Paul Doncœur, né à Nantes (Loire-Atlantique) le et mort à Troussures, (Oise) le , est un prêtre jésuite et écrivain français. Aumônier militaire décoré de la Première Guerre mondiale, il est connu pour ses ouvrages historiques consacrés à Jeanne d'Arc et pour avoir été l'un des pionniers du scoutisme et organisateur de sa branche aînée, la « Route ».

En 1944, il sera mis à l’écart du scoutisme pour ses prises de position en 1940 en faveur du régime de Vichy. Il fonde à Troussures un centre pour le ressourcement spirituel des couples et de la jeunesse.

Biographie Paul Doncoeur né le à Nantes, est le fils de Georges Doncoeur, officier de cavalerie qui vivait à Nantes, et de Léonie Legrez.

Formation jésuite Après des études au collège de Reims, Paul Doncoeur entre au noviciat des Jésuites à Saint-Acheul le .

En 1901, il est expulsé de France, comme tous ses confrères jésuites, à la suite des dispositions anti-congrégationistes de la loi sur les associations de 1901. Il en demeura très affecté toute sa vie, notamment par le manque de réaction des catholiques face à ces expulsions. Il poursuit des études de philosophie au scolasticat des jésuites français en exil à Florennes, tout en y enseignant, et fait des études de théologie à Enghien où il est ordonné prêtre le .

Aumônier militaire Quand la guerre éclate en 1914, Paul Doncœur devient aumônier militaire aux RI, RI et RI ; il participe aux batailles de la Marne, de l'Aisne, de Champagne et de Verdun. C'est à cette période que Paul Doncoeur, aidé d'ouvriers du bâtiment, construit une chapelle souterraine dans les grottes de Confrécourt.

Blessé dans la Somme, il effectue un pèlerinage à Lourdes..

Lors de ce pèlerinage, le Père Doncoeur entend parler d'un circulaire qui demanderait le départ des aumôniers militaires vers l'arrière pour s'occuper des hôpitaux. Il va alors demander une entrevue avec le Maréchal Foch, pour lui demander de faire rester les aumôniers au combat, ce qui sera fait.

Une fois guéri, il rejoint son régiment pour les combats de Reims, des Flandres et la campagne de 1918. Il est sept fois cité, reçoit la croix de guerre, et il est fait chevalier de la Légion d'honneur.

Après le conflit, il s'engage dans différentes actions afin « de reconstruire la chrétienté de la France, retrouver un christianisme intégral, pour que le sacrifice de la grande guerre ne soit pas inutile ! »..

En effet, de à , Paul Doncoeur accompagné d'un équipe de soldats arpente les différents champs de bataille pour assurer à tous les soldats une sépulture décente. C'est en 1919, que cette équipe de volontaires crée le Calvaire des Wacques à Souain. Cette initiative est soutenue et encouragée par le Général Baston de la division d'infanterie.

Le , il est promu officier de la Légion d’honneur, il est décoré sur le front des troupes dans la cour d’honneur des Invalides..

Ligue des Droits du religieux ancien combattant

Après la victoire du Cartel des gauches, le Président du conseil Édouard Herriot, annonce, le , la reprise de l'expulsion des congrégations, la suppression de l’ambassade auprès du Saint-Siège et l’application de la loi de séparation de l’Église et de l’État à l’Alsace et à la Moselle.

En réponse à ces annonces, deux mois plus tard, la Ligue des droits du religieux ancien combattant (DRAC) est fondée. Le Père Doncoeur en est un des animateurs et principal orateur, il va parcourir la France pour des réunions publiques.

En , Paul Doncœur publie une lettre ouverte au Président Herriot « Pour l’honneur de la France, nous ne partirons pas ». À la suite de cette lettre ouverte, le gouvernement du Cartel des gauches va alors abandonner son projet. Pour l'Honneur de la France, Nous ne partirons pas!

Alors M. Herriot a fait le grand geste d'ouvrir tout larges les deux bras sanglants de la France et a donné à tous les misérables leur pardon. Par la porte ouverte on a voulu faire passer tous les coupables, les lâches, les insoumis, les déserteurs et les traîtres.… S'ils reviennent pour servir et réparer, j'applaudis.

Mais cette même porte ouverte aux frontières, le même M. Herriot, du haut de la tribune française, il nous la montre, pauvres bougres de religieux, rentrés le 4 août, pour la bataille...

Eh bien, non, nous ne partirons pas. Pas un homme, pas un vieillard, pas un novice, pas une femme ne repassera la frontière.

En 1901, quand a été votée la loi infâme, j'étais tout jeune jésuite, — il y avait quatre ans que mon père, un vieil officier d'Afrique, m'avait conduit au noviciat de Saint-Acheul, — j'ai fait comme les autres et j'ai pris le train pour la Belgique, honteusement. J'ai vécu douze ans en exil de vingt-deux à trente-quatre ans, toute ma vie d'homme. Je vous le pardonne. Mais le 2 août 1914, à 4 heures du matin, j'étais chez mon supérieur. C'est demain la guerre, ai-je dit, ma place est au feu. Et mon supérieur m'a béni et m'a embrassé. Par des trains insensés, sans ordre de mobilisation (j'étais réformé), sans livret militaire, j'ai couru au canon jusqu'à Verdun.

Le 20 août, à l'aube, avant la reprise du combat, à la recherche des blessés du 115°, j'avançais au-delà des petits postes, quand, tout à coup, je fus enveloppé par le craquement de vingt fusils, et je vis mon camarade étendu, de tout son long, contre moi, sur la route, la tête broyée. Le poste allemand était à trente pas. J’ai senti à ce moment que mon cœur protégeait tout mon pays ; jamais je n'avais respiré l’air de France avec cette fierté ; ni posé mon pied sur sa terre avec cette assurance.

Je ne comprends pas encore comment je ne fus pas tué alors, ni vingt fois depuis. Le 16 septembre, j'étais fait prisonnier devant Noyon, en plein combat; en novembre, j'étais de nouveau en France et, en décembre, je retrouvais le feu avec la plus belle des divisions, la 14° de Belfort. Avec elle, je me suis battu trente mois, jusque devant Mézières. J'ai été trois fois blessé, je garde sous l'aorte un éclat d'obus reçu dans la Somme; démobilisé, j'ai commis le crime de rester chez moi... Et maintenant, vous me montrez la porte.

Vous voulez rire, Monsieur Herriot.

Mais on ne rit pas de ces choses. Jamais, pendant cinquante mois, vous n'êtes venu me trouver, ni à Tracy-le-Val, ni à Crouy, ni à Souain, ni au fort de Vaux, ni au Reichackerkopf, ni à Maurepas, ni à Brimont, ni à la Cote 304, ni à Tahure. Je ne vous ai vu nulle part me parler de vos « lois sur les Congrégations », et vous osez me les sortir aujourd'hui?

Vous n'y pensez pas!

Ni moi, ni aucun autre (car tous ceux qui étaient en âge de se battre se sont battus), ni aucune femme, nous ne reprendrons la route de Belgique.

Cela jamais.

Vous ferez ce que vous voudrez, vous prendrez nos maisons, vous nous ouvrirez vos prisons — il s’y trouve en effet des places laissées vides par qui vous savez, — soit.

Mais, partir, comme nous l'avons fait en 1901 ? Jamais.

Nous avons, aujourd'hui, un peu plus de sang dans les veines qu’alors — et puis, soldats de Verdun, nous avons appris aux bons endroits ce que c'est que de s’accrocher à un terrain. Nous n'avons eu peur ni des balles, ni des gaz, ni des plus braves soldats de la Garde; nous n'aurons pas peur des embusqués de la politique.

Et je vais vous dire maintenant pourquoi nous ne partirons pas. Ce n'est pas de courir au diable qui nous effraie. Nous ne tenons à rien, ni à un toit, ni à un champ. Jésus-Christ nous attend partout et nous suffira toujours au bout du monde.

Mais nous ne partirons plus, parce que nous ne voulons plus qu'un Belge, ou qu'un Anglais, ou qu’un Américain, ou qu’un Chinois, ou qu’un Allemand, nous rencontrant un jour loin du pays, nous pose certaines questions auxquelles nous répondrions comme jadis en baissant la tête : « La France nous a chassés. »

Pour l'honneur de la France — entendez-vous ce mot comme je l’entends? — pour l'honneur de la France, jamais nous ne dirons plus cela à un étranger. Donc nous resterons tous.

Nous le jurons sur la tête de nos morts.

Signé, Paul DONCŒUR, Officier de la Légion d'honneur.

Aumônier scout En 1924, inspiré par son ami jésuite le Vénérable Père Jacques Sevin, Paul Doncœur devient « aumônier des clans d'Île-de-France » qui ont pour chef Marcel Forestier.

C'est à partir de cette date que la route des Scouts de France prend de l'ampleur grâce à son énergie.

Dans le même temps, inspiré par les Quickborn allemands, branche catholique du Wandervögel, il fonde les « Cadets », adeptes des grands raids spirituels à travers la France et l'Europe et tête de pont d'une jeunesse catholique française, généreuse et virile.

Engagement pour le régime de Vichy

Pendant la Seconde Guerre mondiale, Paul Doncœur, devenu aumônier national de la route SDF (1940), prend des positions politiques et réclame des scouts et des cadets un engagement total derrière le maréchal Pétain alors que l'aumônier général des Scouts de France, le Père Marcel Forestier, apparaît plus en retrait.

Pèlerinage du Puy-en-Velay

Paul Doncoeur organise un pèlerinage au Puy-en-Velay avec les Scouts de France pour le . La motivation de ce pèlerinage inclut la défense des valeurs comme la restauration d'un catholicisme intégral et mystique. Le pèlerinage est présenté comme une pénitence faite pour laver et expier les péchés de la France à la suite de la défaite de 1940.

“Il faut un but, et qui soit à la hauteur de nos fierté de jeunes Français bâtisseurs et de notre foi de chrétiens d’action. C’est pourquoi nous empoignons le bâton de pèlerin pour aller par les routes prier Notre-Dame de France pour la délivrance et l’unité du pays. Nous, et tous les jeunes de chez nous. Bien sur, dans les difficultés présentes, il y a quelque témérité à se lancer dans une organisation aussi compliquée alors que les questions de transport et de ravitaillement seraient à elles seules des raisons suffisantes d’hésiter ou de reculer.”.

De nombreuses associations de jeunes catholiques répondent à l'appel de Paul Doncoeur (JOC, JAC, JEC, Pénitents blancs). Le pèlerinage regroupe plusieurs milliers de participants. Les cérémonies rassemblent , de nombreuses processions avec des statues de la Vierge sont organisées. Les jeunes gens étaient venus de toute la France, ceux de la zone du Nord au prix de nombreuses difficultés pour passer la ligne de démarcation ou pour la franchir clandestinement. Des chants religieux et politiques inattendus tel que « Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine » sont entonnés, ce qui montre la distance entre les jeunes et les organisateurs officiels.

Campant autour du Puy-en-Velay, les pèlerins prirent la route parfois nus-pieds quelques jours avant le pour converger à Notre-Dame le jour de la célébration de l'Assomption. C'est lors de ce pèlerinage que le père Doncœur et Jacques Chailley écrivirent le Kyrie des gueux et Vierge des Chemins de France. La grande chorale est dirigée par César Geoffray.

" Mais une longue étape de nous attend et l'on part, sans tarder, pour Lanterac. Cette fois, les clans sont réunis en groupes de 40 garçons; ce sera la formation adoptée pour toute l'organisation du pèlerinage. Sur la route, les groupes se succèdent à d'intervalles. Dans chaque groupe, à chaque étape, commencent à s'égrainer les chapelets qui alterneront avec les chants de marche ou les méditations silencieuses guidées par l'aumônier. C'est ainsi que par Lantiac et Brives, tous les routiers de Provence - ils sont maintenant près de -, arriveront sur les hauteurs qui dominent Le Puy, le 12 août où s'allumeront, simultanément, à du soir, tous les feux de la dernière veillée préparatoire. " Chanoine Gros dans son carnet.

Pour certains historiens comme Henry Rousso à ce moment-là : le motif religieux se confond avec un thème politique récurrent dans la propagande vichyste, dénonçant la décadence de la France.