halevi en parle sous le terme arabe shtaranj. Dans sa traduction hébraïque du Kuzari, le rabbin linguiste Juda ibn Tibbon traduit par « le jeu des échecs », et ajoute « appelé shtaranj en arabe »..
Les échecs connaissent alors un développement remarquable, se répandant en suivant les conquêtes de l'islam. C'est au cours des qu'apparaissent les premiers champions et les premiers traités.
On retrouve alors : le roi (Shâh, c'est lui qui donne son nom au jeu), qui se déplace d'un pas dans toutes les directions ; le conseiller (Farzin ou vizir), dont le mouvement est limité à une seule case en diagonale ; l'éléphant (Fil, sanskrit pīlu qui donnera « fou »), avec un déplacement correspondant à un saut de deux cases en diagonale ; le cheval (Faras), identique au cavalier moderne ; le char (Roukh), identique à la tour actuelle ; le soldat (Baidaq, sanskrit padāti : piéton, fantassin), l'équivalent du pion, mais dépourvu du double pas initial. Le Roukh était parfois représenté comme un char de guerre. Les Arabes y voyaient un général commandant l'armée, mais son sens littéral reste obscur. Il semble que, pour les Arabes, ce mot n'avait pas d'autre sens que celui de désigner cette pièce au Shatranj, un peu comme le mot rook pour les anglophones aujourd'hui. Le lien étymologique avec le sanskrit ratha : char est peu évident.
Arrivée en Europe et évolution vignette|redresse|Pièce d'échecs, .|gauche Les échecs arrivent sans doute en Europe peu avant l'an mil., par l'Espagne musulmane ou par l'Italie du Sud (Sicile)Petite histoire d'un grand jeu : Les échecs – Développements, Moracchini Échecs Institut..
Une légende a longtemps attribué un jeu d'échecs à Charlemagne, qui l'aurait reçu de la part du calife Hâroun ar-Rachîd. On pense aujourd'hui qu'il fut fabriqué postérieurement près de Salerne, à la fin du ..