Le despotat de Morée (en grec ancien : ) était une province de l'Empire byzantin, puis un État grec plus ou moins dépendant de cet Empire. État fondé au milieu du dans la péninsule du Péloponnèse, ayant pour capitale la cité de Mistra près de l'ancienne Sparte. La taille de son territoire a varié au cours de son existence, mais a fini par inclure presque toute la péninsule.

Le territoire était généralement donné en apanage à un ou plusieurs fils de l’empereur byzantin contemporain, voire à un membre de la famille impériale à qui on donnait le titre de despote. Le terme de « despotat » est formé sur celui de despote (Δεσπότης). Son équivalent le plus proche est prince, un despotat correspondant donc à une principauté.

Le nom de « Morée » vient du grec Morea, mot d'étymologie incertaine, peut-être en rapport avec la ressemblance entre la carte du Péloponnèse et la feuille du mûrier (ou celle du platane).

Histoire

Fondation du despotat Le despotat de Morée est fondé par l'empereur byzantin , arrivé au pouvoir en 1347 à la suite d'une longue guerre civile durant la régence de , âgé alors d'une quinzaine d'années. L'Empire byzantin est profondément appauvri par des années de guerre, et le Péloponnèse, dans une situation déplorable, est handicapé par une administration défaillante. Afin de parer à ces problèmes, décide de faire de ce territoire une sorte de principauté aux pouvoirs étendus capables de reprendre en main la direction d'un pays livré à l'anarchie et aux raids des Turcs et des Francs. C'est son fils Manuel Cantacuzène qui est nommé à la tête de la province à la fin de l'année 1349. Il parvient assez rapidement à rétablir l'ordre entre les différents aristocrates terriens locaux ainsi qu'à signer une paix avec les Francs. Il ne réussit toutefois pas à maintenir longtemps la situation, car après avoir essayé de lever des fonds pour la constitution d'une marine susceptible de contrer la piraterie des Turcs, Manuel doit affronter aussitôt une nouvelle révolte de l'aristocratie terrienne. Il lève aussitôt une petite armée de et parvient à disperser les rebelles sans devoir engager le moindre combat. Si certains se rendent, d'autres tentent de continuer la lutte sans réussite.

Avec la déposition de son père en , remplacé par , Manuel Cantacuzène doit faire face à la volonté du nouvel empereur d'éliminer des postes de pouvoir les membres de la famille Cantacuzène. Pour cela, il nomme Michel et André Asen comme gouverneurs de Mistra. Ces derniers parviennent rapidement à réunir autour d'eux les nobles mécontents de la politique de Manuel Cantacuzène qui ne peut compter que sur la fidélité de Monemvasie ou de Mistra. En s'appuyant sur ce bastion et avec l'aide de la république de Venise, Manuel Cantacuzène parvient à conserver son pouvoir. Il décide rapidement de défendre son territoire contre les attaques franques et turques pour favoriser son repeuplement. C'est ainsi qu'il fait venir un grand nombre d'Albanais en Morée pour servir comme soldats et paysans. C'est de cette époque que l'on peut dater le début de la colonisation du Péloponnèse par les Albanais.

Relations entre le despotat et l'empire La création du despotat de Morée en 1349 par Jean VI afin de confier le territoire à son fils Manuel a pour objectif premier de rétablir l'ordre dans la région. Toutefois, elle est symptomatique de l'esprit de division régnant au sein de l'Empire byzantin dont les dirigeants fragmentent l'empire en diverses possessions devenant l'apanage de membres de la famille impériale. Cette tendance décentralisatrice est à l'opposé du pouvoir central fort, symbole de l'autorité suprême de l'empereur lors des siècles précédents. La ville de Thessalonique et ses alentours deviennent aussi à la même époque le siège d'une province aux compétences de plus en plus étendues au point de devenir une forme de nouveau despotat après sa reprise en 1402 bien que le terme de despotat ne soit utilisé que pour la Morée au sein de l'Empire byzantin. Le titre de despote est une création de Manuel Comnène. Il est réservé aux parents proches de l'empereur avant de devenir le titre que se donnent des dynasties indépendantes comme les Lascaris aux premiers de temps de l'empire de Nicée ou les dirigeants du despotat d'Épire.

Progressivement, le despotat de Morée s'affirme comme un territoire à l'organisation proche de celle de toute autre principauté indépendante. Il possède ainsi sa propre administration dans l'ensemble des domaines bien que l'empereur a toujours gardé la prééminence sur le despote. L'autonomie du despotat doit beaucoup à son isolement et au fait qu'avec la chute de Jean VI et le retour au pouvoir de Jean V, le despotat est dirigé par le membre d'une famille déchue par celle de la dynastie régnante (les Paléologue). Jusqu'en 1382/1383 et l'arrivée de Théodore I Paléologue à la tête du despotat, Manuel mène une politique extérieure indépendante et aucun document de Jean V ne semble avoir concerné la Morée. Le fait qu'à la mort de Manuel, Jean V décide de nommer Théodore I comme nouveau despote indique que le pouvoir principal de l'empereur sur le despotat est celui de nommer son dirigeant. C'est d'ailleurs ce pouvoir qui à l'origine de la division du despotat en 1427 lorsque Jean VIII divise le territoire en deux apanages, celui de Théodore II et celui de Constantin. En effet, il n'a jamais existé de règles de succession indiquant par exemple que c'est au fils aîné du despote régnant de prendre le pouvoir à la mort de celui-ci. Toutefois, en dehors de ce rôle de nomination, les derniers empereurs de Byzance se sont profondément intéressés à l'une de leurs dernières provinces. C'est le cas bien sûr de Constantin XI Paléologue qui, avant de devenir empereur, est l'un des despotes de Morée. Manuel II et Jean VIII sont aussi régulièrement intervenus dans les affaires du despotat. Ainsi, Manuel a impulsé la reconstruction de l'Hexamilion et a lutté contre les révoltes de l'aristocratie terrienne locale. En ce qui concerne les affaires diplomatiques, le despote de Morée peut traiter directement avec les puissances extérieures mais ces dernières font parfois appel à l'empereur dans leurs relations avec la Morée.

En plus de ce lien de suzeraineté avec Constantinople, il est parfois arrivé au despotat de se placer sous la protection de l'Empire ottoman bien avant la chute de Constantinople du fait de la trop grande faiblesse de l'Empire byzantin. Ainsi, à la fin du et alors que Constantinople est devenue le vassal des Ottomans, Théodore cherche le soutien du sultan dans sa lutte pour la prise du pouvoir. Cette soumission permet au despote d'affermir un pouvoir encore très contesté par les forces locales mais aussi par les puissances extérieures. Cette forme de double vasselage (envers Constantinople et envers les Ottomans) perdure jusqu'à la défaite ottomane lors de la bataille d'Ankara en 1402, après laquelle les Byzantins jouissent pendant un certain temps d'une plus grande marge de manœuvre.

En définitive, les relations entre le despotat et l'empire sont caractérisées par une certaine complexité. Disposant parfois d'une très vaste autonomie, les despotes peuvent s'apparenter à des vassaux de l'empereur. Toutefois, du fait de la tradition byzantine, cette idée d'État vassal semble peu idoine dans le cas de la Morée. En effet, malgré sa décadence, sa division toujours plus croissante et sa difficulté à contrôler ses derniers territoires, l'Empire byzantin reste « un et indivisible ». Ainsi, les despotes de Morée n'ont jamais disposé de certains privilèges comme celui de battre leur propre monnaie ou d'édicter leurs propres lois. Le corpus juridique est resté jusqu'en 1460 le même que le droit byzantin, les despotes se contentant de faire appliquer ces lois. De même, il est théoriquement interdit au despote de disposer de son territoire comme il l'entend et donc de céder certaines régions ou villes à d'autres puissances. Si cette règle a parfois été contournée, des justifications peuvent être trouvées. Ainsi, la cession de Monemvasie à Pierre Grimani se fait alors que la ville est aux mains de nobles rebelles à l'autorité du despotat. La ville n'appartient donc plus dans les faits au despote. Enfin, il est nécessaire de rappeler qu'à l'approche de la chute de l'Empire byzantin, les pouvoirs du despote se sont accrus comme le montre l'accord de coopération militaire signé entre Démétrius Paléologue et Alphonse V d'Aragon et qui se rapproche d'un engagement de vassalité de la part de Démétrius. Si cet accord peut paraître surprenant, le contexte de conflit entre Démétrius et Thomas Paléologue combiné à l'encerclement de plus en plus fort de Constantinople par les Ottomans permettent de mieux l'appréhender. À l'image de l'accord entre Théodore et les Ottomans à la fin du , Démétrius cherche un allié militaire susceptible de le soutenir efficacement, rôle que ne peut plus remplir l'Empire byzantin.

L'Empire et les Hospitaliers Quant à la cession de Corinthe aux Hospitaliers de l'ordre de Saint-Jean de Jérusalem, elle est approuvée par l'empereur et dictée par la nécessité de parer à toute menace d'une invasion turque.

Institutions

Gouvernement Le despote est l'autorité suprême régissant l'ensemble des services administratifs, l'armée et la justice du despotat. Il est entouré de fonctionnaires bénéficiant de titres impériaux conférés par Constantinople. Toutefois, il n'est pas certain qu'il ait existé d'institutions propres disposant d'un pouvoir ou d'une influence aux côtés du despote comme pouvait l'avoir le Sénat byzantin. Un Sénat est bien mentionné dans un texte d'Isidore de Monemvasia mais il est possible que ne soit nommé ainsi qu'un simple corps de conseillers. Parmi les limitations aux pouvoirs du despote, on peut citer les nombreuses révoltes populaires que Zakythinos apparente à des tendances démocratiques par lesquelles le peuple rappelle à son dirigeant qu'il doit respecter certains principesZakythinos, Le despotat grec de Morée, tome 2, 94. Toutefois, la population ne se réunit pas au sein d'associations comme dans d'autres villes de l'Empire byzantin. En plus de la population, l'Église bénéficie d'une influence certaine sur la vie du despotat sans avoir là encore de rôle clairement défini dans des textes.

En ce qui concerne l'entourage proche du despote, il est le plus souvent issu de l'administration, de l'armée ou de la noblesse de cour plus que de la noblesse terrienne à l'origine de nombreuses contestations. Ainsi, il a existé durant la majeure partie de l'histoire du despotat une distinction entre ces deux noblesses. Le gouvernement du territoire est exercé de façon très centralisée et le pouvoir est aux mains de quelques proches du despote. De fait, la titulature byzantine particulièrement complexe voit de nombreuses fonctions perdre de leur signification et devenir purement honorifique. En général, le titre de protostrator est réservé aux fonctionnaires les plus proches du despote. Il peut s'apparenter au titre de maréchal françaisJean Longnon, L'Empire latin de Constantinople et la Principauté de Morée, 197-198. Au sein de l'Empire byzantin, le protostrator est un poste important de l'armée puisqu'il dirige l'avant-garde et la cavalerie légère. L'influence latine sur le titre de protostrator a contribué à ce que ses porteurs la considère comme héréditaire à l'image de la famille des Francopoulos. En plus du protostrator, les personnages importants du despotat sont souvent investis du titre de grand stratopédarque désignant à l'origine le préposé à l'armement et au ravitaillement de l'armée. Il est à souligner le fait que ces fonctionnaires servent parfois le despotat et l'empire simultanément notamment dans leurs missions d'ambassadeurs. Enfin, lors des dernières décennies du despotat, la fonction de mésazon (μεσάζων) se rapproche de plus en plus de celle d'un premier ministre.