La Grande Trêve est une courte période de l'histoire de la Finlande durant la Seconde Guerre mondiale. Ce terme est utilisé pour parler de la période s'étendant entre la guerre d'Hiver et la guerre de Continuation, représentant un peu plus d'un an entre 1940 et 1941, période pendant laquelle les hostilités cessèrent temporairement entre la Finlande et l'Union soviétique.
Contexte Avant la Seconde Guerre mondiale Bien que la Carélie orientale n'ait jamais fait partie de la Finlande, la majorité de ses habitants étaient des Finnois ; de plus, avant la Première Guerre mondiale et l'indépendance finlandaise, les liens culturels entre ces deux régions étaient importants, et le commerce et les mariages entre personnes vivant de part et d'autre de la frontière étaient fréquents. Point révélateur à ce sujet, la majorité des poèmes conservés à la Kalevala provenaient des marais de Carélie orientale, là où les influences suédoises et slaves étaient les moins importantes. Il ne fut donc pas surprenant qu'une fois l'indépendance déclarée, des voix se fussent élevées demandant l'annexion de la Carélie orientale afin de délivrer ses habitants de l'oppression bolchévique.
Juste après la guerre civile finlandaise, un groupe d'enthousiastes organisa deux expéditions militaires, l'expédition d'Aunus et l'expédition de Viena, dans le but de repousser l'armée de la Russie bolchévique hors de Carélie orientale. Toutefois, ces expéditions se soldèrent par des échecs et leurs membres durent retourner en Finlande. Ainsi, dans le traité de Tartu, la région de Petsamo fut incorporée à la Finlande plutôt que la Carélie orientale. L'idée sur la question carélienne resta d'actualité à la Akateeminen Karjala-Seura (Academic Karelia Society ou société académique de Carélie, AKS), l'association étudiante la plus influente avant la Seconde Guerre mondiale, à laquelle de nombreux personnages de la scène politique contemporaine et future prirent part. La Finlande souleva officiellement la question de la Carélie orientale plusieurs fois à la tribune de la Société des Nations, demandant l'organisation d'un référendum d'autodétermination pour la région comme ce fut le cas pour la Sarre, la Silésie ou le Schleswig. L'Union soviétique contra ces demandes en annonçant la formation de la république socialiste soviétique autonome de Carélie en 1923.
Ailleurs que dans les cercles de gauche, le rôle tenu par l'Allemagne impériale dans la victoire du "gouvernement blanc" sur les rebelles socialistes lors de la guerre civile finlandaise fut reconnu et loué, bien que le support le plus apprécié lors de ces événements avait été apporté par le Royaume-Uni ou les pays scandinaves. Le mouvement d'extrême droite Lapuan Liike (le Mouvement de Lapua) fut alors fondé en ayant pour but de mettre un terme à la menace que représentaient les communistes en Finlande ; ce parti trouvait en effet que les démocraties européennes d'alors étaient trop permissives à l'égard du communisme, et considérait l'Italie fasciste comme un modèle pour ce qui concernait l'éradication de l'extrême gauche. La ligue lapone perdit sa base populaire lorsque l'on prit conscience des méthodes illégales qu'elle employait à l'égard des politiciens modérés, et elle fut interdite en 1932 après le coup d'État manqué de Mäntsälä. Le mouvement d'extrême droite continua néanmoins son action sous le nom de Isänmaallinen Kansanliike (Mouvement patriotique populaire, ou IKL) qui parvint à obtenir jusqu'à 14 des 200 sièges du parlement finlandais. Lorsque parti Nazi eut pris le pouvoir en Allemagne, l'IKL devint un fervent partisan d'une alliance avec la « nouvelle Allemagne », et resta admiratif de la façon dont toute activité communiste avait été stoppée en Allemagne.
La politique de sécurité de la Finlande indépendante se tourna d'abord vers la constitution d'un cordon sanitaire, dans lequel les nations nouvellement indépendantes de Pologne, Finlande ainsi que les États baltes formeraient une alliance de défense contre la Russie, mais une fois que les négociations dans ce sens échouèrent, la Finlande se tourna vers la SdN pour sa sécurité. Des contacts furent pris avec les pays scandinaves se consolidèrent, mais des questions comme celles concernant la possession d’Åland (Ahvenanmaa) et celle des langues minoritaires en Finlande et en Scandinavie septentrionale atténuèrent leurs chances de succès. En 1932, la Finlande et l'Union soviétique signèrent un pacte de non-agression, mais même les analystes contemporains le jugèrent sans valeur.
Pacte germano-soviétique et guerre d'Hiver
Le Pacte germano-soviétique clarifiait nettement les rapports germano-soviétiques, et permit à l'URSS d'accroître sa pression sur les États baltes et la Finlande dans le but d'améliorer sa position stratégique en Europe de l'Est dans le cas d'une extension du conflit mondial à ce théâtre d'opérations. Les républiques baltes cédèrent rapidement aux exigences soviétiques concernant l'installation de bases et l'accord de droits de passage pour des troupes, mais la Finlande continua à refuser. Comme la pression diplomatique avait échoué, l'URSS prit le parti des armes, et le elle s'engagea dans une guerre d'invasion contre la Finlande, la guerre d'Hiver.
La guerre d'Hiver fut une rude entrée sur la scène diplomatique internationale pour la Finlande. La condamnation de l'attaque par la SdN et de nombreux pays de par le monde sembla sans effet sur la politique soviétique. La Suède autorisa la constitution de formations de volontaires allant rejoindre l'armée finlandaise, mais n'envoya aucune aide militaire, et refusa le passage aux troupes françaises et britanniques - qui dans tous les cas auraient été bien moins nombreuses que ce qui avait été promis à la Finlande. Même les membres de l'extrême droite furent choqués par l'absence de réaction de la part de l'Allemagne nazie, qui alla même jusqu'à bloquer l'envoi de matériels par d'autres pays.
Le traité de paix de Moscou de 1940, lequel mettait un terme au conflit, parut d'une grande injustice à l'encontre des Finlandais. Il semblait ainsi que les concessions territoriales accordées sur la table de négociation, dont Viipuri, la deuxième plus grande ville finlandaise d'alors, étaient pires que les étendues de territoires perdues sur le champ de bataille . La Finlande perdit ainsi un cinquième de son industrie, 11 % de ses terres agricoles parmi les plus productives, et parmi les 12 % de sa population qui habitaient sur les territoires perdus, bien peu restèrent en territoire désormais soviétique. Ce furent donc que la Finlande dut accueillir en ces temps de crise.
Après le traité de Moscou Le traité de paix de Moscou, signé le , fut un choc pour les Finlandais. Il fut perçu comme le dernier échec entraîné par la politique étrangère menée par la Finlande durant les années 1930, basée sur une stratégies de garanties multilatérales de soutien entre pays similaires, ordre mondial établi par la SdN, puis plus tard encouragé par le groupe d'Oslo et la Scandinavie. Immédiatement après la guerre, la méthode employée fut un élargissement et une intensification de cette politique. La Finlande chercha alors à créer des liens au moyen de traités bilatéraux là où elle comptait auparavant sur la bonne volonté et l'amitié entre les peuples. Les relations tendues avec les adversaires idéologiques, comme l'Union soviétique ou le Troisième Reich, durent nécessairement être adoucies.
Des relations plus étroites furent notamment recherchées avec : la Suède et la Norvège ; le Royaume-Uni ; l'Union soviétique ; le Troisième Reich. À part avec l'Allemagne nazie, toutes ces tentatives buttèrent sur des obstacles insurmontables - que ce soit à cause des craintes de la part de Moscou de voir la Finlande glisser hors de la sphère d'influence soviétique ou à cause de l'évolution du cours de la guerre mondiale.
Réactions en Finlande L'opinion publique finlandaise désirait ardemment le retour dans le giron national des foyers des 12 % de la population qui avaient été contraints de quitter précipitamment la Carélie finlandaise, et attendaient beaucoup de la conférence de paix qui ne manquerait pas de suivre la guerre mondiale. Le terme de Välirauha ("Trêve") devint ainsi populaire parmi les habitants après qu'une paix si coûteuse eut été annoncée.
Afin de protester contre les termes du traité de Moscou, deux ministres démissionnèrent et le premier ministre Ryti fut immédiatement contraint de former un nouveau gouvernement. Afin d'arriver à un consensus national, tous les partis, sauf le parti d'extrême droite IKL prit part au nouveau gouvernement.
Le poste le plus difficile à pourvoir fut celui du ministère des affaires étrangères, pour lequel Ryti et Mannerheim pensèrent tout d'abord à l'ambassadeur de Finlande à Londres, G. A. Gripenberg. Mais comme celui-ci se pensait trop inopportun pour Berlin, ils sélectionnèrent Rolf Witting, qui avait moins les yeux fixés sur les Britanniques et de ce fait convenait plus pour améliorer les relations avec l'Allemagne nazie et l'Union soviétique.
Tentatives afin de créer l'Alliance nordique de Défense Pendant les derniers jours de la guerre d'Hiver, Väinö Tanner et Per Albin Hansson mentionnèrent la possibilité de créer une Alliance Nordique de Défense, incluant éventuellement la Norvège et le Danemark, afin de stabiliser la région. Le , cette possibilité fut présentée devant les différents parlements. Toutefois, le , l'Union soviétique annonça que la création d'une telle alliance serait une infraction au traité de Moscou, coupant court à l'initiative, d'autant que l'occupation allemande de la Norvège et du Danemark ruinant l'option d'une Union de défense scandinave aux prétentions moindres, qui pourtant serait favorable à la Finlande même si elle n'en faisait pas directement partie.
Réarmements Bien qu'un accord de paix fût signé, l'état de guerre fut maintenu en Finlande, du fait de l'élargissement du conflit mondial, des problèmes d'approvisionnement et de l'état de délabrement de l'armée finlandaise. La censure fut maintenue afin d'éviter les critiques du traité de Moscou et les propos anti-soviétiques les plus âpres.
Du fait du maintien de l'état de guerre, cela permit au président Kyösti Kallio de demander au maréchal Mannerheim de demeurer commandant en chef de l'armée et de superviser sa réorganisation et la fortification de la nouvelle frontière, tâche terriblement importante en ces temps incertains. Quelques semaines seulement après la signature du traité de paix, les travaux de fortifications commencèrent déjà le long des de la Salpalinja (la ), dont le point fort devait se trouver entre le golfe de Finlande et le lac Saimaa.
Durant l'été et l'automne, La Finlande reçu le matériel qu'elle avait acheté ou qui lui avait été donné pendant ou juste après la guerre d'Hiver, mais il fallut plusieurs mois avant que Mannerheim ne soit en mesure de donner un semblant d'évaluation positive concernant l'état de son armée. Les dépenses militaires s'élevèrent en 1940 à 45 % du budget de l'état finlandais. Les commandes de l'armée étaient prioritaires sur les besoins de la population. La position de Mannerheim et l'état de guerre toujours maintenu rendaient la gestion de l'armée et de sa remise sur pied très efficace, mais ce "gouvernement parallèle" de fortune se heurtait parfois aux organisations du gouvernement civil.