La santé au travail est une démarche interdisciplinaire, associant employés et employeurs, dans le but de créer un lieu de travail favorable à la santé et notamment de lutter contre le harcèlement au travail et contre la « discrimination salariale selon l'état de santé »Cette discrimination est en France mesurée par l'écart de salaire entre des individus en bon et en mauvais état de santé, en prenant en compte l'endogénéité de l'état de santé. Les résultats confirment en 2013 la persistance d'une discrimination salariale envers les individus en mauvaise santé, quel que soit l'indicateur d'état de santé considéré ; source : Ben Halima M.A., Rococo E. Discrimination salariale selon l'état de santé en France Document de travail . 2013/03.
Cette démarche met en place des programmes de bien-être au travail axés sur l'organisation, l'individu (le travailleur) et les équipes. Elle associe les aspects toxicologiques et environnementaux, sociaux, psychosociaux, ergonomiques et organisationnels de l'activité professionnelle, avec les problèmes de santé individuels, familiaux et communautaires. Le travailleur est considéré dans sa globalité et non sous un angle purement clinique.
La santé au travail, concept apparu au début des années 1980, rejoint ainsi le concept de la « promotion de la santé au travail »Le réseau mondial pour la santé au travail - GOHNET, , hiver 2003 , apparu dans les années 1990; et le thème de la Santé et sécurité au travail. La médecine du travail fait partie de cet ensemble.
Définitions alt=La santé au travail (France)|thumb|La santé au travail (France) Le texte des Conventions et Recommandations de l'OIT se trouvent reprises en références.
La définition de la santé proposé par la Convention 155 de l'OIT de 1981 portant sur la sécurité et la santé au travail est la suivante :
Un pas supplémentaire est franchi par la Convention 161 de l'OIT de 1985 portant sur les services de santé au travail : , ajoutant en son article 9, que .
La Recommandation 171 de l'OIT de 1985 va préciser les missions des services de santé.
La promotion de la santé au travail (voir introduction ci-dessus) se conjugue avec la santé au travail dans la Convention de l'OIT de 2006 portant sur le cadre promotionnel pour la sécurité et la santé au travail, mettant ainsi en avant les avis conjoint OMS – OIT :
Le Comité mixte OMS-OIT, en 1995, définit ainsi la Santé au travailLe réseau mondial pour la santé au travail - GOHNET, , été 2003 :
Le Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST) définit ainsi la Santé au travailAvancement de la santé au travail : Définition et importance de la santé au travail - Centre canadien d'hygiène et de sécurité au travail (CCHST) :
Au sens large, la santé au travail peut inclure le travail non salarié (épouse et enfants d'agriculteurs ou d'artisans par exemple qui dans de nombreux pays apportent une aide conséquente au travailleur principal), dont celui des enfants et étudiants dans les locaux scolaires (médecine scolaire), qui sont souvent situés dans des zones où l'air est pollué et parfois construits sur des sites polluésWeinhold, B. (2011). Children's heath : School Siting: EPA Says Location Matters. Environmental health perspectives, 119(1), A19..
Histoire La santé au travail est évoquée depuis l’Antiquité, où, par exemple, des textes égyptiens et les observations d’Hippocrate attestent déjà de maladies liées aux métiers. Au XVIIᵉ siècle, Bernardino Ramazzini systématise l’étude des maladies professionnelles, ouvrant la voie à une reconnaissance scientifique et juridique.
La révolution industrielle du XIXᵉ siècle a marqué un tournant majeur avec l’intensification et la concentration de risques physiques et chimiques dans des industries aux conditions de travail souvent extrêmes et de la céruseIllustrations des conditions de vie au travail dans l'industrie du plomb] et de la céruse, en partie combattus par l'hygiénisme ; et au XXᵉ siècle, la santé au travail devient un enjeu socio-politique (notamment pris en compte par la création de l'OIT au sein de l'ONU et par la mise en place de systèmes d’indemnisation et d’organismes spécialisés, tandis que l’après‑guerre élargit la notion aux risques psychosociaux.
Ce processus, ancien et continu, se caractérise par une transformation des formes de risques selon les époques, oscillant entre avancées législatives et nouvelles menaces pour la santé physique et mentale des travailleurs. Il s'inscrit notamment dans les démarches de promotion de la santé qui est (Charte d'Ottawa, OMS, 1986).
Depuis les années 1980, la mondialisation, la précarisation et la technicité de l’emploi, ainsi que l’intensification des tâches accentuent la dégradation, désormais marquée par des troubles musculosquelettiques, le burn‑out, le harcèlement psychologique et les effets des technologies numériques et peut-être de l'IA. Des sujets émergents sont progressivement intégrés dans le champ de la santé au travail, tels que : les effets sociopsychologiques ou d'autres pathologies induites par une informatisation poussée du télétravailChaumon M (2017) Du rôle des TIC dans la transformation digitale de l'activité et de la santé au travail. Mieux travailler à l'ère du numérique : définir les enjeux et soutenir l'action, 15., le télétravail, le travail en situation dégradée (guerre, pandémie, catastrophe naturelle…) , le travail avec le big data, avec les robotsTisseron S (2017) L'étude de la relation homme-robot : l'avenir de la psychologie. Le Journal des psychologues, (8), 23-27 (résumé). (dont dans le domaine de la santé et des soins à la personneFerguson-Icam Y Une IA aux petits soins. Les impacts de l'IA sur les professionnels de santé.) et/ou en interaction avec une intelligence artificielleDejoux C & Léon E (2018) Métamorphose des managers… : à l'ère du numérique et de l'intelligence artificielle. Pearson., le travail dans l'espace (dans la station orbitale), l'adaptation au changement climatique (comment travailler en période de canicule par exemple), l'ubérisationTeboul B (2016) L'uberisation, l'automatisation… Le travail, les emplois de la seconde vague du numérique. In Big Data et Emploi: Séminaire en Economie.…
Qualité de vie au travail (QVT)
Ce concept, tel qu'il est utilisé semble avoir une origine anglo-saxonne plus ancienne, formalisée par les théories des organisations dans les années 1970 Louis E. Davis, Albert B. Cherns, The Quality of Working Life, New York, The Free Press, 1975. Ce concept évolue, par exemple en intégrant le télétravail ou de nouveaux modes de travail, dont le travail collaboratif, l'économie contributive, sociale et solidaire.
En France, l'intérêt pour ce sujet remonte au moins à 1973 avec la création de l'Anact. On est passé progressivement de la protection de la santé physique à la protection de la santé mentale des salariés (ou artisans), d'une logique de réparation / sanction des atteintes à la santé mentale des travailleurs à une logique de prévention des risques psychosociaux, d'une logique de prévention à une logique de promotion de la qualité de vie au travailPascale Lagesse, Bruno Lefebvre « Des risques psychosociaux à la qualité de vie au travail » Les Cahiers Lamy du CE, , avril 2013. Les négociations des partenaires sociaux ont abouti le , à un Accord National Interprofessionnel (ANI) sur la qualité de vie au travail et l'égalité professionnellehttps://archive.wikiwix.com/cache/19981130000000/http://www.anact.fr/web/actualite/essentiel?p_thingIdToShow=27107597.. La médecine du travail y trouve sa place selon les pratiques nationales. Les extrêmes de ces pôles sont d'une part les pratiques anglo-saxonnes (Grande-Bretagne et États-Unis d'Amérique) où les pratiques sont d'abord normatives dans un cadre multidisciplinaire et où la médecine du travail trouve une place congrue, lorsqu'elle existe et d'autre part les pratiques françaises, plus individuelles, où la médecine du travail est au centre du processus pluridisciplinaire.
Les autres pays se situent entre ces deux pôles dans leur façon d'aborder la santé et la qualité de vie au travail.
Accident du travail Qu'il soit considéré comme dû au hasard, comme un aléa prévisible de certaines activités professionnelles, ou comme conséquence directe des formes contemporaines d'organisation du travail, l'accident du travail n'est que la face la plus visible des atteintes à la santé dues au travail.
Une recherche menée en Suisse montre que le traitement social particulier dont l'accident fait l'objet est à mettre en relation avec les raisons qui expliquent l'émergence et le développement de l'assurance accidents, c'est-à-dire la suppression d'un éventuel conflit de classe sur la responsabilité de l'accident. Le développement assurantiel permet en effet de déplacer le conflit entre patronat et classe ouvrière, potentiellement dangereux pour l'ordre capitaliste, du terrain collectif et politique vers le terrain personnel et administratifProbst, I., Tabin, J.-P., Waardenburg, G. (2014). Les atteintes à la santé dues au travail : du visible à l'invisible. In F. Aballéa & A. Mias (Coord.), Organisation, gestion productive et santé au travail (). Toulouse: Octares..
Santé et précarité Les travailleurs précaires sont exposés à des risques de santé accrus. Ceux-ci proviennent de leur moindre protection, de travaux auxquels ils sont affectés et de leur moindre souci de protection.
Moindre protection Les travailleurs précaires ne bénéficient pas de toutes les prérogatives du droit du travailCastel, . Leurs contrats sont moins protecteurs en matière de santéThébaud-Mony, . Ils sont moins informés et formés et, de ce fait, exclus des dispositions dynamiques de préventionSouffrances, .
Affectations préjudiciables Les tâches les plus pénibles et les plus dangereuses sont transférées aux salariés précaires, souvent dans le cadre de sous-traitances en cascades. Dans l'industrie nucléaire ils sont nombreux dans des activités pas ou faiblement qualifiées (décontaminations, calorifugeage, tri des déchets, etc.)Thébaud-Mony, . Dans le bâtiment ils sont affectés à des tâches que « personne de l'entreprise n'accepterait de faire ». Les nuisances qui en résultent à moyen et long terme sur leur santé sont occultées du fait de leur précaritéSouffrances, . La précarisation rend invisible l'exposition aux cancérogènes et rend improbable leur traçabilitéThébaud-Mony, .
Moindre souci de protection La peur de perdre leur emploi incite les précaires à relativiser les risques encourus au travail, voire à les occulter. Lors de la visite médicale d'embauche ou de nouvelle affectation les précaires demandent au médecin du travail de ratifier l'avis d'aptitude, même à mauvais escient, de crainte de ne pas être embauchés ou d'être licenciés. Les femmes enceintes cachent leur étatSouffrances, , 205. La sous-déclaration des accidents de travail augmente avec le niveau de précarité et le degré de sous-traitanceSouffrances, . Les accidents de travail sont sous représentés chez les précaires notamment par crainte de perdre l'emploi ou par inexpérience et non formationThébaud-Mony, , 131, 343. Le taux de sous-déclaration est estimé à 20 % pour l'ensemble de la population mais il se monterait à 59 % chez les jeunes de moins de 30 ans. Les jeunes peu diplômés sont les plus touchés par la précarité de l'emploi. Selon Philippe Askenazy, l'insécurité de l'emploi et l'intensité du travail imprègnent les débuts de leur carrière professionnelle. Du fait de leur précarité les jeunes sont moins en mesure de se préserver : présentéisme important, surinvestissement dans le travail, non-prise des jours de congés payés ou d'arrêt maladie. Ainsi des quadragénaires d'aujourd'hui montrent des signes d'usure prématuréeSanté & travail, .
Partenaires de la santé au travail L'acteur principal de la santé au travail est le travailleur lui-même qui doit être capable de prendre en main sa santé (d'une manière globale et intégrée, voir les définitions).