Le massacre d'Oran ou massacre du , se déroule à Oran en Algérie, le jour indiqué, trois mois et demi après la signature des accords d'Évian mettant fin à la guerre d'Algérie, deux jours après la reconnaissance officielle de l’indépendanceJournal officiel de la République française, . La reconnaissance, avec transfert de souveraineté le même jour à l’exécutif provisoire algérien, rendait effective l’indépendance de l’Algérie dès le . La formalité de proclamation, deux jours plus tard, répondait au vœu des Algériens, qui préféraient la date symbolique du pour fêter leur indépendance. Certains considèrent que l’Algérie était indépendante dès le , c’est-à-dire dès la connaissance des résultats du scrutin d'autodétermination., et quelques heures avant sa proclamation.

Le jour du transfert officiel de la souveraineté entre le gouvernement français et le Gouvernement provisoire de la République algérienne, une fusillade provoque panique et confusion à la place d'Armes, lieu de manifestations populaires fêtant l'indépendance. Si l'on ignore qui prend l'initiative du massacre, les témoignages font état de la présence d’éléments de l'Armée de libération nationale algérienne (en violation des accords d'Évian), d'auxiliaires temporaires occasionnelsLes ATO (auxiliaires temporaires occasionnels) sont des policiers musulmans recrutés depuis le mois de mai pour remplacer les policiers français. et de civils algériens, commettant des exactions à l’encontre de pieds-noirs et d'Algériens pro-français. Les forces armées françaises tardent plusieurs heures avant de s'interposer.

Les estimations du nombre de victimes du massacre sont incertaines et vont de (dont -noirs et 75 musulmans) à près de et disparus et une centaine de musulmans morts et disparus.

Après soixante ans d'occultation par les pouvoirs publics français, Emmanuel Macron déclare le devant des associations de rapatriés que le « massacre du à Oran, qui toucha des centaines d'Européens, essentiellement des Français, doit être reconnu »..

Le contexte La violence, de février 1961 à février 1962 À la fin de l’année 1960, le FLN commence à se fondre dans la population d’Oran () et, durant l'été 1961, l'OAS fait de même dans la population européenne (). Dans une ville où la révolution avait été relativement contenueOran avait connu en 1957 un niveau d'attentats et de victimes du terrorisme relativement élevé, qui déclina fortement en 1958, puis s'interrompit de novembre 1958 à avril 1959 ; leur recrudescence est manifeste à partir de juillet 1959, et persiste au long de l'année 1960. D'après Guy Pervillé, « L'Oranie pacifiée », sous le commandement du général Gambiez (janvier 1959 - septembre 1960), texte publié dans Les guerres du général Gambiez par les Éditions L’esprit du Livre, 22 rue Jacques Rivière, 92330 Sceaux, février 2009, 218 p, Lire en ligne, cette double infiltration provoque un déferlement de violence.

Aux attaques du FLN (à partir de À Oran, un des premiers attentats FLN de 1961 provoqua un sentiment d'horreur. Il eut lieu le . Un homme et deux femmes périrent brûlés vifs dans leur véhicule, place du Docteur-Roux. .) répliquent les attentats de l'OAS (à partir d’). Les attentats — facilités par le fait que les populations sont bien plus mêlées que, par exemple, celles d’Alger — dressent les habitants les uns contre les autres (Sur la spirale attentats-représailles de septembre à novembre 1961 à Oran, voir , qui cite des articles du Monde des 16, 24 et .). Chacun voit désormais dans l’autre un possible complice des terroristes adverses.

Confrontées à un sanglant chaos, les autorités sont conduites à séparer les deux communautésLa mesure sera durcie par l'OAS après le . ., ce qui a des conséquences dramatiques pour les nombreux Algériens travaillant dans les quartiers européens. Et la ville, où s'affrontent FLN, OAS, « barbouzes » et forces de l'ordre françaises, devient un champ de bataille jusqu'à l’été 1962L'historien Jean Monneret parle de « véritable guerre civile ». ., les Algériens et les Européens payant au prix fort des stratégies de terreur, de contre-terreur ou de répression.

La violence, après le cessez-le-feu Les accords d'Évian () ont fixé la date de cessez-le-feu () entre la France et le FLN, ainsi que le principe d’un scrutin d'autodétermination de l'Algérie« Les accords d'Évian du », sur tlfq.ulaval.ca. Contrôlé le . Communément appelée référendum, la consultation du est le plus souvent désignée sous le nom de scrutin dans les textes officiels. Ainsi dans la reconnaissance solennelle de l'indépendance par le président de la République française : C. De Gaulle, « Déclaration portant reconnaissance de l'indépendance de l'Algérie », sur legifrance.gouv.fr, Journal officiel de la République française, , . Contrôlé le .. Après le cessez-le-feu, le FLN n'est plus contenu par l'armée françaiseHormis aux frontières. Les accords d'Évian prévoyaient que les forces françaises stationnées aux frontières ne se retireraient qu'après la proclamation des résultats du scrutin d'autodétermination. « Accord de cessez-le feu en Algérie », , sur tlfq.ulaval.ca. Contrôlé le . et peut donc agir plus librement. Dès le , le massacre des harkis commence en AlgérieLe massacre des harkis et de leurs familles, qui fait des dizaines de milliers de victimes, a commencé dès le cessez-le-feu et connaît ses moments les plus forts à l'automne. « Le massacre des harkis », sur justiceharkis.chez.com. Contrôlé le ..

Dès le , une vague d’enlèvements de personnes. s’abat sur Oran Andrée Montero — dont le mari et le frère furent enlevés le , à Oran —, Le Cri retenu, L'Harmattan, 2004.. Les rapts s’effectuent par le moyen de barragesLe mode opératoire en est détaillé par . établis dans la ville par le FLN, notamment dans les quartiers musulmans, que doivent traverser des Européens pour se rendre à leur travail — quartiers où les soldats français ne patrouillent plusJean Monneret, « L’affaire des Français disparus en Algérie en 1962, après les accords d’Évian », sur nice.algerianiste.free.fr. Contrôlé le .. Les enlèvements sont quotidiens. Ils se poursuivent jusqu'au mois de novembreJean Monneret, La Tragédie..., 20. Les chiffres concernant les enlèvements d’Européens après le cessez-le-feu (dans toute l’Algérie) portent même jusqu'au mois d’avril 1963. Boris Thiolay, « La vérité sur les massacres d’Oran », sur lexpress.fr, . Contrôlé le .. On découvre des charniers du FLN. Les habitants du , eux-mêmes visés par les enlèvements, se replient sur la ville. L'épouvante s'installe. C’est en ce mois d’avril que se déclenche l’exode des Européens d’OranL’exode des Européens d’Algérie avait commencé dès 1961. Il concernait notamment les Juifs du Constantinois. Le , à Constantine, il ne restait plus que , sur auparavant. Le Monde, .. L'OAS, se lance à son tour dans les attentats visant délibérément des innocents.

Le , l'OAS a cessé le combatLa Dépêche quotidienne d’Algérie, .. Ses effectifs ont quitté la ville pour l'Espagne. — les derniers, le Rémy Madoui, « Chronologie : 1962 », sur madoui.chez-alice.fr, 2004. Contrôlé le .. Un Comité de réconciliation entre les deux communautés a été créé. On trouve dans ce comité des notables européens, dont Roger Coignard, premier adjoint au maire, Bertrand Lacaste, évêque d'Oran, et des membres du FLN comme le capitaine Bakhti, lié à Ben Bella et à l’ALN de l’extérieur.. Il tient une réunion d'organisation à la préfecture, le Fouad Soufi donne la date du « L'histoire face à la mémoire : Oran, le », sur www.ldh-toulon.net, , contrôlé le . Le général Faivre dit le . Maurice Faivre, « Indigènes », sur www.france-catholique.fr, , contrôlé le .. Au cours de celle-ci, le chef du FLN d’Oran, le capitaine BakhtiDjelloul Nemmiche, dit Bakhti (1922-1992), aurait été impliqué dans le casse de la poste d’Oran, le , au côté de Ben Bella. Il revient à Oran le , en tant que chef de la zone autonome FLN de la ville (ZAO), structure à la fois politique et militaire (divisée en ) créée par le commandement ALN de la wilaya V (Oranie). Lié aux ultras, Bakhti est chargé des relations houleuses entre la et l’organisation civile du FLN d’Oran (), fidèle aux modérés du GPRA. Interlocuteur du général Katz, il est présenté par Fouad Soufi comme jouant . Fouad Soufi, art. cit. — Bakhti est ministre des Moudjahidines, de 1980 à 1986., se veut rassurant : Les titres de l'Écho d'Oran donnent à penser que l'heure est à l'apaisementL'Écho d'Oran, ..

Depuis le , des camions militaires français sillonnent les rues de la ville, diffusant des messages rassurants, promettant la protection de l’armée française à la population européenne, l’incitant à ne plus avoir peur, à sortir et à reprendre normalement ses activitésJean Monneret, « La tragédie dissimulée : Oran, 5 juillet 1962 », sur www.resiliencetv.fr, , contrôlé le . Le R.P. de Saint-Sernin donne le contenu d’un appel de ce type, qu’il a entendu par deux fois le . Michel de Laparre de Saint-Sernin, « Honte à la République Française de 1962 ! Le à Oran », sur babelouedstory.com, , contrôlé le . Voir aussi, concernant ces appels, le témoignage du magistrat Jean-Henri Fourcade, in ..

Néanmoins, l’inquiétude est grande, concernant la poursuite des exactions du FLN.

Car les enlèvements continuent. Du 26 au , près d'une centaine de personnes sont enlevées en Oranie ; puis, du au , . Dans le petit peuple, c’est toujours la peur qui prédomine. On ne peut écarter les images horribles et les massacres qui ont marqué la fin du Congo belge deux ans plus tôt. Les Européens continuent de quitter la ville.

Mais les bateaux et avions sont insuffisants pour assurer l’exode. À partir du , en métropole, une grève de personnels de navigation vient tout aggraverMarins et officiers réclament une hausse des salaires, le paiement des jours fériés, une indemnité de fin de carrière, un treizième mois, une allocation supplémentaire d’ancienneté, une relâche d’au moins dix-huit heures dans les ports entre deux voyages. Les armateurs refusent. Le , un mouvement de grève se déclare sur le port de Marseille. Gérard Crespo, « L’arrivée et l’installation des Pieds-Noirs à La Seyne-sur-Mer et dans le Var en 1962 », sur www.ldh-toulon.net, . Contrôlé le .. Le rythme des départs d’Oran fin juin n’est que de personnes par jour.

La lutte GPRA-état-major de l'ALN et l'hypothèse du coup monté

thumb|alt=carte sommaire d'Oujda à Oran|Jusque-là cantonnée au Maroc, l'ALN de l'extérieur commence à investir les postes-frontières et Tlemcen, le .

Le scrutin d’autodétermination a eu lieu, le . Les résultats en sont connus (99,72% de voix favorables à l’indépendance.).

L’ALN de l’extérieurPar opposition aux maquis de l’intérieur. On dit aussi « ALN (ou armée) de la frontière ». Le comité inter-wilayas de l'intérieur (sans la d’Oranie, alliée à l'ALN de l'extérieur) avait lancé un appel au GPRA pour en finir avec l'état-major général de l'ALN, basé à Oujda (Maroc), et avec son chef, le colonel Boumédiène. El Watan, ., jusque-là cantonnée au Maroc, commence à entrer en Algérie, le . L’état-major général de l'ALN, allié à Ben Bella, est en pleine lutte pour le pouvoir, face aux modérés du GPRA, s’opposent au . . Ben Bella, disant craindre pour sa vie, a fui Tunis le pour Tripoli, et s’est allié à Boumédiène. . Répondant au vœu du comité inter-wilayas de l’intérieur, Benkhedda, dans la nuit du au , a destitué Boumédiène et deux commandants. El Watan, art. cit.. Et, au contraire de ce dernier, il est hostile au maintien d’une présence européenne en Algérie. Mohammed Harbi, ancien responsable FLN et historien précise :

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