Pelléas et Mélisande est un opéra en cinq actes (12 tableaux) de Claude Debussy, considéré par le compositeur comme un « drame lyrique ».
Présentation Le livret est de Maurice Maeterlinck, d'après sa pièce de théâtre éponyme. La première eut lieu le à l'Opéra-Comique à Paris sous la direction d'André Messager.
L'opéra, comme la pièce de Maeterlinck, est une transposition du mythe de Tristan et Yseult : deux jeunes gens sont irrésistiblement amoureux ; leur amour est interdit par la présence d'un mari âgé et violemment jaloux et ne peut s'accomplir que dans la mort.
Debussy a déclaré :
Rôles RôleVoixDistribution, (Chef d'orchestre : André Messager)Arkel, roi d'AllemondebasseFélix VieuilleGeneviève, mère de Golaud et PelléascontraltoJeanne Gerville-RéacheGolaud, demi-frère de Pelléasbaryton ou baryton-basseHector DufrannePelléas, petit-fils d'Arkelténor ou baryton (baryton-martin)Jean PérierMélisandesoprano ou mezzo-sopranoMary GardenYniold, fils de Golaud, issu d'un premier mariagesoprano ou soprano enfantC BlondinUn médecinbasseViguiéUn bergerbarytonMarins en coulisses (un chœur mixte), femmes de service et trois pauvres
C’est le choix de la cantatrice écossaise Mary Garden (1874-1967), souhaitée par Debussy et soutenue par le directeur de l’Opéra-Comique, Albert Carré (1852-1938), qui brouilla définitivement le musicien avec Maeterlinck qui voulait imposer sa maîtresse, Georgette Leblanc, lors de la création de l’opéra.
Orchestre <center> {| bgcolor="#f7f8ff" cellpadding="4" cellspacing="0" border="2" style="text-align: center; font-size: 95%; border: #cccccc solid 1px; border-collapse: collapse;" |- | bgcolor="#D9FFB2"|Instrumentation de Pelléas & Mélisande |- | bgcolor="#FFECB2"|Bois|- | |3 flûtes (la aussi le piccolo), 2 hautbois,1 cor anglais,2 clarinettes,3 bassons |- | bgcolor="#FFECB2"|Cuivres|- | |4 cors en fa,3 trompettes en fa,3 trombones, 1 tuba |- | bgcolor="#FFECB2"|Percussions|- | | 4 timbales,cymbales,triangle,glockenspiel,cloche en sol
| bgcolor="#FFECB2"|Cordes'|- | |premiers violons,seconds violons,altos,violoncelles,contrebasses,2 harpes
</center>
Musique On parle souvent de Pelleas et Melisande comme d’un opéra « sans musique »; la seule mélodie chantée se trouve au début de l’acte III, le seul moment où Melisande se trouve seule et brosse ses cheveux avant la nuit (« mes longs cheveux descendent »).
Un accent tout particulier est mis sur la place du chromatisme dans l’œuvre, reflétant par sa variété l’atmosphère aquatique et onirique du conte (voir l’ouverture, Acte II scène 1, et scène finale).
Décors En collaboration avec le décorateur Ronsin, l'atelier Lucien Jusseaume réalise les décors pour la création.
Déroulement Premier acte vignette|Mary Garden incarnant Mélisande. Scène 1 : Une forêt Je ne pourrai plus sortir de cette forêt… Dieu sait jusqu'où cette bête m'a mené… (Golaud - Mélisande) Pourquoi pleures-tu ? (Golaud - Mélisande) Qu'est-ce qui brille… (Golaud - Mélisande) Oh ! vous avez déjà des cheveux gris… (Mélisande - Golaud)
Golaud rencontre dans une forêt Mélisande en pleurs. Elle est très timide et paraît triste mais ne trahit toutefois pas la raison de son comportement. Golaud l'emmène avec lui.
Scène 2 : Un appartement dans le château Voici ce qu'il écrit à son frère Pelléas (Geneviève) Je n'en dis rien (Arkel - Geneviève) Il avait toujours suivi mes conseils… (Arkel) Grand-père… (Pelléas - Geneviève - Arkel)
Dans le château, Golaud écrit une lettre à son demi-frère Pelléas. Celui-ci doit introduire une recommandation au roi Arkel afin que Golaud puisse rentrer après six semaines de voyage par mer avec sa deuxième femme Mélisande. La lettre est apportée à Arkel par Geneviève. Pelléas veut quitter le château à cause d'un ami qui est sur le point de mourir. Arkel avait choisi à l'origine une autre femme comme épouse pour Golaud mais soutient toutefois son nouveau choix et son retour.
Scène 3 : Devant le château Il fait sombre dans les jardins (Mélisande - Geneviève - Pelléas) Il est temps de rentrer… (Geneviève - Mélisande - Pelléas) Ne fais pas de bruit… (Golaud - Yniold)
Pelléas doit toutefois rester. Geneviève familiarise Mélisande avec son nouvel environnement. Mélisande craint l'obscurité du château et de sa forêt proche. Des voix sont entendues qui proviennent d'un navire en partance. Pelléas et Mélisande se rencontrent.
Deuxième acte vignette|left|Mélisande à la fenêtre (Mary Garden, 4 avril 1908). Scène 1 : Une fontaine dans le parc
Pelléas conduit Mélisande à la fontaine des aveugles dont l'eau permet de retrouver la vue. Mélisande laisse tomber la bague de Golaud dans le puits. À la même seconde, Golaud, dans un autre lieu, tombe de cheval et se blesse. Interlude I, pour orchestre
Scène 2 : Un appartement dans le château Ah ! ah ! tout va bien… (Golaud) Voulez-vous un peu d'eau… (Mélisande - Golaud) Voyons; sois raisonnable, Mélisande. Que veux-tu que je fasse ?… (Golaud - Mélisande) Tiens, où est l'anneau… (Golaud - Mélisande) Il remarque que la bague n'est plus là, Mélisande prétend l'avoir perdue dans une grotte. Golaud l'envoie la chercher et ordonne à Pelléas d'aller avec elle.
Scène 3 : Devant une grotte Oui, c'est ici (Pelléas - Mélisande) Vous ne savez pas… (Pelléas - Mélisande) Pelléas et Mélisande se heurtent dans la sombre grotte à trois misérables formes, sont confrontés à la maladie et à la famine et s'enfuient.
Interlude II, pour orchestre
Troisième acte vignette|Mary Garden en Mélisande, le 4 avril 1908.Scène 1 acte III : Mélisande lisse sa longue chevelure et se penche à une fenêtre de la tour tout en chantant. Scène 1 : Une des tours du château. Un chemin de ronde passe sous les fenêtres de la tour
Mes longs cheveux… (Mélisande) Holà ! Holà ! ho… (Pelléas - Mélisande) Il fait beau cette nuit… (Mélisande-Pelléas) Je me penche… (Mélisande - Pelléas) Je ne te donne pas ma main… (Mélisande - Pelléas) Je vois une rose… (Mélisande - Pelléas) Je les tiens dans mes mains… (Pelléas - Mélisande) Je les noue aux branches du saule (Pelléas - Mélisande) Que faites vous ici ? (Golaud)
Mélisande est à la fenêtre et peigne ses cheveux dénoués. Pelléas vient au pied de la tour, s'extasie devant la longue chevelure de Mélisande, s'enroule dedans. Les cheveux de Mélisande s'emmêlent aux branches. Golaud arrive, et surprend la scène. « Vous êtes des enfants » dit-il.
Scène 2 : Les souterrains du château Prenez garde… (Golaud - Pelléas) Golaud a entraîné Pelléas dans les souterrains du château.
Scène 3 : Une terrasse au sortir du château Ah ! je respire enfin… (Pelléas) Oui elles se sont réfugiées (Golaud) En remontant à la surface, Golaud ordonne à Pelléas d'éviter Mélisande. Interlude III, pour orchestre
Scène 4 : Devant le château, sous la fenêtre de Mélisande Viens, nous allons nous asseoir ici (Golaud - Yniold) Pelléas et petite-mère… (Golaud - Yniold) Sous les fenêtres de Mélisande, Golaud interroge son fils d'un premier mariage, Yniold : « Pelléas et Mélisande sont-ils souvent ensemble ? De quoi parlent-ils ? S'embrassent-ils ? ». Golaud hisse son fils jusqu'à la fenêtre de la chambre où se trouvent Pelléas et Mélisande et lui demande ce qu'ils font (ils sont immobiles et silencieux et regardent la lumière). Yniold s'effraie. Golaud l'entraîne.
Quatrième acte Scène 1 : Un appartement dans le château Où vas-tu ?… (Pelléas - Mélisande) Pelléas, qui va quitter le château, donne pour le soir à Mélisande un dernier rendez-vous dans le parc, près de la fontaine.
Scène 2 : Un appartement dans le château Maintenant que le père de Pelléas est sauvé (Arkel) As-tu peur de mes vieilles lèvres… (Arkel - Mélisande - Golaud) Une grande innocence… (Golaud) Ne mettez pas votre main à la gorge (Golaud - Arkel - Mélisande) Si j'étais Dieu j'aurais pitié du cœur des hommes (Arkel) Arkel, à qui Mélisande vient rendre visite, exprime à la jeune femme son affection et sa pitié. Golaud survient, blessé au front, et refuse que sa femme le soigne. Il lui réclame son épée, la traîne par les cheveux et la jette à terre.
Interlude IV, pour orchestre
Scène 3 : Une fontaine dans le parc Oh ! cette pierre est lourde (Yniold - Le Berger) Yniold essaye de récupérer la bague en or de Mélisande coincée dans un rocher et observe un troupeau de moutons.
Scène 4 : le même lieu C'est le dernier soir… (Pelléas - Mélisande) Nous sommes venus ici… (Mélisande - Pelléas) Tu ne sais pas pourquoi… (Pelléas - Mélisande) Où es-tu ?… (Pelléas - Mélisande) Quel est ce bruit ?… (Pelléas - Mélisande) Écoute ! (Pelléas - Mélisande) Oh ! oh ! Je n'ai pas de courage ! (Mélisande) Pelléas entre, suivi de Mélisande. C'est le dernier soir. Pelléas et Mélisande échangent un baiser en s'avouant leur amour. On ferme les portes du château : ils se retrouvent empêchés d'entrer. Golaud surgit par derrière un arbre, et frappe Pelléas à mort qui tombe près de la fontaine, tandis que Mélisande s'enfuit.
Cinquième acte Scène unique : Une chambre dans le château
Ce n'est pas de cette petite blessure (Le Médecin - Arkel - Golaud - Mélisande) Comment te trouves-tu ? (Arkel - Mélisande - Golaud) Mélisande, as-tu pitié de moi ? (Golaud - Mélisande) Où es-tu ? Mélisande ! (Golaud - Arkel - Mélisande) Qu'y a-t-il ? (Golaud - Le Médecin - Arkel) Qu'y a-t-il ? (Le Médecin - Arkel) Golaud a blessé légèrement Mélisande. Elle a mis au monde une petite fille. Elle a déliré plusieurs jours durant et est mourante à présent. Golaud lui demande pardon et tente, en vain, de lui faire avouer qu'elle fut coupable. Mélisande meurt doucement, en silence.
Première et réception vignette|Le billet de banque 20 francs Debussy montre au verso le portrait de Debussy tandis que le dessin d'arrière-plan représente le décor de la scène intitulée « La Fontaine dans un parc » signé Lucien Jusseaume et Eugène Ronsin utilisé lors de la représentation de Pelléas et Mélisande en à l'Opéra comiqueAriane Charton, Debussy, Folio Biographies, 2012, .. Depuis le soir de où Debussy a assisté à la représentation de la pièce, il s'est écoulé presque dix ans. La générale, le , qui se déroule en public et salle pleine, donne lieu à réactions et controverses : des rires, des « conversations fiévreuses » — mais nulle présence ou intervention de la police comme on a pu le lire. Le musicologue Denis Herlin cite entre autres l'agenda d’Henri Büsser : Et dans le journal de Büsser, où ce dernier est plus nuancé :
Dès le lendemain de cette générale — donc la veille de la première —, la censure fait couper des parties de la scène 4 de l'acte 3.
Henri Büsser écrit dans son journal à propos de la première :
Cette incompréhension n'empêche pas le succès : « Pelléastres » et « contrapuntistes » s'affrontent. Debussy déclare :
Vincent d'Indy salue et défend Pelléas dans son article de dans la revue L’Occident :
Interprétations célèbres 1941 : Jacques Jansen (Pelléas), Irène Joachim (Mélisande), Henri Etcheverry (Golaud), Paul Cabanel (Arkel), Germaine Cernay (Geneviève), Leïla Ben Sedira (Yniold), Émile Rousseau (un Berger), Armand Narcon (un Médecin) et les chœurs Yvonne Gouverné, Orchestre de la Société des concerts du Conservatoire, dirigé par Roger Désormière, Paris. 1953 : Camille Maurane (Pelléas), Janine Micheau (Mélisande), Michel Roux (Golaud), Xavier Depraz (Arkel), Rita Gorr (Geneviève), Annik Simon (Yniold), Marcel Vigneron (un Berger, un Médecin) et la chorale Élisabeth Brasseur, l'Orchestre des Concerts Lamoureux, dirigé par Jean Fournet, Paris. 1962 : Jacques Jansen (Pelléas), Micheline Grancher (Mélisande), Michel Roux (Golaud), André Vessières (Arkel), Solange Michel (Geneviève) - Chœur de la RTF, Orchestre national de la RTF dirigé par Désiré-Émile Inghelbrecht.