Prosilva (ou Pro Silva) est une « sylviculture irrégulière » (mélangeant les essences et les classes d'âge) et privilégiant la régénération naturelle. Elle se veut holistique et « Proche de la Nature » (SICPNSICPN : Acronyme de sylviculture irrégulière, continue et proche de la nature). Ce type de sylviculture est appelé « Close to Nature forestry » dans les pays anglophones. Les plantations, entretiens et coupes rases y sont évités au profit d'une gestion continue. Une gestion au cas par cas, pied à pied vise à conduire l'arbre à son optimum de développement (correspondant à sa meilleure valeur économique), moment où il peut être coupé (ou conservé comme source de bois-mort). Cette approche adaptative à « couverture continue » inclut le principe de la « forêt pérenne » Ammann P. & Junod P. (2012) En quoi forêt jardinée et forêt pérenne se distinguent-elles? ; Fachstelle Waldbau (FWB) - Centre de compétence en sylviculture (CCS) ; 9 février 2012 ; plaquette, 2 pages qui s’oppose à la conduite en futaie régulière, en se basant sur l'imitation et le respect des processus naturels (« automations biologiques »). Elle exige donc une compétence en écologie forestière, notamment basée sur l’observation et le retour d’expérience.

Pro Silva est aussi une fédération européenne de forestiers publics et privés, de propriétaires forestiers, d’étudiants et de personnes concernées par la sylviculture. Basée dans européens (et plus récemment en Nouvelle-Angleterre aux États-Unis), elle promeut les principes décrits ci-dessus comme une « alternative à la gestion par coupes rases et plantations d’arbres à court terme » ; tout en reconnaissant et valorisant « l'histoire unique de la foresterie et sa contribution passée, actuelle et potentielle aux niveaux local, régional et national ».

Les principes de Pro silva sont conformes à la déclaration du premier Sommet de la Terre (à Rio en ) sur la forêt et à la convention sur la biodiversité. Ils respectent et devancent la plupart des principes et critères des grands labels de gestion forestière (dont PEFC et FSC). Certains principes de Pro Silva évoquent ceux de la permaculture (qui s'intéresse notamment aux arbres fruitiers et au rôle du bois-mort), et peuvent concerner l'agrosylviculture et l'agroforesterie.

Histoire

; approche qui a été résumée en 2003 par Gamborg & Larsen comme une « sylviculture basée sur la nature » ou « gestion proche de la nature », encore prônée aujourd'hui.

Les prémices de la révolution industrielle ont abouti à la surexploitation d'une grande partie des forêts européennes (bois, charbon de bois). L'utilisation des ressources de charbon et le pétrole auraient pu permettre de réduire l'intensité d'exploitation de la forêt. Mais deux guerres mondiales les ont à nouveau sollicité, alors que les besoins en bois de mine et industriels augmentaient. Après les guerres il a fallu restaurer les forêts avec peu de moyens financiers.Après la première guerre (par exemple vers 1920 en Prusse avec ) ont émergé des pratiques alternatives et opposées aux approches mécanistes visant à tirer un profit rapide et maximal du sol (en le dégradant et en dégradant les écosystèmes). Et depuis la fin de la seconde guerre mondiale en Allemagne des essais de sylviculture plus « douce », « holistiques », « globalisante », « souple », se sont développés. Cette sylviculture s’inspire des processus naturels, pour être efficace tout en étant moins « artificialisante ». Elle est aussi moins cartésienne, moins codifiée et moins irréversible que la sylviculture des systèmes réguliers, ceci pour mieux s’adapter, presque au « cas par cas », aux besoins des arbres.

Alors qu’apparaissent les prémisses de la phytosociologie et l’écologie scientifique deux concepts émergent à la fin du et au début du en Europe : le concept de « forêt jardinée » théorisé par Henri Biolley, il y a plus d’un siècle ; écrivait Henry Biolley en 1901. Cette forêt est comme une société où les plus âgés protègent et éduquent les petits, ce pourquoi le forestier doit veiller à ne pas interrompre la croissance continue d’un massif ou d’une parcelle pour toutes les classes d’âge, et ne récolter l’arbre que juste avant sa sénescence, tout en veillant à maintenir la continuité des processus d’auto-entretien de la forêt (qui existait bien avant que l’Homme n’apparaisse). le concept de « forêt pérenne » ou « continue », théorisé par en 1922 ; Les sylviculteurs suisses Ammann & Junod précisent que cette notion de continuité est à comprendre au .

Un principe sous-jacent est que la forêt est une sorte de superorganisme complexe et vivant, que le forestier doit respecter et considérer dans son intégralité pour en récolter les fruits au fur et à mesure qu’ils mûrissent. Ce double concept (de forêt jardinée, et pérenne) ne décrit pas tant une méthode sylvicole qu'un but recherché. Ce but est de produire ou entretenir une structure forestière hétérogène en classe d’âge et diversifiée en espèces … où la récolte se fait régulièrement dans de petites poches qui imitent les chablis.Au sein des méthodes prônant la forêt irrégulière, Pro Silva intègre totalement le principe la forêt jardinée, alors qu’une gestion programmée « en mosaïque » ou « en damiers » (plus artificialisante et programmée) est par certains parfois aussi considérée comme respectant le principe d’une forêt continue.

Au ces concepts nouveaux ont attiré de nouveaux propriétaires ou gestionnaires de forêt. Ceux-ci ont notamment créé Pro Silva, et en Allemagne en 1950, un "Groupe de travail sur la foresterie naturelle" Arbeitsgemeinschaft Naturgemäße Waldwirtschaft ("Groupe de travail sur la foresterie naturelle"); .

Ce nouveau modèle a troublé les tenants des méthodes classiques, notamment inquiets de l’objectif d'irrégularisation commun à ces approches nouvelles, contraire à leurs habitudes de gestion planifiée et interventionniste, souvent déclinées sur de vastes parcelles. Ces derniers semblaient redouter une gestion faisant selon eux trop confiance à la nature, et peut être moins adaptée à la mécanisation croissante de la filière depuis le .

Si les règles de Pro silva semblent plus souples, leur application et la gestion associée ont néanmoins une autre forme de rigueur, appuyé sur des savoir-faire un peu différents. Les tenants de Pro silva estiment que leur approche a une cohérence au moins aussi forte, pour des résultats in fine au moins aussi bons. C’est une autre forme de rationalisation (à une époque où selon Christian Barthod, la généralisation de l'économie de marché contraint tous les forestiers à « un effort de rationalisation sans précédent »).

La fédération Pro Silva a été formellement créée en Slovénie en 1989 (et a célébré ses également en Slovénie en 2009)Statut/mémorandum de la constitution de la fédération Pro Silva.

Gouvernance : en 2017 le président est Eckart Senitza (autrichien) et le vice-président est Philippe Morgan (pays de Galles, Royaume-Uni)Pro Silva 2017 New Board elected 2017 in Sibiu , news du 30 juin .

Principes

La fédération Pro Silva promeut les stratégies sylvicoles optimisant . Les objectifs commerciaux et non commerciaux doivent donc tous prendre en compte « l'ensemble de l'écosystème forestier » ; les solutions dites « proches de la nature » s'inspirent donc des écosystèmes forestiers naturels. Elles s'appuient sur deux principes-clé : l’utilisation au profit du forestier de (L’ ou est définie par Brice de Turckheim comme les ); la de la gestion sylvicole Jean-Philippe Schütz (2009) La forêt pérenne: aimable rêverie sylvicole ou concept d'avenir? (essai) | The continuous cover forest: a pleasant forestry daydream or a concept for the future? (essay). Schweizerische Zeitschrift fur Forstwesen: June 2009, Vol. 160, No. 6, . |URL:https://doi.org/10.3188/szf.2009.0132 .

Concernant la soutenabilité « dans son sens le plus large » Pro Silva compte 4 fonctions essentielles correspondant à 4 catégories de bénéfices ou apportés par la forêt et à conjointement maintenir Pro Silva (2012) Pro Silva principles (Principes de Pro Silva) (voir /69 de la version PDF) : « fonction naturelle » ou « bioécologique » (maintien des écosystèmes) ; « fonction de protection » (de l'eau, des sols, du climat...) ; « fonction de production » (de bois et de produits forestiers autres que le bois) ; « fonction culturelle » (aménités dont loisirs, commodités et autres bienfaits culturels).

Selon Pro Silva, la gestion doit être adaptée aux besoins des communautés d'arbres, et plus largement aux besoins des écosystèmes forestiers, plutôt qu’aux besoins de la mécanisation des récoltes ou aux modes du marché pour telle ou telle essence.

La fonction naturelle (ou « bioécologique ») Pour Pro Silva cette fonction de réservoir de nature est la plus importante des 4 fonctions essentielles. Elle doit être respectée (ou restaurée si elle est dégradée) car elle est à la base de l’écosystème forestier, et donc de sa capacité d'autoentretien, d’évolution adaptative, de protection de l’eau, de l’air et des sols et de production de bois et d’aménités. L'un des principes de Pro Silva est que .

Selon Pro Silva, la capacité écosystémique fonctionnelle des forêts exige : la biodiversité et l’autochtonie des espèces (Pro Silva reconnait la biodiversité comme le moteur intrinsèque de l’équilibre et de la pérennité de la forêt ; La diversité spécifique est donc recherchée et protégée, que les espèces aient ou non . P 24 ; La foresterie Pro Silva considère qu’une biodiversité acceptée, encouragée et protégée dans toutes les niches écologiques est la meilleure prévention contre l'installation d'espèces exotiques envahissantes ou invasives. De plus, toutes les espèces et ressources forestières autres que le bois ont une valeur intrinsèque, tout en pouvant devenir des ressources commerciales plus tard, même si elles n’ont pas de valeur aujourd’hui) ; des arbres et des peuplements présentant une diversité et une qualité génétique qui sont le gage de capacités évolutives et adaptatives (notamment face à un éventuel changement climatique) ; une diversité structurelle de la forêt (c'est-à-dire une variabilité des structures forestières, typiques de la station forestière et de sa région biogéographique ; le respect des processus écologiques de la dynamique forestière (« naturelle » ou « proche de la nature ») ; des réseaux d’interactions écologiques en bon état ; la forêt doit pouvoir écologiquement influer normalement sur son environnement, et notamment sur les paysages et le climat (mondial à local) ; le maintien des processus naturels de fertilité des sols forestiers (Humification / minéralisation continue de la nécromasse).

Maintenir ou rétablir ces fonctions implique selon pro Silva plusieurs exigences et moyens : le forestier doit fortement tenir compte – dans chaque traitement sylvicole - des principes, processus et modèles de la végétation naturelle potentielle et donc du contexte édaphique (Climat + Sols). Le sol doit toujours être couvert pour éviter les remontées du « toit de la nappe » phréatique, et la dégradation de la structure du sol, ou l'hydromorphie excessive qui l'accompagne, qui est défavorable à de nombreuses essences, et qui aggrave souvent le tassement du sol par les engins. la productivité du sol doit être maintenue par un apport suffisant de biomasse et de matière organique (toujours en limitant le tassement lors des coupes et débardages). Dans les zones de forêt à but économique, un mélange d’essences est maintenu en favorisant les essences rares et menacées, et en conservant des arbres de gros diamètre, arbres morts, et arbres à cavités ou portant des aires (nids) d'oiseaux rares ; une essence non autochtone (ou étrangère à la station) n'est tolérée que si elle se prête bien au mélange avec la végétation naturelle locale, et à condition de ne pas dépasser certaines proportions.