vignette|redresse=1.3|Houlagou Khan et sa femme Doqouz Khatoun, miniature du tirée de lHistoire du Monde, de Rashid al-Din. Houlagou KhanOn trouve aussi les transcriptions Hulagu et Hülegü. (, qui a comme racine le mot qui signifie « surplus » en mongol médiéval .), né vers 1217 en Mongolie, mort le à Maragha (Iran), petit-fils de Gengis Khan et frère de Kubilai Khan, est un chef militaire et politique mongol, fondateur de la dynastie mongole des « IlkhanidesIlkhanides : en raison de leur fonction officielle de « khan de région » en Perse (il ou uls : « région »). » (aussi appelés « Houlagouïdes » ou plus rarement « Houlagides »), qui gouverne la Perse et l'Irak du au , jusqu'à l'avènement de la dynastie jalâyiride, dont le pouvoir s'affirme à la mort d'Abu Saïd en 1336.
Fils de Tolui et de la princesse keraïte (une tribu turco-mongole) Sorghaghtani Beki, il était le frère d'Ariq Böke, de Möngke Khan et de Kubilai Khan, autres prestigieux conquérants et chefs mongols ayant participé à l'expansion fulgurante du grand khanat mongol au .
La carrière politique et militaire d'Houlagou est marquée par la considérable expansion de la partie sud-ouest de l'Empire mongol. Grâce à ses victoires militaires, il fonda l'Ilkhanat de Perse et d'Irak. Sous son commandement, les Mongols firent le siège et détruisent Bagdad, mettant fin à l'âge d'or islamique, et à la dynastie califale des abbassides. Les troupes du khan affaiblissent aussi fortement la capitale de la province de Syrie, Damas. Ces conquêtes au Moyen Orient provoquent un rapide déplacement des centres du pouvoir islamique vers le sultanat mamelouk du Caire qui survit à cette expansion militaire et qui accueille les derniers survivants de la famille abbasside après 1258.
Souverain lettré et cultivé, versé en philosophie et en sciences, on sait de lui qu'il avait des correspondances plus ou moins régulières avec le royaume de Castille d'Alphonse X. De ces contact il a peut-être résulté de significatifs échanges de connaissances mathématiques entre monde turco-mongol et monde européen, via la ville d'où Houlagou exerça le pouvoir à la fin de sa vie, Maragha, dans l'Iran actuel.
Biographie Origines familiales : un descendant de Gengis Khan Houlagou est le fils de Tolui, quatrième fils de Gengis Khan et de son épouse principale Börte. Sa mère est Sorgaqtani, une Mongole de la tribu des Kéraït, de religion chrétienne nestorienne. On ne sait pas grand-chose de l'enfance de Houlagou, si ce n'est une anecdote rapportée dans le Jami' al-Tawarikh, ouvrage historique iranien de Rashid al-Din datant du début du , composé sous le règne de l'il-khan mongol Ghazan. On présume cependant qu'Houlagou aurait rencontré son grand-père, Genghis Khan avec son frère Kubilai, en 1224, alors qu'il n'a que sept ans.
Vice-roi d'Iran sous Möngke En 1251, Möngke, son grand frère, devient le quatrième grand khan de l'Empire mongol, succédant à Güyük (autre petit-fils de Gengis Khan, via un autre de ses fils, Ögedeï), à la suite de la réunion du Qurultay. À la suite de son élection, il confère à Houlagou le titre de vice-royauté d'Iran. Houlagou a alors 34 ans. En 1260, lorsque Kubilai Khan succède à Möngke, le titre d'Houlagou lui est confirmé et maintenu.
La conquête de l'Irak et de la Syrie (1255-1260) Arrivée au Moyen Orient et préparatifs L'ombre des Mongols pèse sur le Moyen Orient depuis plusieurs décennies, notamment après leur invasion de la Géorgie (1220) et au moment du traité de Jaffa (1229). Leur menace est alors superficielle et représente une variable d'ajustement dans les relations entre souverains chrétiens et dynastes islamiques locaux, qui se livrent à une lutte pour le pouvoir entre les entités concurrentes de la région (Damas, Le Caire, et Bagdad).
En 1255, la menace mongole prend une tout autre dimension : Houlagou est chargé par Möngke, arrivé au pouvoir suprême des Mongols en 1251 d'établir « les coutumes (rusum va yusum) et la loi (yasa) » des Mongols de l'Oxus à l'ÉgypteDenise Aigle, 4., ce qui implique notamment : l'assujettissement des Lors, un peuple du sud de l'Iran ; la destruction de la secte des Nizârites (dits « Haschichim », « Assassins ») ; la destruction du califat des Abbassides à Bagdad, c'est-à-dire le cœur du monde musulman de cette époque.
Houlagou se met alors en tête d'une des plus vastes armées mongoles jamais rassemblées, composée d'environ 20% de toutes les formes armées mongoles alors disponiblesJohn Joseph Saunders, The History of the Mongol Conquests, 1971., passe par Almaligh et Samarcande et atteint rapidement la Transoxiane. Il atteint l'Oxus le . En signe de soumission, son arrivée est marquée par un déploiement de courriers diplomatiques et de réceptions protocolaires, qui voient le chef mongol être complimenté par les représentants des nouveaux vassaux, Chems ed-Dîn Kert, mélik de Hérât et le Salghouride Aboû Bekr, atâbeg du Fârs, ainsi que les deux Seldjoukides d'Asie Mineure, Kai-Kâwous II et Qilidj Arslân IV.
Renforcé par cet épisode diplomatique permettant de s'assurer de la fidélité des subsides irano-turcs affiliés à l'armée mongole, il engage sa campagne militaire à proprement parler. Il a comme premier objectif, fixé par Möngke, d'attaquer les Nizârites (ou Assassins) dans leur fief, à Mâzandérân, Meïmoûndiz et Alamut. Leur grand maître, Rukn ad-Dîn Khurshâh, capitule le . Il l'envoie à Möngke, mais ce prisonnier meurt en chemin. Les défenseurs d'Alamut se rendent le (mais Houlagou échoue à faire disparaître effectivement la secte qui se réfugie à Masyaf jusqu'en 1273).
Prise de Bagdad (1258) Houlagou projette ensuite ses ambitions sur Bagdad, capitale du califat abbasside depuis le ; on ne sait si la prise de Bagdad constituait un projet de longue date dans le plan d'Houlagou, quoi qu'il en soit, le chef mongol prend prétexte du refus du calife Al-Musta'sim de lui envoyer des troupes pour l'attaquer. Houlagou s'était installé dans les environs de Bagdad à partir de , assisté notamment par le commandant chinois . Selon le chroniqueur iranien Ata al-Mulk Juvayni, l'armée d'Houlagou bénéficiait du renfort de plus de chinois, ainsi que des Arméniens, des Géorgiens, des Turcs et des Perses.
Après de nombreux pourparlers et l'échec de la diplomatie entre le calife Al Musta'sim et Houlagou, ce dernier lui adresse alors un message en forme d'ultimatum et de menace à son homologue, annonçant son intention de détruire de fond en comble la ville si le calife ne se pliait pas à ses intentions.
Les hostilités se déroulent d'abord dans les environs de la ville et plusieurs escarmouches se soldent par des réussites partielles des abbassides. Grâce aux travaux de comblement des canaux d'irrigation et de circulation de la région, les Mongols réussissent cependant à encercler et détruire une grande partie de l'armée abbasside en l'espace d'une seule journée de combats. Au même moment, l'artilleur Guo Khan initie de vaste travaux de castramétation pour assiéger la ville.
Le siège proprement dit commença le . Dès le , les Mongols réussirent à ouvrir une brèche dans le mur. Des pourparlers initiés par Al-Musta'sim furent rejetés par les Mongols. La ville est prise lors de la bataille du . Au milieu des fureurs de la prise d'assaut, le vainqueur ordonne que plusieurs catégories d'habitants soient épargnées, comme les gens instruits et les chrétiens (à la demande de son épouse Doqouz Khatoun), mais au moins auraient été massacrées selon les estimations modernes (les sources médiévales indiquent quant à elles ).
La grande bibliothèque de Bagdad contenant d'innombrables ouvrages historiques traitant de médecine et d'astronomie fut entièrement détruite. Les Mongols détruisirent également les mosquées, les palais, les autres bibliothèques ainsi que de nombreux édifices publics.
La population civile tenta d'échapper à l'armée mongole, mais interceptés, près de fuyards furent massacrés. Le calife fut capturé et forcé d'assister aux scènes de massacres et de tortures subies par son peuple. Houlagou tua le calife en le mettant dans un tapis roulé puis en le frappant à mort, ou en le faisant piétiner par des chevaux. Marco Polo indique qu'il mourut de faim (1258 a été une grande année de famine sur l'ensemble de la planète, en raison d'un été très froid, lié aux particules de soufre présentes dans la stratosphère à la suite de l'éruption du Samalas en 1257Documentaire Le Mystérieux Volcan du Moyen Âge, Arte, 8 novembre 2017.), mais aucune preuve concrète ne vient accréditer cette version ; une légende mongole raconte qu'Houlagou le fit enfermer dans une tour où se trouvaient ses trésors pour le laisser dépérir. Le califat abbasside fut donc quoi qu'il en soit dissout à la suite de la chute de Bagdad, et l'Irak ravagé, la région perdant son statut de centre politique et culturel important qu'elle avait été jusqu'alors dans l'Empire islamique.
Les petits États de la région s'empressent alors de rassurer Houlagou de leur fidélité.
Invasion de la Syrie et mort de Möngke En 1259, les Mongols envahissent la Syrie, contrôlée par les Mamelouks d'Égypte ; ils envoient des patrouilles jusqu'à Gaza.
vignette|Campagne d'Houlagou en Syrie.
Le tour de l'Égypte semble venu lorsque la mort de Möngke entraîne le retrait de la majeure partie de l'armée d'Houlagou. Ce dernier souhaite bénéficier d'effectifs solides en vue d'une potentielle crise de succession entre Kubilai et son frère, Ariq Boqa, pressenti pour la succession. Cette crise de succession, appelée guerre civile toluid, s'avéra être un frein temporaire dans les ambitions militaires mongoles à l'ouest, en raison de la nécessaire convocation du Qurultay. Pour soutenir ses prétentions au trône, Kubilai convoqua de fait un qurultay en Chine, à Kaiping, où il est élu Khagan. Ce premier qurultay à se tenir en dehors de la patrie des Mongols ou de l'Asie centrale est suivi par une riposte politique d'Ariq Boqa, qui convoque son propre qurultay à Karakorum, en Mongolie, où il est proclamé Grand Khan un mois plus tard, officialisant ainsi la rivalité entre les deux frères pour le trône. Houlagou s'embarque alors depuis l'Irak pour la Mongolie afin d'assister aux qurultays.
La défaite du gouverneur Ketboğa à Aïn Djalout () Les Mongols, en raison de la guerre civile qui s'annonce à l'est, ne laissent que des effectifs limités en Syrie sous la direction du gouverneur Ketboğa. Les Mamelouks concluent alors une trêve avec les croisés et obtiennent le passage sur leur territoire, le Royaume de Jérusalem et le Comté de Tripoli ; ils avancent vers la Syrie. Les troupes de l'il-khan mongol avec à leur tête le gouverneur Ketboğa, vont à leur rencontre, avec quelques auxiliaires arméniens et géorgiens qui leur étaient inféodés, sans attendre de renforts. L'affrontement a lieu en Palestine, quelques kilomètres à l'ouest d'Afoula dans la vallée de Jezréel, à Maayan Harod (“Source d'Hérode” ; Aïn Djalout en arabe, “Source de Goliath”), le (25 ramadan 658 AH). Les Mongols sont sèchement vaincus. Cette première grande défaite des Mongols marque la fin de leur avance vers l'ouest et un coup d'arrêt pour les campagnes militaires d'Houlagou. Cette victoire augmente grandement le pouvoir des Mamelouks, lesquels conservèrent le contrôle de la Palestine et de la Syrie jusqu'à la conquête ottomane en 1516. L'Euphrate marqua durablement la frontière du territoire mongol.
La succession de Möngke et les guerres civiles mongoles