Celliers est une ancienne commune française du département de la Savoie. En 1972, la commune fusionne avec cinq autres communes pour former la commune de La Léchère.

Géographie En basse Tarentaise, l’Isère reçoit sur la rive gauche son affluent de l’Eau Rousse descendue du col de la Madeleine. La commune de Celliers, composante de la commune La Léchère depuis la fusion intervenue en 1972, occupait le tiers médian du bassin-versant de l’Eau Rousse, entre le tiers amont appartenant à la commune de Doucy-Tarentaise et le tiers aval sur la commune de Bonneval. Comme l’ensemble des trois communes, ce territoire correspond à la retombée orientale du massif cristallin externe de la Lauzière. Le massif proprement dit est fait de granite et de gneiss, la roche est à nu et abrite même le petit glacier « de Celliers » en face nord du Grand Pic de la Lauzière, point culminant de la commune avec ses 2829 mètres. L’installation humaine n’est possible que dans la partie inférieure, dans le revêtement sédimentaire de roches tendres du Jurassique inférieur où l’Eau Rousse a creusé son profond sillon. La dissymétrie est totale entre ses deux versants. Celui de droite est un talus très raide d’environ 300 mètres de dénivelée sans cesse menacé par le risque de glissements de terrain. Si l’on ajoute son exposition nord-nord-ouest, cet ubac est totalement impropre à toute habitation et est entièrement revêtu de forêt. Le versant de rive gauche longuement étiré sur un dénivelé qui peut atteindre le millier de mètres jusqu’à la base de la zone rocheuse du massif de la Lauzière est un véritable adret d’exposition est-sud-est. L’homme a pu installer son habitat permanent avec ses champs et prairies par défrichement et exploiter les alpages au-dessus de l’étage forestier. Se succèdent ainsi d’amont vers l’aval les hameaux de Celliers-Dessus vers 1350 mètres, de La Chapelle vers 1300 mètres et de 1200 mètres à La Thuile et au Chezalet. La position du hameau du Crozat vers 900 mètres ne correspond pas à ce schéma. Sur la rive gauche du torrent, au plus creux du sillon (d’où son nom) il tirait avantage autrefois des possibilités d’équipements en moulins et autres artifices du ruisseau affluent de rive gauche du Colomban qui marque la limite entre les communes de Celliers et de Bonneval.

Toponymie Celliers tire son nom de la « » latine, désignant une habitation temporaire, une grange, un grenier ou encore un lieu de provisions, désignant également en Savoie la maisonnette se trouvant dans les vignesChanoine . Plus précisément, dans le cas de cette commune, le cellier était le bâtiment situé dans la zone de montagnette qui servait d'habitat saisonnier et de réserves de provisions jusqu'au retour dans le village d'habitat permanent à la fin de l'été.

Histoire Celliers fait partie de la commune de La Léchère, en Tarentaise, depuis la signature par le préfet de la Savoie de l’acte de fusion-association du . Le nom de Celliers est attesté pour la première fois dans un acte de partage établi en 1170 par l’archevêque de Tarentaise Pierre II. Il faut distinguer deux temps dans une histoire bimillénaire.

La montagnette de Saint-Oyen À l’origine, ce territoire était dans la dépendance de la communauté villageoise de Saint-Oyen. Selon une règle constante dans les pays de montagne, le bon fonctionnement en autonomie vivrière fondée sur l’élevage supposait la maîtrise des divers étages de végétation depuis les prairies de fauche en fond de vallée jusqu’aux alpages à fréquentation estivale. En rive gauche de l’Isère, dans le bassin d’Aigueblanche en Tarentaise deux communes mitoyennes satisfaisaient à ces conditions : celles de Doucy et de Saint-Oyen. Leur territoire s’étirait de la rive du torrent du Morel près de sa confluence avec l’Isère vers d’altitude jusqu’à l’arête de la chaîne de la Lauzière marquant la limite entre Tarentaise et Maurienne entre 2 500 et 2 800 mètres. Mais cette maîtrise n’avait été que progressive. La toponymie autorise à penser qu’aux temps gallo-romains et au haut Moyen Âge, la partie montagneuse était encore désertée.

La poussée démographique du a conduit les populations à reculer les limites de l’écoumène jusqu’aux terres vaines – c’est-à-dire inexploitables selon les termes du cadastre officiel de 1730 – de la haute montagne rocheuse et glaciaire. Doucy a étendu ainsi son domaine jusqu’au col de la Madeleine. Parallèlement, les habitants de Saint-Oyen ont commencé la colonisation de la vallée de l’Eau Rousse dans son secteur médian. L’altitude modérée entre 1200 et était favorable à une fréquentation saisonnière. Selon les termes de l’abbé Vibert . Dans l’ensemble des Alpes, il s’agit là d’une fréquentation sous la forme de montagnette. L’étymologie plaide en faveur de cette interprétation : la langue française s’est à cette époque détachée du latin et les noms des hameaux figurent avec un article exprimé ou sous-entendu, ce qu’exclut le latin : La Thuile, Le Crozat, Le Chezalet, (Le ou Les) Celliers. La pression démographique se prolongeant, avec la coutume des familles nombreuses, peu à peu la population a mis fin à ces migrations saisonnières et a transformé les rustiques celliers en maisons permanentes. En fait, ces migrations estivales se sont décalées vers le haut. Les troupeaux ont gagné en été les hautes combes de la chaîne de la Lauzière et le haut replat de l’Arpetttaz à plus de d’altitude. Ils libéraient ainsi les prairies de fauche aux alentours des hameaux dont le foin servirait à l’alimentation hivernale. Une communauté indépendante supposait sa constitution en paroisse avec un prêtre desservant.

Il n’est pas possible de déterminer la date précise de cette promotion mais l’histoire de la construction des églises successives permet une approximation.. La localisation à La Chapelle de l’église actuelle, construite en 1824, apparaît logique à proximité des deux hameaux de Celliers-Dessus et de la Thuile, les plus peuplés d’une commune qui comptait au recensement de 1821. Le devoir d’assistance des paroissiens à la messe dominicale ne pouvait qu’en être mieux respecté par le plus grand nombre de fidèles ! Le choix du site précis avait fait davantage difficulté. Le problème majeur était de ne pas exposer le bâtiment aux risques d’avalanche. Les Celliérains en avaient fait la douloureuse expérience. Si l’on n’a pas conservé mention de l’emplacement de la première église détruite en 1665 par une avalanche cinq ans après sa construction, nous devons à l’abbé Vibert, ancien curé de la paroisse, un récit détaillé de la catastrophe survenue dans la nuit du 13 au . Cette deuxième église avait été bâtie en 1667 au lieu-dit les Teppes, à mi-chemin entre La Chapelle et Celliers-Dessus. Le site est engageant sur ce large replat mais il est dans l’axe exact de la vaste combe du Nant Strident dans laquelle peuvent s’accumuler d’énormes réserves de neige. Après deux premières alertes, la brutalité de l’avalanche fut à proportion de la quantité des neiges accumulées pendant et consécutifs. L’église fut rasée « dans son entier comme la faux du moissonneur rase l’herbe de la prairie ». Pour la troisième, le choix s’était porté sur la Tête du Plan, beau replat également au bas du hameau de La Chapelle sur lequel devait être aménagée au début du la gare inférieure de la télécabine de liaison avec la station de Valmorel. Ce site n’avait pas encore été sécurisé par les travaux de protection exemplaires entrepris au-dessus du chef-lieu par la Restauration des Terrains en Montagne au début des années 1950. Sitôt les travaux engagés par corvées à l’automne 1818 après la rentrée des récoltes, sitôt le chantier détruit par une avalanche au tracé inhabituel ! L’église actuelle, serrée entre les maisons, est donc la quatrième dont l’histoire nous a été conservée. Le dos formé par le terrain sous l'alpage de l'Arpettaz était suffisamment arrondi pour inspirer confiance aux villageois car il favorisait le déversement latéral des avalanches. La seule contrainte résultait de la raideur de la pente. Le bâtiment est ainsi axé plein ouest et présente sa façade au soleil levant ! Cette dérogation à la règle de l’orientation a trouvé facilement son excuse auprès de l’évêque de Tarentaise. !

Au centre du hameau avait été érigée une chapelle : le nom lui en est resté même après sa promotion comme siège d’une église. Cette chapelle était dédiée à sainte Brigitte et à saint Joseph. C’est sur son emplacement que l’abbé Muraz, curé de la paroisse, a entrepris la construction de la nouvelle église consacrée en 1824. C’est d’ailleurs là que le culte avait été célébré entre 1793 et 1821 comme solution provisoire. Dans le respect de la tradition, la patronne de la paroisse ne pouvait être que la vierge Marie invoquée sous le vocable de Notre-Dame, plus précisément Notre-Dame-de-l'Assomption célébrée chaque année le . Ce choix se référait au souvenir des temps lointains où la fréquentation des alpages battait son plein à cette date. Les foules venues d’une large partie de la Tarentaise se joignaient à la population locale car Celliers comptait à cette époque au nombre des pèlerinages du diocèse. La montée en altitude avait une valeur symbolique par association avec l’assomption au ciel de la mère du Christ. Le même culte était pratiqué dans des sites élevés à Peisey-Nancroix au sanctuaire de Notre-Dame des Vernettes et devait se développer avec beaucoup plus de faste après la création de Notre-Dame de la Vie à Saint-Martin-de-Belleville. C’est alors qu’on avait cessé de fréquenter le pèlerinage de Celliers.

La Révolution à Celliers

alt=portrait du conventionnel Michel Guméry|vignette|Portrait du conventionnel Michel Guméry. La période révolutionnaire a profondément marqué les esprits. Un enfant du pays s’y est particulièrement illustré. Michel Guméry était né en 1751 à Celliers-Dessus dans une famille de modestes paysans. Il avait été engagé dans la voie des études, conclues par un diplôme de l’Université de Turin (Piémont) et s’était établi comme avocat au barreau de Chambéry. Ce franc-maçon adepte des Lumières entame en une double carrière d’homme politique, locale et nationale, lorsque les troupes françaises occupent le territoire de la Savoie. Élu maire de Moûtiers, il fait partie de la délégation qui porte à Paris les vœux d’annexion de la Savoie. Dans la logique de cet engagement, il est élu comme député du Mont-Blanc à la Convention en puis sera recruté parmi les membres du Conseil des Cinq-Cents sous le Directoire. Ses prises de position modérées lui auraient valu sous la Terreur une altercation avec Robespierre et une mise à l’écart en sur le soupçon de sympathies royalistes. Mais il gardera jusqu’au bout la confiance des Savoyards qui l’éliront au Conseil général du département en 1800, un an avant son décès à Moûtiers. Pendant toute cette période, la population est restée très attachée à ses valeurs religieuses. Lorsque son curé l’abbé Plassiardet s’est refusé à signer la Constitution civile du Clergé et est devenu de ce fait réfractaire, il a échappé à l’arrestation grâce à la complicité de familles celliéraines et à son exil en Piémont. Il devait retrouver ses paroissiens sous le Consulat jusqu’à son décès en 1804...

La vie en autarcie