vignette| Affiche de propagande soviétique datant d'octobre 1918 sur la dictature du prolétariat.

La dictature du prolétariat est un concept du marxisme désignant une hypothétique phase transitoire révolutionnaire de la société entre le capitalisme et le communisme.

Cette expressionLa dictature démocratique et la démocratie populaire. Oxymore et pléonasme… chez quelques marxistes, persee.fr. employée à l'origine par Louis Auguste Blanqui, Maintenant, il faut des armes, Auguste Blanqui, textes choisis par Dominique Le Nuz, La Fabrique éditions, 2007, 427 p., dans le droit fil de la pensée de Jean-Paul Marat et de Gracchus Babeuf {Gracchus Babeuf (1760-1797) et le Communisme, Alain Maillard, 2001, http://www.theyliewedie.org/ressources/biblio/fr/Maillard_Alain_-_Gracchus_Babeuf.html]. et parfois employée par Karl Marx, est au cœur de vifs débats (y compris entre marxistes), notamment en ce qui concerne sa mise en œuvre et la question de l'État durant cette phase transitoire. Marx emploie cette expression dans un sens différent par rapport au blanquisme : là où le blanquisme prône l'idée d'une « minorité » révolutionnaire devant mener à bien la transition socialiste, Marx et Engels. mettent au contraire en avant le rôle révolutionnaire de l'ensemble des masses laborieuses.

Karl Marx et Friedrich Engels conçoivent la dictature du prolétariat comme une phase révolutionnaire transitoire, menée par les masses populaires, Manifeste Communiste, 1848., supposée nécessaire pour abattre le pouvoir de la bourgeoisie, notamment à l'échelle internationale. Sur le plan économique, elle se traduit par un processus de suppression de la propriété privée des moyens de production, et donc par la mise en place du collectivisme économique et d'une démocratie au sein de la production via un processus de socialisation des biens. Sur le plan politique, elle s'exprime par une forme de ., par exemple en comportant des élections au mandat impératif (où les élus sont mandatés au suffrage universel et révocables). Finalement, cette phase révolutionnaire sert au prolétariat à pouvoir « s'auto-abolir » (c'est-à-dire en s'(auto-)abolissant et en disparaissant en tant que condition sociale aliénée/exploitée via notamment la lutte contre la propriété privée bourgeoise et la société de classes)« Le prolétariat exécute la sentence que la propriété privée prononce contre elle-même en engendrant le prolétariat, tout comme il exécute la sentence que le travail salarié prononce contre lui-même en produisant la richesse d'autrui et sa propre misère. Si le prolétariat triomphe, il ne sera nullement devenu le côté absolu de la société, car il ne triomphera qu'en s'abolissant lui-même et en abolissant son contraire. À ce moment-là, le prolétariat aura disparu tout autant que son antithèse qui est aussi sa condition, la propriété privée ». - F. Engels / K. Marx, La Sainte Famille, Éditions de La Pléiade, p. 459-460.. Également, politiquement, à partir notamment de l'expérience de la Commune de Paris de 1871, Marx mène des réflexions autour d'une possible forme de communalisme sous la dictature révolutionnaire démocratique prolétarienne..

Selon la théorie marxiste, la période révolutionnaire et transitoire de la dictature du prolétariat conduira progressivement à la phase dite du communisme, liée à un processus de dépérissement de l'État, à la fin de la production marchande (et donc la fin du « fétichisme de la marchandise ») et à l'abolition des classes sociales. Ensuite, adviendra le passage à une société communiste dans sa mettant fin au droit bourgeois, à la division du travail et la fin de l'opposition entre le travail intellectuel et manuelAndré Piettre, Marx et marxisme, Presses universitaires de France, 1966, .. Pour mener à bien le processus révolutionnaire vers le communisme, il est nécessaire également que les communistes mènent une lutte qui soit internationaliste -Friedrich Engels, Principes du communisme, 1847 ., qu'il y ait comme dirait Marx une ., un processus contribuant ainsi à la fin des nations, Friedrich Engels, K. Schapper, W. Wolff, Projet de profession de foi communiste, 1847..

Après la révolution russe de 1917, le concept est repris par Lénine : les bolcheviks ont présenté leur gouvernement comme une , mais ce qualificatif est contesté par nombre de leurs opposants (notamment marxistes). Les adversaires du marxisme (y compris sociaux-démocrates, au sens actuel du terme) voient dans la notion de un danger pour les libertés et pour la démocratie parlementaire, et arguent qu'en son nom, bureaucratie et nomenklatura ont accaparé le pouvoir de manière sanglante dans les régimes politiques se réclamant du marxisme-léninisme. vignette|185x185px|Herman Gorter et Anton Pannekoek, communistes de conseils (ou « conseillisme ») opposés aux conceptions de Lénine sur la dictature du prolétariat. Certains courants communistes et marxistes se sont également montrés critiques et opposés vis-à-vis de la vision léniniste de la dictature du prolétariat, par exemple les conseillistes (Anton Pannekoek, Herman Gorter, Paul Mattick, Karl Korsh, etc.). Le conseillisme (ou « communisme de conseils ») est concentré sur les conseils ouvriers (et des mandats impératifs) comme forme d'organisation révolutionnaire et démocratique menés par les classes populaires, notamment durant la dictature du prolétariat, s'opposant ainsi au modèle léniniste d'un parti d'avant-garde qui doit saisir l'appareil d'État. Les conseillistes reprochent aux léninistes d'être porteurs d'un « communisme de parti », où un parti d'avant-garde (discipliné composé et dirigé par des cadres « professionnels ») confisquerait le pouvoir au détriment de l'auto-organisation ouvrière (substitutisme). La question de l'organisation révolutionnaire diffère plus ou moins selon les courants, mouvements et auteurs du communisme de conseils, certains étant soient plutôt fortement dans le spontanéisme ou alors d'autres plutôt « pro-parti » politiquehttps://bataillesocialiste.wordpress.com/wp-content/uploads/2015/01/gch-bourrinet-rev-2sansremerciements.pdf.. Cependant, l'objectif reste le même : le rejet du parlementarisme et de l'électoralisme, la critique de la bureaucratie, et l'idée que la révolution socialiste doit être menée et coordonnée principalement par les conseils de travailleurs révolutionnaires.

Le terme « dictature »

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Dans Le Capital, Marx définit le prolétaire comme Karl Marx, le Capital, Chapitre XXV : Loi générale de l’accumulation capitaliste, note 1..

Les deux termes dictature et prolétaires furent repris des révolutionnaires français par leurs héritiers politiques du siècle suivant, et parmi eux, les chez qui Marx puisa une partie de son socialisme.

Le terme fut choisi pour souligner que le capitalisme consisterait en la , celle d'une seule classe sociale qui détient tout le pouvoir politique et économique (que ce soit sous la forme politique du régime parlementaire ou de la dictature telle qu'on l'entend aujourd'hui). Pour renverser cette classe, la classe des gens d'aucune classe - les prolétaires - devait prendre dans un premier temps tout le pouvoir, pour supprimer la division de la société en classes.

Le mot dictature choque parfois aujourd'hui. Cependant, selon le philosophe et militant trotskiste Daniel Bensaïd, « Les mots n’ont pas aujourd’hui le même sens qu’ils pouvaient avoir sous la plume de Marx. À l’époque, la dictature, dans le vocabulaire des Lumières, s’opposait à la tyrannie ; elle évoquait une vénérable institution romaine : un pouvoir d’exception délégué pour un temps limité, et non pas un pouvoir arbitraire illimité »..

Différences avec la version « blanquiste » de la dictature du prolétariat Friedrich Engels définit et critique la pensée de Auguste Blanqui dans « Le programme des émigrés blanquistes de la Commune »Texte intégral du Programme des émigrés blanquistes de la Commune, Marxists Internet Archive. en 1873 :

Engels critique ainsi l'aspect blanquiste d'une « minorité » révolutionnaire devant mener à bien la transition socialiste, et le risque d'une soumission progressive du prolétariat par une dictature . Également, Engels reproche en particulier aux blanquistes de vouloir décréter la révolution plutôt que de la construire. Il illustre cette tendance par cette citation du Programme :

Ce refus total des compromis et cette volonté de sauter les moyens-termes par « impatience » illustre, pour Engels, l'immaturité de cette forme de socialisme qui refuse de prendre en compte le développement historique et ses lois.

La définition de Marx et Engels gauche|vignette|Schéma des différentes phases conduisant à l'établissement de la société communiste. vignette|Karl Marx et Friedrich Engels. C’est au lendemain du Printemps des peuples, qu’apparaît, sous la plume de Marx l’expression de Les luttes de classes en France. Du 13 juin 1849 au 10 mars 1850, K. Marx, sur marxists.org.. Auparavant, Marx et Engels ne parlaient que du .. Marx fera explicitement la liaison entre ces deux notions en 1850Déclaration dans œuvre, T. IV, K. Marx, ..

Chez Marx, le terme prolétariat ne signifie pas Le terme latin Proletarii désignait les citoyens pauvres qui ne contribuaient en rien à l’État sinon en faisant des enfants (en latin signifie « lignée »). en général mais seulement ceux qui travaillent contre des salaires, c’est-à-dire la classe ouvrière.

La fut donc, pour lui, l’exercice du pouvoir politique par la classe ouvrière dans son ensemble, et dans son propre intérêt. Ce qui pour Marx impliquait une dans laquelle la classe ouvrière – la majorité dans la société capitaliste – gouvernerait. Il ne s'agit toutefois pas d'une démocratie au sens libéral du terme : les partis n'ont plus leur place dans la cité, et doivent être réduits par la violence.

Dans Les Luttes de classes en France, Marx défend la . et définit la et comme les deux mots d'ordre qui distinguent le communisme du socialisme petit-bourgeois.. La même année, la est inscrite comme objectif de la société universelle des communistes révolutionnaires dans ses statutsStatuts de la société universelle des communistes révolutionnaires, Adam, J. Vidil, K. Marx, August Willich, F. Engels et G. Julian Harney.. En 1852, Marx considère que ses réflexions sur la dictature du prolétariat font partie des trois contributions originales qu'il a apportées sur les historiens bourgeois : En 1871, la Commune de Paris ouvre de nouvelles perspectives politiques. Pour Engels, .. Marx lui reproche toutefois de se montrer avec les forces réactionnaires, de ne pas attaquer Versailles dès qu'elle en a l'occasion., et d'être trop indulgente avec les comploteurs, les incendiaires et les espions contre-révolutionnaires :

Marx après la Commune de Paris, dans une lettre à Kugelmann en , tire une leçon sur le rôle déterminant que les révolutionnaires doivent jouer dans la destruction de l'État au début de la révolution. La révolution socialiste devra briser l'appareil d'État et la bureaucratie :

Dans La Guerre civile en France, Marx présente le projet plus global de la Commune, s'exprimant par des assemblées démocratiques ayant notamment des mandats impératifs comme moyen d'élection (les élus peuvent être révocables) et contribuant au dépérissement de l'État. La Commune de Paris, assimilée à une forme de dictature du prolétariat par Marx et Engels, est donc ici caractérisée par des formes d'outils de démocraties directes et un processus révolutionnaire abolissant l'État :

Pour Marx et Engels, la dictature du prolétariat s’identifie exactement à la démocratie révolutionnaire. Cependant, cette démocratie n’exclut ni la puissance économique, ni la force militaire de l’État. Ils écrivent à propos de la démocratie :

La révolution qui mènera à la dictature révolutionnaire du prolétariat doit également être l'œuvre des masses, et non pas d'une simple minorité consciente. Les masses populaires doivent agir :

De la puissance économique de l'État :

Enfin, sur sa force militaire :