Etty Hillesum, née le à Middelbourg aux Pays-Bas et morte le 30 novembre (?) 1943 au camp de concentration d’Auschwitz, est une jeune femme juive et une mystique connue pour son journal intime tenu entre mars 1941 et octobre 1942, pendant la Seconde Guerre mondiale, et ses lettres écrites entre 1942 et 1943, dont plusieurs ont été rédigées au camp de regroupement et de transit de Westerbork.
Biographie Famille Esther Hillesum naît le à Middelbourg dans une famille juive libérale. Son père, Louis (Levie) Hillesum (1880-1943), est docteur en lettres classiques et proviseur du lycée de Deventer.. Sa mère, Rebecca Bernstein (1881-1943), a fui les pogroms russes en 1907. Etty Hillesum a deux frères plus jeunes, Jaap (Jacob), qui fera des études de médecine, et Mischa (Michael), qui sera un pianiste d'exception. Les deux garçons portent le prénom, respectivement, des grands-pères paternel et maternel.
La famille est peu pratiquante, sans pour autant avoir coupé les liens avec le judaïsme. Les deux frères ont une santé psychologique fragile, en particulier Mischa, qui est atteint de schizophrénie. Le père est un homme réservé mais curieux et érudit, doté d'un sens de l'humour marqué. La mère est décrite comme chaotique, extravertie et dominatrice, et Etty Hillesum a des rapports souvent conflictuels avec elle, qui s'apaisent, semble-t-il, au camp de Westerbrok.
Études vignette|gauche|Etty Hillesum en 1940. Durant son enfance Etty Hillesum et ses parents changent à plusieurs reprises de domicile. Peu après sa naissance, Etty et ses parents déménagent à Hilversum (1914-1916), puis à Tiel (1916-1918), à Winschoten (1918-1924) pour s'installer finalement à Deventer en juillet 1924.
C'est dans cette ville qu'Etty Hillesum fréquente l'école primaire, avant d'entrer au lycée de la ville, dont son père est le directeur adjoint. Elle étudie l'hébreu et participe à des assemblées sionistes. À la fin de ses études au lycée, elle entame — sans guère de passion pour le sujet — des études de droit public à Amsterdam et obtient une maitrise en 1939, avec des résultats moyens. Elle montre en revanche un intérêt et un don marqués pour les langues (néerlandais, allemand, russe et français). Elle donne des cours privés de russe et poursuit l'étude de cette langue et de sa littérature — mais elle ne peut les mener à bout, du fait des événements liés à la guerre.
Durant ses études, Etty Hillesum loge à Amsterdam chez un expert comptable retraité, Hendrik Johannes (« Han ») Wegerif, un veuf nettement plus âgé qu’elle, qui héberge plusieurs étudiants et avec lequel elle entretient une relation jusqu'en 1942. Gravitant dans des milieux de gauche, contestataires, sionistes et antifascistes, elle mène une existence de femme libre, passionnée, amoureuse de la vie.. Cependant, elle est sujette à des périodes de dépression et elle cherche un sens à sa vie.
Le , les troupes nazies envahissent les Pays-Bas.
Julius Spier Le , Etty Hillesum entreprend une thérapie avec Julius Spier. que lui a présenté son logeur. Réfugié aux Pays-Bas en 1937 pour fuir les lois antisémites nazies, ce dernier pratique la « psycho-chirologie », une forme de thérapie que Carl Gustav Jung — dont il a été l'élève puis le collègue — lui a recommandé de développer. Il devient le maître spirituel d'Etty qui l'appelle « l’accoucheur de mon âme », sans qu'elle exprime clairement les motivations de cette thérapie.
Sur les recommandations de Julius Spier, elle entame la rédaction d'un journal à partir du , au fil duquel on apprend qu'elle estime qu'il n'y a pas de personne plus malheureuse qu'elle sur Terre, qu'elle manque de confiance en elle et — — qu'elle connaît des moments dépressifs. Des relations complexes se tissent entre la jeune femme et le psychologue quinquagénaire : elle est à la fois sa patiente, son élève, sa secrétaire et son amante., et ils ne cessent de se défier pour se faire grandir mutuellement. Douze mois plus tard, elle écrit : . et célèbre sa première année, la « plus belle année » de sa vie.
Persécutions nazies et mystique chrétienne Dans son journal intime, elle relate la spirale inexorable des restrictions des droits et des persécutions qui amènent en masse les juifs néerlandais vers les camps de transit, puis vers la mort en déportation. En , elle commence à travailler, à sa demande, dans le camp de regroupement et de transit de Westerbork situé au nord-est des Pays-Bas, pour contribuer à l’« assistance sociale aux personnes en transit » organisée par le Conseil juif d'Amsterdam. .
Durant un peu moins d'une année, Etty Hillesum revient à quelques reprises à Amsterdam, profitant de permissions officielles. Au début décembre 1942, elle quitte le camp pour raisons de santé et en reste éloignée durant plusieurs mois. Elle y revient le 6 juin 1943, et cette fois-ci définitivement puisque le 5 juillet, les Allemands annulent le statut d'exception dont bénéficiaient les employés du Conseil Juif qui travaillent à Westerbork : la moitié d'entre eux peuvent retourner à Amsterdam, mais l'autre moitié (parmi elle, Etty Hillesum) a désormais le statut de détenusKlaas A. D. Smelik, « Biographie d'Etty Hillesum », dans .
Dans son Journal, elle évoque aussi son évolution spirituelle qui, à travers la lecture, l'écriture et la prière, la rapproche du christianisme, jusqu'au don absolu de soi, jusqu'à l'abnégation la plus totale. , tout en gardant, avec une admirable constance, son indéfectible amour de la vie, et sa foi inébranlable en l'humain, alors même qu'elle le voit journellement accomplir des crimes parmi les plus odieux. Au camp de Westerbork, elle est chargée d'enregistrer les noms des personnes qui partent en déportation. Elle notera notamment celui de la carmélite juive Edith Stein.
À la dernière page de son journal, datée du , elle écrit :
Mort Ses parents ainsi que son frère Mischa, pianiste dont les dons exceptionnels font un moment espérer à la famille Hillesum qu'il échappera au sort promis aux Juifs par les nazis, meurent comme elle à Auschwitz en 1943. La famille d'Etty Hillesum est déportée le 7 septembre 1943, sauf Jaap, interné à Westerbrok à la fin septembre, et déporté à Bergen-Belsen en février 1944.
Les parents d'Etty Hillesum sont morts durant le transport ou ont été gazés à leur arrivée à Auschwitz. La date officielle de leur décès est fixée au 10 septembre 1943, tandis que, selon la Croix-Rouge, Etty Hillesum serait morte le 30 novembre 1943, et Mischa Hillesum, le 31 mars 1944. Quant à Jaap Hillesum, il ne survit pas à l'évacuation du camp de Bergen-Belsen en 1945.
Le chemin intérieur Lorsqu'elle entreprend sa thérapie avec Julius Spier, Etty Hillesum commence, sur ses conseils, à rédiger son journal intime. Elle y évoque son évolution spirituelle en scrutant son for intérieurPaul Lebau, Etty Hillesum. Un itinéraire spirituel, Amsterdam 1941-Auschwitz 1943, Collection Spiritualités..
Benoît XVI, lors de l'audience générale du mercredi des Cendres 2013, déclare :
Catherine Chalier, philosophe et spécialiste du judaïsme, citant le Journal d'Etty Hillesum : , rapproche Etty Hillesum des grands mystiques : Elle relève cependant qu'il est douteux de faire d'Etty Hillesum une chrétienne. Quant à Odile Falque, elle rattache également Etty Hillesum aux mystiques, .
Le chemin intérieur d'Etty Hillesum est également marqué par Rainer Maria Rilke, . Elle affectionne particulièrement Le Livre d'heures..
Publications et postérité
vignette|Journal. Première page du cahier 2, datée du lundi 4 août 1941. L'œuvre d'Etty Hillesum est constituée de son Journal, tenu entre le 8 mars 1941 et le 12 octobre 1942 et réparti en onze cahiers (mais le cahier sept est manquant ; il a été perdu par une amie d’Etty Hillesum plusieurs années après sa mort), et de plus de 70 Lettres (ou cartes) qui ont été retrouvées et dont la rédaction s'échelonne du début août 1941 au 7 septembre 1943.
Les écrits d’Etty Hillesum donnent une postérité à sa famille, et ont une grande valeur historique, spirituelle et littéraire.
Voir aussi
Bibliographie Textes d'Etty Hillesum
Éditions partielles et sélections
, + Ainsi parlait Etty Hillesum, Dits et maximes de vie (choisis et traduits du néerlandais par William English et Gérard Pfister), éditions Arfuyen, 2020, 184 p.
Éditions complètes
Études consacrées à Etty Hillesum . .
. . . , rééd. poche, , Tallandier, 2020. . Cécilia Dutter, Vivre libre avec Etty Hillesum, Editions Tallandier, 2018, (Prix humaniste Louis Marin) . . . . . . . .
. .
. .
Olivier Verdun, « Etty Hillesum : Une vie bouleversée et Lettres de Westerbork », La République des lettres, .
Musique Le projet musical italien Camera Sambô a publié « Remembering Etty Hillesum » en 2024. Le compositeur Olivier Greif a mis en musique en 1993 des textes d'Etty Hillesum dans ses Lettres de Westerbork, op. 291, pour voix de femme et deux violons.
Théâtre et chanson Depuis 2015 et Festival Off d'Avignon 2017 à Présence Pasteur : Une vie bouleversée, d'Etty Hillesum avec Roxane Borgna, vidéaste Laurent Rojol, mise en scène Raphaëlle Weber. Depuis 2012, La Compagnie Le Puits présente le spectacle théâtral et musical Le Souffle d'Etty, d'après ses écrits, joué par Annick Galichet et Mary Vienot, mis en scène par Michel Vienot. .
Filmographie Etty Hillesum : Le journal d'une âme, documentaire, 26 min, lejourduseigneur.com. 2009 : Le Convoi - Etty Hillesum, dans la peau d'une déportée, documentaire, A. Bossuroy, 60 min. 2026 : Etty. .
Liens externes
Association des amis d'Etty Hillesum.
Notes et références
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