vignette|Distribution du kurde vignette|Daialectes kurdes vignette|Principautés kurdes (1835) vignette|Groupements kurdes (1946) vignette|Un stand de livres en kurde lors de la édition de la foire du livre de Diyarbakır (2012). La littérature kurde est restée orale pendant des siècles, les langues écrites de l'islam classique et médiéval étant restées longtemps l'arabe et le persan. C'est seulement à la fin du Moyen Âge que des poètes commencent à écrire en langue kurde. Mais à côté de cela, une culture orale et populaire a continué de faire vivre le folklore kurde.
La langue kurde, dans ses variations, serait pratiquée par 20 à 40 millions de personnes, dans le monde, diaspora kurde comprise, dans les années 2020 : , , .
La littérature orale thumb|Un dengbêj (Mardin, dans l'est de la Turquie). Les origines de la littérature kurde sont très mal connues. De plus, on ne sait rien de la culture pré-islamique des Kurdes, et l'on ignore combien de textes ont péri dans la tourmente des incessants conflits qui se sont déroulés et se déroulent encore sur le territoire des Kurdes. Enfin, pendant très longtemps, l’immense majorité des Kurdes, paysans, bergers, sédentaires ou nomades, a privilégié la littérature orale.
Cette littérature populaire est composée de poésie chantée ou récitée, de contes, de proverbes, de devinettes ainsi que d'épopées héroïques à la gloire d'une tribu ou d'un seigneur féodal. Les thèmes sont assez abondants, car les chants et les poésies apprises ou improvisées accompagnaient tous les gestes de la vie quotidienne. Les complaintes amoureuses y ont la part belle, mais il y a aussi des chants pour la danse (dîlok, dîlan ou govend) ou la guerre, la transhumance de printemps (serêle) ou d’automne (pahizok), des berceuses (lorî), des contes (çîrok), et des épopées (destan). On composait aussi des couplets en l’honneur des jeunes mariés (hevalê) ou à l’occasion de deuils (mevlûd). Certains groupes religieux utilisent aussi le chant et la danse dans leurs cérémonies (Yézidis, Ahl-e Haqq…)..
Il existe aussi une littérature orale de professionnels car les chefs féodaux avaient souvent leur poète attitré (stranbêj ou dengbêj), dont la tâche était de louer les mérites de leur seigneur ou de sa lignée. Ces poètes connaissaient par cœur un très grand nombre d’œuvres, des chants d’amour (delal) aux gestes héroïques très longues, tel le célèbre Memê Alan, datant du et qui compte plusieurs milliers de vers. Le plus célèbre de ces dengbêj fut Feqiyê Teyran qui vécut au et dont les œuvres ont exercé une grande influence sur la littérature kurde, tant populaire que savante.
La littérature écrite vignette|Le poète Nâlî est considéré comme le poète kurde le plus célèbre d'expression soranî. Jusqu’aux années 1950, l’analphabétisme est largement répandu au Kurdistan, mais en permanence il existe une élite intellectuelle kurde cultivée, comprenant poètes, conteurs, chroniqueurs, historiens. Ce fait est déjà noté à plusieurs reprises par le prince Sharafkhan Bidlisi (1543 - 1599) dans son Şerefname, ou par Adnan Adivar, ou le voyageur Evliya Çelebî. Mais cette élite intellectuelle, pour des raisons liées au contexte politique, fait longtemps le choix de s'exprimer, du moins à l'écrit, en arabe ou en persan, ou, à partir de la fin du , en turc..
Émergence de la littérature écrite kurde
Contexte Les premiers monuments littéraires kurdes connus naissent parallèlement à la consolidation des empires ottoman et persan, alors que les dynasties kurdes ne réussissent pas à établir leur propre État. Le Kurdistan est l’enjeu de la convoitise de ses puissants voisins, qui ne cesseront de se le disputer, entraînant un cortège de destructions de vies et de biens. Pourtant, les premières poésies qui nous sont parvenues manifestent une technique poétique constituée, attestant d’une tradition reçue qui nous est encore inconnue. L’établissement des dynasties kurdes crée les conditions pour une stabilisation politique qui permet la fondation de villes où s’épanouissent culture et création littéraire. Les princes favorisent les écoles en veillant à leur fonctionnement et en offrant des bourses aux plus démunis. Les medrese (écoles coraniques), dans les annexes des mosquées, sont la principale source d’enseignement au Kurdistan. Par leur mécénat, les princes kurdes jouent un rôle essentiel dans l’essor des lettres kurdes, en favorisant une technique unifiée. Ainsi, des générations de poètes se mettent à l’école les unes des autres. C’est par la poésie que le kurde s’est affirmé comme langue littéraire, la prose ne voyant le jour que bien plus tard.
Les premiers poètes Les premiers témoignages d'une littérature écrite en langue kurde ne peuvent remonter au-delà de la fin du Moyen Âge, vers le . Pourtant, certains spécialistes kurdes affirment que le premier poète kurde serait Baba Tahir (935-1010), appelé tantôt Hamedanî, tantôt Lorî, né à Hamedan. D’autres, tels Jaba ou , considèrent Elî Termukî, connu aussi sous le nom de Elî Herîrî ou de de Cheikh Ahmed Bohtanî (1009- 1077), comme le premier poète kurde. On sait peu de choses sur lui. Certains pensent qu'il serait né dans la région de Hakkarî, d'autres affirment qu'il viendrait de Herîr, au Behdînan. Ses poèmes auraient comme thèmes de prédilection l'amour de la patrie, les beautés naturelles du pays et le charme de ses filles. Toutefois, la totalité de son œuvre est perdue.
Melayê Cizîrî (1570-1640) Le poète qui s’impose définitivement à l’époque classique est le cheikh Ehmed Nîşanî (né dans la région du Botan en 1570, mort en 1640). Plus connu sous le nom de plume de Melayê Cizîrî, il pratique l’arabe, le persan et le turc, comme de nombreux lettrés kurdes. Son œuvre est très influencée par les grands noms de la littérature persane et par le soufisme iranien, mais il choisit de s'exprimer dans la langue de son prince, le dialecte kurde du Botan. Son dîwan (recueil de poèmes classés selon l’ordre alphabétique des rimes) compte plus de deux mille vers et ses qaside et xezel sont restés très populaires et n’ont cessé d’être enseignés dans les medrese du Kurdistan. Melayê Cizîrî compose également des sonnets.
Ehmedê Xanî (1650-1706) Le plus célèbre des premiers poètes kurdes reste Ehmedê Xanî (1650-1706). Sans être un disciple direct de Melayê Cizrî, puisque né dix ans après sa mort, il utilise les mêmes techniques littéraires et la même langue kurde du Bohtan. Né dans la principauté voisine de Hakkari, il s'installe ensuite à Bayezid dans la région de Ritkan. Il y enseigne le kurde. Il rédige le premier dictionnaire arabo-kurde connu, (Le Printemps des enfants) en 1683, qui comprend , destiné aux enfants kurdes, afin qu'ils puissent comprendre les leçons coraniques...
En 1692, il marque la littérature et l'histoire du Kurdistan de manière fondamentale en écrivant l'épopée Mem û Zîn, une longue geste d’amour tragique et mystique de Ahmedê Khanî, Mem et Zin (traduit du kurde par Sandrine Alexie et Akif Hasan), éditions L'Harmattan, coll. « Lettres kurdes », Paris, 2001, , ., inspirée d'une légende populaire, Memê Alan, qui narre l’amour de Mem et de la princesse Zîn. Son œuvre se rend célèbre dans tout le Kurdistan. En effet, derrière l'histoire d'amour entre les deux héros, le texte regorge d'appel à la conscience patriotique kurde et à l'unité. Pour cela, le poète est considéré comme le précurseur du mouvement national kurde.
La littérature goranî À la même époque, loin de ces poètes qui s'expriment dans la langue du Botan, fleurit à l'extrémité sud du Kurdistan une autre littérature kurde, en dialecte goranî, alors bien plus répandu qu’aujourd’hui. Les princes de la dynastie kurde des Erdelan ont en effet conclu, au début du des accords avec le chah de Perse. Les princes Kurdes obtiennent une certaine autonomie. Cette paix et cette stabilité permettent le développement des villes et des cours, dans lesquelles les hommes de lettres et les poètes peuvent s'exprimer. Le gurani devient la langue de la cour, puis la langue littéraire commune dans le Kurdistan méridional qui comprend les autres principautés du Baban et de Soran.
Parmi ces poètes, on peut citer : Yûsuf Yeska (1592 –1636), le cheikh Ehmed Textî Marduxî (1617-1692), le cheikh (1641-1702), Ehmed Begî Komasî (1795-1877). Le dernier et le plus célèbre poète qui écrit en dialecte gorâni est le seyyid Ebdulrehîmî Mela Seîdî Tawegozî (1806-1882). La littérature goranî a une telle influence sur la culture kurde que le mot signifie aujourd’hui « chanson » en kurde soranî.
La littérature soranî De l’autre côté du Kurdistan méridional, au , la principauté kurde des Baban accroit de manière significative son territoire et sa puissance. En 1784, elle bâtit sa nouvelle capitale, la ville de Silêmanî. Les princes décident de promouvoir leur propre dialecte, la langue de Şahrezor, que l'on désignera plus tard sous le nom de sorani. Ils invitent à leur cour les artistes, les hommes de lettres, les poètes, les incitent à abandonner le goranî et à adopter la langue de la région qui sera connue sous le nom de soranî. Les lettrés commencent à traduire en soranî les monuments de la littérature orale en kurde kurmancî. L'un des premiers poètes kurdes d'expression soranî est (1771? -1812).
Le début du voit éclore à la cour de Silêmanî « l’école poétique de Nalî » ou « école Babanî », qui consacre le kurde de Silêmanî comme langue littéraire et, bientôt, la langue littéraire kurde la plus importante par le nombre d’auteurs publiés. Le fondateur de cette école est Mela Xidrî Ehmedî Şaweysî Mîkaîlî ou Mela Xidrî Şahrezorî, dit Nalî (1800-1856). Un autre membre de cette «école » est Ebdul-Rehman Beg Sahibqiran (1805-?), qui écrit sous le nom de Selîm. Mais le développement de cette école va être freiné par la nouvelle politique des Ottomans, qui s'efforcent de liquider les principautés kurdes, entraînant une suite de révoltes, de répression et de massacres. Les poètes quittent Silêmanî. On peut encore mentionner Mistefa Sahibqiran (1800-1859). La poésie kurde soranî se développe, dès lors, au-delà des frontières de l’ancienne principauté des Baban : à Germiyan (Kirkûk), dans le Mukriyan.
Dans la seconde moitié du , naît une deuxième génération de poètes soranî. Silêmanî devient la première ville kurde à se doter d’une école non religieuse, la mektebî Ruşdiye, créée en 1868. Deux poètes de cette deuxième génération s’imposent : (1817-1897) et le cheikh (1835-1910). Hacî Qadir Koyî va faire le lien entre les Kurdes du Nord et ceux du sud en devenant précepteur des enfants de la famille des Bedirxan, alors en exil, et ses poèmes vont exprimer essentiellement les sentiments nationaux kurdes. Riza Talebanî, lui, introduit la satire dans la poésie kurde. Ses poèmes sont publiés seulement à partir de 1921, mais ils sont connus d'un petit cercle auparavant. On peut encore mentionner Mehwî (nom de plume de Mela Mehmûd, 1830-1906), Herîq (Mela Salih, 1851-1907), Ebdullah Beg Ehmed Îbrahîm (dit Edeb, 1859-1916). La première poétesse kurde connue est Mah Şeref Xanim Kordestanî (1805-1847), dite aussi Mestûray Kordestanî, qui écrit principalement en persan mais aussi en kurde goranî.
Principaux auteurs et poètes kurdes anciens
Période archaïque Baba Tahir (ou Baba Tahirê Uryan) (935-1010) Ali Harirî (1009- 1077) Mele Perîşan (ou Perîşan Dînewerî) (1356-1416)
Période classique Melayê Batê, dit aussi Mela Hesenê Bateyî (1417-1491) Şukriyê Bedlîsî, dit aussi Şukriyê Kurdistanî (? -1530) Sharafkhan Bidlisi (1543-1604), émir de Bitlis, Sharafnameh (1597) (écrit en persan) Melayê Djazîrî, (1570-1640) Feqiyê Teyran (1590−1632), le juriste des oiseaux Ehmedê Xanî (1650-1706), Mem et Zin (1692) Yûsuf Yeska (1592 –1636) Ehmed Textî Marduxî (1617-1692) Mustafa Besaranî (1641-1702)
La littérature kurde moderne Un problème de diglossie contradictoire