Le Livre des métiers, rédigé sous le règne de Louis IX vers 1268 par Étienne Boileau, prévôt de Paris, est le premier grand recueil de règlements sur les métiers parisiens.
La rédaction du Livre des métiers Étienne Boileau est nommé par le roi de France Louis IX, Prévôt de Paris en 1261Cazelles 1994 . Chargé de la juridiction des métiers, il se heurte à la difficulté de trancher les litiges en l’absence de textes écrits, les règlements de métiers n’étant connus pour la plupart que par des traditions orales transmises de père en fils et de maître en maître. Il invite donc chaque communauté de métiers à rédiger ses statuts et décide, après les avoir homologués, de les réunir en un seul recueil Franklin 1906 . Ce recueil, dont le titre exact est Les Établissements des Métiers de Paris, est connu sous le nom de Livre des Métiers. Il est communément daté de l’année 1268, bien que son élaboration ait probablement nécessité plusieurs annéesLespinasse 1879 p. XVI.
Deux parties composent le Livre des Métiers. La première (101 titres) présente le statut des communautés, la seconde (31 titres) traite des impôts, droits et redevances dus par les métiers. Une troisième partie, consacrée aux justices et juridictions, n'a jamais été rédigée (ou a été perdue).
Publications
Le Livre des Métiers a été publié en 1879 par René de Lespinasse et François BonnardotVoir Bibliographie : le texte de cette édition est établi à partir du manuscrit dit « de la Sorbonne », copie du manuscrit original perdu dans l’incendie de la Cour des Comptes en 1737Lespinasse 1879 p. CXLIX. Il est présenté dans la langue du (285 pages). Une longue introduction des auteurs (153 pages, paginées en chiffres romains) le précède.
Auparavant, en 1837, Georges-Bernard Depping a donné une édition du Livre des Métiers dans la Collection des Documents inédits sur l'histoire de France.
Les métiers de Paris au Le Livre des Métiers ne recense pas tous les métiers de Paris au : l'absence la plus notable étant celle de la puissante corporation des bouchers. Les communautés de métiers ont des règles coutumières et orales antérieures au recensement d'Étienne Boileau. Une partie des métiers ont eu des réglementations écrites postérieures au Livre des métiers et d'autres ne furent jamais mises par écrit.
Il constitue le premier document de référence pour la connaissance des métiers de Paris sous l’Ancien Régime, qu'enrichiront ensuite les ordonnances royales et les registres fiscaux : registres de la taille de 1292 et de 1313Ces registres mentionnent, en face du nom de chacun des redevables, son métier. Franklin 1906 , Grande Ordonnance de 1350Franklin 1906 , Ordonnance des bannières de 1467Franklin 1906 , Edit royal de Franklin 1906 dû à Colbert, Edit royal de , jusqu'à lÉdit de Turgot de Franklin 1906 .
Alimentation
Farines TalemeliersLespinasse 1879 p. XIX et Le titre I du Livre des Métiers nomme talemeliers les boulangers. Dans chaque boutique, il y avait un maître valet, appelé joindre ou jindre, et des aides ou valets appelés vanneurs, bluteurs, pétrisseurs. Les talemeliers de Paris vendaient leur pain près du cimetière des Innocents, dans une halle particulière. Ils n’avaient pas le droit de cuire les jours de fête, mais ils pouvaient vendre ces jours-là leur pain de rebut (durci, brûlé, trop levé…) sur un marché ouvert entre le parvis de Notre-Dame et l’église Saint-Christophe.
Meuniers du Grand-PontLespinasse 1879 p. XXV et De nombreux moulins à vent et à eau existaient à Paris. Le titre II ne parle que des meuniers du Grand-Pont, dont les moulins se situaient sous les arches du pont qui reliait le Châtelet au Palais (l’actuel Pont au Change).
BlaetiersLespinasse 1879 p. XXVI et Le titre III désigne comme "blaetiers" les marchands de grains au détail.
Mesureurs de blé Le titre IV traite des mesureurs de blé, dont le rôle était de servir de garant, intermédiaire entre l’acheteur et le vendeur, pour la quantité, la qualité et le prix.
Boissons Crieurs de vinLespinasse 1879 p. XXVIII et Le titre V est consacré aux crieurs de vins, dont la fonction consistait à annoncer dans la ville le prix du vin consommé dans les tavernes, après s’être assurés de la stricte exécution des règlements sur les prix et les mesures.
JaugeursLespinasse 1879 p. XXVIII et Les jaugeurs (titre VI) servaient de garants, intermédiaires entre l’acheteur et le vendeur, pour la quantité, la qualité et le prix des marchandises vendues en tonneaux.
TaverniersLespinasse 1879 p. XXX et Les taverniers (titre VII) vendaient le vin à leur comptoir et à domicile.
CervoisiersLespinasse 1879 p. XXX et Les cervoisiers (titre VIII) fabriquaient et vendaient la cervoise, boisson proche de la bière (mais qui ne contenait pas de houblon).
Epiceries et vivres en général Regratiers de pain, de sel, de poisson de mer et de toutes autres denréesLespinasse 1879 p. XXXI et Regratiers qui vendent fruits et aigrun à ParisLespinasse 1879 p. XXXI et Les regrattiers (titres IX et X) étaient de petits commerçants qui assuraient la vente, au jour le jour, en petites quantités, de produits surtout alimentaires, pain, sel, poisson de mer et toutes les denrées vendues à la livre : fruits (pommes, raisins, dattes, figues...) ; herbes potagères (ail, oignon, échalotes) désignées sous le nom d'''aigrun ; épices (poivre, cumin, cannelle, réglisse...).
HuiliersLespinasse 1879 p. XXXIII et Les huiliers (titre LXIII) fabriquaient et vendaient l'huile d'olive, d'amande, de noix, de chènevis et de pavot.
Cuiseniers Lespinasse 1879 p. XXXIII et Les cuisiniers (titre LXIX) préparaient et vendaient des viandes bouillies ou rôties : oies, bœuf, mouton, veau, agneau, chevreau, porc.
PoulailliersLespinasse 1879 p. XXXIV et Les poulailliers (titre LXX) préparaient et vendaient des volailles. Ils ne pouvaient vendre en dehors des marchés de la porte Saint-Denis et de la rue Notre-Dame. Le samedi, le lieu de vente était au marché des Halles en Champeaux.
Pescheurs de l'eaue le RoyLespinasse 1879 p. XXXV et Les pêcheurs de l'eau du roi (titre XCIX) avaient le droit de pêche dans la partie des rivières de Seine et de Marne qui appartenait au roi, depuis la pointe orientale de l'île Notre-Dame jusqu'à Saint-Maur-des-Fossés. Ils pêchaient des brochets, anguilles, carpes...
Poissonniers de eaue douceLespinasse 1879 p. XXXVI et Les poissonniers d'eau douce (titre C) vendaient les poissons pêchés en rivière, qu'ils avaient le droit d'acheter dans un rayon de deux lieux autour de Paris. Un seul lieu était autorisé pour la vente, situé à côté du Grand-Pont, appelé les pierres aux poissonniers.
Poissonniers de merLespinasse 1879 p. XXXVI et Les poissonniers de mer (titre CI) vendaient le poisson venant de la marée, frais ou salé. La vente se faisait aux Halles en Champeaux.
Orfèvrerie, joaillerie, sculpture OrfèvresLespinasse 1879 p. XXXVIII et Les orfèvres (titre XI) travaillaient les métaux précieux : or et argent.
Patenostriers d’os et de corLespinasse 1879 p. XXXIX et Patenostriers de corail et de coquilleLespinasse 1879 p. XXXIX et Patenostriers d’ambre et de gestLespinasse 1879 p. XXXIX et Les patenôtriers fabriquaient des patenôtres : toute espèce de grains enfilés, en particulier des chapelets. Ils pouvaient travailler l'os et la corne (titre XXVII), le corail et les coquilles de nacre (titre XXVIII) ou l'ambre et le jais (titre XXIX).
Cristaliers et perriers de pierres natureusLespinasse 1879 p. XL et Les cristalliers (titre XXX) taillaient les pierres précieuses (cristal de roche, améthyste, agathe, émeraude, rubis...) pour en faire des objets ou pour les enchâsser dans les montures d'or fabriquées par les orfèvres.
Bateurs d'or et d'argent à filerLespinasse 1879 p. XLII et Bateurs d’or et d'argent en feuillesLespinasse 1879 p. XLII et Les batteurs d'or et d'argent à filer (titre XXXI), après avoir battu le métal, l'étiraient et le découpaient en fil, à l'usage des étoffes et des broderies d'or. Les batteurs d'or et d'argent en feuilles (titre XXIII) réduisaient le métal battu en lames ou en feuilles, en vue de l'ornement de meubles ou d'objets.
Ymagiers tailleurs de Paris et de ceus qui taillent cruchefis a ParisLespinasse 1879 p. XLIII et Le titre LXI est consacré aux tailleurs et sculpteurs de statues, statuettes, crucifix... Les matériaux travaillés étaient le bois, l'os, la corne ou l'ivoire.
Paintres et tailleurs d'ymagesLespinasse 1879 p. XLIV et Les imagiers-peintres (titre LXII) recouvraient les statues d'or ou de couleurs.
BarilliersLespinasse 1879 p. XLIV et Les barilliers (titre XLVI) fabriquaient des barils, objets de luxe de petite taille destinés à contenir des eaux de senteur, des liqueurs... Ils travaillaient le chêne, le poirier, l'alisier, l'érable, le brésil, le tamaris... Les barils étaient souvent cerclés de métal, et parfois ornés de pierreries.
Métaux
Ouvriers en fer Fevres, marissaus, veilliers, greifiers, heaumiersLespinasse 1879 p. XLV et Le titre XV traite des fèvres, ouvriers travaillant le fer. Il distingue les maréchaux (ferrant les chevaux), les vrilliers (fabricants de vrilles), les greffiers (fabricants de crochets), les heaumiers (fabricant la partie des armures qui protégeait la tête) et les "grossiers" (ouvriers employés aux gros ouvrages).
Fevres CouteliersLespinasse 1879 p. XLVI et Les fèvres-couteliers (titre XVI) fabriquaient les lames de couteaux.
SerreuriersLespinasse 1879 p. XLV et Les serruriers en fer (titre XVIII) fabriquaient des serrures.
Ouvriers en métaux divers Couteliers feseeurs de manchesLespinasse 1879 p. XLVII et Les couteliers de manches (titre XVII) fabriquaient les manches des couteaux et y inséraient les lames fabriquées par les fèvres-couteliers. Ils travaillaient les bois durs, l'os, l'ivoire.
Boitiers, feseeurs de serreures a boitesLespinasse 1879 p. XLVII et Les serruriers de cuivre, appelés aussi "boîtiers" (titre XIX), fabriquaient de petites serrures pour des meubles, coffres et objets de prix : écrins, étuis à bijoux, étuis contenant des hanaps (petits vases).
Bateurs d’archalLespinasse 1879 p. XLVIII et Bateurs d’estainLespinasse 1879 p. XLIX et Les batteurs d'archal (titre XX) ou d'étain (titre XXXII) réduisaient le métal en feuilles minces. L'archal était un alliage très répandu au Moyen Âge, sans doute proche du cuivre ou du laiton, mais dont ne connaît plus la compositionFranklin 1906 .
Ouvriers de toutes menues ouevres qu'on fait d'estain ou de plomLespinasse 1879 p. XLIX et Les ouvriers d'étain (titre XIV) fabriquaient des menus objets en étain ou en plomb : sonnettes, anneaux...
Traifiliers de fierLespinasse 1879 p. XLIX et Traifiliers d’archalLespinasse 1879 p. XLIX et Les tréfiliers de fer (titre XXIII) et d'archal (titre XXIV) étiraient le métal en fils.
Fondeurs et molleursLespinasse 1879 p. L et Les fondeurs-mouleurs (titre XLI) fabriquaient des boucles, anneaux, sceaux et cachets de fantaisie... Le travail de la fonte et du moulage des métaux n'était pas spécialisé : tous les ouvriers sur métaux réalisaient ces opérations.
LampiersLespinasse 1879 p. L et Les lampiers (titre XLV) fabriquaient des chandeliers et lampes en cuivre.
Boucliers de fierLespinasse 1879 p. LI et Les boucliers de fer (titre XXI) fabriquaient des boucles de fer.
Boucliers d'archal, de quoivre et de laitonLespinasse 1879 p. LI et AttacheursLespinasse 1879 p. LI et Les boucliers d'archal, de cuivre et de laiton (titre XXII) et les cloutiers-attacheurs (titre XXV) fabriquaient des boucles, clous, mordants et plaques à mettre sur les ceintures ou les courroies faites par les corroyeurs.
Fremailliers de laitonLespinasse 1879 p. LI et Les fermaillers (titre XLII) fabriquaient des agrafes ou crochets, dont on ornait les vêtements, des fermoirs à livres, des anneaux et des boucles.
Patenostriers, faiseurs de boucletes a soulers et de noyaux a robeLespinasse 1879 p. LI et