Humanæ vitæ (« De la vie humaine ») est une encyclique « sur le mariage et la régulation des naissances » promulguée par le pape Paul VI le et rendue publique quatre jours plus tardPaul VI, Encyclique Humanae vitae, 1968 .. Elle commence ainsi : Humanæ vitæ trahendæ munus gravissimum (La très lourde mission de transmettre la vie humaine).
L’encyclique causa la surprise car elle déclarait « intrinsèquement déshonnête » toute méthode artificielle de régulation des naissances (contraception), qu’elle soit prônée par le néomalthusianisme ou revendiquée par les associations féministes, réaffirmant ainsi la position traditionnelle de l’Église à l’encontre d’une opinion publique très largement favorable à un assouplissement de la doctrine catholique. Cette prise de position déclencha une profonde crise d’autorité dans l’Église.
En 2008, pour les de cette encyclique, le pape Benoît XVI a réitéré la position officielle de l’Église catholique« Contraception: le pape réitère sa condamnation », AFP, 3 octobre 2008« Benoît XVI rappelle le sens profond et l'actualité de Humanae Vitae », ZENIT, 3 octobre 2008..
La commission pontificale pour l’étude de la population, de la famille et de la natalité Elle est créée par Jean XXIII en et elle est composée au départ de huit démographes qui se réunissent pour la première fois en à Louvain, aboutissant à la recommandation, contre les demandes politiques de limitation des naissances, de réaffirmer la doctrine catholique traditionnelle hostile à la contraception artificielle.. Pour la deuxième session, qui se réunit à Rome en , l’effectif passe à , en incluant des théologiens et des prêtres dont deux sont opposés à la position traditionnelle.. La troisième session, de , aboutit à un vote partagé entre 9 opposants, 2 partisans des inhibiteurs hormonaux et 3 votes neutres, et la conclusion définitive est remise à plus tard..
Le , au cours de la troisième session du concile Vatican II, le pape Paul VI fait annoncer que cette commission spécialisée est en cours de travail et justifie ainsi que la question soit retirée de l’ordre du jour des débats du concile. Les pères du concile émettent alors le vœu que cette commission s’élargisse et approfondisse les questions en tenant compte des apports les plus récents de la science. Paul VI complète alors la commission si bien qu’elle comprend désormais 20 théologiens, 19 démographes, sociologues et économistes, 12 médecins et trois couples français, américain et canadien. Les laïcs sont ainsi majoritaires dans une commission de dont 13 ne sont pas européens ou nord-américains.
Dans cette nouvelle configuration, les opposants à la doctrine traditionnelle, dont 12 des théologiens, deviennent majoritaires..
La session de la commission de n’aboutit pas à un texte faisant l’unanimité. La constitution Gaudium et spes est publiée officiellement en 1966 avec la note stante doctrina Magisterii, indiquant que la « doctrine du magistère » sur « certaines questions » est en attente de la réponse des spécialistes.Note 118 de la version en français de « Gaudium et Spes » sur www.vatican.va : « Par ordre du Souverain Pontife, certaines questions qui supposent d’autres recherches plus approfondies ont été confiées à une Commission pour les problèmes de la population, de la famille et de la natalité pour que, son rôle achevé, le Pape puisse se prononcer. L’enseignement du Magistère demeurant ainsi ce qu’il est, le Concile n’entend pas proposer immédiatement de solutions concrètes ».. En 1966, les théologiens de la commission déclarent par contre 4 que la contraception artificielle n’est pas intrinsèquement mauvaise et, les 24 et , approuvent par contre 5 un texte final disant qu’« il leur appartient [aux époux] d’en décider ensemble, sans se laisser aller à l’arbitraire, mais en ayant toujours à l’esprit et à la conscience des critères objectifs de moralité » où l’éloge de la continence périodique est supprimé..
Réaffirmation de la doctrine catholique
Dans cette encyclique, le Magistère rappelle que la doctrine de l’Église sur le mariage est fondée « sur le lien indissoluble, que Dieu a voulu et que l’homme ne peut rompre de son initiative, entre les deux significations de l’acte conjugal : union et procréation » (HV, 12).
Le pape insiste également sur le concept de « paternité responsable », qui demande l’intervention de la raison et de la volonté. Il est demandé aux époux de conformer leur conduite à l’intention créatrice de DieuVoir aussi la note pastorale de l'Episcopat français. Par rapport aux conditions physiques, économiques, psychologiques et sociales, la paternité responsable s'exerce soit par la détermination réfléchie et généreuse de faire grandir une famille nombreuse, soit par la décision, prise pour de graves motifs et dans le respect de la loi morale, d'éviter temporairement ou même pour un temps indéterminé une nouvelle naissance.
Le pape exprime la doctrine de l’Église catholique sur la contraception artificielle : En conformité avec ces points fondamentaux de la conception humaine et chrétienne du mariage, nous devons encore une fois déclarer qu'est absolument à exclure, comme moyen licite de régulation des naissances, l'interruption directe du processus de génération déjà engagé, et surtout l'avortement directement voulu et procuré, même pour des raisons thérapeutiques. Est pareillement à exclure, comme le Magistère de l'Église l'a plusieurs fois déclaré, la stérilisation directe, qu'elle soit perpétuelle ou temporaire, tant chez l'homme que chez la femme.Est exclue également toute action qui, soit en prévision de l'acte conjugal, soit dans son déroulement, soit dans le développement de ses conséquences naturelles, se proposerait comme but ou comme moyen de rendre impossible la procréation.
L’encyclique encourage toutefois le recours aux méthodes naturelles de régulation des naissances, tout en rappelant discrètement que celles-ci ne sont licites qu’à certaines conditions : « Si donc il existe, pour espacer les naissances, de sérieux motifs dus, soit aux conditions physiques ou psychologiques des conjoints, soit à des circonstances extérieures,… » (HV, 16).
Selon l’auteur George Weigel, le cardinal Karol Wojtyla, élu plus tard pape sous le nom de Jean-Paul II, aurait joué un rôle déterminant dans la publication finale du document..
La controverse Dans une atmosphère de remise en cause de l’autorité établie, en Amérique comme en Europe, l’encyclique apparut comme un refus pur et simple de la contraception. L’encyclique souleva . dès sa parution.
Paul VI était allé à l’encontre même de l’avis de la commission pontificale d’experts qu’il avait lui-même nommée et qui avait préconisé l’inverse : en effet, sur les 72 membres de celle-ci, la plupart étaient d’accord sur l’autorisation du recours à des moyens artificiels de contraception à l’exception de six de ses membresQuatre théologiens dont le jésuite américain John Cuthbert Ford, le cardinal Ottaviani, président de la Commission, et le théologien du Pape à la Commission, l'évêque Carlo Colombo; ..
Le cardinal Joseph Ratzinger notait en 1995 : .. Dans ses mémoires, le cardinal français Roger Etchegaray a parlé de « schisme silencieux [qui a] fragilisé l’autorité [papale] ». Le théologien Yves Congar, adressant en 1968 un courrier au secrétariat de l’épiscopat français, déclara : « je n’arrive pas vraiment à juger que des époux qui ont exercé ou exercent une paternité raisonnable et généreuse contreviennent à la volonté de Dieu si, pour espacer ou éviter une nouvelle naissance (intention qu’Humanæ vitæ reconnaît légitime), ils usent d’un moyen artificiel plus sûr que l’abstinence périodique »..
Au sein de l’institution ecclésiale Aux États-Unis, dès le lendemain de la publication de l’encyclique, paraissait dans le New York Times un article signé par plus de deux cents théologiens catholiques où l’on déclarait explicitement que « l’encyclique n’est pas un enseignement infaillible » et que par conséquent « les époux peuvent décider de façon responsable en accord avec leur conscience que la contraception artificielle est permise en certaines circonstances »..
Dans les semaines qui suivirent, plusieurs conférences épiscopales, un peu partout dans le monde, tout en reconnaissant l’autorité du pape, tentèrent d’adoucir quelque peu le caractère contraignant de l’encyclique en mettant l’accent sur la primauté de la liberté de conscience individuelle.. Au Canada par exemple, les évêques publièrent le une déclarationSurnommée la . qui reconnaissait aux personnes confrontées à ce « qui leur semble être un conflit de devoirs, par exemple, accorder les impératifs de l’amour conjugal avec ceux de la paternité responsable » le droit de choisir « honnêtement la voie qui leur semblait la meilleure », pourvu qu’elles aient « fait un effort sincère pour se conformer aux directives données, sans toutefois y parvenir ».
En novembre, le Time Magazine, comparant l’importance de l’encyclique à celle des 95 thèses de Luther, faisait le constat suivant : « Parce qu’elle reflétait les opinions d’une minorité distincte de moralistes et de théologiens catholiques, l’encyclique souleva une tempête sans précédent de protestation et d’opposition au sein de l’Église. Des millions de laïques, des prêtres et même des évêques firent clairement savoir qu’ils ne pouvaient tout simplement pas accepter, sans restrictions, l’enseignement d’Humanæ vitæ. En même temps, plusieurs prétendaient que leur opposition n’affectait en rien leur adhésion au catholicisme. Ce faisant, ils soulevaient des questions encore plus profondes et plus troublantes concernant les limites de la liberté et de l’autorité dans l’Église catholique — et le droit pour le pape de parler au nom du magistère de l’Église »..
Même les Pères conciliaires (évêques et représentants de communautés religieuses ayant participé au concile Vatican II) furent ébranlés. En , le cardinal Alfrink, archevêque d’Utrecht, et huit autres évêques de Hollande, déclarèrent l’encyclique « non convaincante sur la base de l’argumentation fournie ».. Deux ans plus tard, le théologien allemand Hans Küng remettait pour sa part en cause le principe même de l’infaillibilité..
En France, le magazine Témoignage chrétien publia une lettre ouverte intitulée « Si le Christ voyait ça », séparant le pape de l’Église-peuple de Dieu. Le Canard Enchaîné rebaptisa malicieusement l’encyclique Digitus in Oginoédition du 7 août 1968 ; cf. ., allusion à Digitus in Oculo, employé par Louis Duchesne pour qualifier l’encyclique Gravissimo officii munere du pape Pie X..
Chercheurs catholiques Par ailleurs, la publication de l’encyclique Humanæ vitæ a joué le rôle de déclencheur chez plusieurs intellectuels catholiques. Ils ont considéré qu’elle manifestait l’incompréhension de leur Église à l’égard de la réalité moderne.. Ainsi, des scientifiques catholiques de renom se sont rebellés comme les pionniers du mouvement bioéthique parmi lesquels Daniel Callahan. cofondateur du Hastings Centerune des institutions phares de la bioéthique américaine qui publiera un ouvrage remettant en cause les thèses d’Humanæ vitæD. Callahan, The Catholic case for Contraception, éd. Macmillan, 1969. André Hellegers, gynécologue catholique et très impliqué vice-président de la Commission pontificale sur la régulation des naissances entre 1964 et 1966, fondateur du Kennedy Institute of Ethics à l’Université jésuite de Georgetownqui fait autorité les discussions bioéthiques à l'échelle de la planète., fut extrêmement désappointé et publia un essai à ce sujet..
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