vignette|Femina (décembre 1915). La presse féminine (parfois aussi presse pour femmes) est l'ensemble des titres de presse écrite spécifiquement destinés à un lectorat féminin. Ses origines sont liées à celles du mouvement féministe au et à l'accès à la formation de cette population féminine. C'est un outil par lequel les femmes renforcent leur participation à la société.
Outre ces magazines spécialement conçus pour un public féminin, sont parfois rattachées à cette catégorie la presse culinaire, la presse de décoration, la presse familiale et une partie de la presse de loisirs.
De par les clichés (idéal de beauté) et thèmes (cuisine, mode, déco, astrologie) qu'elle propose, une partie de la presse féminine a été parfois accusée de favoriser une approche conservatrice d'une société fondée sur la division et les inégalités des sexes.
Historique vignette|, 1693. Les prémices de la presse féminine au et L'édition de journaux pour un lectorat féminin occidental commence à partir de la deuxième moitié du , dans le prolongement du développement de la presse et grâce à l'accès des femmes aux formations : le lectorat est limité aux femmes les plus aisées et les plus cultivées. Ces premiers titres sont peu illustrés comme, en France, la Muse Historique de Jean Loret (1650-1665) ou le Mercure Gallant de Jean Donneau de Visé (1672-1710)Catherine Örmen, Comment regarder la mode : histoire de la silhouette, Edition Hazan, 2009, ou encore à Londres en 1693, (spin-off du journal The Athenian Mercury).
Cette presse féminine offre aux femmes un nouveau cadre de reconnaissance. Elles lisent ce type de presse pour se retrouver dans un monde voué aux femmes alors que la société est centrée sur le modèle masculin.
Premiers journaux féminins Cette presse féminine évolue au fur et à mesure du mouvement d'émancipation des femmes. Dès le , alors que les femmes commencent à jouer un rôle social plus visible, apparaissent des publications telles que le Journal des dames et des modes (1759-1788).
La Révolution française est particulièrement propice à l'éclosion de nouveaux titres comme Les Étrennes nationales des dames, qui ne dure que six mois après sa création le ainsi que Les Événements du jour et La Feuille du soir. À l’époque, on ne parle pas encore d’hebdomadaire ou de mensuel féminin mais plutôt de « feuilles » qui paraissent épisodiquement.
Les femmes mènent de nouveaux combats en faveur de leur droit et créent en parallèle des journaux tels que Les Annales de l'Éducation et du Sexe (1790) et La Feuille du Soir (1791). Cette nouvelle presse attise la curiosité d’un public plus cultivé et citadin. La presse, en général, se diversifie grâce aux transformations des conditions de production et de l’évolution des techniques de fabrication.
Développement au et début du
Les premières revendications féministes apparaissent déjà au . Une dizaine de femmes s’investissent ainsi en France en 1808 dans un journal pour les femmes et pour leur émancipation, Athénée des Dames. Mais ce journal connaît l’échec peu de temps après sa création, dans une société encore très patriarcale.
Toujours en France, à la suite de la révolution industrielle et avec l’influence saint-simonienne, des femmes ouvrières décident de rédiger un journal pour les femmes et « par les femmes », intitulé d’abord La Femme libre puis Femme nouvelle ou La Tribune des femmes. En 1836, Marie-Madeleine Poutret de Mauchamps lance La Gazette des Femmes, un journal accordant une place significative à la législation et à la jurisprudence sur le droit des femmesCe titre La Gazette des femmes sera repris par un journal québécois au . Mais ces publications agacent le gouvernement qui sanctionne Marie-Madeleine Poutret de Mauchamps et son mari. D’autres journaux favorables au féminisme et au syndicalisme voient le jour. La Voix des femmes constitue notamment un journal socialiste et politique qui vise à faire entendre les femmes. Malgré ses ambitions révolutionnaires, le journal disparaît et la presse se réduit à nouveau au moralisme chrétien et aux idées de la femme ménagère.
Au début de la , la presse féminine connaît en France une véritable éclosion. Cette évolution est favorisée par divers changements, notamment l’institution de l’école laïque et gratuite et l’acquisition de nouveaux droits pour les femmes. De plus, avec la loi sur la liberté de la presse (loi du ), l’engouement pour la presse ne cesse de s'accroître. Le Petit Écho de la mode devient en 1880 un hebdomadaire « pratique et un guide du bien-être » pour un bon nombre de femmes. Ce journal à succès reste populaire jusque dans les années 1960 puis est jumelé avec Femmes d'aujourd’hui (journal belge). En France, Léonie de Bazelaire crée en 1900 La Chevauchée, revue littéraire des femmes, une revue littéraire bimensuelle qui paraît jusqu'en 1903 et dans laquelle sont publiés des textes écrits par des artistes, des écrivaines, des voyageuses.
En Espagne, le magazine La Ilustración de la Mujer, consacré à la littérature, aux sciences, aux beaux-arts et à la mode, commence à paraître à Barcelone en 1883. S'adressant aux femmes de la bourgeoisie catalane de la fin du , il est célèbre pour sa section « La galerie des femmes remarquables ». On y retrouve notamment les plumes des féministes Dolors Monserdà et Clotilde Cerdà.. gauche|vignette|Le de la revue Feminal, publiée à Barcelone dès 1907. Le développement de la presse féminine au cours du est également géographique, lié là encore à l'accès des femmes à la formation (qui permet l'émergence d'un lectorat potentiellement plus important), au développement de la presse et, souvent, à l'émergence de mouvements féministes. Dans l'Inde britannique, un premier journal féminin est créé en 1857 en langue gujarati, , suivi par d'autres, tel en 1886, davantage dans le sud de ce sous-continent indien, le , en langue malayalam. En 1894, à Boston, aux États-Unis, Josephine St. Pierre Ruffin lance le premier journal national publié par et pour les femmes afro-américaines, The Woman's Era, diffusé pendant quelques années. En 1892, le premier magazine féminin d'Égypte, et même du monde arabe, Al-Fatah [La jeune femme], est créé par Hind Nawfal. Les débuts d'une presse féminine égyptienne influencent d'autres pays tels par exemple la Malaisie où fonde en 1929 la revue Bulan Melayu consacrée à l'éducation des jeunes femmes. L'éducation est considérée par elle comme la clé de l'amélioration de la condition des femmes. En Catalogne, en 1907, la journaliste Carme Karr fonde la revue Feminal. qui milite en faveur de la place des femmes dans la société. En Indonésie, c'est en 1908 qu'apparaît à Batavia la première revue entièrement destinée aux femmes, Poetri Hindia. En Thaïlande, une telle création se fait dans les années 1920. Peu avant, en 1919, Mabel Catherine Malherbe, une militante féministe et afrikaner sud-africaine fonde en Afrique australe le premier magazine féminin en langue afrikaans, Die Boerevrou.
Les femmes, par le biais de l’écriture, veulent en effet également passer des messages féministes : réclamer l’égalité homme-femme notamment, comme le cas de Feminal à Barcelone. S’y ajoutent les syndicats féminins qui souhaitent faire passer leurs idées via les journaux. En France, La Fronde de Marguerite Durand se distingue des autres titres en parlant de la femme comme une « créature » aspirant à la liberté dans la société. C’est aussi ce périodique qui inaugure le journalisme moderne féminin. Ce journal parle de sujets tels que la politique ou le sport. Il lance des campagnes en faveur de Dreyfus, mais aussi de la maternité volontaire ou de l'émancipation économique des femmes. Mais, la Première Guerre mondiale interrompt cette initiative. Selon Mathilde Gauthier, éditrice du P'tit Rose, Organe hebdomadaire, féministe, humoristique et satirique, qui trouve absurde les attaques dont son propre journal fait l'objet, si en 1900 l'éloge de La Fronde n'est plus à faire, il a connu à ses débuts .
L’entre- deux- guerres est un tournant pour les femmes désormais davantage présentes dans le monde du travail : durant le conflit, elles ont dû se substituer en partie aux hommes mobilisés dans les effectifs militaires. Par conséquent, leur immersion professionnelle permet de montrer non seulement une image de bonne mère mais aussi de femme indépendante.
Le monde de la mode contribue aussi à populariser la presse féminine, à la fin du et dans les premières décennies du . Un des plus anciens magazine de mode s'adressant aux femmes, souvent considéré comme le premier, est américain, date de 1867, et existe toujours : c'est le Harper's Bazaar . Il est suivi par l'apparition en 1892 à New York d'un autre titre existant toujours, Vogue. Les magazines de mode ne cessent ensuite de se multiplier : on trouve par exemple en France Le Petit Écho, Mon ouvrage ou encore Femina. Quant aux directeurs de journaux traditionnels, ils cherchent aussi à plaire aux femmes et éditent un petit supplément consacré.à celles-ci (exemple de Eve que l’on adjoint aux divers quotidiens). L’essor de l’industrie cosmétique permet l’arrivée d’un nouveau genre de magazine, celui destiné à la beauté. Marie-Claire, une création de Jean Prouvost, inspiré des magazines d’outre-Atlantique et née en 1939, est ainsi bien accueillie. En Belgique, Femmes d’aujourd’hui se place également au rang des revues féminines les plus lues.
Évolutions après la Seconde Guerre mondiale Après 1945, les maisons d’éditions revendiquent leur droit d’avoir leur publication féminine. La reconnaissance des droits civiques des femmes favorisent l'émergence de nouveaux titres au caractère résolument politique. En France, c'est par exemple L'Écho des Françaises, Les Heures Claires de l'Union des femmes françaises (rebaptisé Clara) ou encore Antoinette, journal de la CGT créé en 1955. La presse idéologique et militante se propage aussi et témoigne des nouvelles aspirations des femmes. Mais à l’époque en Europe de l'Ouest, le modèle américain est en plein essor et des projets de magazines s’en inspirent.
De nouveaux magazines voient le jour. C’est le cas en France de Marie-France, et de Elle, imaginé par l’ancienne rédactrice en chef de Marie-Claire, Hélène Gordon Lazareff. En 1954, Marie-Claire, revient avec une édition bon marché, en couleur et encourage les femmes dans leurs démarches vers plus d'autonomie. Cependant, on retrouve aussi des magazines plus traditionnels tels que ceux d’avant-guerre. Femme d’aujourd’hui connaissant un grand succès en France se développe et crée Femme pratique.
Les années 1960, années de remise en cause Dès le début des années 1960, la presse entière connaît une crise sans précédent. On annonce une baisse de 20 % des revues féminines en France. La télévision apparaît également au sein des foyers et la presse ne constitue plus le seul moyen d’information. En outre, les journaux intègrent de nouvelles rubriques dans leur édition et enlèvent à la presse féminine son caractère unique.