La famille de Béon est un lignage noble d'origine chevaleresque, originaire du village de Béon, ancien fief seigneurial dans la vallée d'Ossau, dans le Béarn. Elle est connue depuis 1204.

Filleul du « comte de Chambord », prétendant légitimiste au trône de France, le dernier « comte » de Béon meurt sans descendance en .

Histoire Elle a fait l'objet d'assez peu d'études en considération de l'élévation qu'elle connut de la fin du au , époque à laquelle, bien que déjà très réduite en termes d'effectifs, elle évoluait encore dans l'entourage de la famille royale.

Légendes

Il existe plusieurs fiefs du nom de Béon qui ont pu donner leur nom à plusieurs lignages nobles de ce nom. Seul celui originaire de Béon dans la vallée d'Ossau, en Béarn, est ici traité.

De nombreuses légendes entourent les origines de cette famille béarnaise. Elles apparaissent principalement au au sein de la famille puis parmi les généalogistes et font état de travaux d'anciens historiens dont les traces sont aujourd'hui plus ou moins perdues.

La principale légende est rapportée dès la première édition du Dictionnaire de la Noblesse de La Chesnay-Desbois (1857-1866) à partir de travaux de généalogistes du au et sera reprise régulièrement avec plus ou moins de foi par la suite. Elle établit que cette famille est sortie de la première maison de Béarn et qu'elle aurait été formée par un puîné du vicomte Centulle V de Béarn (en réalité plus probablement Centulle VI de Béarn compte tenu des dates) qui aurait reçu la terre de la vallée de Béon comme apanage par un acte du jour de Pâques 1133. Cette filiation permit de classer la famille de Béon parmi les familles descendantes des vicomtes de Béarn eux-mêmes descendants des ducs de Gascogne. L'auteur de cette théorie fait référence à plusieurs garants plus ou moins fiables, dont un anonyme historien des comtes de Brabant qui aurait cité en exemple, à une date inconnue, la maison de Béon comme tirant son origine des anciens vicomtes de Béarn, et voulant pour preuve le fait — exact, il est vrai — que la famille de Béon, du moins sa branche aînée, ait toujours porté de droit les armes pleines et entières de Béarn.

C'est d'ailleurs dans la seconde moitié du que les représentants de cette même branche modifient leur nom en faveur d'un « Béon-Béarn », voire d'un « Béarn de Béon », afin de mieux mettre en valeur leurs prétendues origines mérovingiennes. Ces modifications apparaissent dans différents exemplaires de l'État général de la France à partir des années 1770. Depuis, Centulle VI de Béarn évoqué dans la légende n'a pas eu de descendance et, avec lui, s'éteint la première maison de Béarn.

Une seconde légende existe autour de la figure de l'auteur de cette famille, son premier représentant connu par un acte du : Arnaud-Guilhem de Béon, mentionné dans une lettre de Mazère dans laquelle Raymond-Roger, comte de Foix, demande à son oncle, ledit Arnaud-Guilhem de Béon, de libérer des prisonniers. Ce document est le premier conservé à faire apparaître le nom de cette maison. Le lien de parenté évoqué dans cette lettre de 1204 a été utilisé à la fin du et au par de nombreux généalogistes pour conforter l'ascendance princière des Béon et établir la première alliance connue de cette famille : celle d'Arnaud-Guilhem avec N. de Foix, une hypothétique tante de Raymond-Roger et fille de Roger III de Foix. Malheureusement, aucun autre acte attestant cette alliance n'a été conservé. Par la suite, les comtes de Foix et les seigneurs de Béon continueront de s'appeler « cousins », comme le fit Roger IV de Foix avec Philippe de Béon, capitaine gouverneur de Foix, dans un courrier du ; mais de telles habitudes s'entretenaient entre les princes et leurs principaux seigneurs comme entre les rois de France et leurs ducs sans qu'un réel lien de parenté existât toujours.

Contexte historique

Les principales sources ayant servi à la connaissance de cette ancienne famille sont conservées dans le fonds d'archives français constitué par les généalogistes du roi à la fin du à l'occasion des preuves de noblesse faites par différents membres de cette famille afin d'obtenir les honneurs de la Cour (en 1780 et en 1782), des présentations à la famille royale, l'entrée dans les ordres du Saint-Esprit, de Saint-Louis, Saint-Lazare…

right|vignette|upright|Façade sud du château de Béon dans la vallée d'Ossau. D'autres sources permettent d'avoir un regard plus distant vis-à-vis de cette famille et surtout de mieux ancrer son parcours dans le contexte social et politique des époques considérées. Les participations aux revues de compagnies, aux états et autres manifestations de la vie publique permettent de voir apparaître certains de ses représentants dans un contexte différent, confrontés à leurs prérogatives réelles : celles d'hommes d'armes et de simples notables de la région.

La famille de Béon appartient à la noblesse dite d'extraction chevaleresque. Sa plus ancienne mention de noblesse remonte à l'année 1204.

Dans ses Cartulaires de la vallée d'Ossau, Pierre Tucoo-Chala évoque les structures de cette noblesse pyrénéenne : « Il y avait cependant en Ossau un certain nombre de maisons nobles, de domenjadures, dont les propriétaires pouvaient se parer du titre de seigneur : trois dans la partie la plus méridionale de la vallée, Saint-Colome, Izeste, Louvie-Juzon ; cinq plus à l'intérieur, Béon, Louvie-Soubiron, Béost, Espalungue et Assoute. Au fur et à mesure que les siècles passent — et les cartulaires en portent un témoignage intéressant — leur influence s'accroît. Mais il ne s'agit que d'influence et non de domination, ce sont de simples seigneurs de villages ne rendant pas la justice, n'ayant aucune part à l'exploitation de la vallée ». Le même auteur précise les fonctions de ces familles installées dans la vallée dans L'Islam était aux portes des Pyrénées : « Il s'agissait simplement de châteaux vicomtaux dont la garde avait été confiée à des cavers ; l'autorité supérieure en réclamait leur restitution trois fois dans l'année. Dans ce cas, les potentats béarnais ne seraient pas des vassaux, mais des fidèles qui siègent à la cour et gardent les forteresses publiques ; leurs relations avec le vicomte sont caractéristiques de celles qu'entretiennent les grands du midi avec les lignages comtaux détenteurs de l'autorité publique avant la crise féodale du . (...) Les cavers étaient donc en train de se muer en seigneurs châtelains avec autour d'eux leur petite troupe de chevaliers ».

Alors qu'elle figure parmi les familles représentées aux cours de Foix puis de Navarre, occupant différentes fonctions (chambellan, tuteur des enfants princiers, exécuteur testamentaire...) la famille peine à percer au sein de la cour de France.

Lorsque la dernière maison de Navarre accède au trône de France, tous les espoirs semblent possibles pour les Béon. C'est d'ailleurs à cette époque (le début de ) que l'on assiste à la plus audacieuse tentative d'ascension : la substitution de Luxembourg. La branche des Béon du Massés est au sommet de sa carrière curiale, les autres branches n'ont pas eu les mêmes distinctions militaires et sont en retrait. Louise de Béon, comtesse de Brienne et épouse du premier Loménie de Brienne, est une amie d'Anne d'Autriche, d'une grande vertu et sans beaucoup d'éclat. Sa position est bonne mais sa famille ne résistera pas à la prise en main du pouvoir par Louis XIV car son mari est remercié. Il faudra attendre un siècle avant de retrouver un Loménie à un poste ministériel. Louise parvient tout de même à obtenir une place d'enfant d'honneur pour son neveu Bernard. Celui-ci meurt sans alliance et son petit-neveu Charles de Béon-Luxembourg ne réussira qu'à s'attirer la défaveur du roi par le scandale de sa vie privéeO1 47-239 « Lettre du Roy à Mr de Béon Luxembourg pour luy dire de sortir incessamment de la ville de Paris et de se retirer dans celles de ses terres qu'il jugera à propos pour y demeurer jusqu'à nouvel ordre »)..

La branche des Béon-Cazaux, à cette même période, semble profiter de l'embellie puisqu'elle obtient une place de gentilhomme de la chambre auprès de Gaston d'Orléans. Plus éloignés, on compte deux écuyers du nom de Béon aux petites écuries sous le règne de Louis XIV — probablement appartenant aux Béon de Bière, cette branche cadette des Béon d'Armentieux.

Durant tout le début du il y a un vide en ce qui concerne l'occupation des charges de la cour. C'est le moment où s'éteignent les Béon-Luxembourg et, même avant cela, tout espoir de faveur. Une nouvelle tentative de réussite curiale est lancée au milieu du siècle, cette fois-ci à l'initiative des Béon d'Armentieu, restés en retrait au siècle précédent. Le , Jean-Antoine de Béon, abbé d'Obazine, obtient un brevet d'aumônier de Madame Adélaïde de France. La situation extraordinaire de cette princesse et de ses sœurs, restées si longtemps à la cour puisque non mariées à l'exception d'une seule, favorisa la lente agrégation des Béon au système curial. La place passera à un neveu de l'abbé de Béon, Nicolas de Béon-Béarn (1720-1788), abbé commendataire du Lieu-Dieu, et celui-ci obtiendra une promotion puisqu'il deviendra aumônier ordinaire, au second rang dans la chapelle Note sur Nicolas de Béon-Béarn.. En même temps, François-Frédéric de Béon Béarn, neveu du dernier abbé, accède aux honneurs de la Cour en 1780 et les obtient deux ans plus tard à son épouse ainsi qu'une place de dame de compagnie de Madame Adélaïde devenue le principal soutien de la famille. Elle presse la reine Marie-Antoinette d'obtenir un évêché du Sud-Ouest pour l'abbé de Béon, mais cette dernière préfèrera l'attribuer à son propre protégé, l'abbé de Comminges (intrigue rapportée dans les mémoires du marquis de Bombelles, époux d'une amie et dame pour accompagner Madame Elisabeth, qui fera une carrière diplomatique).

Il n'est pas certain que ces assises à la cour, en d'autres circonstances que celles de la fin de l'Ancien Régime, eussent été longtemps capables de les soutenir, la position de Mesdames étant alors de plus en plus marginale dans les réseaux de pouvoir. Néanmoins, la présence croissante des Béon à la cour en cette fin du prouve les nouvelles priorités stratégiques de cette famille et sa volonté ferme d'accéder à la faveur par sa fréquentation.

La carrière curiale de cette maison, très inégale dans le temps, montre les difficultés parfois rencontrées pour s'adapter aux évolutions de la société et des modes d'ascension sociale. Les Béon n'ont manifestement pas été en mesure d'investir la cour avec l'énergie nécessaire à une période où elle devient un passage obligé pour celui qui veut faire carrière et où il ne suffit plus de bien servir le roi dans ses armées. La fin des clientèles féodales et militaires qui avaient porté la plupart de ses membres jusqu'au et leur remplacement par l'absolutisme royal, qui fait du roi le seul maître des destinées, vont déstabiliser durablement cette maison.

Il apparaît également, au travers de l'étude de ce clan, qu'une grande division des forces, si elle permet d'explorer plusieurs voies, ne permet pas toujours de se constituer une assise assez solide en cour et qu'à ces fins il est préférable de posséder une famille moins étendue ou de rassembler derrière une seule tête si ce n'est pas le cas. La correspondance entre les différentes branches devient plus nombreuse au . Et c'est sans doute dans cette optique qu'il faut comprendre l'union des deux branches en 1776 par le mariage de François-Frédéric de Béon Béarn avec Marie-Madeleine-Charlotte de Béon du Massés de Cazaux.

En tant que seigneurs de nombreuses terres, ils ont bien sûr exercé un pouvoir seigneurial durant des générations. Mais, par leur investissement dans la carrière militaire, ils ont été très nombreux à devenir officiers et à obtenir des responsabilités militaires : gouvernements de places fortes, de villes et de provinces (dès le au service de la maison de Foix, puis au pour le roi).