(en cyrillique : ), ou , parfois francisée en « Mémorial », est une organisation non gouvernementale russe de défense des droits de l'homme et de préservation de la mémoire des victimes du pouvoir soviétique Site officiel de Memorial., notamment stalinien, mais aussi d'exactions plus récentes commises en Russie comme en Tchétchénie. Son origine remonte à la période de la Perestroïka, où elle organise une assistance aux prisonniers politiques, victimes du régime soviétique..

En 2021, l'organisation est devenue un réseau d'organisations sises en Russie, en Allemagne, au Kazakhstan, en Italie, en Tchéquie, en Belgique, en France et en Ukraine.

Elle est dissoute par la Cour suprême russe le . Le , à la suite de la demande de l'ONG , la Cour européenne des droits de l'homme applique une mesure intérimaire demandant à la Russie de suspendre la dissolution de l'ONG, en attendant la fin de la procédure concernant ce litige..

Le prix Nobel de la paix 2022 est attribué à Memorial ainsi qu'au Biélorusse Alès Bialiatski et au Centre pour les libertés civiles ukrainien.

Histoire Le premier groupe pour la commémoration des victimes des répressions s'organise en ..

Dès , avec l'aide d'Andreï Sakharov, est organisée l'assemblée constitutive de . L'organisation a pour objectif de promouvoir une société de droit fondée sur le respect des droits de l'homme, de prévenir le retour du totalitarisme et de faire éclater la vérité sur les exactions passées et sur leurs victimes. La déclaration officielle n'a lieu qu'en , grâce à la demande faite à Mikhaïl Gorbatchev lors des obsèques d'Andreï Sakharov par sa veuve, Elena Bonner.

En 1991, afin d'« organiser et coordonner le travail pour la défense des droits de l'homme », établit le Centre de défense des droits humains..

Depuis 1999, organise un concours annuel de travaux de recherche des lycéens qui récolte entre à travers toute la Russie.. Les auteurs des quarante meilleurs travaux sont conviés à Moscou pour une remise de prix. La fondation a publié au moins 18 compilations des travaux réalisés dans le cadre de ce concours, dont les thématiques sont variées, comme , , ou ..

Le , reçoit le prix Sakharov, attribué par le Parlement européen « pour la liberté de pensée »..

déclare le président du Parlement européen Jerzy Buzek lors de l'annonce des lauréats...

Le , la Cour suprême de Russie décide la dissolution de , notamment accusée d'avoir omis d'inscrire sur certains documents transmis au public son appartenance aux , cette obligation étant imposée par une loi russe de 2012, appliquée à depuis 2014..

Dans son réquisitoire final, le procureur reproche à l'ONG, entre autres, de « déformer la mémoire historique », en particulier sur la Seconde Guerre mondiale, et de « créer une image mensongère de l'URSS en tant qu'État terroriste ».. Ces accusations, sans lien direct avec le fond de l'affaire (manquements à la loi sur les « agents étrangers »), constituent, selon Memorial, un « lapsus » qui dévoile le caractère politique de la procédure engagée contre l'organisation par le passé tragique du pays...

Le prix Nobel de la paix 2022 est attribué à Memorial ainsi qu'à l'avocat biélorusse Alès Bialiatski, arrêté et emprisonné depuis le , et au Centre pour les libertés civiles ukrainien...

Structure de Le nom complet de est « Organisation internationale volontaire et publique MEMORIAL, société historique, éducative, charitable, pour la défense des droits de l'homme ».

L'ONG a une structure horizontale coordonnée par le centre à Moscou, réunissant des filiales thématiques et régionales..

Centre scientifique, historique et éducatif Le centre (en ) est une subdivision de l'ONG qui dirige les programmes de recherche et de vulgarisation sur l'histoire des répressions politiques, de la dissidence, de la résistance au régime en URSS.

Archives, musée et bibliothèque possède la plus grande collection de documents (manuscrits et imprimés) ainsi que d'objets liés à l'histoire de la répression politique, de la résistance au régime et de la dissidence en URSS.. Les archives et les livres sont librement consultables par le public. et sont largement utilisées dans les publications sur le Goulag..

Le musée de organise régulièrement des expositions à Moscou et effectue des prêts, notamment à l'étranger...

Les membres du réseau préparent et publient plusieurs « Livres de mémoire » contenant des listes des victimes des répressions politiques en URSS, qui alimentent la base « Les victimes du terreur politique en URSS » consultable en ligne..

Objectifs de Les objectifs de , tels que définis par sa charte, sont : « Promouvoir une société civile mature, et une démocratie fondée sur une société de droit, de façon à prévenir le retour du totalitarisme » ; « Aider à une prise de conscience publique, sur la base des valeurs de la démocratie et du droit, de manière à se débarrasser des schémas totalitaires, et d'implanter solidement les droits de l'homme dans la vie politique et publique » ; « Promouvoir la mise à jour de la vérité sur le passé, et perpétuer la mémoire des victimes de la répression politique exercée par les régimes totalitaires ». Ce dernier point est obtenu en particulier en conservant les « Livres à la mémoire des victimes des répressions politiques », liste de noms de victimes des répressions dans l'oblast d'Astrakhan de 1918 à 1986..

organise l'assistance, juridique et financière, aux victimes du Goulag. Elle mène également des recherches sur l'histoire de la répression politique, et en publie les résultats dans des livres, des articles, des expositions, des musées, ou encore sur les sites web des organisations membres de . Selon Le Monde, elle joue un rôle majeur dans ; l'association a notamment porté plainte contre un mercenaire du groupe Wagner..

Confiscation en décembre 2008 des archives numériques de Le , le bureau de à Saint-Pétersbourg subit une descente de police ordonnée par les autorités, qui confisquent les archives sur le Goulag, stockées sur 12 disques numériques qui comprennent l'ensemble des données numérisées sur toutes les atrocités commises par Staline. Elles représentent 20 ans de travail. L'information est utilisée pour constituer « une base de données numérisées accessible à tous et contenant des centaines de milliers de noms ». La directrice du bureau, Irina Flige, pense que cette intervention de police a lieu parce que l'organisation est , en particulier sur la question de savoir ...

Selon la thèse officielle, le raid a été causé par un article publié dans le Novy Peterburg, un journal de Saint-Pétersbourg, en .. Mais nie tout lien avec cet article. Quelques avocats des droits de l'homme en Russie émettent l'hypothèse que le raid ait été monté en représailles de la défense par d'un film interdit, Rebellion : l'affaire Litvinenko, portant sur l'assassinat de l'ex-espion russe Alexandre Litvinenko.. Selon Orlando Figes, le raid .. Allison Gill, directrice de Human Rights Watch à Moscou, déclare La descente de police mène également à la rédaction, par des universitaires du monde entier, d'une lettre ouverte à Dmitri Medvedev, par laquelle ils condamnent cette confiscation. Les États-Unis se déclarent « profondément préoccupés » : le Département d'État, par l'intermédiaire de son porte-parole Sean McCormack, déclare

Le , le tribunal du district de Dzerjinski juge que la fouille menée le dans les locaux de a été menée en violant certaines procédures et que l'action des forces de l'ordre était illégale.Sean Guillory, Memorial Vindicated Again, 31 mars 2009..

Le , Lenizdat.ru rapporte que douze disques durs, ainsi que des disques optiques et quelques papiers, ont été rendus à Memorial got back its confiscated HDDs, Lenizdat.Ru, 6 mai 2009. Sean Guillory, Memorial’s "Winchesters" Returned, 7 mai 2009.

Activités en Tchétchénie et assassinat de Natalia Estemirova Les activités de comportent notamment un travail d'enquête sur les cas les plus graves de violation des droits de l'homme. Dans ce cadre, mène notamment une action importante dans la République de Tchétchénie : c'est une des très rares ONG à avoir conservé un bureau à Grozny, qui a été dirigé notamment par Lidia Ioussoupova.

Le , Natalia Estemirova, représentante de en Tchétchénie et qui enquêtait sur des cas très graves de violation des droits de l'homme, a été enlevée de son domicile à Grozny. Selon Tania Lokchina du bureau de Moscou de Human Rights Watch, des personnes inconnues l'ont enlevée près de chez elle aux alentours de du matin. Ses collègues ont donné l'alerte lorsqu'elle ne s'est pas présentée à une réunion prévue ce matin-là ; ils se rendirent alors chez elle, ont trouvé des témoins et les ont interrogés.. Deux témoins auraient déclaré avoir vu Natalia Estemirova être poussée dans une voiture en criant qu'on l'enlevait. On a retrouvé son corps dans un bois à ..

Le président de , Oleg Orlov, accuse formellement du meurtre Ramzan Kadyrov, le président pro-russe de Tchétchénie., affirmant :

Ramzan Kadyrov a riposté en portant plainte contre Oleg Orlov, lui rappelant ce qu'était la présomption d'innocence, tandis que le président Dmitri Medvedev jugeait « primitives et inacceptables » les accusations d'Oleg Orlov.

Selon Anne Le Huérou, de la Fédération internationale des droits de l'homme, . Exerçant son activité pour la défense des droits de l'homme en Tchétchénie depuis dix ans, elle était de plus en plus menacée, en particulier depuis l'ascension au pouvoir de Ramzan Kadyrov qui a ..

Anne Le Huérou a également ajouté : L'association est mise en lumière par l'assassinat de Natalia Estemirova le , menacée de mort par le président tchétchène Ramzan Kadyrov. est ensuite poursuivie par celui-ci devant les tribunaux de Moscou pour « obtenir réparation du préjudice subi par sa réputation » à la suite des accusations portées par Oleg Orlov, président de .

Le , Oleg Orlov, président de , est confronté à Ramzan Kadyrov lors du procès tenu à Moscou. Ce dernier réclame en effet 10 millions de roubles (équivalent à ) à Oleg Orlov, après que celui-ci a affirmé que Kadyrov est « responsable » du meurtre de Natalia Estemirova, commis le .

Le , le tribunal civil Tverskoï à Moscou a condamné Oleg Orlov à verser à Kadyrov de dommages et intérêts, soit , et à publier un démenti sur son site internet. a de son côté été condamnée à () de dommages et intérêtsRussie: Mémorial condamné pour atteinte à l'honneur de Kadyrov, AFP, le 6 octobre 2009..

Poursuites Le , , ainsi que le quotidien Novaïa Gazeta sont assignés devant un tribunal civil par le petit-fils de Staline, Evgueni Djougachvili, qui veut ainsi défendre l'honneur de son grand-père en réclamant à Le Monde, 26 septembre 2009, page 9..

Depuis 2016, l'association paie une trentaine d'amendes relatives à des infractions à la loi sur les agents de l'étranger..

Le , est arrêté et accusé de pédopornographie le directeur de en Carélie, Iouri Dmitriev, un des découvreurs du charnier de Sandarmokh. Le , cet historien est acquitté, mais la Cour suprême de Carélie annule cette décision.. Il est de nouveau condamné le à trois ans et demi d'emprisonnement ; en , la Cour suprême de Carélie augmente la peine jusqu'à , prolongée ensuite par le Tribunal municipal de Petrozavodsk à . Iouri Dmitriev a reçu le soutien du Parlement européen, de plusieurs ONG et personnalités, telle Natalia Soljenitsyne, veuve de l'écrivain.

Le , le parquet de Moscou dépose une plainte auprès du tribunal de Moscou en vue d’obtenir la fermeture du centre de . L'ONG est accusée de « dissimulation d’informations relatives à la fonction d’agent étranger », les publications du Centre de défense des droits humains contenant, selon eux, « des éléments d’apologie de l’extrémisme et du terrorisme »..