Alexandre Zévaès, né Alexandre Bourson le à Moulins (Allier) et mort le à Paris, est un journaliste, avocat pénaliste, écrivain, homme politique, et historien français.

Socialiste très jeune, il est élu député à 25 ans et conserve cette fonction de 1898 à 1902 puis de 1904 à 1910. D'abord socialiste révolutionnaire et membre important du Parti ouvrier français (POF) de Jules Guesde, il évolue progressivement vers un socialisme plus modéré et réformiste, puis même, comme Gustave Hervé, vers un socialisme national, nationaliste et anticommuniste, avec la Première Guerre mondiale. Avocat, il défend en 1919 Raoul Villain, l'assassin de Jean Jaurès. Nouveau changement de cap politique dans les années 1930 : il renoue avec les milieux de gauche antifascistes et se rapproche des communistes, avant un nouveau retournement qui le conduit à adhérer à un parti collaborationniste sous l'Occupation, le Rassemblement national populaire de Marcel Déat. Après avoir été arrêté par les Allemands en , il est à nouveau proche des communistes après la Seconde Guerre mondiale.

Il a beaucoup écrit sur l'histoire des gauches républicaines et socialistes.

Biographie Militant et député socialiste

Militant socialiste dès l'époque du lycée, à Moulins, Alexandre Bourson choisit le pseudonyme de Zévaès en hommage aux écrivains Michel Zévaco (1860-1918, anarchiste) et Jules Vallès (1832-1885, socialiste). Il commence sa carrière de journaliste à La Démocratie du Centre, quotidien républicain de Moulins et en collaborant au périodique socialiste localNotice du Maitron.. Il gagne Paris en 1889 pour suivre des études à la faculté de droit. Il devient le collaborateur du leader socialiste Jules Guesde à partir de 1890. Militant socialiste, il est un temps incarcéré en 1891. Il anime le petit groupe des Étudiants socialistes révolutionnaires internationalistes de Paris (ESRI) puis, à partir de , le Groupe des étudiants collectivistes, adhérent du Parti ouvrier français (POF) de Jules Guesde. Il collabore aux journaux socialistes et donne des conférences.

Alexandre Zévaès est élu député de la législature de la République pour ce parti marxiste aux élections législatives de 1898, à Grenoble (Isère). Âgé d'à peine 25 ans, il n'a atteint l'âge légal pour être député que deux jours après le premier tour et il aurait dû être invalidé, ce que la Chambre des députés, seule à en juger, n'a pas fait ; il en est ainsi le benjaminLe Radical, 27 mai 1898. Autre singularité : il s’est fait élire sous son pseudonyme, qui est alors le seul admis à la ChambreBiographie d’.. gauche|vignette|232x232px|Alexandre Zévaès en 1898. La même année, il est membre (avec Jean Jaurès, Jules Guesde et René Viviani) du Comité de vigilance des socialistes face au nationalisme antidreyfusard, un changement de cap puisqu'il était auparavant hostile à toute révision du procès de Dreyfus, s'en prenant notamment à quelques dreyfusards, tels Bernard Lazare, en 1896, au nom d'un « marxisme » intransigeant et non sans antisémitismeIl écrit ainsi dans La Petite République du 10 novembre 1896 : (cité par Michel Dreyfus, L'antisémitisme, à gauche...aussi, dans Collectif, Être dreyfusard hier et aujourd’hui, Presses universitaires de Rennes, 2009). À l'Assemblée nationale, il s'engage notamment, à partir de 1898, dans la bataille pour le capitaine Dreyfus et dans la lutte anticléricale ; il propose ainsi en 1901 la suppression des congrégations religieusesLe XIXe siècle, 9 mars 1901. Il est aussi initié à la franc-maçonnerieEncyclopédie de la franc-maçonnerie (sous la direction d'Éric Saunier)..

Evolution vers un socialisme réformiste Battu aux élections législatives de 1902, il se bat par la suite en duel avec Joseph Besson, journaliste au Petit DauphinoisLe Rappel, 19 août 1902 et gagne ses procès en diffamation. vignette|321x321px|Alexandre Zévaès en plein duel avec Joseph Besson. Socialiste guesdiste intransigeant avant 1902, hostile à l'alliance avec les autres partis de gauche et à la participation de socialistes au gouvernement (les socialistes ), il est en 1904, à l'occasion d'une élection partielle, candidat socialiste du Bloc républicain en Isère, avec le soutien de Jean Jaurès, et est réélu députéL'Ami du peuple socialiste, 25 février 1904, Ibid., 28 février 1904 , Lettre de J. Jaurès, Ibid., 3 mars 1904, Le Temps, 15 mars 1904, Le Radical, 11 mars 1904, La Petite République, 8 novembre 1903. Il a été exclu du parti guesdiste en L'Humanité, 9 octobre 1910, , ce qui a provoqué une scission de la fédération socialiste de l'Isère. Il anime sa propre fédération, la Fédération autonome de l'Isère, autour du périodique L'Ami du peuple (1903-1906), qui se veut L'Ami du peuple, 22 mars 1903 et dont il est le rédacteur en chef puis le directeur politique. Il est exclu de sa propre fédération, le Parti socialiste de Grenoble, en 1904Le Temps, 30 juillet 1904, L'Ami du peuple, 14 juillet 1904.

De 1903 à 1905, il est membre du Parti socialiste français dirigé par Jean JaurèsYves Billard, « Zévaès avocat de Villain, paroxysme d'une controverse à épisodes et à transformations », Jean Jaurès Cahiers trimestriels, juillet 1997, n° 145, . Mais il refuse d'adhérer à la SFIO, constituée en 1905, et démissionne en du groupe parlementaire socialiste lorsque ce groupe décide de rompre avec le Bloc des gauchesL'Humanité, 15 avril 1905, « Aux électeurs républicains et socialistes de la première circonscription de Grenoble », L'Ami du peuple, 16 avril 1905. Il est dès lors un député socialiste indépendantLa Lanterne, 25 décembre 1906, proche d'une nouvelle mouture du Parti socialiste françaisLa Petite République, 15 décembre 1906, La Petite République, 2 avril 1907, La Lanterne, 3 mars 1908. Il est réélu député au premier tour aux élections législatives de 1906L'Ami du peuple, 29 avril 1906, Ibid., 13 mai 1906, Ibid., 20 mai 1906. Socialiste réformiste, hostile aux « violences » des syndicalistes, il est toujours attaché à la coopération entre socialistes et radicaux : La Lanterne, 30 avril 1907. Il se présente à nouveau à Grenoble aux élections législatives de 1910 mais dans une autre circonscription, contre le sortant socialiste Léon Cornand, que L'Ami du peuple avait soutenu en 1906. Ils sont battus par un autre candidat socialiste, Paul Mistral. D'aucuns, tel le militant d'extrême gauche Victor Méric, le présentent comme un renégat et un traître au socialisme, un Les Hommes du jour, 2 avril 1910 (Lire en ligne). Élu en 1904L'Ami du peuple, 17 juillet 1904, Ibid., 7 août 1904, il demeure conseiller général de Grenoble jusqu'en 1919Cf. son dossier de la Légion d'honneur.

Il collabore à plusieurs journaux, La Petite République (1892-1896), Le Radical (1897-1902), L'Action (quotidien républicain, anticlérical et socialiste, 1904-1906), La Lanterne (1906-1910), Paris-Journal (1906-1910), Le Journal du soir (1910-1912), Le Petit Dauphinois (1912-1918), qu'il avait combattu lorsqu'il était député.vignette|311x311px|Alexandre Zévaès en 1903. À partir de , à côté de son engagement politique, ce licencié en droit s'inscrit au barreau de Paris. En 1934, il affirmera qu'il s'est interdit de plaider lorsqu'il était députéLe Jour, 8 janvier 1934. Il se consacre aussi à la rédaction d'ouvrages d'histoire du socialisme et de la Troisième République, un travail qu'il fournira alors jusqu'à la fin de sa vie, publiant notamment des biographies de Jean Jaurès, Georges Clemenceau ou de Jules Guesde. .

Il contribue à la fondation du Parti républicain-socialiste, constitué en , comme membre de la commission administrative de sa fédération de la Seine, et anime ce parti, dont le programme le situe selon lui entre le radicalisme et Notice du Maitron, La Lanterne, 12 mai 1911, La Lanterne, 11 juillet 1911, La Lanterne, 27 décembre 1911, Ibid., 22 décembre 1912. La fédération grenobloise de ce parti a cherché en vain à le faire exclure en 1911La Lanterne, août 1911, Ibid., 2 août 1911. C'est un parti réformiste qui refuse la révolution. Il anime ce parti avec ses amis Jacques Prolo et Albert Orry. Il est secrétaire général de ce parti à partir de 1912 et siège à la commission administrative de son comité exécutifYves Billard, op. cit.. Il est aussi le rédacteur en chef de son périodique, Le Républicain socialiste, bimensuel puis hebdomadaireLe Républicain socialiste, 15 mai 1912.

Il défend lors du congrès de Grenoble en 1913 l'appartenance au parti d'anciens socialistes ministériels comme Alexandre Millerand ou Aristide Briand contre certains membres qui veulent les exclureLa Lanterne, 11 décembre 1912, Ibid., 3 novembre 1913, et dirige dès lors une des deux fractions du parti qui se scindeLe Radical, 22 décembre 1913, Ibid., 26 janvier 1914, L'Humanité , 9 février 1914. Le parti est en effet divisé entre deux lignes, l'une incarnée par Millerand et Briand, et l'autre par Jean-Victor Augagneur et Maurice Viollette, rétive à la politique d'apaisement avec les modérés : Zévaès reste maître de l'appareil du parti« Le banquet de l'Elysée-Montmartre », Le Républicain socialiste, 5 avril 1914 tandis que le groupe parlementaire rompt avec le parti en 1914 et tente de mettre en place un parti rival portant le même nomGilles Le Béguec, La République des avocats, Armand Colin, 2003.

Aux marges du socialisme : évolution vers le « socialisme national » La division porte aussi sur la loi des Trois ans, votée et promulguée en 1913, qui augmente la durée du service militaire, soutenue par Zévaès contre l'autre fraction du parti mais aussi contre la SFIO de Jean Jaurès. Le journal du parti et Zévaès attaquent violemment ce dernier sur cette questionYves Billard, op. cit., . Ses mémoires, Notes et souvenirs d'un militant, provoquent des polémiques au sein du milieu socialisteL'Humanité, 28 septembre 1913.

Zévaès ne parvient pas à se faire réélire député en 1914 ; il est battu à Grenoble par le socialiste Jean-Pierre Raffin-DugensLa Lanterne, 11 mai 1914, Le Radical, 2 avril 1914, Le Matin, 11 mai 1914Le Républicain socialiste, 13 mai 1914 (cf. notamment le discours de Zévaès commentant sa défaite, )..gauche|vignette|Alexandre Zévaès en 1913 en tenue d'avocat.Durant la Première Guerre mondiale, il n'est pas mobilisé et plaide de plus en plus, devant des juridictions civiles et devant les conseils de guerreL’Œuvre, 15 septembre 1915, L'Eclair, 17 mai 1916, Ibid., 21 mai 1916, Ibid., 18 novembre 1917. Son client le plus célèbre est Raoul Villain, l'assassin de Jean Jaurès, tué en , qu'il défend avec un confrère, Henri GéraudL'Œuvre, 31 juillet 1918. Il a été désigné par le bâtonnierYves Billard, op. cit. . Cela accroît l'hostilité des socialistes orthodoxes à son égardLe Populaire, 8 juin 1918, Ibid., 24 novembre 1918.