Les partis politiques au Mali sont reconnus entre 1991 et 2025 comme « des organisations de citoyens réunis par une communauté d'idées et de sentiments, prenant la forme d'un projet de société, pour la réalisation duquel ils participent à la vie politique par des voies démocratiques ». Les partis politiques sont tous officiellement dissous en 2025 sous le régime d'Assimi Goïta, président de la Transition de la république du Mali.
Auparavant, les premiers partis politiques ont été créés pendant la colonisation française et participent activement à l’indépendance du Soudan français qui devient le la république du Mali. Sous la première république, l'Union soudanaise – Rassemblement démocratique africain (US-RDA) devient un parti unique de fait. Après le coup d’État de Moussa Traoré le , les partis politiques sont dans un premier temps interdits. Un parti unique, l'Union démocratique du peuple malien est ensuite créée en 1976. Les revendications pour le multipartisme se développent à partir de 1990 mais Moussa Traoré reste intransigeant, position qui entraîne des manifestations réprimées par le régime autoritaire avant qu’Amadou Toumani Touré renverse le régime et préside le Comité de transition pour le salut du peuple qui instaure une république démocratique fondée sur le multipartisme. De 1991 aux années 2000, le nombre de partis politiques, qui peuvent se créer librement, explose pour atteindre en 2009.
Histoire
Avant l'indépendance : bipartisme
Après la Seconde Guerre mondiale, plusieurs partis politiques sont créés au Soudan français, colonie française correspondant à l’actuel Mali. Trois partis sont créés au début 1946. Le Parti démocratique soudanais est créé le . Ce parti est proche du Parti communiste français. Le , est créé le Bloc démocratique soudanais, officiellement proche de la SFIO mais qui se rapproche du PCF. Le Parti progressiste soudanais (PSP) est créé le . Il constitue en milieu rural une trentaine de comités à travers le pays et recrute chez les notables locaux, les chefs de canton désignés par le colonisateurPierre Boilley, Les Touaregs Kel Adagh: dépendances et révoltes : du Soudan français au Mali contemporain, Éditeur KARTHALA Editions, 1999. Très rapidement, le Soudan français va connaître une bipolarisation. Le Rassemblement démocratique africain (RDA) tient son congrès constitutif à Bamako du 18 au . Le , la section soudanaise est créée par la fusion du Bloc démocratique soudanais et du Parti démocratique soudanais. Mamadou Konaté devient président et Modibo Keïta secrétaire général de ce nouveau parti, l'Union soudanaise – Rassemblement démocratique africain (US-RDA) (p.44)..
Dans un premier temps, le PSP de Fily Dabo Sissoko domine grâce à son implantation sur l'ensemble du territoire. Aux élections législatives de novembre 1946, la liste du PSP obtient deux députés. et aux élections législatives de 1951 trois députés contre un seul pour l’US-RDA. Mais l'US-RDA arrive en tête aux premières élections municipales organisées à Bamako le ainsi qu’aux élections municipales du . Modibo Keïta devient le premier maire de BamakoAmadou Ballo, École normale supérieure de Bamako, département d'études et de recherches d'histoire et de géographie, Bamako, Presse universitaire de Bordeaux (coll Pays enclavés N°6), 1993.
Aux élections pour l’Assemblée territoriale soudanaise de , l'US-RDA obtient et le PSP seulement cinq..
Première république : l'US-RDA, parti unique de fait L’indépendance du Mali, après l’échec de la fédération du Mali qui regroupait le Soudan français et le Sénégal, est proclamée lors du congrès extraordinaire de l’US-RDA qui décide de l’orientation socialiste de la nouvelle république.. Son président Modibo Keïta est élu président de la république.
L’US-RDA domine largement la vie politique. Le PSP, dont les cadres avaient majoritairement intégré l’appareil d’État, décide de rejoindre en 1959 les rangs du parti de l’indépendance.. L’US-RDA devient de fait le parti unique, fonctionnant selon le principe du centralisme démocratique. Les anciens leaders du PSP, Fily Dabo Sissoko et Hammadoun Dicko, opposés à l’orientation socialiste et à la création du franc malien, sont arrêtés et condamnés en 1962, emprisonnés à Kidal avant de mourir certainement assassinés.
Le président Modibo Keïta fait face à une division au sein de son parti, partagé entre une aile droite et une aile gauche. Il tente de maintenir l’unité mais est contraint de dissoudre le Bureau politique national le .
Parti unique sous Moussa Traoré (1968–1989) Le , le régime de Modibo Keïta est renversé par des militaires conduits par Moussa Traoré, qui prend la tête du Comité militaire de libération nationale. Le capitaine Yoro Diakité prend la tête d’un gouvernement provisoire. La constitution est suspendue le , et les partis politiques sont interdits.. Le , une constitution approuvée par référendum (qualifié de farce par les opposants) par 99,71 % prévoit, après une période transitoire de cinq ans, l'élection du chef de l'État au suffrage universel, une Assemblée nationale et un parti unique..
Des partis politiques voient le jour dans la clandestinité. Au début des années 1970, le Parti malien du travail (PMT) s'engage pour la défense des libertés individuelles et l'instauration du pluralisme politique. Les militants du PMT s'impliquent au sein de l'Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM). Lors du du syndicat (appelé « congrès de revitalisation des travailleurs maliens »), l'UNTM réclame le départ des militaires. La junte militaire fait dissoudre la direction de l'UNTM et arrêter des membres du bureau syndical..
Le , la junte militaire créé le parti unique prévu dans la constitution de 1974 : l'Union nationale des jeunes du Mali afin d'assurer sa mainmise sur la jeunesse et concurrencer l’Union nationale des élèves et étudiants du Mali (UNEEM). Ce syndicat étudiant avait des liens avec des partis clandestins comme le PMT, le Parti malien pour la démocratie et la révolution (PMDR) et le Comité de défense des libertés démocratiques au Mali (CDLDM)Seydou M. Diarrah 1991cité par Bakary Camara, le processus démocratique au Mali.
Le , Moussa Traoré, unique candidat à l’élection présidentielle est élu ainsi que les 82 députés, tous membres de l’UDPM.. L'opposition démocratique, présente tant à l’intérieur du pays qu’à l’étranger, notamment en France, tente de s’organiser. Le PMDR appelle, lors de sa conférence de Tombouctou en 1979, « les patriotes et démocrates maliens » à s’unir pour combattre le régime de Moussa Traoré. Des contacts se prennent entre les différentes organisations. En 1984 est créé le Front démocratique des patriotes maliens, en 1986 le Front national démocratique populaire (FNDP) qui comprend le PMT, le PMDR, le PDPM, rejoint en 1989 par l'US-RDA.
Contestation du parti unique (1990–1991) L’année 1990 est marquée par la contestation du parti unique et les revendications du multipartisme et de la démocratie au Mali. Les 28 et , l'Union nationale des travailleurs du Mali tient son conseil central extraordinaire et déclare: « Considérant que le parti unique constitutionnel et institutionnel ne répond plus aux aspirations démocratiques du peuple malien ; […] le conseil central extraordinaire rejette en bloc le dirigisme politique qui entrave le développement de la démocratie au Mali […] opte pour l'instauration du multipartisme et du pluralisme démocratique.
Alors que les partis politiques sont toujours interdits, plusieurs associations vont être créées : l’Association des jeunes pour la démocratie le .
Le Congrès national d'initiative démocratique (Cnid) est créé le El Hadji Omar Diop, Partis politiques et processus de transition démocratique en Afrique noire: recherches sur les enjeux juridiques et sociologiques du multipartisme dans quelques pays de l'espace francophone, Publibook, 2006 p.71. Le , l’Alliance pour la démocratie au Mali (Adema) est créée. Présidée par Abdrahamane Baba Touré elle regroupe des militants des plusieurs partis clandestins (US-RDA, PMDR, PMT, FDPM) opposés au régime autoritaire de Moussa Traoré.
À partir de , les associations mobilisent la population. Le Cnid organise une manifestation pacifique qui réunit à Bamako le ., puis, avec l’Adéma, une nouvelle manifestation, unitaire, le , qui rassemble de dans les rues de Bamako... Les manifestations se poursuivent au début de l’année 1991 : le à Bamako et le à Ségou. Le , une nouvelle marche est organisée par les deux associations rejointes par l'Association pour la justice, la démocratie et le progrès (AJDP) et la Jeunesse libre et démocratique (JLD). Le , l’Adema, le Cnid et l'Association des élèves et étudiants du Mali (AEEM) organisent une marche silencieuse en souvenir de Cabral, leader étudiant assassiné le .
Le , le Comité de coordination des associations et des organisations démocratiques, communément appelé Mouvement démocratique est créé et rassemble le Cnid l’Adéma, l’AJDP, le JLD, l’Union nationale des travailleurs du Mali (UNTM), l’Association malienne des droits de l'homme (AMDH), l’AEEM et le barreau.
Le , alors que des manifestations violemment réprimées se succèdent, le lieutenant-colonel Amadou Toumani Touré arrête Moussa Traoré. Un Comité de transition pour le salut du peuple est créé auquel participe des militaires et des représentants des associations. Une conférence nationale établit une nouvelle constitution et écrit une charte des partis politiques.
Multipartisme (1991–2025) La constitution de la reconnaît le multipartisme. Les deux grandes associations, le Cnid et l’Adéma, se transforment en parti politique : le Congrès national d'initiative démocratique et l’Alliance pour la démocratie au Mali-Parti africain pour la solidarité et la justice (Adéma-Pasj). Très rapidement le nombre de partis explose mais très peu ont des élus aux élections nationales. En 1992, ont été créés, participent aux élections municipales et 22 au premier tour des élections législatives en 1992 où, en dehors de l’Adéma-Pasj qui obtient 76 députés sur 116, seuls neuf partis ont entre un et neuf élus : L'Adéma-Pasj, qui emporte également l'élection présidentielle avec Alpha Oumar Konaré et les élections municipales, domine la vie politique.
Les grands partis politiques vont connaître au cours des années 1990-2000 plusieurs scissions augmentant encore le nombre de partis. Ainsi, le Parti pour la renaissance nationale est créé par scission avec le Congrès national d’initiative démocratique en 1995., le Bloc pour la démocratie et l'intégration africaine est né d’une scission avec l’US-RDA en 1993, tout comme le Parti de l'indépendance, de la démocratie et de la solidarité en 2001. L'Adéma-Pasj connait plusieurs scissions qui ont donné naissance au Mouvement pour l'indépendance, la renaissance et l'intégration africaine en 1994, au Rassemblement pour le Mali en 2001 et à l’Union pour la république et la démocratie en 2003.