En France, les instituts universitaires de formation des maîtres (IUFM) sont, de 1990 à 2013 (2015 en Nouvelle-Calédonie), des établissements de formation des professionnels de l'enseignement public (professeurs des premier et second degrés, conseillers principaux d'éducation). Ils sont remplacés par les écoles supérieures du professorat et de l'éducation (ESPE ou ESPÉ), puis par les instituts nationaux supérieurs du professorat et de l'éducation (INSPE ou INSPÉ).
Créés en 1990 avec la double vocation de préparer aux concours de l’enseignement, et de former les professeurs stagiaires, ainsi qu'avec le double héritage des écoles normales et des cursus universitaires, ils ont subi de nombreuses critiques et sont devenus l'enjeu de divers conflits entre des conceptions opposées du métier et de l'acte d'enseigner comme de la formation qui doit y préparer : notamment ils voient s'affronter en leur sein comme dans l'opinion publique et les milieux enseignants des approches plus ou moins théoriques mais radicalement divergentes de la pédagogie.
Après plusieurs réformes dans les années 2000 qui ont modifié plusieurs fois la formation initiale des maîtres, les IUFM sont transformés en 2013 en écoles supérieures du professorat et de l'éducation dans les académies de la métropole et des DOM, avec la même double mission ainsi qu'avec une formation initiale restaurée (par une année rémunérée de formation en alternance : stages sur le terrain puis en semi-responsabilité/formation à l'ESPÉ) pour les professeurs stagiaires ayant réussi les concours de recrutement. Voir aussi : « Modalités d'organisation de l'année de stage - année scolaire 2014-2015 » (Ministère de l'Education Nationale, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche) → ..
Mais le dispositif IUFM est maintenu dans les vice-rectorats de Nouvelle-Calédonie et Wallis-et-Futuna (IUFM de Nouvelle-Calédonie) et de Polynésie française, en attendant une éventuelle extension ou adaptation par ordonnance du gouvernement à ces territoires de la loi du d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la RépubliqueLOI du 8 juillet 2013 d'orientation et de programmation pour la refondation de l'école de la République, Titre II, article 86, Légifrance.
Le décret fixant les règles relatives à la composition et au fonctionnement des conseils des écoles supérieures du professorat et de l'éducation du confirme cette évolution, ainsi que le maintien de deux IUFM en Nouvelle-Calédonie (article 4 créant l'article D774-20 du code de l'éducation) et en Polynésie française (article 3 créant l'article D773-20 du code de l'éducation)Décret du 28 août 2013 fixant les règles relatives à la composition et au fonctionnement des conseils des écoles supérieures du professorat et de l'éducation, articles 3 et 4, Légifrance. Depuis la transformation de ces deux derniers IUFM en ESPE, respectivement le et le , il n'existe plus d'IUFM en France.
Histoire des IUFM thumb|IUFM Saint-Agne à Toulouse.
Avant la création des IUFM, la formation des enseignants est assurée pour les instituteurs : par les écoles normales primaires dites aussi écoles normales d'instituteurs ou d'institutrices recrutant jusqu'alors par concours les titulaires d'au moins le baccalauréat. pour les professeurs des lycées et collèges : par les centres pédagogiques régionaux (CPR) recrutant jusqu'alors par concours les titulaires d'une licence pour les préparer au concours du CAPES (licence+1) ou de l'agrégation (maîtrise+1). pour les professeurs des lycées professionnels : par les écoles normales nationales d'apprentissage (ENNA) recrutant jusqu'alors les professeurs d'enseignement général (PEG) et professeurs d'enseignement technique théorique (PETT) sur diplômes et les PTA (ou Professeur Technique Adjoint, assurant l'enseignement technique pratique et proprement professionnel) après validation de leurs acquis professionnels en entreprise.
1990 : création La loi du 10 juillet 1989 d’orientation sur l’éducation « Loi Jospin » crée un institut universitaire de formation des maîtres dans chaque académie, à partir du . Les instituts sont autonomes (statut d’établissement public à caractère administratif) mais rattachés à une ou plusieurs universités de l’académie « pour garantir la responsabilité institutionnelle de ces établissements d’enseignement supérieur par l’intervention des personnes et la mise en œuvre des moyens qui leur sont affectés ». Ils sont placés sous la tutelle du ministre de l’éducation nationale. Ils sont dirigés par un directeur et administrés par un conseil d’administration présidé par le recteur d’académieArticle 17 de la .
Les IUFM ont pour vocation de rapprocher la formation professionnelle de ces différents corps d'enseignants intervenant dans le même domaine de l'enseignement obligatoire, primaire et secondaire.
Leur création s'est donc inscrite dans un mouvement de rapprochement entre enseignants du primaire et professeurs du secondaire (collège et lycée), désormais tous recrutés après la licence et alignés sur une même grille de salaires (à l'exception des agrégés et des certifiés bi-admissibles au concours de l’agrégation)Quelle formation pour quels enseignants ?, dans La Vie des idées. C’est ainsi qu'a été créé le corps des professeurs des écoles en remplacement (à terme) de celui des instituteurs, avec de meilleurs salaires, mais sans droit à des logements de fonction, ni à une retraite précoce.
Ce rapprochement aurait eu, entre autres, pour objectif de tirer au niveau du corps enseignant les conséquences de l'unification progressive du système scolaire offert aux élèves (obligation scolaire portée à seize ans, école unique remplaçant la dualité entre le petit lycée et l'école primaire, collège unique, développement massif de l'accès au baccalauréat) : les professeurs des écoles, les professeurs de collèges et de lycées devraient logiquement bénéficier d'une formation suffisamment cohérente pour assurer la continuité du cursus proposé aux élèves dont près de 80 % sont officiellement susceptibles de traverser les trois niveaux. Un tel projet supposait, via l'exigence d'un cursus universitaire plus long, le renforcement de la maîtrise des connaissances disciplinaires chez les maîtres du primaire ainsi que la mise en place d'une véritable formation pédagogique chez ceux du secondaire. Était visé l'effacement des ruptures de culture scolaire vécues par les élèves évoluant d'un niveau au suivant.
Les IUFM assurent : auprès des étudiants, la préparation de certains concours de l'enseignement ; auprès des fonctionnaires stagiaires, la formation initiale des lauréats à ces différents concours ; auprès des fonctionnaires titulaires (enseignants en poste), la formation continue.
Pour la formation initiale, la première année d'IUFM est consacrée à la préparation des étudiants aux différents concours de l'enseignement : Concours de recrutement de professeur des écoles (CRPE), Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement du second degré (CAPES, pour les enseignants du collège et du lycée), Certificat d'aptitude au professorat de l'enseignement technique (CAPET), Certificat d'aptitude au professorat d'éducation physique et sportive (CAPEPS), Certificat d'aptitude au professorat des lycées professionnels (CAPLP), Concours des conseillers principaux d'éducation (CPE).
Pendant cette année, les étudiants étaient appelés « PE1 » (préparant le CRPE), « PLC1 » (préparant un CAPES, un CAPET ou une agrégation), PLP1, CPE1… Certains d'entre eux, ayant satisfait à des tests d'entrée et après étude de leur dossier d'inscription, se voyaient attribuer une allocation d'étude pendant cette « première année d'IUFM ». Cette première année comprenait non seulement des cours de préparation aux épreuves théoriques des concours, mais aussi un enseignement en didactique et pédagogie (certaines épreuves des concours comprenaient des questions dans ces domaines) ainsi que (parfois) des stages d'observation sur le terrain soit en classe ordinaire soit en « classe d'application », et encadrés alors par un maître d'application (devenu « maître-formateur »). Ces stages d'observation et d'entraînement étaient particulièrement utiles pour préparer les épreuves professionnelles des concours, comme la rédaction et la soutenance d'un « mémoire professionnel ». Ceci étant le cas au moins pour le concours du premier degré, et dans certains IUFM.
Mais beaucoup d’enseignants ne sont pas passés par la première année de l’IUFM qui n'était pas obligatoire (quoique recommandée pour avoir de meilleures chances de réussite) pour se présenter aux concours : seule était obligatoire l'obtention préalable d'une licence. Ces candidats “directs” ont donc préparé le concours par un autre moyen. De plus la plupart des IUFM délèguent la préparation du CAPES aux universités, tandis que, dans d'autres, la préparation de l’IUFM venait en plus de celle de l’Université. Le concours de l’agrégation, pour sa part, se prépare principalement dans d’autres institutions (universités, écoles normales supérieures…).
Après réussite au concours, la formation initiale des professeurs stagiaires (« seconde année d’IUFM », rémunérée au bas de l'échelle indiciaire) comporte un enseignement à l’institut, et un ou plusieurs stage en responsabilité. Elle est sanctionnée par une certification qui ouvre la voie à la titularisation définitive l'année suivante, certification qui peut être (rarement) prorogée d'un an si le stagiaire n'a pas donné entière satisfaction ou si des accidents de parcours ou maladies l'ont empêché de la mener à bien.
Les IUFM participent aussi à la formation continue des personnels enseignants en poste depuis la suppression des MAFPEN (Les missions académiques à la formation des personnels de l'éducation nationale) en 1999.
Les enseignants peuvent s'inscrire annuellement à des modules paraissant dans le « plan académique de formation » ou le « plan départemental de formation ». Une fois obtenue la possibilité de participer aux stages, ceux-ci se déroulent soit sur le temps scolaire (les enseignants sont remplacés par des enseignants titulaires d'un poste de remplacement ou des professeurs stagiaires), soit hors temps scolaire.
La formation permanente, qui n’est pas obligatoire, est aussi assurée par d’autres institutions [universités, instituts de recherche sur l’enseignement des mathématiques (IREM), etc.].
thumb|IUFM de Bretagne à Rennes.
2005 à 2012 : rattachement aux universités et masterisation
[Voir aussi la section « Historique », et spécialement la sous-section 2010 : « mastérisation » de l'article consacré aux INSPÉ successeurs des IUFM.]
La loi du 23 avril 2005 d'orientation et de programme pour l'avenir de l'école « Loi Fillon » modifie le statut des IUFM qui deviennent des écoles faisant partie des universités (au même titre que les IUT par exemple). Les instituts ont trois ans pour être intégrés dans l’une des universités auxquelles ils étaient rattachésArticles 45, 85 à 87 de la .
Tous les sites IUFM ne gardent pas leurs locaux et leur identité propre vis-à-vis de l'université de rattachement. Certains sites sont fermés.
thumb|alt=Manifestation parisienne du 18 février 2010 contre la réforme dite de mastérisation|Manifestation parisienne du 18 février 2010 contre la réforme de mastérisation.
En , Nicolas Sarkozy annonce que les concours de l’enseignement seront accessibles avec un master (bac + 5) ; l’ancienne seconde année d’IUFM est ainsi remplacée par des masters d’enseignement, supprimant ainsi les professeurs stagiaires. Cette réforme a connu une importante opposition des enseignants et des étudiants, amenant Xavier Darcos et Valérie Pécresse à temporiser la réforme, et à ajouter des formations complémentaires lors de la première année de métier. La modification des concours est décrétée par le Gouvernement en , pour une application à partir de la rentrée 2010 (et des concours de 2011), , , , , .