Le bilan du règne d'Alexandre le Grand se fonde sur une étude de la gestion politique et économique des territoires conquis ou soumis à son autorité. La première conséquence des conquêtes d'Alexandre le Grand est la formation d'un des plus vastes empires jamais constitués jusqu'alors, agglomérant l'empire perse achéménide, le royaume de Macédoine, la Grèce et les confins du nord-ouest de l'Inde. Tous les pouvoirs dont Alexandre est détenteur, par héritage ou par conquête, sont réunis entre ses seules mains. Il possède apparemment un pouvoir absolu et de droit divin.
En réalité, son pouvoir s'exerce de façon différente selon les territoires. En Macédoine, Alexandre a un pouvoir de type féodal fondé sur le soutien de l'aristocratie et de l'armée. Il doit d'ailleurs tenir compte à de multiples reprises de l'avis de ses troupes et même finalement renoncer à avancer plus loin que l'Inde. Les Macédoniens forment l'armature politique et militaire du royaume et passent avant les Grecs et les Asiatiques. En Asie, Alexandre s'inscrit dans le cadre politique établi par les souverains achéménides qui ont pour habitude de laisser une forme d'autonomie aux gouverneurs (ou satrapes) provinciaux.
Œuvre politique
Territoires conquis vignette|centre|Partage de l'empire d'Alexandre après les accords de Babylone en juin 323 av. J.-C.|589x589px
Cette liste mentionne les satrapies et les régions contrôlées par les Macédoniens vers la fin du grâce aux conquêtes d'Alexandre le Grand, en dehors du royaume de Macédoine et de ses possessions en Grèce. Certaines des capitales indiquées ont été fondées par les Diadoques.
Province de Thrace (et non une satrapie) : capitale Alexandroupolis ; Phrygie hellespontique : capitale Dascylion (Mysie) ; Phrygie : capitale Gordion et/ou Kelainai, sans le royaume de Bithynie ; Pamphylie : capitale Perga, Pergé, puis Attaleia Antalya ; Lycie : capitale Xanthos, puis Patara ; Lydie : capitale Sardes ; Cappadoce : capitale Mazaka, Kayseri, conquise par Perdiccas ; Paphlagonie : capitale Gangra, Germanicopolis, Kangari, Çankırı ; Cilicie : capitale Tarsus, Korakesion, Alanya ; Égypte : capitale Alexandrie avec en annexes la Cyrénaïque, la Cœlé-Syrie et Chypre ; Syrie : plus tard province séleucide de Cœlé-Syrie et Phénicie avec pour capitale Antioche, intégrant plus tard le royaume de Commagène (Samosate, Adıyaman) ; Mésopotamie : capitale (?) Babylonie : capitale Séleucie du Tigre (une partie de la satrapie devient ensuite la Characène) ; Grande Médie, capitale Ecbatane, (Hamadan) ; Petite Médie, devenue Médie Atropatène, capitale Gazaka ou Ganzak (Azerbaïdjan oriental, province d'Ardabil en Iran) ; Susiane : capitale Suse (Iran) ; Perside : capitale Persépolis (Iran) ; Carmanie, capitale : Alexandrie de Carmanie, Kerman, Sirjan (Iran) ; , capitale Tushpa, Biainil, Van (Turquie) ; Hyrcanie : capitale Zadracarta, Gorgan, Gonbad-e Qabous, Sari (Iran) ; Parthie : capitale (?) ; Arie : capitale Alexandrie d'Arie, Hérat (Afghanistan) ; Sogdiane : capitale Samarcande (Ouzbékistan) ; Drangiane ou Tzarangiane : capitale Alexandrie Prophthasia, Prophtasie, "Phrada", Farah, ou Zabol (Iran) ; Margiane : capitale Alexandrie de Margiane, Merv, Mary ; Bactriane : capitale Bactres, Balkh ; Gédrosie (Makran) : capitale Pura, près de Iranchahr (Baloutchistan, Pakistan) ; Arachosie puis Zabulistan : capitale Alexandrie d’Arachosie, Kandahar ; Paropamisades : capitale Karoura, Kaboul ; Pendjab : capitale Sagala, Sialkot (Inde) ; Gandhara : capitales Peshawar, Taxila, Charsadda (nord-ouest du Pakistan) ; Indus, équivalent de la province achéménide de l'Hindush (Sindh au Pakistan et les autres possessions en Inde), capitale Taxila.
Unification de l'empire Le mode de gouvernement choisi par Alexandre préfigure celui des cours hellénistiques, même si on remarque une dérive absolutiste à la fin de son règne. Le roi est entouré des hétaires (ou Compagnons) et de philois (amis) pour l'essentiel macédoniens, au nombre d'une centaine. Leur rôle est de l'accompagner à la guerre comme dans les affaires diplomatiques. Les gardes du corps, ou sômatophylaques, au nombre de sept ou huit selon la période, sont tous issus de la noblesse macédonienne ou épirote ; ils forment la garde rapprochée du roi, ceux en qui il a le plus confiance. On compte notamment Ptolémée, Lysimaque, Héphestion, Perdiccas, Léonnatos, Peithon et Peucestas. Le poste de chancelier (ou secrétaire en chef) est tenu par Eumène de Cardia, un Grec dont le rôle est primordial. Les principaux compagnons appartiennent au Conseil royal qui conseille le roi. Quant à l'armée macédonienne elle a théoriquement voix au chapitre par l'intermédiaire de l'Assemblée des Macédoniens.
En principe tous les territoires conquis en Asie à partir de 336 av. J.-C. dépendent de l'autorité du roi mais derrière cette souveraineté totale se cache une grande diversité de statuts et de situations. C'est la conséquence directe de l'extraordinaire rapidité de la conquête. Alexandre n'a pas toujours pris le temps de réduire l'empire perse totalement. Ainsi perdurent des principautés autonomes ou indépendantes comme la Bithynie ou la Cappadoce. Globalement il est cependant possible de distinguer trois degrés de sujétion dans l'empire : l'administration satrapique, les régions de gouvernement indirect et le cas particulier des cités grecques.
Administration des satrapies vignette|redresse=3|L'empire d'Alexandre le Grand. Vers 325 av. J.-C., l'administration de l'empire compte environ une vingtaine de satrapies. Les pratiques qui guident Alexandre dans sa gestion des satrapies varient fortement. Il est patent, tout d'abord qu'il conserve les satrapies de l'empire achéménide sans en modifier les limites, sauf exception. Mais rapidement il prend soin de diviser les satrapies trop étendues. Sans doute juge-t-il trop dangereux de confier à un seul homme une trop forte assise territoriale. Ainsi l'Égypte est fractionnée en deux puis trois commandements civils appelés nomarchies et la Syrie est amputée de la Phénicie (329) puis de la Mésopotamie (323) érigée en satrapie autonome. Ce qui caractérise par ailleurs Alexandre c'est la facilité avec laquelle il sait composer avec la réalité. Quand Cléomène de Naucratis en Égypte concentre tous les pouvoirs, le roi accepte la situation. Il est vrai que l'administration de Cléomène est particulièrement efficace, surtout pour lever des impôts.
Il est d'autre part fréquent qu'Alexandre décide de répartir les attributions satrapiques entre plusieurs titulaires, généralement un Perse pour les affaires civiles et un Macédonien pour les affaires militaires. Ce cas est valable en particulier pour les satrapies orientales alors qu'en Asie mineure, à l'exception de la Carie, tous les satrapes cumulent les deux autorités. Cette dichotomie s'explique aisément car en Asie Mineure les révoltes sont nombreuses et les satrapes fréquemment contraints à des expéditions militaires. En Asie centrale, la conquête reste fragile et Alexandre sait qu'il doit s'attacher la fidélité des nobles perses qui constituent l'armature administrative au temps de l'empire achéménide. À cet égard l'entrée dans Babylone (fin octobre 331) marque un tournant car pour la première fois Alexandre confie à Mazaios, un noble perse rallié à sa cause, la satrapie de Babylonie. Sur les douze satrapies conquises (ou créées) entre 331 et 327, une seule revient à un MacédonienMénon en Arachosie, séparée de la Drangiane.. Alexandre accorde le pardon à tous les satrapes qui se rallient à lui et maintient à leur poste, ou rétablit rapidement, un grand nombre d'entre eux. Ainsi Oxathrès en Susiane et Atropatès en Médie. Il ne faut pas non plus oublier qu'un certain nombre de nobles perses gravitent autour d'Alexandre depuis des années. Ainsi en est-il pour Artabaze, nommé satrape de Bactriane en 329 et qu'Alexandre connaît depuis l'enfance, quand le satrape s'était réfugié (352) à la cour de Philippe , et dont la fille Barsine est la maîtresse du roi durant quelques annéesIl y a aussi le cas d'Amminapès qui remet la citadelle de Sardes en 334 à Alexandre mais qui a, comme Artabaze, vécu à la cour de Macédoine pour fuir la colère d'Artaxerxès . Il est nommé quelque temps (vers 330) satrape de Parthie.. Enfin le mariage d'Alexandre avec Roxane, fille du noble Oxyartès, permet un ralliement durable de la noblesse perse (du moins d'une partie d'entre elle) car il est perçu comme la preuve d'un engagement durable en Asie.
Pour autant la confiance d'Alexandre dans ces satrapes n'est pas totale, d’où le partage des pouvoirs civils et militaires qu'il leur impose. Les révoltes des satrapes Satibarzanès en Arie, d'Autophradatès puis de Spitaménès en Bactriane sont révélatrices du peu de fiabilité qu'Alexandre peut accorder à ces hommes habitués à une certaine autonomie sous l'empire achéménide et qui supportent mal la tutelle du roi. Aussi, rapidement, des Macédoniens vont remplacer les Perses dans les satrapies stratégiques. Artabaze en Bactriane doit céder la place en 328 / 327 à Amyntas IV et en Arie, Stasanor remplace Satibarzanès.
La difficulté continuelle à laquelle est confronté le roi, et plus tard les divers souverains hellénistiques, se pose donc sous cette forme : concilier les pouvoirs étendus des satrapes avec la volonté de conserver un pouvoir royal absolu. C'est ce dilemme qui donne l'impression que l'empire est en perpétuelle évolution d'un point de vue administratif. En réalité c'est la présence (ou l'absence) du roi qui conduit certains satrapes à obéir ou à se soulever. La « purge » à laquelle se livre Alexandre à son retour de l'IndeArrien, , 8. est révélatrice du comportement de certains satrapes qui visiblement n'attendent pas le retour du souverain. Mais Alexandre n'entreprend pas à la suite de cet événement une réelle réforme. Il se contente de remplacer les satrapes coupables (Macédoniens comme Perses) par des proches en qui il a personnellement confiance. Il arrive d'ailleurs que des proches le trahissent tel son trésorier, et ami d'enfance, Harpale à la fin de sa vie.
Territoires de gouvernement indirect
De nombreux territoires échappent au contrôle direct de l'administration royale et conservent une autonomie, voire une forme d'indépendance, de fait ou de droit. C'est le cas des régions érigées en satrapies par Alexandre sans jamais avoir été conquises, telle la Cappadoce et l'Arménie. La Cappadoce n'est conquise qu'en 322 av. J.-C., après la mort du roi, par Perdiccas, au profit d'Eumène de Cardia, qui évince le roi autoproclamé Ariarathe. D'autres régions, appartenant en théorie à une satrapie, restent de fait dirigées par leurs dirigeants traditionnels. C'est le cas en Asie Mineure de la PaphlagonieCelle-ci n'a comme seule obligation que de fournir des contingents militaires car elle est exemptée par Alexandre de tribut. et de la Bithynie. Il faut y ajouter les nombreuses cités d'Isaurie, de Pisidie qui conservent (ou cherchent à conserver) leur indépendance. Au total l'autorité du roi reste faible sur une partie non négligeable de l'Asie Mineure.
Chypre et Cyrène ont d'excellentes relation avec Alexandre mais sont situées de facto en dehors de son empire. Elles ne seront intégrées à l'empire qu'après la mort du conquérant lors des guerres des Diadoques. En Phénicie les cités, si l'on excepte le cas de Tyr, gardent leur souverain et leurs institutions. Elles versent bien sûr des contributions et fournissent des contingents mais ne dépendent pas des satrapes. Leur statut est ainsi proche de celui des cités grecques d'Asie.