La bataille de San Juan de Ulúa également appelée bataille de Veracruz, se déroule le pendant l’intervention française au Mexique de 1837-1839, souvent appelée en espagnol « guerre des Pâtisseries » (Guerra de los Pasteles) ou encore « première intervention française au Mexique » (Primera Intervención Francesa en Mexico).

Cette opération militaire a pour but, au départ, de régler le différend commercial opposant les deux pays à la suite des troubles qui secouent le Mexique après son indépendance. Le combat, mené par une petite escadre française aux ordres du contre-amiral Charles Baudin contraint le fort de Saint-Jean d’Ulloa à la capitulation le . Devant la résistance du gouvernement mexicain, l'opération se prolonge jusqu'au avec un raid sur Veracruz pour désarmer la ville et tenter de capturer les chefs mexicains Antonio López de Santa Anna et Mariano Arista.

La chute du fort, qui passe pour imprenable, fait découvrir aux observateurs militaires l'efficacité des nouveaux canons Paixhans tirant des obus explosifs à la place des traditionnels boulets. Sur le plan politique, cette bataille contribue à l’instabilité politique du Mexique, et sur le plan militaire à la modernisation des grandes marines de guerre. L'affrontement provoque sur le moment un émoi considérable puis tombe ensuite dans l’oubli à cause des conflits de plus grande envergure auxquels participent le Mexique et la France lors des décennies suivantes.

Le contexte : les troubles au Mexique après l’indépendance du pays thumb|right|Anastasio Bustamante dirige le Mexique en 1838. Les pays connait des troubles graves qui lèsent les intérêts français et provoquent une intervention armée.

Dans les années qui suivent son indépendance en 1821, le Mexique connait des troubles politiques graves. Les différents généraux qui se disputent le pouvoir par les armes font de l’ancienne colonie espagnole un pays extrêmement instable : pas moins de vingt Présidents se succèdent en 20 ansArticle sur cette bataille de . Voir aussi la Liste des chefs d'État du Mexique.. Ces violences portent atteintes aux populations civiles et aux résidents étrangers qui voient leurs entreprises constamment menacées ou saccagées, alors que le Mexique accueille d’importants investissements, notamment dans le secteur minierDes investisseurs anglais et allemands surtout, qui s'intéressent aux mines d'or et d'argent. .. Les installés dans le pays comme commerçants, artisans ou restaurateursCette immigration, au départ, a été sollicitée par le gouvernement mexicain qui souhaitait mettre en valeur le pays resté en partie en friche sous la colonisation espagnole. Après quelques tentatives de développement agricole dans les années 1820, les Français se sont presque tous installés en ville. ., demandent régulièrement à leurs gouvernements d’intervenir. Pendant près de 10 ans, ceux-ci présentent des réclamations de plus en plus nombreuses et de plus en plus pressantes. Le gouvernement français multiplie les tentatives d’accords commerciaux, les demandes amiables d’indemnisations et les menaces d’interventions armées, sans succès.

La patience des autorités françaises prend fin en 1837 : le gouvernement de Louis-Philippe décide d’en finir en lançant une expédition militaire. Elle intervient alors qu’un pâtissier français, M. Remontel, dont la boutique a été saccagée par des soldats ivres, demande une forte indemnitéVoir l'article de et l'article à propos de cette bataille de .. Le gouvernement mexicain refuse, ce qui va donner à l’intervention française qui suit le surnom de « guerre des Pâtisseries »Cette appellation n’est reprise par aucun auteur français consulté dans la bibliographie ci-dessous. Elle n’est utilisée que par les auteurs anglo-saxons ou espagnols et n'est reprise sur l'internet francophone que par de rapides synthèses ou de médiocres traductions.. Intervention motivée aussi par les dettes que l’État mexicain a contractées auprès de la France et dont on redoute qu’elles ne soient jamais rembourséesLes Allemands et les Anglais ont aussi beaucoup investi dans le pays. Voir l'article de ..

Une première division navale, aux ordres du capitaine de vaisseau Bazoche, quitte la métropole à la fin de l’année 1837 pour faire une démonstration de force sur les côtes mexicaines. Elle dispose de deux frégates et deux bricks qui mouillent devant Veracruz, l’un des principaux ports mexicains. La marine mexicaine étant inexistante, les Français saisissent de nombreux navires de commerce, mais le président Anastasio Bustamante ne cède pas. Le , après plusieurs mois de blocus, les relations diplomatiques sont rompues ce qui laisse place, en théorie, à l’action armée. Mais le fort de Saint-Jean d’Ulloa, qui défend Veracruz, passe pour inexpugnable. Les moyens dont disposent Bazoche sont beaucoup trop limités pour prétendre l’attaquer et les équipages français sont minés par la fièvre jaune..

Une seconde intervention, plus importante, est montée l’année suivante. Elle est placée sous la responsabilité de Charles Baudin, un vétéran expérimenté des guerres napoléoniennes qui avait soutenu de nombreux combats contre les Anglais et perdu un bras en 1808.. Le gros de l’escadre quitte Toulon pendant l’été 1838, fait une escale à Cadix pour attendre les navires qui arrivent de Brest, puis file vers les Antilles. Une tempête disperse partiellement l'escadre pendant la traversée, mais le on mouille devant Veracruz. Au loin on aperçoit la cime neigeuse du pic d’Orizaba. La force navale met quelques jours à se concentrer car une partie des navires se trouvent à La Havane et certains, plus lents ou endommagés par la tempête n’arrivent que pendant la deuxième semaine de novembre.

Baudin dispose en additionnant ses forces à celles de son prédécesseur qu’il relève, de quatre frégates : l’Iphigénie (60 canons), la Néréide (50), la Gloire (50) et la Médée (50) contre amiral Théodore Leray. Une cinquième frégate, l’Herminie (60) qui faisait partie des forces de Bazoche, manque à l’appel car elle s’est échouée aux Bermudes. Suivent deux corvettes, la Créole (24) et la Naîade (24), puis les bricks, au nombre de huit : l’Alcibiade (20), le Lapérouse (20), le Voltigeur (20), le Cuirassier (18), l’Eclipse (10), le Dupetit-Thouars (10), le Dunois (10) et le Zèbre (10). Un neuvième brick, le Laurier (10), n’est pas présent car trop endommagé par la tempête, il a dû être dérouté sur La Havane. Deux navires à bombardes, porteurs chacun de deux mortiers, complètent la puissance de feu de l’escadre : le Cyclope et le Vulcain. Le Météore et le Phaéton, deux vapeurs à aubes doivent faciliter les manœuvres dans les eaux portuaires, et deux corvettes de charge non armées, la Fortune et la Caravane complètent la logistique. Baudin, qui a mis son pavillon sur la Néréide, dispose donc de 20 navires et 380 bouches à feu (tout type de canons confondus)Composition donnée par . La compositions donnée par le site ancestramil.fr donne quatre navires de plus, mais il ne tient pas compte de la frégate qui s'est échouée aux Bermudes ni de la petite unité abimée par la tempête et laissée à La Havane. Tout indique que les autres navires, deux bombardes, n'étaient pas présente au large de Veracruz au moment des faits.. C’est, sur le papier, une force respectable, mais on remarque l’absence de vaisseaux de ligne. Un choix qui ne doit rien au hasard, mais qu’il faut interpréter comme un signal envoyé à l’Angleterre que cette expédition, destinée à faire pression sur le Mexique, ne menace en rien sa suprématie navaleMalgré cela, une flotte britannique est envoyée dans la zone. La nouvelle de l’arrivée de la flotte britannique à Sacrificios se répand au sein des équipages français et, à fin de mettre un terme à cette situation gênante, Baudin prend l’initiative d’écrire une lettre au commandant anglais dans laquelle il écrit — non sans fermeté — qu’étant donné le différend opposant la France et le Mexique, la présence de bâtiments britanniques était inopportune et qu'il était impératif que ces bâtiments s’éloignent afin de leur présence ne soit pas mesinterprétée par les Français ou par les Mexicains. Une entrevue est organisée entre les deux officiers supérieurs, à l'issue de laquelle les Britanniques acceptent de renvoyer leurs deux vaisseaux de 74 canons et leurs trois frégates en direction de La Havane, alors que le reste de l’escadre est autorisée à rester, en observation. .

Baudin dispose aussi de trois compagnies d’artillerie de marine et d’un détachement du Génie. C’est somme toute fort peu, d’autant qu’il n’y a pas de troupes d’infanterie de marine : on ne voit donc rien qui puisse permettre un débarquement en masse sur un pays grand comme quatre fois la FranceLe territoire mexicain mesure alors , ce qui correspond à du territoire européen. ., même si les instructions sont d’utiliser la force en cas de besoin, c'est-à-dire en cas de nouvel échec des négociations.

Les deux bases françaises de la Martinique et de la Guadeloupe, situées à l’autre extrémité de l’arc antillais, sont à plusieurs milliers de kilomètres du golfe du Mexique, ce qui oblige l’escadre à utiliser La Havane comme port de relâche et la rend plus ou moins dépendante du bon vouloir espagnolLa Havane se trouve à Cuba. Pendant le premier quart du , l'Espagne a perdu son empire colonial en Amérique du Sud mais a réussi à conserver cette île..

Le bombardement et la prise de Saint-Jean d’Ulloa (27-28 novembre) thumb|right|Plan et vue panoramique du fort Saint-Jean d’Ulloa en 1838. La place, jugé inexpugnable est surnommée le « Gibraltar des Indes » occidentales. thumb|right|Plan du bombardement du fort avec position de tous les navires français.

Baudin, comme son prédécesseur, reprend les pourparlers avec le gouvernement d’Anastasio Bustamante, mais sans succès. Le blocus français perturbe l’économie mexicaine, mais pas au point de ruiner celle-ci. Le pays, essentiellement agricole, se suffit à lui-même et les Mexicains font passer leurs marchandises depuis le port de Corpus Christi au Texas, indépendant depuis peu, puis à travers le Río BravoÀ l’issue de la Révolution texane de 1835-1836, le Texas s’est détaché de l’autorité mexicaine, mais n’a pas encore demandé son rattachement aux États-Unis. Craignant que la France ne bloque aussi les ports du Texas, une milice texane commence même à patrouiller dans la baie de Corpus Christi pour empêcher le commerce mexicain..

Les Mexicains, qui n’ont pas de marine de guerre, jouent de leur seule carte possible : gagner du temps dans d’interminables négociations, jusqu’au moment où l’escadre française ayant épuisé ses vivres et devant faire reposer ses équipages, sera forcée de lever le blocus, à moins d’être relevée par une nouvelle force venue d’Europe, ce que n’a pas prévu le gouvernement de Louis-Philippe. Les dernières propositions françaises ayant été rejetées, Baudin fixe un ultimatum au à midi et commence à prendre ses dispositions pour le combat. Voir aussi le récit détaillé de ..