La Mary Rose était une caraque du début du , emblème de la maison Tudor, qui faisait partie du programme naval du roi . Après avoir servi durant dans plusieurs guerres contre la France et l'Écosse et avoir été largement reconstruite en 1536, elle combattit pour la dernière fois le . Alors qu'elle menait l'attaque contre les galères françaises, elle coula dans le Solent, le bras de mer séparant l'Angleterre de l'île de Wight, face au château de Southsea, dans lequel se trouvait . L'épave de la Mary Rose fut redécouverte en 1971 et une opération de sauvetage fut organisée en 1982. Celle-ci, l'un des projets les plus complexes et coûteux de l'histoire de l'archéologie maritime, permit de renflouer une grande section du navire et des milliers d'objets datant de la période des Tudors.

Le sauvetage de la Mary Rose fut une étape importante dans l'histoire de l'archéologie maritime, comparable en complexité et en coût uniquement avec le renflouement du navire suédois du le Vasa, en 1961. Les découvertes incluent des armes, des équipements de navigation et un large éventail d'objets utilisés par l'équipage. De nombreux artéfacts sont uniques à la Mary Rose et ont permis de faire avancer les connaissances dans de nombreux domaines allant de la guerre navale à l'histoire des instruments de musique. Depuis le milieu des années 1980, le navire est exposé à la base navale de Portsmouth où il subit de nombreuses mesures de restauration. Les objets découverts sont exposés au Mary Rose Museum adjacent.

La Mary Rose n'a eu aucune carrière marchande connue. Elle fut l'un des plus grands navires de la marine anglaise tout au long de ses trois décennies d'existence et l'un des premiers exemples de navire spécialement conçu pour le combat. Elle était équipée de nouveaux modèles de canons pouvant tirer depuis les ponts-batterie, une évolution récente dans l’architecture des navires de guerre. Après d'importantes modifications en 1536, elle fut l'un des premiers navires à pouvoir tirer par bordée même si les tactiques de ligne de bataille n'avaient pas encore été développées. Malgré de nombreuses théories fondées sur des documents historiques, les connaissances sur la construction navale au et des expériences modernes, la cause exacte du naufrage de la Mary Rose reste inconnue en raison des témoignages contradictoires et un manque de preuves matérielles critiques.

Contexte historique upright|thumb|right|Portrait d'Henri VIII en 1509, l'année de son couronnement ; artiste inconnu. À la fin du , l'Angleterre était une puissance mineure à la périphérie de l'Europe. Les grandes victoires sur la France durant la guerre de Cent Ans appartenaient au passé et seule la petite enclave de Calais dans le Nord de la France témoignait des immenses possessions continentales passées des rois anglais. La guerre des Deux-Roses, guerre civile entre les maisons d'York et de Lancastre, s'était terminée par l'accession au trône d'Henri VII et par l'établissement de la dynastie des Tudors. Les ambitions navales d'Henri V n'avaient pas été poursuivies par ses successeurs et de 1422 à 1509, seuls six navires furent construits pour la couronne. Les mariages-alliances d'Anne de Bretagne avec Charles VIII de France en 1491 puis avec son successeur Louis XII en 1499 affaiblirent la position anglaise. Malgré cela, Henri VII parvint à maintenir une période relativement longue de paix et le petit mais puissant cœur d'une marine.

À l'aube de la période moderne, les grandes puissances européennes étaient l'Espagne, la France et le Saint-Empire romain germanique. Ces trois pays furent impliqués dans la guerre de la Ligue de Cambrai en 1508. Le conflit était initialement destiné à contrer l'influence de la république de Venise mais se retourna finalement contre la France. Grâce aux possessions espagnoles aux Pays-Bas, l'Angleterre avait des liens économiques avec l'Espagne et l'ambition du jeune Henri VIII était de renouveler les glorieuses victoires de ses prédécesseurs. En 1509, six semaines après son accession au trône, Henri épousa la princesse espagnole Catherine d'Aragon et rejoignit la Ligue afin de faire reconnaître ses droits sur la couronne d'Angleterre et de France. En 1511, il rejoignit une alliance anti-française qui incluait également Ferdinand II d'Aragon, le pape Jules II et l'empereur Maximilien .

La petite marine dont Henri VIII avait hérité de son père ne possédait que deux navires relativement imposants, les caraques Regent et Sovereign. Quelques mois après sa prise de pouvoir, deux grands navires furent commandés, la Mary Rose et le Peter Pomegranate (par la suite renommé Peter après sa reconstruction en 1536) de respectivement . Deux autres navires de , dont l’Henri Grâce à Dieu furent également commandés. En 1520, l'Angleterre avait établi une marine royale permanente, l'ancêtre de la Royal Navy.

Pourquoi la Mary Rose ?

L'explication courante pour le nom du navire est qu'il fut inspiré par la sœur préférée d'Henri VIII, Marie Tudor et par la rose qui est l'emblème de la maison Tudor. Selon les historiens David Childs, David Loades et Peter Marsen, aucune preuve ne vient étayer cette explication. Il était bien plus courant à l'époque de baptiser les navires avec des noms de chrétiens pieux, une longue tradition en Europe occidentale ou de les associer avec leurs propriétaires royaux. Des noms comme Grace Dieu (Grâce de Dieu) et Holighost ou Holy Spirit (Saint-Esprit) étaient courants au et d'autres navires de l'époque étaient nommés Regent ou Three Ostrich Feathers (« Trois Plumes d'Autruche », en références aux armoiries du prince de Galles). Il est plus probable que le navire a été baptisé en référence à la Vierge Marie et que la mystique de la rose y ait été associée. Le nom du de la Mary Rose, le Peter Pomegranate, aurait été donné en honneur de saint Pierre, fondateur de l'église chrétienne, et de l'insigne de la reine Catherine d'Aragon, la grenade (pomegranate en anglais)David Loades, « The Mary Rose and Fighting Ships » in ; Peter Marsden, « Reconstruction of the Mary Rose : her Design and Use » in .

Construction thumb|upright=1.2|L'Embarquement d'Henri VIII à Douvres. Peinture commémorant le voyage du roi Henri au camp du Drap d'Or en 1520 et réalisée en 1540. Les navires représentés portent des panneaux de bois similaires à ceux que la Mary Rose aurait arborés pour les occasions spéciales. La construction de la Mary Rose commença en 1510 à Portsmouth et le navire fut lancé en . La Mary Rose fut ensuite remorquée jusqu'à Londres où elle reçut son gréement, son pont et son armement. En plus des équipements nécessaires à la navigation, aux provisions et aux munitions, elle fut équipée avec des drapeaux, des bannières et des pennons ; Voir Maria Hayward, « The Flags, Fabric » in Knighton and Loades (2000), pour une étude plus détaillée des étendards..

La construction d'un navire de la taille de la Mary Rose était une entreprise considérable qui demandait des quantités importantes de matériaux d'excellente qualité. Dans le cas des navires de premier ordre, le bois de chêne était le matériau de base. La quantité totale de bois nécessaire à la construction peut être approximativement estimée à partir de l'épave qui représente environ un tiers du navire d'origine. On estime ainsi qu'environ 600 grands chênes représentant environ 16 hectares de forêt ont été nécessaires à la construction du navire. Les grands arbres qui étaient communs en Europe et dans les îles Britanniques au cours des siècles précédents étaient devenus relativement rares au , ce qui signifiait que le bois provenait de tout le sud de l'Angleterre. Les plus grandes poutres utilisées pour la construction étaient de la même taille que celles utilisées pour fabriquer les charpentes des plus grandes cathédrales du Moyen Âge classique. Une planche non travaillée pour la coque pesait plus de et l'une des poutres du pont principal aurait atteint les Damian Goodburn, « Woodworking Aspects of the Mary Rose » in .

Conception thumb|left|La Mary Rose telle que représentée dans le rôle d'Anthony. Le profil caractéristique de la caraque avec ses « châteaux » à l'avant et à l'arrière est clairement visible. Bien que le nombre des canons ne soit pas précis, la représentation est une illustration assez fidèle du navire. La Mary Rose fut en grande partie reconstruite en 1536 et la plupart de l'article renvoie à son apparence lorsqu'elle fut découverte. La reconstruction de 1536 fit passer le tonnage de et ajouta un nouveau pont-batterie aux anciennes structures de la caraque. La description ci-dessous ne décrit donc pas le navire tel qu'il fut originellement construit en 1509.

La Mary Rose fut construite comme une caraque avec deux imposants « châteaux » à la proue et à la poupe avec un pont ouvert entre les deux. La coque présentait un frégatage caractéristique des navires conçus comme plates-formes pour canons lourds. Au-dessus de la ligne de flottaison, la coque se rétrécissait graduellement pour compenser le poids des canons et rendre l'abordage plus difficile. Comme seule une partie de la coque a survécu, il n'est pas possible de déterminer avec exactitude la plupart de ses dimensions de base. La plus grande largeur du navire se trouvait juste au-dessus de la ligne de flottaison et était d'environ et la quille mesurait environ ; cependant, la longueur totale du navire est impossible à déterminerRichard Barker, Brad Loewen and Christopher Dobbs, « Hull Design of the Mary Rose » in .

La coque possédait quatre niveaux séparés par trois ponts. La cale se trouvait sous ces ponts et au-dessus du fond du navire situé sous la ligne de flottaison. La cale abritait la cuisine et la cambuse. Juste à l'avant de la cale se trouvait la base du grand mât et la pompe de cale principale. Pour accroître la stabilité du navire, du ballast était entreposé dans la cale. Le faux-pont juste au-dessus de la cale était utilisé comme espace de stockagePour des détails sur la construction, voir Marsden (2009).

thumb|right|Restes de la coque de la Mary Rose. Tous les ponts sont facilement discernables dont celui du château situé à la poupe. Au-dessus du faux-pont, le pont principal abritait les canons les plus lourds. La coque était percée de sept sabords de chaque côté, chacun étant équipé d'un lourd panneau qui permettait de fermer l'ouverture de manière étanche. C'était également le plus haut pont à être calfaté et étanche. Des cabines se trouvaient également sous les châteaux ; elles ont été identifiées comme celles qui étaient affectées au charpentier, au barbier chirurgien, au navigateur et probablement au maître artilleur et à certains officiers. Le pont le plus haut dans la coque était le pont supérieur qui était à l'air libre dans l'espace entre les deux châteaux. Il accueillait un armement composé de canons lourds et légers et était recouvert d'une toile grossière pour empêcher l'abordage ; Voir pour une étude détaillée de la conception et de la construction des ponts.. Bien qu’une très faible partie du pont supérieur ait été conservée, il a été suggéré qu'il abritait les quartiers de l'équipage dans le château de poupe. Une saignée située dans cette zone a été identifiée comme un possible urinoir en complément des toilettes vraisemblablement situées dans la prouePeter Marsden, « The Upper Deck » in .

Les châteaux de la Mary Rose possédaient des ponts supplémentaires mais comme presque rien ne nous est parvenu, leur dessin a dû être reconstitué à partir des documents historiques. Les navires contemporains de même taille étaient systématiquement équipés de trois ponts dans les deux châteaux. Bien que spéculative, cette proposition est soutenue par les illustrations du rouleau d'Anthony et par l'inventaire des canonsPeter Marsden, « Reconstruction of the Mary Rose: her Design and Use » in ; Alexzandra Hildred, « The Fighting Ship » in .