La campagne de Tunisie, également connue sous le nom de bataille de Tunisie, est un ensemble de batailles de la Seconde Guerre mondiale consécutives à l'opération anglo-américaine Torch en Algérie et Maroc, et qui ont lieu en Tunisie (alors sous protectorat français - régime de Vichy) entre le et le .
Les combats opposent les forces de l'Allemagne nazie () et de l'Italie fasciste () aux forces alliées composées de britanniques, de américains et d'environ français et coloniaux de l'armée d'Afrique et des Forces françaises libres..
La campagne débute par des succès des forces de l'Axe mais la supériorité numérique et matérielle des Alliés conduit finalement à la victoire totale de ces derniers : elle se traduit par de guerre allemands, principalement issus de l'Afrika Korps, et italiens.
Contexte La plupart des batailles d'Afrique du Nord ont lieu à l'est des bases et dépôts italiens d'armement situés en Libye. Au début de la guerre du Désert, les deux camps manquent d'approvisionnement en armes et les grandes batailles durent tant qu'aucun ne fait la différence dans la quantité d'armement à sa disposition. En 1942, la situation évolue en faveur des Britanniques. La Royal Navy réussit à déloger la flotte italienne de Méditerranée et permet ainsi la circulation des navires en provenance du Royaume-Uni, tandis que la maîtrise de Malte par la Royal Air Force (RAF) empêche le ravitaillement en armes des Italiens par la mer.
vignette|gauche|Théâtre nord-africain de la Seconde Guerre mondiale.
Avec le retrait des Allemands à la suite du coup de force du général Montgomery en Égypte (seconde bataille d'El Alamein en ) et une ne souffrant plus du manque de ravitaillement en armes des premières batailles, grâce à l'aide américaine, l'arrivée des Britanniques en Libye n'est plus qu'une question de jours. À l'ouest de l'Afrique du Nord, l'opération Torch fournit également des forces supplémentaires aux Alliés qui peuvent dès lors piéger les forces de l'Axe prises en étau entre les deux contingents alliés sur le terrain libyen. Or se présentaient pour les forces de l'Axe des possibilités défensives importantes plus à l'ouest, en Tunisie.
La majeure partie de la Tunisie fait partie du prolongement occidental du golfe de Syrte, la frontière occidentale avec l'Algérie étant définie par la chaîne de montagnes de l'Atlas. Néanmoins, la côte nord de la Tunisie est largement . Toutefois, au sud, il existe une chaîne de collines parallèle à la côte, les monts Matmata, et la seule possibilité d'approche consiste à emprunter l'étroite plaine qui les séparent de la mer. Or, les Français avaient construit quelques années auparavant, au sud du pays, une série d'ouvrages défensifs sur une bande de vingt kilomètres de large et trente kilomètres de long, la ligne Mareth, afin de contrer une possible invasion italienne venant de Libye.
La Tunisie offrait ainsi pour les forces de l'Axe une base d'opérations excellente et facile à défendre. Les lignes défensives au nord pouvaient faire face à l'arrivée des troupes alliées de l' tandis qu'au sud la ligne Mareth assurait une défense. Entre les deux n'existaient que quelques passages vulnérables à travers les montagnes de l'Atlas. Par ailleurs, la Tunisie offrait deux ports en eaux profondes, Tunis et Bizerte, situés à moins de des bases militaires italiennes de Sicile. L'armement pouvait être acheminé en une nuit, ce qui permettait d'échapper à la surveillance des patrouilles de la RAF, alors que le trajet Italie-Libye prenait une bonne journée et rendait les opérations de transport particulièrement vulnérables.
Adolf Hitler considérait que la Tunisie pouvait tenir pendant des mois voire des années, contrariant ainsi les plans des Alliés en Europe.
Déroulement Consolidation de l'Axe Les forces de l'opération Torch, connues sous le nom de Eastern Task Force (Corps expéditionnaire oriental), planifient de faire suivre leurs parachutages par des attaques de commandos et de troupes aéroportées en Tunisie. Mais ces plans sont contrariés lorsque les autorités locales du régime de Vichy entrent dans de longues discussions pour savoir si elles doivent ou non soutenir les Alliés, livrant ainsi la Tunisie aux Allemands sans aucune résistance et poussant les Alliés à laisser des garnisons d'hommes basées d'un bout à l'autre de l'Afrique du Nord. Pourtant, même si cette tactique permet d'établir des bases avancées et de prépositionner du matériel, aucune offensive n'est toutefois entreprise. Une rapide avancée en Tunisie aurait été possible si elle avait été décidée immédiatement, mais ce n'est pas le cas à l'époque. Le général Dwight D. Eisenhower écrira plus tard : . Quant aux responsables français en Tunisie, ils n'arrivent pas à choisir leur camp et ne ferment l'accès à leurs terrains d'aviation à aucun des deux camps.
Dès le , l'armée de l'air italienne envoie une escadre de 28 bombardiers à Tunis. Deux jours plus tard, les forces de l'Axe mettent en place un pont aérien, et débarquent à terme plus de et de matériel, accompagné de navires transportant 176 tanks, 131 pièces d'artillerie, et de matériel. À la fin du mois, ces navires ont convoyé trois divisions allemandes dont la Panzerdivision et deux divisions d'infanterie italiennes. Le , Walther Nehring prend le commandement du Corps XC.
Finalement, le , un accord prévoit le placement des autorités tunisiennes de Vichy dans le camp allié, permettant aux troupes des garnisons alliées d'être envoyées sur le front. À ce moment-là, l'Axe a réussi à constituer un corps entier et les forces allemandes surpassent leurs adversaires alliées sur presque tous les plans.
Tentative de poussée alliée vers Tunis
vignette|Carte des opérations entre le et le .
Les deux camps se rencontrent pour la première fois au djebel Abiod le , jour de l'arrivée de Nehring, mais ce dernier ordonne une retraite humiliante. L'Eastern Task Force britannique poursuit son avancée et atteint Sidi Nsir le puis Medjez el-Bab dans la nuit du au et approche d'El Aroussa le . Toutefois, la première véritable offensive alliée démarre le . Le plan allié consiste à percer les lignes de l'Axe puis à se séparer en deux colonnes pour prendre Bizerte et Tunis. Une fois Bizerte prise, l' prendrait fin. Les premiers affrontements ont lieu dès ce jour-là : Nehring ordonne à nouveau des attaques mais se retire de Medjez el-Bab durant la nuit. La Luftwaffe, ravie de posséder la supériorité aérienne dans le ciel de la Tunisie, au moment où les avions alliés s'établissent sur de nouvelles bases en Algérie, cause de sérieux dommages parmi les colonnes alliées se dirigeant vers l'ouest au cours des deux jours suivants. Pourtant, un petit groupe de tanks M3 Grant atteint la base aérienne de Djedeida dans l'après-midi et parvient à détruire un certain nombre d'appareils au sol avant de se retirer derrière les lignes alliées.
LEastern Task Force avance en direction du nord-est, prenant la place des forces de l'Axe en retraite, alors que Nehring et son Corps XC installe une nouvelle ligne défensive à Djedeida (à seulement de Tunis). La du général Vivian Evelegh vient à sa rencontre le 28 novembre mais ils sont repoussés après avoir perdu 30 hommes tués et 86 faits prisonniers de guerre. Ils lancent une seconde offensive mais perdent facilement cinq tanks face aux armes anti-chars positionnées dans la ville. Le , les forces de l'Axe organisent une contre-attaque. Au cours des quatre jours suivants, ils réussissent à repousser les Alliés jusqu'à leur point de départ. Finalement, le 10 décembre, les unités alliées tiennent une ligne défensive à l'Est de Medjez el-Bab. Cette série de défaites alliées coûte à ces derniers plus de (prisonniers de guerre), 73 tanks, 432 autres véhicules et 70 pièces d'artillerie.
Dès lors, les Alliés commencent à préparer une autre attaque et sont prêts à la lancer à la fin décembre. La mise en place continue mais lentement et conduit le niveau des forces alliées à un total de , et . Des renseignements précis indiquent environ et de service, principalement allemands, en face d'eux.
Dans la nuit du au , une compagnie de la d'infanterie américaine opère un raid sur Meknassy, à au sud de Tunis, et capture 21 Italiens. La principale attaque commence dans l'après-midi du malgré la pluie et les moyens aériens insuffisants. Des unités de la américaine et les Coldstream Guards britanniques effectuent une percée jusqu'aux pieds de Longstop Hill (colline située entre Medjez el-Bab et Tebourba) qui surplombe la vallée de la Medjerda et ouvre la voie menant à Tunis.. Mais deux jours plus tard, une contre-attaque allemande stoppe cette avancée et, au , les Alliés se retirent de la ligne qu'ils occupaient deux semaines plus tôt après avoir perdu 534 hommes. La tentative de prise de Tunis par les Alliés est ainsi provisoirement stoppée.
Impasse
vignette|Deux soldats britanniques sur une colline surveillant Mateur.
Alors que les batailles s'apaisent, les divisions des Français resurgissent. Le , François Darlan est assassiné et Henri Giraud est choisi par le pour le remplacer.
Les Allemands sont également confrontés à quelques contretemps. Nehring, largement considéré comme un excellent commandant, a fortement irrité ses supérieurs par ses franches critiques. Avant l'hiver, ils décident de le remplacer en faisant passer ses forces dans la 5. Panzerarmee sous le commandement du général Hans-Jürgen von Arnim. Cette armée est composée d'unités d'infanterie lourde de la Division von Broich (devenue plus tard la Division von Manteuffel) positionnée dans la région de Bizerte, de la Panzerdivision de la région Centre ainsi que de la italienne sur son flanc sud. De la mi- à , et de matériel et d'équipements parviennent à arriver en Tunisie, ce qui frustre les Alliés en raison de leur supériorité navale.
Pendant ce temps, Eisenhower transfère les unités toujours déployées au Maroc et en Algérie vers la Tunisie. Au nord, l'Eastern Task Force commandée par le général Kenneth Anderson est transformée en britannique composée de cinq divisions dont trois divisions supplémentaires rejoignant la blindée britannique et la d'infanterie britannique déjà stationnées en Tunisie. Au sud, un corps français formé de deux divisions se constitue. Au centre, un nouveau d'armée américain commandé par le général Lloyd Fredendall regroupe la majeure partie de six divisions : les 1, 3, 9 et d'infanterie ainsi que les 1 et 2 divisions blindées. Les Américains commencent aussi à construire un complexe de bases logistiques en Algérie et en Tunisie avec comme objectif final de mettre en place une base avancée à Meknassy, sur le flanc oriental des montagnes de l'Atlas, sur une position privilégiée permettant de barrer la route aux forces d'Erwin Rommel provenant du sud.
Rommel contre les Américains Pendant ce temps, Rommel élabore des plans de retraite vers la ligne Mareth. Ceci aurait laissé aux forces de l'Axe le contrôle des deux entrées naturelles de la Tunisie (au nord et au sud) avec, entre les deux, des cols de montagne faciles à défendre. Le , la britannique s'empare de Tripoli, en Libye, alors que Rommel se trouve bien plus à l'ouest.
vignette|gauche|Carte des opérations entre le et le .