Le Parti conservateur du Canada (abrégé en PCC, , abrégé en CPC) est un parti politique fédéral canadien issu de la fusion en de l'Alliance canadienne et du Parti progressiste-conservateur du Canada.
Le Parti conservateur a formé le gouvernement du Canada de 2006 à 2015. Depuis le , le parti est dirigé par Pierre Poilievre et forme actuellement l'opposition officielle. Il possède 140 sièges à la Chambre des communes depuis les élections fédérales canadiennes de 2025 et 13 sièges au Sénat.
Histoire Ce parti est issu d'une fusion des réformateurs modérés du Bas et du Haut-Canada. Fondé en 1850 sous le nom de Parti libéral-conservateur du Canada et avec comme premier chef John Alexander MacDonald, il devient en 1880 le Parti conservateur du Canada.. Il porte le surnom de « Parti Tory » et ses membres sont également surnommés les « tories » (quoique beaucoup plus courants dans les médias anglophones, ces surnoms sont également utilisés dans les médias francophones). Il est également l'héritier légal, en vertu du fait qu'il en ait assumé les biens et responsabilités, de l'ancien Parti progressiste-conservateur.
Peter MacKay et beaucoup d'autres anciens députés, incluant Brian Mulroney, voient le PCC comme une évolution naturelle du mouvement politique conservateur au Canada. MacKay a exprimé l'opinion que le PCC incarne la réunification des diverses idéologies conservatrices sous une « grande tente ». MacKay a souvent dit que les divisions font partie du mouvement conservateur canadien depuis les années 1890, et que la fusion était réellement une reconstitution d'un mouvement qui existe depuis l'union des deux colonies du Haut-Canada et du Bas-Canada.
Idéologie
Le nouveau Parti conservateur est un amalgame de deux visions différentes du conservatisme au Canada. Pour la majeure partie de son histoire, le Parti progressiste-conservateur prônait la philosophie traditionnelle Red Tory (comme les programmes sociaux subventionnés par l'État), rejetait des liens étroits avec les États-Unis et tentait plutôt de façonner le Canada en suivant le modèle des institutions britanniques. Le conservatisme de l'Ouest canadien, incarné par l'Alliance canadienne, s'inspirait davantage du conservatisme américain; il prônait des liens plus rapprochés avec les États-Unis, la philosophie Blue Tory, la privatisation, la réduction du rôle de l'État, une réforme des institutions politiques (sur un modèle inspiré de l'Australie et des États-Unis) ainsi qu'un fédéralisme plus décentralisé (un gouvernement plus limité à Ottawa avec des provinces et territoires plus autonomes, une position également prônée par Brian Mulroney). Le nouveau parti prône généralement une approche économique basée sur l'économie de marché accompagnée d'une idéologie très proche de l'ancienne Alliance canadienne.
Le parti est très fort dans l'Ouest canadien; un nombre important de députés et de militants du parti proviennent des prairies, et l'influence de ces régions, qui a façonné le Parti réformiste, se retrouve dans une certaine mesure dans le nouveau Parti, même si celui-ci a abandonné la plupart des mesures socialement conservatrices et populistes de son prédécesseur. Il se concentre plutôt sur les questions économiques, militaires, la « loi et l'ordre » et les questions de réforme démocratique et d'éthique gouvernementale. Contrairement aux anciens progressistes-conservateurs, le parti reflète davantage une influence Blue Tory. Le premier ministre Stephen Harper est un grand défenseur du conservatisme fiscal et prône l'expansion et la modernisation des Forces armées canadiennes. Il a également défendu certaines positions socialement conservatrices, comme l'opposition au mariage entre personnes de même sexe, à l'avortement. Cependant, il n'existe aucune ligne de parti sur ces sujets.
La fusion symbolise l'étape la plus récente de l'évolution du conservatisme au Canada; le Parti conservateur historique, fondé par les loyalistes, s'opposait fortement au libre-échange et à l'intégration avec les États-Unis, préférant imiter les institutions politiques britanniques. Sous la direction de Brian Mulroney, le parti choisit de mettre l'accent sur les forces de l'économie de marché et signe un accord de libre-échange historique avec les États-Unis.
Le parti est parfois considéré par ses détracteurs comme s'apparentant au Parti républicain aux États-Unis et au Parti conservateur au Royaume-Uni, même si des différences existent sur bien des questions et que les partis ne sont alignés que par leur appartenance au forum international de partis politiques conservateurs, l'Union démocrate internationale.
Le , le Parti conservateur du Canada réuni en congrès vote en faveur du mariage entre personnes de même sexe à 69 % des votants, mettant un terme à son opposition historique à ce changement social.. En en revanche, 62 députés conservateurs votent contre l'interdiction des thérapies de conversion pour les personnes homosexuelles, et 70% des députés conservateurs votent en faveur d'un projet de loi visant à rouvrir le débat sur l’avortement. En mars de la même année, les adhérents du parti ont rejeté à 54% une motion visant à reconnaître l’existence des changements climatiques.
Sur les questions de politiques extérieures, le Parti conservateur propose de réduire de 25 % l'aide au développement attribué par le Canada aux pays les plus pauvres de la planète. Les conservateurs entendent par ailleurs « renforcer les liens avec des pays aux visions similaires » comme le Japon, l’Inde et Israël. et dénoncent au contraire plusieurs pays, parmi lesquels la Russie, la Corée du Nord et l'Iran, comme étant « antagonistes, voire ouvertement hostiles aux intérêts et aux valeurs du Canada ». Le parti réclame également le déplacement de l'ambassade du Canada en Israël de Tel Aviv-Jaffa à Jérusalem, s'alignant sur la décision du président américain Donald Trump, et de suspendre la contribution canadienne à l’Office de secours et de travaux des Nations unies, qui vient en aide aux réfugiés palestiniens.
Historique Le , après la tenue de réunions secrètes entre l'Alliance canadienne et le Parti progressiste-conservateur, Stephen Harper, chef de l'Alliance canadienne et Peter MacKay, chef du Parti progressiste-conservateur, annoncent un accord de principe pour fusionner leurs partis respectifs pour créer le nouveau Parti conservateur du Canada. L'entente avait été conclue après plusieurs mois de négociations entre les représentants progressistes-conservateurs Don Mazankowski, Bill Davis et Loyola Hearn, et les représentants alliancistes et le sénateur Gerry St. Germain.
Le , l'accord de principe est ratifié par les membres de l'Alliance canadienne par une marge de 96 % contre 4 % lors d'un référendum où les membres étaient appelés à voter par la poste. Le le Parti progressiste-conservateur organise une série de congrès régionaux, lors desquels les délégués votent en faveur de l'accord à 90 % contre 10 %. Le , le nouveau parti est officiellement enregistré auprès d'Élections Canada. Le , Stephen Harper est élu à la direction du nouveau parti.
La fusion est une culmination du mouvement canadien pour unir la droite, poussé par le désir de présenter une opposition efficace et une alternative crédible au Parti libéral; il s'agit de créer un nouveau parti qui s'assurerait l'appui de l'électorat de droite de toutes les régions du Canada et qui ne diviserait pas le vote. Cette division de l'électorat a contribué, du moins en partie, aux victoires libérales aux élections de 1997 et de 2000.
Controverse Le processus de fusion soulève la controverse. Lors du congrès d'investiture du Parti progressiste-conservateur en 2003, Peter MacKay signe une entente écrite avec son rival excluant toute fusion avec le parti allianciste ; Orchard conteste d'ailleurs la fusion devant les tribunaux, sans succès. Sous les règles d'élection du chef du PPC, le nouveau Parti conservateur fusionné serait endetté d'au moins envers Orchard. Cette dette a été reconnue comme légitime par les avocats du PCC. Toutefois, le remboursement de cette somme est en attente de la résolution des disputes légales entre le parti et Orchard.
Après la fusion, quatre députés progressistes-conservateurs — André Bachand, , Scott Brison (un ancien candidat à l'investiture du PPC) et l'ancien premier ministre Joe Clark — refusent de se joindre au nouveau caucus fusionné, ainsi que le président sortant du PPC, Bruck Easton, qui déclare son intention de voter libéral aux élections à cause de ses craintes face au leadership de Harper. Brison fait défection vers les libéraux; peu après, il obtient le poste de secrétaire parlementaire au sein du gouvernement de Paul Martin et est nommé au conseil des ministres après l'élection fédérale de 2004. Herron se présente lui aussi comme candidat libéral à l'élection, mais il n'intègre pas le caucus libéral auparavant; il est défait dans sa circonscription par le candidat conservateur Rob Moore. Bachand et Clark quittent tous deux la Chambre des communes à la fin de la session. Lors de l'élection de 2004, Joe Clark accorda son appui, avec réticence, à Paul Martin plutôt qu'à Stephen Harper. Clark préfère appuyer des candidats de différentes formations politiques à titre individuel, tels le néo-démocrate Ed Broadbent, la libérale Anne McLellan et le conservateur Jim Prentice.
Un ancien député allianciste, Keith Martin, ancien candidat à l'investiture de l'Alliance canadienne, quitte également le parti le . Il conserve son siège lors de l'élection de 2004, se faisant réélire sous la bannière du Parti libéral. Dans la législature (2004-2005), il sert à titre de secrétaire parlementaire de Bill Graham, le ministre de la Défense nationale. Il est réélu en 2006.
De plus, trois sénateurs — William Doody, Norman Atkins et Lowell Murray — décident de ne pas se joindre au nouveau parti et continuent de siéger à la chambre haute en tant que progressistes-conservateurs.
Dans les premiers mois d'existence du PCC, deux députés conservateurs expriment publiquement leur mécontentement face à la direction, aux politiques et aux procédures du nouveau parti. Rick Borotsik, ancien progressiste-conservateur, critique ouvertement la direction du parti et se retire officiellement de la politique à la fin de la session parlementaire du printemps 2004.
Chuck Cadman, ancien député allianciste, rejette les procédures de mise en nomination de candidats lorsqu'il perd la course à l'investiture conservatrice dans sa circonscription (qu'il avait représenté sous les bannières réformistes et alliancistes) au profit d'un candidat venu de l'extérieur. Il est éjecté du Parti conservateur à la fin du mois de mai. Cadman se représente quand même aux élections de 2004 comme candidat indépendant. Il est réélu, le seul indépendant à siéger au parlement minoritaire, jusqu'à ce que Carolyn Parrish soit éjectée du caucus libéral en . Cadman meurt d'un cancer en .
Finalement, peu après l'élection fédérale de 2004, le sénateur conservateur Jean-Claude Rivest quitte le PCC pour siéger au Sénat à titre d'indépendant, jugeant le nouveau parti trop à droite et trop insensible aux besoins et aux intérêts du Québec.
Élection de Stephen Harper right|thumb|Stephen Harper.
Stephen Harper est élu chef du parti le , défaisant Tony Clement, ancien membre conservateur du cabinet ontarien, et Belinda Stronach, ancienne PDG de Magna International, au premier tour.