Le Chien des Baskerville () est un roman policier anglais de Sir Arthur Conan Doyle, prépublié en roman-feuilleton au Royaume-Uni d' à dans The Strand Magazine. En France, il est publié dans Le Temps du au Le Chien des Baskerville, journal Le Temps No. 14909-14942 (1902).
Le roman signe le grand retour littéraire de Sherlock Holmes après sa disparition dans les chutes du Reichenbach dans Le Dernier Problème, publié huit ans auparavant. Il est considéré comme la plus célèbre enquête du détective, malgré le rôle central accordé au docteur Watson. Toutefois, il n'y a pas de continuité avec les récits précédents, l'auteur situant cette histoire hors de la chronologieTeller of Tales: The Life of Arthur Conan Doyle - Daniel Stashower (1999)..
Le Chien des Baskerville a connu de nombreuses adaptations cinématographiques, auxquelles s’ajoutent de nombreux téléfilms, feuilletons radiophoniques et pièces de theâtre The Arthur Conan Doyle Encyclopedia. Ces versions témoignent de la popularité exceptionnelle du roman et de sa capacité à être réinterprété à travers des époques, des styles et des pays différents.
Résumé thumb|left|Dartmoor. Sur la lande de Dartmoor circule une légende terrifiante : un chien démoniaque hanterait la famille Baskerville depuis des siècles, condamnant ses membres à une mort violente. Cette malédiction du chien, enracinée dans l’histoire du cruel seigneur Hugo Baskerville, continue de peser sur la lignée.
Lorsque le vieux Sir Charles Baskerville est retrouvé mort dans une allée de son jardin, le visage figé dans une expression de peur ou de douleur, les autorités concluent à un arrêt cardiaque. Mais le docteur Mortimer, médecin de famille et ami du défunt, remarque des empreintes de chien à proximité du corps, détail incroyable qu’il n’ose révéler publiquement.
Le jeune Sir Henry, neveu de Charles, est le dernier héritier des Baskerville. Alors qu'il débarque à Londres en provenance du Canada pour la succession, le docteur Mortimer sollicite l’aide du célèbre détective Sherlock Holmes pour le protéger. Dès l'arrivée du jeune Baskerville à Londres, des événements inquiétants surviennent : une lettre anonyme lui conseille d'éviter la lande, l’un de ses souliers disparaît dans sa chambre d'hotêl, et un inconnu barbu semble l’espionner. L’affaire prend une dimension criminelle. Mais Holmes, trop occupé à Baker Street, envoie son collègue, le docteur John Watson, pour servir de garde rapprochée.
Sur la lande froide et brumeuse, Watson fait la connaissance de personnages dont les comportements éveillent ses soupçons. Barrymore, le majordome des Baskerville, fait des signaux lumineux la nuit depuis une fenêtre. Watson découvre que ces signaux sont destinés à Selden, un prisonnier évadé sur la lande et beau-frère de Barrymore, qu’il tente d’aider. Stapleton, installé avec sa sœur Beryl dans une petite ferme, est un naturaliste un peu trop passionné des papillons. Frankland, un voisin fouineur et passionné d’astronomie, passe son temps à observer la lande avec un télescope. C’est par lui que Watson apprend qu’un homme mystérieux, qui n'est pas Selden, se cache dans les collines et reçoit de la nourriture d'un enfant. À mesure que Watson enquête, les éléments surnaturels semblent se multiplier : hurlements nocturnes, silhouettes fugitives, rumeurs persistantes autour du « chien démoniaque ».
Holmes finit par apparaître, révélant qu’il menait sa propre enquête dans l’ombre, observant secrètement les uns et les autres. Avec Watson et l’inspecteur Lestrade, il met progressivement au jour la véritable identité de Stapleton, loin de l’image de naturaliste qu’il s’efforçait de projeter. Beryl, présentée comme sa sœur, est en réalité sa femme, contrainte au silence. Holmes établit que Stapleton est lui aussi un héritier des Baskerville, déterminé à éliminer Sir Henry. Pour ce faire, il utilise un chien dressé et rendu monstrueux par des produits chimiques...
Genèse du roman vignette|Portrait de Sherlock Holmes par l'illustrateur Sidney Paget dans The Strand Magazine.
En juin 1901, Arthur Conan Doyle visite la région du Dartmoor dans le Devonshire, au nord de Plymouth : « C’est un bel endroit, très triste et sauvage, parsemé d’habitations préhistoriques, d’étranges monolithes, d’abris et de tombes », écrit l'auteur à sa mèreCabell et la bête, Libération. Il est fasciné par la légende des chiens fantômes (black dogs) du folklore britannique. Ces spectres de forme animale sont associés d'une façon ou d'une autre au Diable. Bertram Fletcher Robinson, un ami journaliste originaire de la région, lui conte la légende de Richard Cabell III de Buckfastleigh , un tyran qui aurait vendu son âme aux forces du mal et assassiné sa femme Cabell et la bête, publié dans Libération, Frédérique Roussel.Hugo Baskerville & Squire Richard Cabell III. Le nom de Baskerville est d'ailleurs inspiré du cocher des Robinson, Harry Baskerville.
À cette époque, Arthur Conan Doyle, épuisé par son détective Sherlock Holmes, avait décidé d'en finir avec lui en le jetant dans les chutes du Reichenbach dans Le Dernier Problème (1893). Mais sous la pression du public et des éditeurs, l'écrivain se résigne à le faire revenir Knight, Stephen. Crime Fiction, 1800–2000. Palgrave Macmillan, 2004.. Pour éviter une résurrection prématurée, il situe l’intrigue avant la mort du détective, créant ainsi un récit « intercalé » dans le canon holmésien Ousby, Ian. The Cambridge Companion to Sherlock Holmes. Cambridge University Press, 2010.. La survie de Holmes ne sera d'ailleurs expliquée qu'en 1903, dans la nouvelle La Maison videThe Cambridge Companion to Sherlock Holmes, Ousby, Ian, Cambridge University Press, 2010..
Inspiré par son voyage dans le Devonshire, Conan Doyle inscrit cette nouvelle enquête dans une atmosphère fantastique, dans la grande tradition du gothique victorien où le décor menaçant joue un rôle narratif essentiel Symons, Julian. Bloody Murder: From the Detective Story to the Crime Novel. Penguin, 1972.. Le docteur Watson occupe une place centrale : pour une fois narrateur et détective pendant plusieurs longs chapitres, il entretient l’ambiguïté entre merveilleux et explication rationnelle et permet, par la révélation finale de la présence secrète de Holmes, de ménager un effet de surprise et de souligner la supériorité de la méthode déductive sur la superstition Redmond, Christopher. Sherlock Holmes Handbook. Dundurn Press, 1993..
Le Chien des Baskerville est publié en roman-feuilleton dans le journal The Strand Magazine entre août 1901 et avril 1902 Stashower, Daniel. Teller of Tales: The Life of Arthur Conan Doyle. Henry Holt, 1999.. Le roman paraît dans un contexte où l'écrivain s’intéresse de plus en plus au spiritisme et aux phénomènes paranormaux Baring-Gould, William S. The Annotated Sherlock Holmes. Clarkson N. Potter, 1967. Voir les éditions annotées de la version Penguin Classics, Oxford World’s Classics, Norton Critical Editions pour les notes textuelles et les commentaires critiques sur la figure de Stapleton et les procédés (généalogie, chimie du phosphore, topographie de Dartmoor)..
Adaptations thumb|Peter Cushing et André Morell dans Le Chien des Baskerville de 1959.
Le Chien des Baskerville a connu plus d'une vingtaine d'adaptations, plus ou moins fidèles, au cinéma et à la télévision, avec des acteurs aussi différents que Basil Rathbone, Peter Cushing, Jeremy Brett, Stewart Granger, Tom Baker, Ian Richardson, ou encore Richard Roxburgh Alan Barnes, Sherlock Holmes on Screen, Reynolds & Hearn, 2002.. Chaque acteur met en avant des facettes différentes du personnage selon son jeu, ce qui influe sur le ton général de l'adaptation Leslie S. Klinger (éd.), The New Annotated Sherlock Holmes, W. W. Norton, 2005; Barnes, Sherlock Holmes on Screen.
Dans le roman, le chien est décrit comme un molosse rendu terrifiant par un artifice chimique : « Sa gueule soufflait du feu ; ses prunelles luisaient comme des charbons ardents ; autour de ses babines et de ses crocs vacillaient des flammes. »Arthur Conan Doyle, Le Chien des Baskerville, chap. XIV. La plupart des adaptations cinématographiques et télévisuelles suppriment cet artifice phosphorescent, pour des raisons techniques, budgétaires ou esthétiques : il est souvent plus simple et plus crédible à l'écran de montrer un chien agressif que d'essayer de reproduire l'effet chimique décrit par Conan Doyle Alan Barnes, Sherlock Holmes on Screen, Reynolds & Hearn, 2002; Allen Eyles, Sherlock Holmes: A Centenary Celebration, HarperCollins, 1991..
Le Chien des Baskerville de Terence Fisher, sorti au cinéma en 1959, est considéré comme la version la plus populaire, en raison de son atmosphère typique des productions des studios Hammer Film Productions. Le film accentue l’élément fantastique et transforme l’enquête policière en spectacle horrifique, tandis que Christopher Lee prête au personnage de Sir Henry un charme naturel. L'intrigue prend cependant de grandes libertés avec l'oeuvre originale et sacrifie une partie de la subtilité thématique de Conan Doyle.
C'est le téléfilm Le Chien des Baskerville de la série télévisée Sherlock Holmes produite par Granada Television, diffusé en 1988, avec Jeremy Brett et Edward Hardwicke, qui s'impose comme le plus fidèle au texte, malgré des contraintes budgétaires perceptibles Open the Window, Then! : Filmic Interpretation of Gothic Conventions in Brian Mills's The Hound of the Baskervilles , Sherlock Holmes and Conan Doyle : Multi-Media Afterlives, Palgrave Macmillan, 2012, XIII-220 p.. Edward Hardwicke incarne un docteur Watson profondément humain et attentif, dont la présence renforce la structure narrative voulue par Conan Doyle : un enquêteur intermédiaire et vulnérable dans un espace oppressant Michael Cox, A Study in Celluloid: A Producer’s Account of Jeremy Brett as Sherlock Holmes, 1999.. Jeremy Brett apporte une intensité nerveuse et une rigueur intellectuelle qui renforcent la dimension analytique du récit David Stuart Davies, Bending the Willow: Jeremy Brett as Sherlock Holmes, Calabash Press, 1996..
Cinéma Année Titre Pays Réalisateur Holmes Watson 1914 Der Hund von Baskerville Rudolf Meinert Alwin Neuß (inconnu) 1921 The Hound of the Baskervilles Maurice Elvey Eille Norwood Hubert Willis 1929 Der Hund von Baskerville Richard Oswald Carlyle Blackwell George Seroff 1932 The Hound of the Baskervilles Gareth Gundrey Robert Rendel Frederick Lloyd 1937 Der Hund von Baskerville Carl Lamac Bruno Güttner Fritz Odemar 1939 The Hound of the Baskervilles Sidney Lanfield Basil Rathbone Nigel Bruce 1959 The Hound of the Baskervilles Terence Fisher Peter Cushing André Morell 1978 The Hound of the Baskervilles Paul Morrissey Peter Cook Dudley Moore
Le film britannique A Cottage on Dartmoor de 1929 est considéré par certains spécialistes comme une œuvre inspirée du Chien des Baskerville. L'intrigue du film se concentre sur l'histoire d'un évadé de la prison du Dartmoor bénéficiant de l'aide d'un couple habitant dans une maison isolée de la lande, ce qui rappelle le personnage de Selden trouvant l'aide du couple Barrymore au manoir des Baskerville.
En 1962 a été réalisé un film indien de Bollywood intitulé Bees Saal Baad, s'inspirant de l'intrigue du roman sans en être à proprement parler une adaptation. L'intrigue diffère nettement de l'original, les personnages ne correspondent pas au roman, Holmes et Watson sont absents Bees Saal Baad (1962), IMDb. Le film français Le Loup des Malveneur de Guillaume Radot (1943) s'inspire lui aussi fortement de Le Chien des Baskerville, sans en être une adaptation.
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