Le royaume des Pays-Bas se déclare neutre lors du déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, mais est néanmoins envahi par les Allemands en . La reine et le gouvernement s'exilent à Londres tandis que les nazis installent un Reichskommissar pour diriger le pays. Celui-ci, Arthur Seyss-Inquart, va notamment y instaurer le travail forcé en Allemagne, auquel seront soumis , et organiser la déportation de plus de vers les camps de concentration ou d’extermination. La libération totale des Pays-Bas n'intervient pas avant .

Circonstances Prélude (1914–1939) Pendant la Première Guerre mondiale, les Pays-Bas étaient restés neutres. Depuis la seconde guerre des Boers, les sympathies des Néerlandais vont davantage du côté des Allemands que vers les Britanniques. Toutefois, ils ont accueilli des milliers de réfugiés belges au moment de l'invasion de la Belgique par les troupes allemandes, et, de plus, c'est aux Pays-Bas que l'empereur Guillaume II trouve asile après 1918, et y réside jusqu'à sa mort en 1941. Par ailleurs, Anthony Fokker, le célèbre concepteur d'avions de combat allemands de la Première Guerre mondiale est néerlandais. En 1918, allemands avaient également pu s’échapper et regagner leur pays avec une « facilité suspecte » au dire des BelgesGuido Peeters, article Pays-Bas in Encyclopedia Universalis, 2000. Conséquence de la neutralité, les Pays-Bas n'ont pas été impliqués dans le traité de Versailles. Par la suite, l'économie néerlandaise a souffert des conséquences financières des réparations que l'Allemagne était contrainte de payer, et de nombreux enfants allemands, autrichiens et même hongrois ont été placés dans des familles d'accueil néerlandaises.

Entre les deux guerres, les Pays-Bas sont atteints comme le reste du monde, par la Grande Dépression après le krach de 1929. Le président du Conseil des ministres Hendrikus Colijn conduit alors une politique de florin fort, échappant ainsi à l'hyperinflation qui frappe l'Allemagne à la même époque, mais provoquant en retour le chômage et une grande pauvreté que la grande dépression ne fait qu'amplifier. Cette situation contribue à une montée du nazisme. Anton Mussert fonde un parti nazi néerlandais, le Nationaal-Socialistische Beweging (Mouvement national socialiste ou NSB) qui obtient 8 % des voix aux élections et qui sera le seul parti autorisé pendant l'occupation.

Conséquence du marasme économique, mais aussi d'un mouvement pacifiste puissant, le budget des armées reste bas et le pays reste en dehors de la course aux armements. En 1939 a lieu l'incident de Venlo.

Invasion allemande (mai 1940)

Lorsque la France et le Royaume-Uni déclarent la guerre à l'Allemagne en 1939, les Pays-Bas se déclarent neutres, une fois de plus, mais pour contourner les secteurs les plus fortifiés de la ligne Maginot, cette ligne de défense que les Français avaient disposée sur leur frontière à l'Est, et pour prévenir un possible débarquement britannique, l'Allemagne envahit les Pays-Bas le . C'est la bataille des Pays-Bas ou bataille de Hollande qui ne dure qu'une semaine. Malgré la disproportion des forces, l'armée néerlandaise présente une forte résistance à l'Afsluitdijk, Grebbeberg et Dordrecht. Un commando aéroporté atterrit à La Haye avec l'objectif de capturer la famille royale, mais celle-ci parvient à s'échapper en Angleterre avec le gouvernement.

Le , les Allemands lancent un ultimatum exigeant la reddition du port de Rotterdam faute de quoi la ville serait bombardée. Peu de temps après la fin de l'ultimatum, la reddition est annoncée, mais la première partie des bombardiers déjà envoyés en mission ne peut pas être rappelée, et la ville subit un bombardement sauvage qui fait 800 morts et sans-abri. Cette bavure est imputée à un problème de communicationL. Elfferich: Rotterdam werd verraden. Abcoude: Uniepers, 1990. P. 270: les pilotes allemands de la première escadrille ne pouvaient voir des signaux donné avec des signaleurs ou pistolets lance-fusées parce qu'il y avait tant de dégagement de fumée dans l'air.. C'est après le bombardement de Rotterdam que l'armée néerlandaise se rend, mais quelques combats se poursuivent en Zélande au côté de la française, jusqu'au bombardement de Middelbourg ().

Les Néerlandais espèrent alors fortement que les Français et les Britanniques viendront vite libérer le pays, mais ils perdent tout espoir à la fin du mois de mai - lors de la capitulation de la Belgique () et lors de l'évacuation de Dunkerque qui voit l'armée britannique rembarquer avec peine pour échapper à l'encerclement. Quelques semaines plus tard, la France dépose les armes lors de l'Armistice du 22 juin 1940. Le premier ministre néerlandais Dirk Jan de Geer, suivant l'exemple français, s'efforce de négocier depuis Londres une paix séparée avec les Allemands qui l'invitent à revenir dans son pays, mais la reine Wilhelmine le dissuade d'accepter l'invitation.

La flotte néerlandaise ainsi que les réserves pétrolières des Indes orientales néerlandaises, l'actuelle Indonésie, restent un atout militaire pour les Alliés. Après que le Japon ait forcé la France à lui céder les droits d'utiliser la base de transit d'Haïphong et plusieurs aérodromes, Wilhelmine envoie Dirk Jan de Geer pour éviter qu'une situation identique ne se reproduise dans les Indes néerlandaises. Celui-ci n'y parvient jamais : lors d'une escale au Portugal, il retourne auprès de sa famille aux Pays-Bas avec la permission des Allemands. Cela irrite la reine Wilhelmine, qui le traite de traître et de déserteur de la cause néerlandaise. Elle nomme à sa place un nouveau premier ministre, Pieter Gerbrandy, dans le but de poursuivre la lutte.

Occupation allemande Généralités Pendant la période de l'occupation, les Pays-Bas sont placés sous l'autorité directe d'Arthur Seyss-Inquart qui prend le titre de . Il mène une double tâche, organisant l'administration du pays comme une prise de guerre qu’il convient d’exploiter sur le plan économique et humain, au profit de l’Allemagne. Par ailleurs, il s'efforce de répandre l’idéologie nazie. Quelque ouvriers néerlandais sont envoyés de force en Allemagne, au titre d'une sorte de travail obligatoire. Le NSB (Mouvement national-socialiste aux Pays-Bas), devient le seul parti autorisé et bénéficie du soutien des occupants et en même temps Seyss-Inquart favorise la création de toutes sortes d'organisations nationales-socialistes. À partir de 1941, les Allemands traquent la population juive et organisent la déportation qui conduit à la mort de 75 % des juifs néerlandais.

Seule une minorité de la population se rallie ouvertement au national-socialisme. La population civile néerlandaise marque son opposition par trois grèves de protestation : La grève de février 1941, à Amsterdam ; Les grèves d’avril- contre le projet allemand d'envoyer en captivité les soldats néerlandais ; La grève des chemins de fer de pour soutenir l'avancée de l'armée britannique, coordonnée par le gouvernement néerlandais en exil à Londres.

Seyss-Inquart et la politique de « Gleichschaltung » Gleichschaltung (rendre égaux) est le nom de la politique que les Allemands mènent dans les Pays-Bas occupés, avec deux objectifs poursuivis : d'abord, mettre fin à la pilarisation (verzuiling en néerlandais), c'est-à-dire à une vision communautariste de la société (catholiques d'un côté, protestants de l'autre, classe laborieuse d'un côté, bourgeoisie de l'autre), et ensuite dissoudre la nation néerlandaise dans le peuple des seigneurs, le Herrenvolk, germanique et aryen. Sur cette base-là, les autorités d'occupation allemandes entreprennent de changer graduellement la société pour ne pas effaroucher la population. Cela n'empêche pas l'Église catholique et quelques socialistes de s'opposer depuis le début à la Gleichschaltung. En 1941, tous les catholiques reçoivent de leurs évêques la consigne de quitter les associations nazifiées.

Cette politique échoue finalement, principalement à cause des revers subis par les Allemands sur le plan militaire, et à cause de la récession économique. L'idéologie nazie n'a pas pu pénétrer les subtilités des idéologies néerlandaises. Toutes avaient en commun de donner une bonne place à l'humanisme, et les atrocités nazies ne font qu'amplifier l'hostilité de la population vis-à-vis du régime d'occupation.

Les Nazis sont d'ailleurs divisés sur la façon de considérer les Néerlandais : s'agit-il d'un peuple conquis ou d'un peuple frère, « aryens » ? Au sommet de la hiérarchie nazie, notamment chez Hitler et chez le Reichskommissar Arthur Seyß-Inquart, on aurait eu tendance à les admettre dans la plus haute catégorie, mais une petite partie seulement des Néerlandais s'engagent aux côtés des Allemands en même temps que les Alliés peuvent compter sur la sympathie et l'appui de la population, qui s'exprime par exemple lors de la grève des chemins de fer en au moment de l'opération Market Garden. L'attitude générale des Néerlandais, que l'on peut qualifier de « résistance passive », contrarie alors Seyss-Inquart au point qu'il bloque le transfert de produits agricoles des régions orientales du pays vers les grandes villes portuaires, produisant ce que l'on a appelé le hongerwinter, c'est-à-dire l'hiver de la famine, de à . C'est également à cette époque que la répression nazie est la plus dure à l'égard de tous les « traîtres », fusillés sur le champ pour cause de "terrorisme".

Persécution des Juifs

Assez vite après l'invasion des Pays-Bas par les Allemands commence une politique de persécution des Juifs. Les premières mesures anti-juives datent de avec la radiation des Juifs des services de défense civile antiaérienne. Ensuite, on assiste à une série de mesures d'exclusion, allant jusqu'à l'interdiction professionnelle dans la fonction publique, en . L'exclusion des universités provoque des manifestations étudiantes à Leyde et ailleursRaul Hilberg, La destruction des Juifs d'Europe, T2, Gallimard, 2006, T2 ..

En même temps que les nazis promulguent des mesures officielles, le parti nazi néerlandais, le NSB et son bras armé, les WA () se livrent à une série de provocations dans les quartiers juifs d'Amsterdam. Le , au cours d'un véritable combat de rues entre les WA et des groupes juifs d'autodéfense, dans l'ancien quartier juif de Waterlooplein, un membre des WA, Hendrik Koot, est mortellement blessé. Le lendemain, les soldats allemands, assistés par la police néerlandaise, isolent par des barbelés le quartier juif du reste de la ville. Le , des membres de la police allemande, la , mettent à sac une boutique, et au cours de la bagarre qui s'ensuit, des policiers allemands sont blessés, entraînant des représailles les jours suivants, et finalement une rafle au cours de laquelle 425 Juifs, des hommes de 20 à 35 ans, sont pris comme otages et ensuite envoyés dans les camps de concentration de Buchenwald et Mauthausen où la plupart d'entre eux périssent dans l'année.

À la même époque se développe un sentiment d'inquiétude grandissant chez les ouvriers et plus spécialement les dockers d'Amsterdam qui craignent d'être envoyés en Allemagne dans le cadre du travail obligatoire. Hostilité au travail forcé en Allemagne et protestation contre la rafle de Waterlooplein sont les motifs de la grève qui éclate le et qui peut s'étendre à Zaanstad, Kennemerland et Utrecht avant d'être étouffée par la police allemande.

Après l'installation du gouvernement sous l'autorité de Seyss-Inquart, ils instituent le Conseil juif d'Amsterdam, chargé entre autres d'informer la communauté juive des mesures antisémites prises à son encontre.