de Portugal, dit « l'Espéranceux » ou « le Trop Aimé » (en portugais de Alcántara Maria Fernando Miguel Rafael Gonzaga Xavier João António Leopoldo Victor Francisco de Assis Júlio Amélio de Saxe-Coburgo-Gotha e Bragança), infant de Portugal, prince de Saxe-Cobourg et Gotha, duc de Saxe, est le fils aîné de la reine de Portugal et de son époux le roi jure uxoris . Il est né le à Lisbonne où il est mort le . Il règne sur le Portugal du à sa mort.

Pendant son court règne, de Portugal s'applique à moderniser et à pacifier son royaume. Sur le plan politique, une alternance entre le Parti régénérateur et le Parti historique permet l'expression d'opinions diverses et assure un équilibre des forces. Au point de vue international, un conflit, éteint diplomatiquement, oppose le Portugal, puissance maritime et coloniale, avec la France, tandis que le roi conclut des contrats de navigation et de commerce avec des pays tels que le Siam. Sa politique est soutenue par la Grande-Bretagne dont le roi est apparenté à la famille royale.

Biographie Environnement familial et éducation vignette|gauche|alt=la reine Victoria debout et de dos, vêtue d'une toilette claire, recouverte par un châle brodé et coiffée par un chapeau de paille entouré d'une étoffe nouée regarde ses deux cousins, Louis semi-incliné sur une table regardant son frère Pierre assis et tenant quelques feuilles de papier, les deux princes portent une redingote de couleur foncée |La reine Victoria, Louis de Portugal et à Osborne le par Ernst Becker. Fils aîné de de Portugal et de de Portugal, naît le à Lisbonne. Il a dix frères et sœurs, dont seulement quatre parviennent à l'âge de : Louis, Marie-Anne, Antonia et Auguste. Il est élevé avec son frère Louis, son cadet d'un anMichel Huberty, Alain Giraud, L'Allemagne dynastique, Hesse-Reuss-Saxe, p.524.

Son premier précepteur est le conseiller d'origine germanique et de confession luthérienne Carl Andreas Dietz (jadis tuteur de son père le roi Ferdinand) remercié à contre-cœur par la reine à la suite de son ingérence dans les affaires de politique nationale et en raison de sa religion. Ce conseiller intime des souverains était devenu leur éminence grise, mais était détesté des Portugais. La reine Marie regrette ce départ car Dietz a correctement éduqué ses deux fils aînés.. À la suite du départ de Dietz en , est éduqué par le précepteur Louis Antoine d'Abreu et Lima, vicomte de Carreira. Le futur bénéficie de l'expérience diplomatique de cet homme politique de premier plan au service de la cour de Portugal depuis 1805, participant au congrès de Vienne de 1815 avant d'occuper diverses fonctions à Saint-Pétersbourg, La Haye, Londres et Paris. Carreira est assisté par Manuel Moreira Coelho. afin de veiller sur la formation de l'héritier de la couronne qui devient polyglotte comme ses professeurs.. vignette|gauche|alt=Dessin en noir et blanc à l'encre de chine représentant un paon faisant la roue|Dessin réalisé par le prince Pierre le . est également accompagné dans ses études par un entourage germanique comprenant le baron Wilhelm Ludwig von Eschwege, ingénieur et architecte qui a édifié le palais national de Pena, et le docteur Kessler, le médecin de la cour .qui incite le prince à participer à des congrès de médecine à Lisbonne.. Sa formation inclut également des cours d'histoire naturelle, de botanique, de dessin et de musique.. Il partage son temps entre les diverses résidences royales de Mafra, Sintra, Vila Viçosa et effectue quelques séjours sporadiques au palais de Belém. Au point de vue de sa position, le roi écrit : .

Membre de la maison de Bragance et par son père, membre de la maison de Saxe-Cobourg et Gotha, il est un neveu de l'empereur et un petit-neveu du roi des Belges qui a favorisé le mariage de ses parents. Pierre est également un proche cousin de la reine Victoria du Royaume-Uni et de son mari le prince-consort Albert avec lesquels et son frère Louis font connaissance en 1854 au cours d'une première tournée européenne qui les mène ensuite à Bruxelles, puis à La Haye. En été 1855, suivant l'exemple du roi des Belges se rend à Paris pour y rencontrer , légitimant le nouveau régime français. Accompagné par son frère Louis, Pierre poursuit sa nouvelle tournée en Europe en s'arrêtant à Bruxelles où le roi Léopold envisage un projet de mariage concernant Pierre avec sa fille la princesse Charlotte. Cependant, le roi de Portugal semble trop jeune pour s'engager.

Règne vignette|Le roi Pierre V. Lorsque sa mère meurt en mettant au monde son onzième enfant, le , Pierre devient roi à l'âge de , d'abord sous la régence de son père l'ancien roi Jure uxoris ; puis à partir de ses dix-huit ans, le , il devient roi à titre personnel.

Politique intérieure La politique intérieure du Portugal sous le règne de , monarque constitutionnel, est caractérisée par un calme relatif dû à l'expansion économique et à la prospérité des classes dirigeantes. Lorsqu'il parvient sur le trône en 1853, c'est le maréchal Saldanha qui dirige le gouvernement depuis 1851, auréolé par une longue carrière militaire, politique et diplomatique, il a été installé de force à la suite d'un triomphe à Lisbonne, en dépit de l'avis des parents de . Il conserve ses fonctions de chef de cabinet jusqu'en et a permis d'assurer la stabilité du régime par le vote, le , d'un acte additionnel à la Constitution de 1826. Pierre, encore prince héréditaire, avait prêté serment à la nouvelle Constitution trois jours après la publication de l'acte additionnel..

Depuis lors, l'alternance des partis favorise un consensus politique, assurant la régénération en facilitant les réformes proposées par le gouvernement, tout en atténuant les conflits entre l'aristocratie et la bourgeoisie. Les deux grands partis libéraux du centre droit (Régénérateurs) et du centre gauche (Historiques) se succèdent donc au pouvoir selon un système de rotation.. Quant au mouvement migueliste, si offensif devant l'implacable fermeté de la reine , il accepte silencieusement l'arrivée au pouvoir de son fils qui commence son règne dans une contrée pacifiée..

Le roi est confronté dès le début de son règne à plusieurs épidémies de choléra (entre 1853 et 1856). En 1856, le choléra tue près de à Lisbonne. L'année suivante, c'est la fièvre jaune qui atteint la capitale et cause la mort de près de à l'automne 1857.. demeure auprès de son peuple durant ces épreuves et visite sans ostentation les hôpitaux en témoignant sa bienveillance.. Le roi mande Kessler, le médecin de la cour, afin de tenter d'enrayer le phénomène. Ce dernier s'entoure des compétences de confrères étrangers. Le gouvernement ordonne à des experts d'étudier la réalisation de travaux de salubrité publique afin de juguler ces épidémies récurrentes ou, tout au moins, de diminuer leur virulence..

En 1857, un grave différend avec la France à propos du Mozambique affaiblit le gouvernement, à majorité issue du Parti historique, dirigé depuis 1856 par le marquis de Loullé. À la tête du cabinet ministériel, le comte de Vila-Flor lui succède de à et signe le retour du Parti régénérateur au pouvoir avant d'être remplacé par un autre « Régénérateur » Joaquim António de Aguiar qui préside le gouvernement durant un peu plus de deux mois, jusqu'en . Enfin, le marquis (devenu duc) de Loullé revient au pouvoir et le conserve jusqu'en ..

Les réformes initiées par concernent de nombreux domaines. Il les expose notamment lors de son discours devant les chambres en . Elles regardent notamment les questions d'administration intérieure du pays, le développement des travaux publics, l'ouverture de voies accélérées de communication, l'amélioration du système des contributions, la réforme des douanes et de l'instruction publique, la répression des abus de l'émigration, la simplification des procédures judiciaires, le développement du crédit et la réforme électorale.. À l'issue de son règne, le Portugal a vu la création d'une ligne de chemin de fer de près de reliant Lisbonne à Porto ; tandis que des bateaux à vapeur sillonnent le Tage, le Douro et le Minho. Dans le domaine des arts et des sciences dont le roi est féru, il favorise le développement de l'instruction publique. Il subventionne des cours littéraires supérieurs à Lisbonne. Quelques mois avant sa mort, il inaugure les travaux du palais de cristal de Porto, imitant celui qu'il avait vu à Londres.

Mariage vignette|gauche| et Stéphanie de Portugal vers 1858 par Wenceslau Cifka (1811-1884) (attribué à). En 1856, alors que Charlotte de Belgique s'apprête à fêter ses seize ans, deux prétendants sollicitent sa main : le prince Georges de Saxe et le roi de Portugal. Ce dernier est le candidat favori de la reine Victoria et aussi du roi Léopold. Par choix personnel, et sous l'influence de sa gouvernante Denise d'Hulst affirmant qu'à la cour portugaise aucun prêtre ne la comprendrait, Charlotte décline l'offre de mariage avec le roi . Charlotte est également soutenue dans son refus d'épouser Pierre par sa grand-mère maternelle la reine Marie-Amélie et choisit d'épouser l'archiduc Maximilien d'Autriche.

Après ce refus, et sur les conseils de la reine Victoria et de son mari, épouse, sans jamais l'avoir rencontrée, lors d'un mariage par procuration le à Berlin, la princesse Stéphanie de Hohenzollern-Sigmaringen, fille du prince Charles-Antoine de Hohenzollern-Sigmaringen et de la princesse Joséphine de Bade. Le mariage en personne est célébré le à l'église Saint-Dominique de Lisbonne. Ils se marient quelques mois avant de fêter tous deux leur vingt-et-unième anniversaire. Ils passent leur lune de miel à Sintra. Dès les premiers instants, Pierre tombe sous le charme de sa femme qui est, elle aussi, comblée par son mari dont elle apprécie la réserve, le talent et la douceur.

À peine mariée, la jeune princesse allemande, devenue la reine « Estefania », s'implique dans les activités caritatives notamment en créant des hôpitaux. Elle s'attire l'amour et le respect de ses sujets. Au printemps 1859, elle tombe malade d'une angine mal soignée qui laisse place à la diphtérie qui l'emporte le , dix mois après son mariage, sans avoir donné à la couronne l'héritier attendu. L'autopsie révèle que le mariage n'a pas été consommé. Veuf à l'âge de , le roi ne se remarie pas. Il est question un moment qu'il épouse Marie de Hohenzollern-Sigmaringen, sœur cadette de Stéphanie, mais les parents Hohenzollern craignant de voir leur seconde fille s'établir, elle aussi, si loin d'eux tergiversent et le projet est abandonné. En , un autre projet matrimonial est évoqué avec la princesse Maria Pia, fille du roi , qui s'apprête à fêter ses , mais sans concrétisation..

En hommage à sa défunte épouse, le roi fait appel, en 1860, sur les conseils du prince-consort britannique, à l'architecte Albert Jenkins Humbert afin de lui soumettre les plans d'une institution hospitalière moderne, selon les conceptions de Florence Nightingale : l'hôpital de Bemposta, à vocation pédiatrique qui porte à partir de son inauguration en 1877 le nom d'hôpital Dona Estefânia, toujours en service en 2020..

Situation extérieure vignette|La famille royale portugaise photographiée en 1861 : debout : Louis duc d'Oporto, Léopold de Hohenzollern-Sigmaringen, Charles de Hohenzollern-Sigmaringen, Auguste de Portugal et Ferdinand de Portugal (1846-1861), assis : Antonia de Portugal, Jean de Portugal et . Sur le plan international, le Portugal bénéficie de la protection de la Grande-Bretagne. Le roi, à la tête d'une puissance maritime, est soucieux de favoriser le commerce avec les pays d'outremer. Déjà initié du temps où son père exerçait la régence et avait conclu des traités avec plusieurs pays d'Amérique du Sud, étend jusqu'en Asie l'essor de son pays par un traité de navigation signé en 1859 avec le Siam.. Quant aux relations avec Rome, elles sont pacifiées depuis qu'en 1857 a été signé un concordat réglant les droits de patronat de la cour portugaise sur les églises d'Orient.