En grammaire, un auxiliaire est un verbe qui se combine à un verbe principal pour constituer ainsi un temps composé ou périphrastique. Il ajoute divers traits grammaticaux au verbe principal, dont les plus fréquents sont la personne, le temps, l'aspect, la voix, le mode, mais aussi d'autres catégories grammaticales comme la polarité négative, dans les langues ouraliennes. En français, il en existe deux de base : être et avoir suivis du verbe au participe passé. Ils sont utilisés pour conjuguer certains temps portant la marque de l'accompli et la voix passive. D'autres verbes, considérés également comme des auxiliaires aspectuels ou modaux, toujours suivis d'un second verbe à l'infinitif, sont traditionnellement appelés semi-auxiliaires . Les traits grammaticaux encodés dans l'auxiliaire d'une langue donnée peuvent très bien être exprimés par un morphème du verbe principal ou un affixe grammatical dans une autre langue ou même à une époque antérieure de la langue : l'allemand exprime le futur par un auxiliaire (er wird singen), le français par un morphème intégré à la terminaison (il chantera ), lui-même issu d'une construction auxiliée du latin tardif (* cantare (h)abet), l'arabe par le préfixe / sa-/ (يغني /yuʁannī '/ , il chante ; سيغني / sa-yuʁannī / , il chantera) . On considère généralement que pour être rangé dans la catégorie des auxiliaires, un verbe doit pouvoir être conjugué et s'associer à un autre verbe (le verbe lexical ou auxilié) qui prend nécessairement une forme impersonnelle (infinitif, participe, radical) :
Forme verbale auxiliée = verbe auxiliaire conjugué + verbe lexical non conjugué
C'est le cas dans un très grand nombre de langues ; toutefois, l'existence de formes verbales composées ne répondant pas exactement à ce syntagme amène certains linguistes à proposer une définition plus large de l'auxiliaire.
La nature de l'auxiliaire L'amalgame de deux signifiés, un monème lexical et un ou plusieurs monèmes fonctionnels (il a regard-é ) compose une forme périphrastique qui s'intègre dans la conjugaison au même titre que les autres formes qui se caractérisent par des suffixes ajoutés au radical du verbe lexical pour noter d'autres temps grammaticaux (il regard-ai-t, il regarde-r-a). Ce qui distingue l'auxiliation de la suffixation, c'est que l'auxiliaire se conjugue et conserve souvent une certaine autonomie syntactique en n'étant pas absolument inséparable du verbe lexical. Ainsi en français, certains adverbes peuvent s'intercaler entre les deux formes : J'ai déjà terminé. L'espagnol contemporain présente sur ce point une grammaticalisation plus avancée puisque cette disposition des mots serait incorrecte (* He ya acabado), l'auxiliaire et le participe passé ne pouvant être séparés ; seul Ya he acabado est possible.
L'existence de verbes auxiliaires, quelle que soit la langue, provient toujours d'une évolution historique qui transforme un verbe lexical en un outil grammatical susceptible d'exprimer certaines fonctions propres au verbe auquel il se joint, par exemple la personne, le temps, l'aspect, le mode. Ainsi employé, il perd sa signification originelle (la notion de détenir pour avoir), ce qui n'empêche pas qu'il puisse par ailleurs être utilisé seul en conservant son sens propre, mais il arrive parfois qu'il finisse par se cantonner dans son rôle d'auxiliaire, ce qui est pratiquement le cas du verbe espagnol haber (avoir), qui n'a plus d'autre emploi depuis le que celui d'auxiliaire - à l'exception de rares formes figées comme hay (il y a) - la notion de possession étant exprimée par le verbe tener.
En revanche, le verbe français avoir, conserve son sens général de détenir, posséder, tout en devenant auxiliaire quand il s'adjoint au participe passé d'un verbe pour exprimer différents passés et modes selon le temps et le mode auxquels il est conjugué (passé composé, plus-que-parfait, futur antérieur, subjonctif passé). La double fonction acquise ainsi par un verbe peut entraîner une ambiguïté lorsqu'il est suivi dans son emploi lexical d'une construction identique à celle de la périphrase auxiliée. C'est le cas de aller dans je vais travailler où ce verbe peut exprimer la notion de départ (valeur lexicale) ou celle d'action imminente (fonction d'auxiliaire) et, semblablement en anglais, de to be going to : dans I am going to work, work peut-être un nom complétant le verbe lexical (= je vais au travail) ou un verbe précédé de l'auxiliaire exprimant le futur proche (= je vais aller travailler).
Les auxiliaires du français
L'emploi des verbes être et avoir
L'un et l'autre peuvent être employés seuls avec leur sens plein : celui d'exister, de demeurer (Je pense, donc je suis ; je suis à la maison), et de posséder hors de soi (j'ai ce livre) ou en soi (j'ai chaud). Ils perdent leur signification propre lorsqu'ils sont suivis d'une autre forme verbale et deviennent de ce fait des auxiliaires de temps. La conjugaison les fait suivre du participe passé pour former, à l'indicatif, le passé composé (il a parlé / il est parti), le passé antérieur ( quand il eut parlé... / quand il fut parti ), le plus-que-parfait (il avait parlé / il était sorti), le futur antérieur (quand il aura parlé... / quand il sera sorti) ; au subjonctif, le passé (il faudrait qu'il ait parlé / il faudrait qu'il soit sorti), le plus-que-parfait (il souhaitait qu'il eût parlé / il souhaitait qu'il fût sorti) ; le conditionnel passé (il aurait / il eût parlé / il serait / il fût sorti). Quand l'auxiliaire s'emploie lui-même à un temps composé suivi d'un participe passé, il permet de former des temps surcomposés d'un usage aujourd'hui régional (quand il a eu fini de déjeuner, il s'est endormi).
L'emploi de l'auxiliaire être est, par ailleurs, le mode de formation unique des formes passives à tous les temps (il est / a été / avait été / ... / mordu par un chien errant).
Au regard du choix de l'auxiliaire, les verbes français se répartissent en trois catégories : la grande majorité fonctionne avec avoir, un petit nombre avec être, quelques-uns avec les deux Tableau-synthèse de l'emploi des auxiliaires avoir et être..
Avoir sert d'auxiliaire à lui-même (j'ai eu, j'avais eu...) ainsi qu'au verbe être (j'ai été, j'avais été...).
Pour les autres verbes, le choix entre les deux auxiliaires dépend de leur nature : être s'emploie avec tous les verbes pronominaux, avoir avec tous les verbes transitifs ; ceux qui sont intransitifs recourent le plus souvent aussi à avoir ; c'est en particulier le cas de tous les verbes essentiellement impersonnels (il a plu...) et des auxiliaires modaux (il a fallu, il a pu...). Une vingtaine de verbes intransitifs seulement, mais très courants, comme aller, venir et ses composés dont devenir, arriver, (re)partir, (r)entrer, (re)sortir, (re)monter, (re)descendre, (re)tomber, naître, mourir, décéder, demeurer, rester emploient être : presque tous sont de sens perfectif et expriment un déplacement ou un changement (demeurer et rester qui font exception ont pu être conjugués avec avoir jusqu'au Exemples cités dans le CNRTL : « J'ai ramené Martin du Gard à Cuverville, où il a demeuré trois jours » (Gide, Journal, 1923, ) - « J'ai resté seul avec ma femme dans une grande voiture » (Maine de Biran, Journal, 1816, ). .). Toutefois certains verbes perfectifs de mouvement s'emploient avec avoir : atteindre ou sauter, par exemple. Les théories rendant compte de l'usage de l'auxiliaire être ne font pas consensus. La grammaire relationnelle considère ainsi comme verbe ergatifs ceux qui recourent à être parce que, à la différence des autres verbes, leur sujet peut être considéré comme un objet passif, ce qui s'observe dans l'analogie entre le sujet/patient issu d'une transformation passive et le sujet d'une forme verbale composée avec être : Pierre travaille le bois / Pierre sort ⇒ Le bois est travaillé / Pierre est sorti. De même : Pierre sort/ monte/ meurt peut être transformé en Je l'ai vu sorti/monté/mort alors que Pierre travaille ne peut donner *Je l'ai vu travaillé Signalé dans Marc Widmet, Grammaire critique du français, , De Boeck, 2007, Bruxelles.. Dans cette perspective on peut s'interroger sur la nature du verbe être dans cet emploi, auxiliaire ou copuleC'est l'avis de M. Widmet dans Grammaire du français, , 2007 Bruxelles. ?
Enfin certains verbes comme accourir, (ap)paraître, atterrir, acceptent avoir et être le choix se faisant selon que l'accent est mis sur l'action (Son dernier roman a paru l'an dernier) ou le résultat de l'action (Son dernier roman est paru).
Origine des auxiliaires être et avoir
Le verbe être descend du latin esse qui sert également d'auxiliaire du passif, mais dans des emplois moins nombreux que dans les langues romanes, puisque les passifs n'y recourent qu'aux temps du perfectum : auditus est, il/elle a été entendu(e) ; auditi eratis, vous aviez été entendus. C'est un suffixe qui indique le passif aux temps de linfectum : audit, il/elle entend ; auditur, il/elle est entendu(e). Toutefois les verbes dits déponents qui se conjuguent comme des passifs, mais ont un sens actif présentent aussi des formes périphrastiques : imitatus est, il/elle a imité auxquels font écho par leur forme et leur sens les intransitifs français recourant à l'auxiliaire être (il est allé). Les verbes être et esse remontent à une racine PIE *es- qui a donné naissance à des formes apparentées dans de nombreuses langues indo-européennes utilisées comme copule ou comme auxiliaire Les formes issues de la racine PIE *es-..
Le verbe avoir descend du latin habeo - habere, je possède/je tiens - posséder/tenir, qui n'est pas utilisé comme auxiliaire en latin classique. Il l'est devenu dans toutes les langues romanes à partir de certaines tournures employées seulement avec des verbes exprimant des opérations intellectuelles (connaître, tenir pour certain, comprendre)C'est ce que montre E. Benveniste dans Problèmes de linguistique générale. Paris, 1974, t. II, .. Ce type d'expression s'est progressivement généralisé. Ainsi on trouve en latin classique : Meam fidem habent cognitam (le participe parfait cognitam est accordé au COD meam fidem), ils tiennent ma loyauté pour connue, ils ont eu l'expérience de ma loyauté. Puis sur le même modèle, avec d'autres verbes : « Habeo litteras scriptas », « j'ai une lettre écrite » (scriptas, participe parfait accordé au c.od. litteras), dans le sens j'ai une lettre et j'ai fini de l'écrire, tournure qui ne se substitue pas à la forme grammaticale du verbe conjugué au parfait : « Litteras scripsi », « j'écrivis une lettre ». Dans les expressions précédentes habeo conserve sa valeur sémantique de posséder (avoir en soi ou avec soi) qu'il perd en latin tardif. Ainsi Grégoire de Tours écrit au : « episcopum invitatum habes », « tu as invité l'évêque » où le COD reste accordé au participe. Celui-ci est juxtaposé à habeo qui a perdu tout sens propre. L'ordre des deux composants demeure variable jusqu'au français classique avant que s'impose définitivement la périphrase avoir + participe passé.