Marie-Josephte Corriveau, mieux connue sous le surnom de « la Corriveau »Quoique traditionnellement connue sous le nom de "Marie-Josephte Corriveau", les registres de la paroisse Saint-Vallier montrent qu'elle a signé "Marie-Joseph Corrivaux" à chacun de ses deux mariages et pour deux baptêmes où elle était marraine. Son père signait également avec l'orthographe "Corrivaux", est l’une des figures les plus populaires du folklore québécois. Née à Saint-Vallier en janvier ou février 1733 et habitante de Nouvelle-France au moment de la Conquête, elle est condamnée à mort par une cour martiale britannique pour le meurtre de son second époux et pendue à Québec le . La « cage » de fer dans laquelle son corps est exposé et laissé à pourrir à Pointe-Lévy, sur ordre des autorités militaires, marque fortement l'imaginaire de la population et engendre de nombreuses légendes qui seront véhiculées par la tradition orale.
La redécouverte de la cage en 1851 dans le cimetière de l'église Saint-Joseph-de-la-Pointe-Levy ravive les souvenirs et les imaginations, tout en inspirant romans et contes fantastiques aux écrivains du temps, dont Philippe Aubert de Gaspé (Les Anciens Canadiens, 1863), James MacPherson Le Moine, William Kirby (The Golden Dog, 1877) et Louis Fréchette. Depuis, la Corriveau n'a cessé d'inspirer les artistes, d'Alfred Laliberté à Mes Aïeux, en passant par Gilles Vigneault, Pauline Julien, Anne Hébert et Victor-Lévy Beaulieu, suscitant romans, chansons, pièces de théâtre, films, séries télévisées, sculptures, peintures.
Dépeinte comme une sorcière et une meurtrière ayant tué jusqu'à 7 maris dans la tradition orale, la culture populaire et chez les auteurs du et de la première moitié du , la Corriveau a ensuite été présentée, depuis les décennies 1960 et 1970 et la montée des mouvements nationaliste et féministe, comme une victime de l'oppression anglaise ou du système patriarcalGregory J. Reid, « Romancing ‘La Corriveau’ and Marguerite de Nontron : Anne Hébert’s La Cage and L’Ile de la demoiselle », Verna A. Foster, éd., Dramatic Revisions of Myths, Fairy Tales and Legends: Essays on Recent Plays, Jefferson (North Carolina), McFarland & Company, 2012, ..
Marie-Josephte Corriveau : le personnage historique Marie-Josephte Corriveau naît en janvier ou L'acte de baptême, en date du 14 mai 1733, indique que le nourrisson était alors âgé . Voir . au sein d'une famille d'agriculteurs établie dans la paroisse rurale de Saint-Vallier en Nouvelle-France et est baptisée le suivant. Des onze enfants connus nés de Joseph Corriveau et son épouse Françoise Bolduc, ses parents, elle semble la seule à avoir survécu jusqu'à l'âge adulte. Ses dix frères et sœurs, connus par les registres paroissiaux de baptême, paraissent tous être morts en bas âge..
Marie-Josephte épouse à l'âge de 16 ans, le , Charles Bouchard, 23 ans, agriculteur comme son père. Le couple a trois enfants : deux filles, Marie-Françoise, née le et Marie-Angélique, née le , suivies d'un garçon, Charles, né le . Devenue veuve à la fin d'Charles Bouchard est inhumé le 27 avril 1760., elle se remarie quinze mois plus tard, le , avec un autre cultivateur de Saint-Vallier, nommé Louis Étienne Dodier. Le matin du , celui-ci est retrouvé mort dans sa grange, avec de nombreuses blessures à la tête. Malgré un décès attribué officiellement à des coups de sabot reçus de ses chevaux et une inhumation rapide, les rumeurs d'homicide et les soupçons ne tardent pas à se répandre dans le voisinage, Dodier ayant été de son vivant en mauvais termes avec son beau-père et son épouse.
À cette époque, la Nouvelle-France, conquise en 1760 par la Grande-Bretagne dans le cadre des opérations de la Guerre de Sept Ans, est administrée par l'armée britannique. Les autorités militaires locales, chargées de maintenir l'ordre, ordonnent donc, sur la foi des rumeurs, une enquête sur la mort de Dodier. À l'issue de cette investigation, Joseph Corriveau et sa fille sont arrêtés. Ils sont vraisemblablement détenus dans la redoute Royale, un ancien bâtiment des fortifications de la ville devenu la première prison de Québec sous le régime britannique. Fyson ne mentionne que Marie-Josephte Corriveau, et non son père..
Le s'ouvre à Québec, au couvent des Ursulines, le procès de Joseph Corriveau et de sa fille Marie-Josephte, devant un tribunal militaire composé de 12 officiers anglais et présidé par le lieutenant-colonel Roger Morris. Ce procès se conclut, le , par la condamnation à mort de Joseph Corriveau, reconnu coupable du meurtre de son gendre. Marie-Josephte, déclarée complice, est condamnée à recevoir 60 coups de fouet et à être marquée au fer de la lettre M sur la main. Une nièce de Joseph Corriveau du nom d'Isabelle Sylvain, employée chez lui comme servante et qui a plusieurs fois changé son témoignage au cours du procès, est condamnée pour parjure à recevoir 30 coups de fouet et à être marquée au fer rouge de la lettre P.
La veille de son exécution, Joseph Corriveau aurait avoué au révérend père Augustin-Louis de Glapion (de l'Hôpital général de Québec), alors venu le visiter en prison pour une ultime confession, n'avoir été que le complice de sa fille, après le meurtre Selon la tradition orale, telle que rapportée par le notaire, bibliothécaire et archiviste Georges-Barthélemy Faribault dans un mémoire daté de 1853, cité dans Ferland, C. et Corriveau, D. (2015) La Corriveau De l'histoire à la légende. Septentrion, p. 119.. Confrontée aux déclarations de son père lors d'une nouvelle comparution devant la cour martiale, le suivant, Marie-Josephte reconnaît avoir tué son époux de deux coups de hachette pendant son sommeil, surtout en raison des mauvais traitements qu'il lui faisait subir . Le tribunal la déclare alors coupable et la condamne à être pendue, son corps devant ensuite être (littéralement, ). Quant à Joseph Corriveau et Isabelle Sylvain, leurs sentences seront invalidées à la suite de ce deuxième procès. Tous deux seront libérés et recevront, le , un certificat d'innocence signé par le gouverneur MurrayFerland, C. et Corriveau, D. (2015) La Corriveau De l'histoire à la légende. Septentrion, p. 143-144..
L’exécution de Marie-Josephte Corriveau eut lieu à Québec, sur les Buttes-à-Nepveu (qui correspond aujourd’hui à la colline parlementaire), près des Plaines d'Abraham, probablement le .. Le corps fut ensuite, conformément à la sentence, exposé « dans les chaînes », c'est-à-dire dans une sorte de cage faite de chaînes et de cercles de fer et suspendu à un gibet dressé à Pointe-Lévy, à l'intersection des chemins de Lauzon et de Bienville . (aujourd'hui les rues Saint-Joseph et de l'Entente). Le corps, dans son gibet de fer, fut exposé à la vue des passants pendant cinq semaines, au moins jusqu'au , date où, à la suite des requêtes des habitants de l'endroit, un ordre du commandant militaire du district de Québec, James Murray, en permit l'enlèvement et l'inhumation .
La Corriveau : la légende thumb|La Corriveau (à gauche) sous les traits d'une empoisonneuse offrant à sa victime un bouquet de fleurs empoisonné, illustration réalisée à la fin du pour une édition du Chien d'or de William Kirby.
Cette exhibition post mortem à un carrefour fréquenté de la dépouille de Marie-Josephte Corriveau (une peine inhabituelle et inconnue durant le Régime français et réservée en Angleterre aux personnes reconnues coupables de crimes les plus gravesVoir l'article du Wikipédia anglophone Gibbet), les rebondissements des procès, la rumeur selon laquelle son père se serait d'abord reconnu coupable du meurtre de Dodier à l'instigation de sa fille et les soupçons qui naquirent ensuite sur les circonstances de la mort du premier époux de celle-ci, sont autant de faits qui frappèrent l’imagination populaire et se transformèrent en légendes transmises encore aujourd'hui par la tradition orale, multipliant le nombre de maris assassinés (jusqu'à 7) ou assimilant « la Corriveau » à une sorcière.
En 1851, la découverte de la cage de fer enterrée dans le cimetière de la paroisse Saint-Joseph-de-la-Pointe-Lévis (actuellement le secteur Lauzon) semble avoir réactivé les légendes et les contes fantastiques, qui furent amplifiés et exploités par des écrivains du . Le premier, en 1863, Philippe Aubert de Gaspé, dans Les Anciens Canadiens, campe une Corriveau surnaturelle suspendue dans sa cage de Pointe-Lévy, terrorisant une nuit un passant qu'elle supplie de la conduire au sabbat des sorciers et des feux follets à l'Île d'Orléans.. James MacPherson Le Moine (Maple Leaves, 1863)., et William Kirby dans son sillage (The Golden Dog, 1877.), en firent une empoisonneuse professionnelle, descendante directe de La Voisin. Des littérateurs et des historiens comme Louis Fréchette et Pierre-Georges Roy ont tenté de narrer l'histoire de la Corriveau, .
La figure de la Corriveau n'a cessé, depuis, d'inspirer romans, chansons et pièces de théâtre et d'alimenter les controverses (était-elle coupable ou non ?). La tradition orale s'est également perpétuée et est demeurée assez vivace, comme en témoignent les nombreux récits recueillis sur le terrain dans plusieurs régions du QuébecNotamment les 52 récits recueillis entre 1952 et 1973 sous la direction de Luc Lacourcière ( ) et les 122 rassemblés entre 1975 et 1990 par les étudiants de Nicole Guilbault ()..
Dans la culture vignette|La Corriveau, dans sa cage, s'en prenant à François Dubé, illustration réalisée par Henri Julien pour une édition des Anciens Canadiens de Philippe Aubert de Gaspé.
1863 : Les Anciens Canadiens, roman de Philippe Aubert de Gaspé
1863 : « Marie-Josephte Corriveau, A Canadian Lafarge », dans Maple Leaves de James MacPherson Le Moine
1877 : The Golden Dog, A Legend of Québec, roman de William Kirby, traduit en français par Léon-Pamphile Le May, Le Chien d'Or, légende canadienne (1884)
1885 : « La Cage de la Corriveau », nouvelle de Louis Fréchette, parue pour la première fois dans un numéro spécial du journal La Patrie, le . ; le texte sera par la suite remanié et republié au moins sept fois par FréchetteLouis Fréchette (Aurélien Boivin et Maurice Lemire, éditeurs), Masques et fantômes et les autres contes épars, Montréal, Fides, 1976, p. ..
1966 : La Corriveau, ballet dramatique du chorégraphe Brydon Paige, sur un thème et des chansons originales de Gilles Vigneault et une musique d'Alexander Brott. La ballerine Margery Lambert y incarne la Corriveau. Commandé par la Commission du Centenaire de la Confédération, le ballet est présenté pour la première fois par la troupe des Grands Ballets canadiens, avec la collaboration de l'Orchestre symphonique de Montréal à la salle Wilfrid-Pelletier de la Place des Arts à Montréal, les 21 et ..
1972 : « La Corriveau », chanson écrite par Gilles Vigneault en 1966 pour le ballet du même nom, est enregistrée par Pauline Julien sur son album Au milieu de ma vie, peut-être la veille de...
1973 : Ma Corriveau, pièce de théâtre de Victor-Lévy Beaulieu écrite pour les exercices publics des étudiants de l'École nationale de théâtre, présentée pour la première fois au Monument national du 3 au dans une mise en scène de Michelle Rossignol, créée professionnellement pour la première fois au Théâtre d'Aujourd'hui du au dans une mise en scène d'André Pagé; Présentation de Ma Corriveau sur le site web du Théâtre d'Aujourd'hui; Ma Corriveau, un légendaire de Victor-Lévy [programme de la pièce], Montréal, Théâtre d'Aujourd'hui, 1976 , avec les « deux Corriveau » jouées par Diane Ricard (la Corriveau blanche) et Évelyn Regimbald (la Corriveau noire).Documents numérisés : Ma Corriveau, un légendaire de Victor-Lévy Beaulieu, mise en scène, André Pagé, programme de spectacle, Théâtre d'Aujourd'hui, 1976; Photos (P688,S3,D103); Photos (P688,S5,SS1,D44).