, né le et mort le , est l'un des écrivains japonais les plus célèbres du .
Il est connu pour son style ironique et pessimiste, typique du watakushi shōsetsu et de l'école buraiha, ainsi que pour son obsession du suicide et son sens aigu de la fantaisie.
Biographie Enfance et jeunesse Son vrai nom est . Il est né à Kanagi dans le Tsugaru, une région assez isolée du Japon de l'époque, au nord du Tōhoku dans la préfecture d'Aomori. Son père, membre de la Chambre des pairs, était souvent en voyage et sa mère était très malade après avoir accouché de onze enfants, aussi Osamu a-t-il été élevé par les serviteurs de la famille.
Le jeune Shūji séjourna dans des pensionnats pendant toute son enfance, d'abord à Aomori et plus tard à Hirosaki. Il était un brillant élève et écrivait déjà très bien ; il édita des publications étudiantes et y contribua en y publiant quelques-unes de ses œuvres.
Sa vie commença à changer quand son idole, l'écrivain Akutagawa Ryūnosuke, se suicida en 1927. Shūji délaissa ses études, dépensa son argent en alcool, en vêtements et avec des prostituées, tout en s'intéressant au marxisme, qui à l'époque était sévèrement réprimé par le gouvernement. Il déclara se sentir coupable d'être né dans . Le , la nuit avant les examens de fin d'année, qu'il n'avait aucun espoir de réussir, Shūji tenta de se suicider par overdose de somnifères. Il survécut et reçut son diplôme l'année suivante. Ce ne sera que la première des nombreuses tentatives de suicide dans sa vie.
Shūji s'inscrit alors à la faculté de littérature française de l'université impériale de Tōkyō et arrêta aussitôt d'étudier. En octobre de la même année, il s'enfuit avec la geisha Hatsuyo Oyama, acte qui lui valut d'être répudié par sa propre famille. Neuf jours après cette décision, il essaya de se suicider par noyade sur une plage de Kamakura avec une autre femme qu'il connaissait à peine, une serveuse de 19 ans appelée Shimeko Tanabe. Elle meurt, mais Shūji est sauvé par des pêcheurs qui passaient par là dans leur bateau. Sa famille intervient pour arrêter une enquête de la police et faire annuler son expulsion. Shūji et Hatsuyo se marient en décembre.
Cette situation plus ou moins heureuse ne dura pas longtemps puisque Shūji fut arrêté pour ses liens avec le Parti communiste japonais. Son frère Bunji réussit à lui faire parvenir un accord : si Shūji coupait tout lien avec le parti et était diplômé de l'université, il serait à nouveau le bienvenu au sein de la famille. Il accepta.
Début de sa carrière littéraire À la grande surprise de toutes les personnes concernées, Shuji honora sa promesse et se calma. Il connut l'écrivain Masuji Ibuse, qui l'aida à publier ses premières œuvres et à obtenir une bonne réputation.
Les années suivantes furent très productives. Shuji écrivit beaucoup et utilisa le nom de plume pour la première fois dans une nouvelle appelée Train (1933), sa première expérience dans le style autobiographique à la première personne (watakushi shōsetsu) qui deviendra plus tard sa signature. En 1935, il devint clair qu'il ne réussirait pas ses études, et sa recherche de travail dans un journal de Tōkyō échoua. Il tenta de se suicider par pendaison le .
Moins de trois semaines après, Osamu, atteint d'une appendicite aiguë, fut hospitalisé. Pendant ce temps, il devint dépendant du Pabinal, un analgésique à base de morphine. Après un an d'addiction, on l'emmena dans une institution psychiatrique en , où on l'enferma dans une chambre et le força à se désintoxiquer. Ce dura plus d'un mois, pendant lequel sa femme Hatsuyo commit un adultère avec le meilleur ami d'Osamu, Zenshirō Kodate. Ceci se révéla peu après, et Osamu essaya de se suicider par shinjū avec sa femme ; ils prirent des somnifères, mais ne moururent pas. Ils divorcèrent peu après. Osamu se remaria rapidement, avec une professeur de collège, Ishihara Michiko. Leur première fille, Sonoko, est née en .
Il écrira plusieurs romans et nouvelles pendant les années 1930 et 1940, le plus souvent autobiographiques. Son premier roman, Gyofukuki (1933) est une fantaisie noire incorporant le suicide. Il écrira plusieurs nouvelles en cette période, dont Dōke no hana (1935), Gyakkō (1935) qui était candidat du premier prix Akutagawa, Kyōgen no kami (1936) et celles qui composent son recueil publié en 1936, Bannen, qui décrivent sa solitude et sa débauche.
La guerre Le Japon entra guerre en , mais Osamu fut exempté du service militaire obligatoire à cause de ses problèmes de santé (la tuberculose fut diagnostiquée). Les censeurs devinrent de plus en plus réticents à accepter son travail, mais il réussit à publier assez souvent, devenant l'un des rares auteurs à publier pendant la guerre.
Plusieurs contes qu'il publia pendant la guerre sont des reprises des contes de Ihara Saikaku (1642-1693). Il publia aussi Udaijin Sanetomo (1943), inspiré de la vie de Minamoto no Sanetomo, Tsugaru (1944), Pandora no hako (1945-1946), et un recueil de contes de fées, Otogizōshi (1945).
Sa maison fut brûlée deux fois pendant le bombardement de Tōkyō par les Américains, mais sa famille et lui s'en échapperont sans blessures. En raison du risque trop élevé de vivre à Mitaka (dans la région de Tokyo), il escorte sa femme et ses enfants à Kôfu en auprès de sa belle-sœur. Le , une bombe tombe sur sa maison de Mitaka et il manque de se faire ensevelir sous les décombres d'un mur contre lequel il s'était abrité et qui s'effondra. Il rejoint alors sa famille à Kôfu quelques jours plus tard. Dazai et son épouse Michiko eurent un fils, Masaki, né en , et une fille, Satoko (qui deviendra plus tard la célèbre écrivaine Yuko Tsushima), en .
Carrière littéraire d'après-guerre Il atteint l'apogée de sa carrière littéraire dans les années qui suivent la fin de la guerre.
Dans Biyon no Tsuma (, 1947), il décrit une vie sans but dans le Tōkyō d'après-guerre. Le narrateur est la femme d'un poète qui l'a abandonnée. Elle travaille pour un barman à qui son mari avait volé de l'argent. Sa détermination est durement mise à l'épreuve, elle subit un viol et les infidélités de son mari, mais sa volonté reste de fer.
En est publié Soleil Couchant, l'une de ses œuvres les plus lues, qui décrit le déclin de la noblesse japonaise après la guerre. Il devient encore plus célèbre et populaire. Dazaï a un enfant illégitime avec l'une de ses admiratrices, et sa santé commence à se détériorer. C'est à cette époque qu'il fait la connaissance de Tomie Yamazaki (山崎富栄), esthéticienne et veuve de guerre, dont le mari était mort dix jours après leur mariage. L'écrivain abandonne sa femme et ses enfants et emménage avec Tomie, écrivant alors La Déchéance d'un homme (人間失格, 1948). thumb|right|200px|Tomie Yamazaki. Pendant le printemps de 1948 il travaille sur une nouvelle qui sera publiée dans le journal Asahi Shinbun, Gutto bai (). Il meurt le , noyé avec Tomie dans l'aqueduc de Tamagawa qui est proche de leur maison et alors en crue. Les corps ne sont retrouvés que le , jour de son . Il est enterré au temple Zenrin-ji dans la ville de Mitaka de la préfecture de Tokyo.
Des rumeurs persistantes affirment que sa dernière tentative de suicide n'en était pas une, qu'il fut tué par Yamazaki, laquelle se suicida après avoir jeté son corps au canal. Cette théorie est au cœur de plusieurs romans et d'un drame passé à la télévision japonaise, mais il n'y a aucune preuve de sa véracité. D'autres pensent que c'est une forme de shinjū.
Style et œuvres Style littéraire Le style d'Osamu est surtout marqué par son utilisation de la première personne. Toutes ses œuvres sont plus ou moins autobiographiques, mais pouvaient être écrites en tant qu'extrait de journal intime, essai, lettre, journalisme ou soliloque.
Son style est aussi très pessimiste relatif au sens de la vie, reflétant sa propre personnalité. Les personnages de ses romans trouvent souvent que le suicide (souvent par shinjū) est la seule manière de s'échapper de leurs existences infernales, mais échouent souvent dans leurs tentatives par pure apathie envers leur propre existence, le fait de survivre ou pas leur étant parfaitement égal.
Ses œuvres oscillent entre le drame et la comédie, le mélodrame et l'humour, et il change son vocabulaire selon le style choisi.
Son opposition à certaines modes sociales et littéraires était partagée par les membres de la buraiha, dont Ango Sakaguchi et Sakunosuke Oda.
L’écrivain japonais Yukio Mishima (1925 – 1970), qui comme Dazai mit fin à ses jours, dit dans un livre d’entretiens du poète Jean Pérol sur la Littérature japonaise (« Regards d’encre – Écrivains japonais 1966-1986 », éditions La Différence, 1995) qu’il convient qu’Osamu Dazai et lui font partie de la même école ‘romantique’ (‘Nippon Roman Ha’). Mais il dit être critique d’Osamu Dazai car, selon Mishima, Dazai « représente le côté maladif, faible, hypersensible de la fin du romantisme japonais » … et que « Dazai aurait commercialisé la faiblesse humaine… Évidemment, je sais bien qu’on écrit parce qu’on est faible ; pourtant, bien que tous les écrivains soient faibles, ils ne doivent pas commercialiser cette faiblesse. » (sic). Au travers de cette opinion semblent transparaître des différences de personnalité et de sensibilité entre les deux écrivains par rapport à la défaite du Japon et à son occidentalisation à l'issue de la Seconde Guerre mondiale.
Œuvres traduites en français 1933-1948 : Cent vues du mont Fuji (富嶽百景), dix-huit récits traduits par Didier Chiche, Éditions Philippe Picquier, 1993 ; réédition, Picquier, , 2003, réimpression 2011. Ce recueil comprend : Mes frères Le Train Femelle Paysage doré Toute plaisanterie mise à part Un vœu exaucé Cent vues du mont Fuji I can speak Belle enfant Le Chien Il y a tout de même une Providence Huit tableaux de Tôkyô L'Aurore Le Jardin Pa-pa Merry Christmas Narcissisme et cigarettes Les Cerises 1936 : Mes dernières années (晩年), quinze récits traduits par Juliette Brunet et Yûko Brunet, Fayard, 1997. Ce recueil comprend : Feuilles Souvenirs Journal d'un carquois en galuchat Le Train La Carte du monde L’Île aux singes Le Petit Moineau La Fine Fleur des bouffons Jeune homme au masque de singe À rebours Il n'est plus l'homme qu'il était Romanesque Le Jouet Feux follets dans un cimetière Gribouillages d’illettré 1939-1946 : Écolière (女生徒), suivi de La Boîte de Pandore (パンドラの匣), deux nouvelles traduites par Hervé Audouard, Éditions du Rocher, , 2018. 1939-1948 : Bambou-bleu et autres contes, trois contes traduits par Hélène Morita, Éditions Le Serpent à plumes, , 2008 ; réédition, Cambourakis, coll. « Cambourakis Poche », 2019. Ce recueil comprend : Bambou-bleu (竹青) Lanternes romantiques (ろまん燈籠) À propos d'amour et de beauté (愛と美について) 1940 : 1941 : À propos du vêtement, dans Cent ans de pensée au Japon (Tome 1 - p. 219-240), texte traduit par Didier Chiche, Éditions Philippe Picquier, 1996. 1944 : Pays natal (津軽), récit traduit par Didier Chiche, Éditions Philippe Picquier, 1995 ; réédition, Picquier, , 2005. 1945 : Les Deux Bossus (お伽草紙), quatre contes traduits par Silvain Chupin, Éditions Philippe Picquier, 1997 ; réédition sous le titre Le Mont crépitant, Picquier, , 2009. Ce recueil comprend : Les Deux Bossus Monsieur Urashima Le Mont crépitant Le Moineau à la langue coupée 1946 : Souvenirs d'une coupure de cent yen (貨幣), dans Les Ailes La Grenade Les Cheveux blancs et douze autres récits (1945-1960), nouvelle traduite par Jacqueline Pigeot, Éditions Le Calligraphe-Picquier, 1986 ; réédition, Éditions Philippe Picquier, 1991 ; réédition dans Anthologie de nouvelles japonaises (Tome II - 1945-1955) - Les Ailes ; La Grenade ; Les Cheveux blancs, Picquier, , 1998. 1946 : Une visite, dans Les Portes de l'enfer, nouvelle traduite par Ivan Morris en collaboration avec Arlette Rosenblum et Maurice Beerblock, Éditions Stock, 1957.