Renzo De Felice (Rieti, – ) est un historien italien, considéré comme le plus grand spécialiste du fascisme, auquel il s'est consacré de 1960 jusqu'à l'année de sa mort.

Biographie Renzo De Felice étudie l'histoire à l'université de Rome, où il est l'élève de Federico Chabod (1901-1960), sous la direction duquel il soutient sa thèse de doctorat, consacrée aux courants de pensée politique au cours de la Première république romaine. Il est ensuite influencé par l'historien et germaniste (1904-1966), avec lequel il restera lié. Cantimori préfacera plusieurs de ses publications.

Sur le plan strictement politique, De Felice adhère au Parti communiste italien au début des années 1950, puis signe en 1956 le manifeste des 101 qui exprime la distance que prennent une grande partie des membres du parti vis-à-vis de l'Union soviétique après la répression violente de l'insurrection de Budapest ; comme beaucoup des signataires, il finit par quitter le Parti communiste et par évoluer peu à peu vers des positions libérales-conservatrices.

En 1972, il part à Rome enseigner à l'université La Sapienza, où il enseigne d'abord l'histoire des partis politiques, puis la science politique, avant d'obtenir en 1986 la chaire d'histoire contemporaine. Il a notamment pour élèves un autre historien considéré comme spécialiste du fascisme, Emilio Gentile, et Giovanni Sabbatucci.

Pendant longtemps, ses travaux restent réservés aux milieux universitaires et académiques. Mais il devient un personnage public avec la parution, en 1975, d'un petit livre d’entretiens consacrés au fascisme, facile à lire et qui va avoir beaucoup de succès : Intervista sul fascismo. Il va alors être soupçonné ou même accusé de vouloir réhabiliter sournoisement le fascisme. Pour se défendre, De Felice, qui jusqu'alors s'est cantonné aux bibliothèques et aux universités, va utiliser habilement les médias : il accorde de nombreux entretiens aux journaux, aux radios et à la télévision, et ainsi devenir connu du grand public.

Il est considéré comme l'historien italien du le plus connu en Italie et dans le monde.

Travaux

Le jacobinisme italien, l'illuminisme et le mysticisme révolutionnaire Les grands thèmes sur lesquels il travaille sont d'abord, de 1953 jusqu'au début des années 1960, le jacobinisme italien, la République romaine de 1798, l'illuminisme et le mysticisme révolutionnaire en France et en Italie à la fin du .

De Felice considère que la mentalité moderne néglige le fait mystique et le considère comme un hasard étranger au développement historique concret. Or, selon lui, l'essentiel n'est pas tant de savoir ce que les révolutionnaires pouvaient penser de la religion que d'arriver à reconstituer la manière dont ils ont vécu la Révolution. Pour lui il n'y a pas de doute que l'écrasante majorité des révolutionnaires a vécu la Révolution de manière profondément « religieuse », quelle que soit leur origine idéologique.

Au sein du jacobinisme, les deux aspects qui intéressent le plus De Felice sont, d'abord, le moment irrationnel, lui aussi d'une certaine manière « religieux » et « apocalyptique », et, ensuite, la formation d'une nouvelle culture politique de masse. Ce phénomène annonce selon lui toutes les techniques modernes de formation de l'opinion publique, de suggestion des masses et de « fabrication du consensus ».

Une relecture du phénomène fasciste Puis il passe à l'étude du phénomène fasciste.

Renzo De Felice est connu pour sa volumineuse biographie de Mussolini, toujours inachevée à sa mort. Il a également fondé la revue . Il s'est principalement intéressé au fascisme. De Felice distingue le « fascisme en tant que mouvement » et le « fascisme en tant que régime ».

Pour lui, le fascisme, en particulier en tant que mouvement, est une idéologie révolutionnaire correspondant aux attentes de la classe moyenne, qui s'enracine dans la philosophie des Lumières. Le fascisme ne profite pas de la peur des classes moyennes, mais plutôt d'une tentative de leur part pour monopoliser le pouvoir. Pour De Felice, le fascisme reste une idéologie politique valide, qui ne peut ni ne doit être diabolisée ou réduite suivant les termes d'une rhétorique qu'il juge « marxiste ».

Enfin, il ne voit pas vraiment de lien, ou de possibilité de comparaison valable entre le fascisme italien et le national-socialisme allemand, qu'il considère comme radicalement différents. Les conclusions controversées de De Felice lui valurent de nombreuses critiques, certains, comme Giuliano Procacci, et Nicola Tranfaglia, voyant même dans ses travaux une apologie du fascisme.

Publications

En italien (liste partielle)

Note e ricerche sugli "Illuminati" e il misticismo rivoluzionario (1789-1800), Roma, Ediz. di Storia e Letteratura, 1960 ; Collana I Classici della Storia, Milano, Luni Editrice, 2018 . Storia degli ebrei italiani sotto il fascismo, Torino, Einaudi, 1961 . Italia giacobina, Napoli, Edizioni Scientifiche Italiane, 1965. Le interpretazioni del fascismo, Bari, Laterza, 1969 . Il Fascismo. Le interpretazioni dei contemporanei e degli storici, Bari, Laterza, 1970. Intervista sul fascismo, a cura di Michael Ledeen, Bari, Laterza, 1975 . Antologia sul fascismo. Il giudizio storico, Bari, Laterza, 1976. D'Annunzio politico. 1918-1938, Bari, Laterza, 1978 ; Collana Classici della Storia, Milano, Luni Editrice, 2019 . Intellettuali di fronte al fascismo. Saggi e note documentarie, Roma, Bonacci, 1985 ; Collana Classici della Storia, Milano, Luni Editrice, 2018 . Il triennio giacobino in Italia, 1796-1799. Note e ricerche, Roma, Bonacci, 1990. Rosso e Nero, Milano, Baldini & Castoldi, 1995 . Fascismo, antifascismo, nazione. Note e ricerche, Roma, Bonacci, 1996. Breve storia del Fascismo, introd. Claudio Siniscalchi, con una nota di Folco Quilici, Collezione Le Scie n.47, Mondadori, Milano, 2001. Biografia di Mussolini, Einaudi, Torino, VII volumes, 1965-1997.

En français Clefs pour comprendre le fascisme, Seghers, Paris, 1975.

Le fascisme un totalitarisme à l'italienne ?, préface d'Olivier Milza, traduction de Catherine Brice, Sophie Gherardi-Pouthier et Francesca Mosca, Presse de la fondation nationale des sciences politiques, 1988 Les Rouges et les Noirs : Mussolini, la République de Salò et la résistance 1943-1945, Georg, 1999 (Rosso e nero, Baldini & Castoldi, 1995). . Brève histoire du fascisme, préface de Pierre Milza, traduction de Jérôme Nicolas, Éditions Points, 2009

Notes et références

Voir aussi Bibliographie Philippe Baillet, « Les débuts méconnus d'un grand historien : Renzo De Felice, de l'étude du jacobinisme à l'étude du fascisme », dans Jean-Pierre Brach et Jérôme Rousse-Lacordaire (dir.), Études d'histoire de l'ésotérisme. Mélanges offerts à Jean-Pierre Laurant pour son soixante-dixième anniversaire, éditions du Cerf, Paris, 2007, 457 p., . Philippe Baillet, « Renzo de Felice : une démarche historienne à l'écart des modes », dans Philippe Baillet, Le parti de la vie : clercs et guerriers d'Europe et d'Asie, Saint-Genis, Akribeia, 2015, 241 p. , . . Didier Musiedlak, « Renzo De Felice et l'histoire du fascisme », Vingtième Siècle - revue d'histoire, , janvier-, .

Articles connexes Théories du fascisme Emilio Gentile Ernst Nolte

Liens externes

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