thumb|right|250px|Le duc d’Orléans. 250px|thumb|right|Lecture à l'hôtel de ville de Paris de la déclaration des députés et de la proclamation du duc d'Orléans, lieutenant général du royaume (), François Gérard (1770–1837), 1836, Musée de l'Histoire de France (Versailles). La lieutenance générale de Louis-Philippe d’Orléans est une période de l’histoire de France se déroulant du au , à la suite de la révolution de Juillet. Le duc d’Orléans exerce alors le pouvoir avec le titre de « Lieutenant général du royaume. »
Rien n'ayant été prévu, commence alors une course entre différentes idées de successeur. Certains hurlent le nom de Napoléon, d'autres avancent aux cris de la République, dont La Fayette serait l'espoir, mais ces deux solutions font peur. Aussi, bien que les Bourbons semblent définitivement ne plus avoir d'avenir, d'autres, tel que Thiers, sont partisans d'une alternative royaliste orléaniste, en faveur du duc d’Orléans, assez populaire, et la France hésite.
Abdication de Charles X Le troisième et dernier jour de l'insurrection, le , Charles X cède aux insurgés : il renvoie le ministre Polignac, et nomme le duc de Mortemart, un modéré, comme chef du gouvernement. Mais lorsque celui-ci arrive face aux révolutionnaires, le 30, il est déjà trop tard : Charles X est déchu, et la commission municipale, devenue gouvernement provisoire annonce déjà que Emmanuel de Waresquiel. Le voyage sans retour de Charles X. L'Histoire 1995, n°184. Lire en ligne.
Le , Charles X, retiré à Rambouillet, abdique, et convainc son fils de contresigner cette abdication. Il confie à son cousin le duc d’Orléans la tâche d’annoncer que son abdication se fait donc au profit de son petit-fils le duc de Bordeaux (futur « comte de Chambord »), faisant du duc d’Orléans le régent (cf. « Abdication de Charles X »).
L'hésitation Différentes solutions institutionnelles sont envisagées ou proposées par des acteurs politiquesÉric Derennes. Du roi de France au roi des Français (30 juillet-9 août 1830) - Usurpation et mutation de la royauté au cœur de l’essor démocratique. Parlements, Revue d'histoire politique 2017 ; 2 (26) : 205-25. Lire en ligne.
La première tendance est le respect de la déclaration d'abdication de Charles X. Elle est soutenue par le chef de gouvernement désigné, le duc de Mortemart. Il envisage que la régence du royaume soit confiée au duc d'Orléans, ce que ce dernier accepte dans un premier temps.
De leur côté, 89 députés soutiennent la désignation du duc d'Orléans comme lieutenant général du royaume, à l'initiative d'Alexandre Méchin.
Thiers, comme beaucoup de députés, ne croit pas que l’instauration d’un régime républicain stable soit possible : il va tout faire alors, avec d’autres tels que Mignet, pour doubler les républicains sur la ligne, en faveur de la cause orléaniste. Il fait placarder dans Paris la célèbre affiche de Thiers-Mignet :
Cependant, installés à l'hôtel de ville de Paris autour de François Mauguin et d'Ulysse Trélat, les partisans de la République envisagent que le nouveau gouvernement soit dirigé par La Fayette.
Et un courant bonapartiste mené par Évariste Dumoulin rétablirait volontiers l'Empire.
La situation au soir du 31 juillet 1830 Le , les députés libéraux présents dans la capitale sont parvenus, avec la complicité de La Fayette, à dompter l'insurrection républicaine qui avait chassé Charles X et s'était rendue maîtresse de la capitale, en proclamant Louis-Philippe d'Orléans lieutenant général du royaume.
En France, le titre de lieutenant général du royaume a été attribué, à de rares périodes de l'histoire, à des princes qui ont exercé l'autorité royale en cas d'absence ou d'empêchement du roi légitime. Ainsi, lors de la Première Restauration en 1814, le comte d'Artois, qui avait précédé Louis XVIII à Paris, avait-il pris le titre de lieutenant général du royaume. Au sortir des journées de juillet, la formule est choisie car elle n'insulte pas l'avenir. En évitant de dire de qui Louis-Philippe tient ses pouvoirs – de Charles X ? de la Chambre des députés ? – on évite aussi d'entrer trop vite dans des querelles d'ordre constitutionnel pour s'accorder sur ce qui, à cet instant, apparaît comme le plus grand dénominateur commun entre factions rivales et aspirations contradictoires : la personne de Louis-Philippe.
La consolidation de l'orléanisme (-2 août 1830) Le dimanche et le lundi , Louis-Philippe va d'abord s'attacher à consolider son pouvoir en éliminant définitivement les menaces républicaine et légitimiste.
L'élimination de la menace républicaine vignette|Le général La Fayette, Jacques Laffitte, Casimir Perier et le comte Gérard, membres de la Commission municipale et constitutionnelle en 1830. Gravure anonyme. À l'Hôtel de ville, quartier général des républicains, une partie des insurgés ont le sentiment que La Fayette s'est laissé manœuvrer en acceptant la déclaration des députés appelant Louis-Philippe à la lieutenance générale, rédigée en termes vagues et comportant peu de garanties pour les libertés. Aussi le vieux général se rend-il dès le au Palais-Royal, accompagné de la commission municipale provisoire qui s'était installée le à l'Hôtel de ville, pour remettre les pouvoirs de celle-ci au lieutenant général et obtenir de lui des garanties plus claires.
La Fayette déclare au duc d'Orléans qu'il souhaite « un trône populaire entouré d'institutions républicaines », et Louis-Philippe répond que « c'est bien ainsi qu'il l'entend », ce qui ne l'engage pas à grand-chose. Aussi l'entrevue, vague et ambiguë, donnera-t-elle lieu à de durables malentendus. La Fayette prétendra n'avoir jamais dit que « la monarchie constitutionnelle était la meilleure des républiques », formule qui lui sera longtemps reprochée ; Louis-Philippe, de son côté, niera avoir jamais adhéré à un quelconque « programme de l'Hôtel de ville » que ses adversaires l'accuseront de trahirVoir en particulier sa déclaration très nette faite à Odilon Barrot le et rapportée par celui-ci (V. l'article : Insurrection républicaine à Paris en juin 1832#L'insurrection).
La commission municipale provisoire avait nommé un gouvernement le 31, au moment où elle sentait le pouvoir lui échapper.
Louis-Philippe fait mine d'ignorer ces nominations et nomme lui-même, le , un ministère provisoire. Mais, habilement, et pour éviter de paraître défier les républicains, il confirme quasiment toutes les nominations décidées par la commission municipale, à l'exception de Guizot, qu'il promeut de l'Instruction publique à l'Intérieur, évinçant ainsi le duc de Broglie, dont il n'aime pas les airs de supériorité. Mais il affecte de lui donner une promotion en constituant un conseil du gouvernement dans lequel le duc entre aux côtés de Casimir Perier, André Dupin, Jacques Laffitte, Mathieu Louis Molé et du général Sébastiani.
À la préfecture de police, poste capital en cette période de troubles, Louis-Philippe révoque immédiatement Nicolas Bavoux, professeur de droit d'extrême gauche qui avait été nommé par la commission municipale, et le remplace par un haut magistrat, le baron Girod de l'Ain. Les 2 et , il nomme également le baron Tupinier ministre de la Marine et des Colonies par intérim, le maréchal Jourdan ministre des Affaires étrangères, le baron Bignon ministre de l'Instruction publique. Entre le 2 et le 5, furent également nommées des fournées de procureurs généraux, avocats généraux, doyens de facultés et préfets pour épurer la haute administration et la magistrature.
Le , une ordonnance rétablit officiellement la cocarde tricolore en remplacement de la cocarde blanche. Une autre ordonnance convoque les chambres pour le , c'est-à-dire la date qui avait été prévue pour leur réunion avant l'intervention des ordonnances de Saint-Cloud. Le , une ordonnance prescrit que la justice sera rendue au nom de « Louis-Philippe d'Orléans, duc d'Orléans, lieutenant général du royaume ».
La disqualification de Charles X
Après avoir quitté le château de Saint-Cloud dans la nuit du 30 au , Charles X a passé la journée au Grand Trianon avant de se mettre en route pour le château de Rambouillet, où il est arrivé dans la nuit du au . Au matin, il y reçoit la visite de l'ambassadeur du Royaume-Uni, sir Charles Stuart, sans doute venu lui conseiller d'entériner la désignation du duc d'Orléans comme lieutenant général. Il reçoit également le colonel de Berthois, aide de camp du duc d'Orléans, qui lui affirme que La Fayette et ses troupes vont marcher sur Rambouillet et s'emparer de lui dès le lendemain.
Alors que ses entours lui conseillent la résistance, Charles X prend tout le monde à contre-pied en annonçant qu'il a décidé de nommer le duc d'Orléans lieutenant général du royaume :
« M. le duc d'Orléans est à Paris, dit-il, les rebelles l'ont déjà nommé lieutenant général du royaume. Il est possible qu'en le nommant moi-même, je fasse à son honneur un appel auquel il ne sera pas tout à fait insensible. Il est possible également que cette démarche l'oblige à renoncer à ses projets coupables. Ma confiance peut le compromettre et le forcer ainsi à défendre les intérêts de la couronne. [...] Je ne veux pas tomber entre les mains de La Fayette. [Le duc d'Orléans] vient de me faire dire par un homme qui s'est donné comme son aide de camp que, demain, à la tête de la population de Paris, [La Fayette] se rendrait ici pour s'emparer de moi et de ma famille. »Guillaume Isidore de Montbel, Dernière époque de l'histoire de Charles X, ses derniers voyages, sa maladie, sa mort, ses funérailles, son caractère et ses habitudes dans l'exil ; suivi des actes et procès-verbaux relatifs à son décès, Paris, J. Angé, 1836 – cité par .
Le général-comte Alexandre de Girardin porte au Palais-Royal l'acte signé du roi, qu'il remet au duc d'Orléans le à l'aube :
« Le roi, voulant mettre fin aux troubles qui existent dans la capitale et dans une autre partie de la France, comptant d'ailleurs sur le sincère attachement de son cousin, le duc d'Orléans, le nomme lieutenant général du royaume. Le roi ayant jugé convenable de retirer ses ordonnances du , approuve que les chambres se réunissent le , et il peut espérer qu'elles rétabliront la tranquillité de la France. Le roi attendra ici le retour de la personne chargée de porter à Paris cette déclaration. Si l'on cherchait à attenter à la vie du roi et de sa famille, ou à sa liberté, il se défendrait jusqu'à la mort. »
Au reçu de cette lettre, Louis-Philippe envoie le colonel de Berthois auprès du général de Girardin, porteur d'une réponse qu'il a ordre de lire sans la remettre :
« le duc d'Orléans a reçu avec respect ce que M. de Girardin lui a remis de la part du roi et il en a été bien ému. Il est heureux que le roi rende justice à son attachement. Mais l'état des choses est tel qu'il lui serait impossible de faire aucune autre réponse sans compromettre ses intérêts les plus chers. Il désire vivement être utile au roi, voit avec une douleur inexprimable la position où se trouve le roi, ainsi que les princes et princesses qui l'accompagnent, et ne cessera de faire tous les efforts qui pourraient être en son pouvoir pour les préserver de tout danger. Il prie M. de Girardin de demander au roi de lui faire savoir dans le plus bref délai quelles seraient les mesures qu'il pourrait prendre pour le préserver des dangers qui les menacent. »
En termes contournés, la lettre signifie que Louis-Philippe refuse la lieutenance générale que lui offre Charles X parce qu'il l'a déjà reçue des députés. Implicitement, il considère que le règne de Charles X est terminé. C'est ce que confirme Berthois à Girardin en commentant ce point de la lettre : sur la lieutenance générale du royaume, le duc d'Orléans, dit-il, a répondu à l'Hôtel de ville l'avant-veille et il n'a rien à ajouter à cette réponse.