Élie (ou EliasIl choisit cette forme après son installation aux États-Unis.) Magloire Durand est un pharmacien et botanisteMakers of American Botany, Harry Baker Humphrey, Ronald Press Company, Library of Congress Card Number 61-18435 franco-américain né le à MayenneUn petit pharmacien militaire français devenu un grand pharmacien américain : Élie-Magloire Durand (1794-1893) et mort le 14 ou le à Philadelphie.
Biographie Origine Élias Durand voit le jour le à Mayenne, en pleine période de la Terreur. Il est le fils d'André Durand, et de Renée-Madeleine Bonneau. Il est le cadet d’une famille de quatorze enfants. Son père, André Durand, occupait la fonction de receveur de l'enregistrement. Bien que royaliste dans ses convictions, ce dernier parvint à conserver son poste tout au long des bouleversements de la Révolution française et du Premier Empire, n’hésitant pas, lorsque nécessaire, à se cacher avec les archives pour les protéger des autorités provisoiresWilliam Procter, Chairman of Committee on Deceased Members, A Memorial of Elias Durand, Read at the semi-annual meeting of the Philadelphia College of Pharmacy, Philadelphia : Merrihew & Son, 1873..
De 1794 à 1808, le jeune Durand grandit à Mayenne et suit sa scolarité au Collège de Mayenne. C’est durant ces années qu’il développe un vif intérêt pour la chimie, discipline alors en plein essor. Cette passion le pousse naturellement vers la pharmacie. En octobre 1808, il intègre l’officine de M. ChevallierCe dernier, connu pour son dévouement envers ses apprentis, offrait à ses protégés toutes les occasions d’approfondir leurs savoirs et leurs compétences. Sous sa direction, Durand consacre son premier hiver à l’étude de la philosophie naturelle et de la chimie, puis se tourne vers la botanique au printemps suivant. Le deuxième hiver est marqué par l’apprentissage de la chimie pratique et des manipulations en laboratoire, son maître lui expliquant avec clarté les réactions et combinaisons observées. Enfin, le troisième hiver est dédié à la matière médicale et à la pharmacie, complétées par des notions de minéralogie, géologie et entomologie. Plus tard, Durand rendra souvent hommage à M. Chevallier, soulignant l’importance des bases solides et variées acquises à ses côtés, pour lesquelles il gardera toujours une profonde gratitude., pharmacien et chimiste mayennais réputé, également fin naturaliste. Après des études de pharmacie à Paris, il obtint son diplôme en 1813.
Premier Empire En 1812, alors que Napoléon Ier masse ses troupes pour la Campagne de Russie, la mobilisation générale est décrétée. Âgé de 18 ans et tout juste sorti de son apprentissage, Élias Durand se trouve en âge d’être enrôlé. Pour échapper à la conscription, il sollicite sans tarder un poste de pharmacien militaire et part aussitôt pour Paris afin de s’y préparer. Il y suit assidûment les cours de Louis Jacques Thénard, Louis Joseph Gay-Lussac, et Louis Lefèvre-Gineau, complétés par un enseignement de littérature française dispensé par François Andrieux. Le , il se présente à l’examen organisé par le ministère de la Guerreoù il doit répondre par écrit à une série de questions exigeantes.. Ses performances lui valent d’être classé premier, et d'être félicité par Antoine Parmentier.
Le , Durand reçoit sa nomination en tant que pharmacien militaire au corps d’observation de l’Elbe, avec l’ordre de franchir le Rhin le . Après avoir acquis son uniforme et son équipement, il passe quelques jours auprès des siens à Mayenne, puis se présente au maréchal François Christophe Kellermann à Mayence. Ce dernier lui ordonne de rejoindre sans délai Magdebourg, où se trouve le quartier général du corps. Il intègre alors un détachement de cinquante hommes des hôpitaux militaires, encadré par de jeunes officiers sortis de l’École de Saint-Cyr. Le voyage, effectué principalement à pied, dure onze jours et les mène à travers Francfort, Giessen, Marbourg, Cassel, Göttingen, Osterode, Goslar et Halberstadt.
À leur arrivée, la plupart des hommes sont affectés au corps, placé sous le commandement du prince Eugène de Beauharnais et fort de . Durand est lui-même rattaché à la division, dirigée par le général Adelaïde Blaise François Le Lièvre de La Grange, près de Magdebourg. Pendant quatorze mois, jusqu’à la Première abdication de Napoléon Ier il participe lors de la Campagne d'Allemagne aux batailles de Möckern, de Lützen, de Bautzen, de la Katzbach, de Leipzig et de Hanau. Ces campagnes, marquées par une retraite éprouvante à travers des territoires hostiles, lui font endurer les privations et les dangers de la vie militaire. Fait prisonnier à Hanau, il parvient cependant à s’évader.
En tant que pharmacien militaire, Durand était rarement exposé aux dangers des combats, sauf par choix. Sa mission consistait à accompagner ou précéder les troupes selon leur avancée ou leur repli, et à participer à l’installation d’hôpitaux de campagne lorsque la situation l’exigeait.
Lors des mouvements de l’armée, ses responsabilités restaient limitées, et, monté à cheval pendant les batailles, il assistait souvent à des manœuvres stratégiques de première importance. Le , il remet sa démission de pharmacien militaire à Jean-Antoine Laudibert (1772-1840), pharmacien en chef du corps, qui tente en vain de le convaincre de rester, lui promettant une promotion en raison de ses services remarquables. Durand persiste dans sa décision.
Nantes De retour chez lui pour un bref séjour, il s’établit à Nantes, muni de recommandations, et obtient un poste de commis principal chez M. Frétaud, l’un des pharmaciens les plus renommés de Nantes. Pendant deux ans, il consacre ses loisirs à l’étude approfondie de la botanique, organisant des excursions sur le terrain avec les botanistes locaux.
Il prend également en charge la direction du Laboratoire du jardin des Apothicaires de Nantes, un espace partagé par les principaux pharmaciens nantais pour la fabrication de produits chimiquesCe laboratoire fonctionnait par rotation : les matières premières, comme le calomel, le nitrate d’argent ou l’éther, étaient mises en commun, et les produits finis répartis équitablement. Ce système permettait à chacun d’accéder à un équipement coûteux et offrait aux apprentis une formation pratique précieuse. in Procter., qui fonctionne un peu comme la Société des pharmaciens de Paris. Durant l’été, Durand y dispensait même des cours de botanique médicale, centrés sur les plantes médicinales cultivées dans le jardin.
L'exil en Amérique Après le retour de Napoléon de son exil de l’île d’Elbe, il s'engage pendant les Cent-Jours dans la Garde nationale pour combattre les royalistes lors de la Guerre de Vendée et Chouannerie de 1815. Après la Bataille de Waterloo et la Seconde abdication de Napoléon Ier, il reprend son travail à Nantes. Mais, suspecté de sympathies napoléoniennes, il est placé sous surveillance militaire et contraint de se présenter chaque matin au commissariat. Ces mesures arbitraires entravent son activité professionnelle, indignent son employeur et finissent par le pousser à quitter la France. Il décide alors de traverser l’Atlantique en quête de la liberté qui lui est refusée dans son propre pays et rejoint les États-Unis en 1816.
L'arrivée en Amérique Parti de Nantes à bord du brick La Nymphe le , il arriva à New York le . Il se rendit immédiatement à Boston pour y rencontrer l’évêque Jean Lefebvre de Cheverus, un parent éloigné, qui lui présenta plusieurs scientifiques de la ville.
Le Docteur Joseph Warren l’incita à rester à Boston, où ses compétences en chimie seraient valorisées. M. Perkins, pharmacien, lui proposa même de fonder un laboratoire de chimie médicinale, avec la promesse d’un partenariat. Il accepta et se mit au travail selon les méthodes utilisées à Nantes. Malgré le succès et la satisfaction de son employeur, il voulut partir et, à la déception générale, décida de quitter Boston pour Philadelphie, qui est alors la plus grande ville des États-Unis.
Là-bas, il prit la direction du laboratoire de l'allemand Wesner, où il fabriquait des chromates à partir de minerais locaux du Maryland et du Delaware. Alors que ces sels étaient déjà bien maîtrisés, Wesner décida d’élargir son activité à la production de sels mercuriels. Cette nouvelle tâche provoqua chez Durand une intoxication, et une grave maladie, accompagnée d’une salivation excessive, ce qui le contraignit à abandonner le laboratoire et à revenir à sa vocation première : la pharmacie.
Muni de lettres de recommandation, il se rendit ensuite à Baltimore et sollicita E. Ducatel, un pharmacien renommé. Celui-ci, bien disposé à l’engager, lui fit remarquer que sa méconnaissance de l’anglais était un obstacle. Durand suivit son conseil et passa trois mois à Belair pour apprendre la langue, avec succès. De retour à Baltimore, il espérait intégrer l’officine de M. Ducatel, mais la situation économique ne permettait pas d’embauche supplémentaire. Ducatel lui suggéra alors de se tourner vers Gerard Troost, dans le Maryland, qui fabriquait des sels de fer et pourrait l’employer jusqu’au printemps, moment où il espérait lui offrir un poste.
Il prit alors la route à pied, en plein cœur de l’hiver, pour rejoindre Gerard Troost en rencontrant pour la première fois des Indiens. En 1817, Élie Durand se vit proposer par M. Ducatel de diriger la branche pharmaceutique de son entreprise. Il accepta et entra en fonction le Ses compétences professionnelles furent rapidement reconnues, les affaires prospérèrent, et son employeur, très satisfait, lui témoigna une grande affection et de nombreuses marques de bienveillance. Durand garda toujours un excellent souvenir de son passage chez M. Ducatel, évoquant souvent les avantages sociaux dont il bénéficia, ainsi que les rencontres enrichissantes avec des Français éminents en exil.. C’est durant cette période à Baltimore qu’il commença à s’intéresser à la botanique américaine et à constituer les premières pièces de l’important herbier qu’il développa par la suite.
En mai 1823, E. Ducatel prit sa retraite, confiant son entreprise à son fils Jules et à son gendre, Élie Durand. Ceux-ci s’associèrent sous la raison sociale «E. Ducatel & Sons». Cependant, cette collaboration ne dura qu’un an : Élie Durand décida de se retirer et de s’installer à Philadelphie.
L'installation à Philadelphie Pour préparer son installation, il résolut également de se rendre en France pour y acquérir du matériel. En juillet 1824, il quitta New York à bord du navire Sylvie de Grâce et arriva au Havre le . Il y consacra plusieurs mois à sélectionner avec soin des stocks, des appareils, des bouteilles étiquetées à la française, ainsi que tout le nécessaire pour monter une officine pharmaceutique de premier ordre. Il regagna New York sur le même navire le . Il ouvrit une pharmacie à Philadelphie en 1825. Recommandé par les plus grands médecins de Baltimore et d’ailleurs, Élie Durand vit affluer dans son magasin des praticiens renommés. Son entreprise connut rapidement un essor remarquable. En 1825, il devint membre de l’Académie des sciences naturelles de Philadelphie, ce qui lui permit de fréquenter des scientifiques éminents et de développer ses talents de botaniste.
Il entretint une correspondance suivie avec de nombreux botanistes européens, enrichissant ainsi sa collection de plantes. Il devint également membre du Philadelphia College of Pharmacy (PCP) et, en 1832, fut nommé membre correspondant de la Société de Pharmacie de Paris. Le Philadelphia College of Pharmacy (PCP), calqué – du moins en théorie – sur le « Collège de pharmacie » de ParisEdward Kremers, Glenn Sonnedecker, Kremers and Urdang's History of Pharmacy. American Institute of the History of Pharmacy 1986 , a été aidé par des talents européens dans ses premières années de formation.