Charles Angélique François Huchet, chevalier puis de La Bédoyère, né le à Paris et exécuté le à Vaugirard, est un militaire français, général de brigade pendant les Cent-Jours, fusillé pour son ralliement à Napoléon .

Biographie vignette|left|redresse=0.8|Portrait de Charles Angélique François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815), Robert Lefèvre, 1803, Musée national du Château de Malmaison|alt=Portrait de Charles Angélique François Huchet, comte de La Bédoyère (1786-1815), Robert Lefèvre, 1803, Musée national du Château de Malmaison D'une ancienne famille bretonne de magistrats, fils de Charles-Marie-Philippe Huchet de La Bédoyère (1751-1809) et Félicité-Judith des Barres (1757-1817), Charles Angélique François Huchet entra au service à vingt ans.

Après avoir fait, dans le corps des gendarmes d'ordonnanceCorps créé par en 1806. (où Labédoyère fut simple soldat puis officier), les campagnes de Prusse (1806) et de Pologne (1807), il accompagna le maréchal Lannes en Espagne comme aide de camp (1808), fut blessé à Tudela, et suivit son chef en Allemagne (1809).

Il se distingua par son intrépidité à la prise de Ratisbonne, reçut une nouvelle blessure à Essling et fut attaché à l'état-major du prince Eugène, dont il devint aide-de-camp.

Chef de bataillon en 1811, il prit encore une part active et brillante à la campagne de Russie, y mérita le grade de colonel, puis commanda le de ligne en Saxe en 1813, à Lützen, à Bautzen et à la prise de Goldberg le . Encore blessé dans cette affaire d'un coup de feu à la cuisse gauche, il revint en France, où il épousa en .

Lorsque les alliés se présentèrent devant Paris, il se mit à la disposition du commandant de place.

Après l'abdication de Fontainebleau, sa famille, qui cherchait à le convertir aux idées royalistes, obtint pour lui la croix de Saint-Louis et le commandement du de ligne, en garnison à Grenoble.

Les Cent-Jours

Mais le retour de l'île d'Elbe le rejeta vite dans le parti de l'Empereur. vignette|gauche|Charles de la Bédoyère (au premier plan à droite), à la tête du régiment de ligne, accueille Napoléon le 7 mars 1815. vignette|gauche|La plaque à Tavernolle.

n'avait encore vu son escorte se grossir que de faibles détachements, lorsqu'un régiment entier se joignit à lui au hameau de Tavernolles : c'était le régiment de La Bédoyère. Le colonel, en abordant l'Empereur, ne craignit pas de lui faire entendre de sages conseils : Si La Bédoyère eut quelques illusions à cet égard, les premiers décrets impériaux furent de nature à les dissiper. En apprenant que la saisie des biens des membres du gouvernement provisoire de 1814 allait être ordonnée, il s'écria : L'Empereur ne le nomma pas moins général de brigade, son aide de camp, et bientôt général de division. En même temps, La Bédoyère était, le , appelé à la pairie. « Sa modestie s'étonna de tant d'honneurs. Au surplus, son dévouement ne se démentit pas. » vignette|redresse|Labédoyère Resté un des derniers sur le champ de bataille à Waterloo où il venait de se distinguer, il revint après ce occuper son siège à la Chambre des pairs, dite . Il s'y montra le chaud partisan des droits de Napoléon II à la couronne (séance du ), et soutint que c'était pour son fils que l'Empereur avait abdiqué : Proposant que tout Français qui quitterait son drapeau fût noté d'infamie et vît , il mit le comble à l'exaspération de plusieurs de ses collègues par ces mots : Le président le rappelle à l'ordre et Masséna lui dit : « Jeune homme, vous vous oubliez. »

Pour lui, La Bédoyère avait prédit le sort qui l'attendait.

L'arrestation vignette|Charles de La Bédoyère, dessin d'Hortense de Beauharnais, vers 1815. Après la reddition de Paris, La Bédoyère suit l'armée au-delà de la Loire, puis se fixe à Riom. On lui fait savoir que la loi d'amnistie l'avait compris parmi les exceptions et que, nommé dans l'ordonnance du 24 juillet 1815, il serait traduit devant un conseil de guerre. Le colonel — car la Restauration avait considéré comme nul tout grade de général conféré pendant les Cent-Jours — quitte Riom, muni d'un passeport en blanc pour se rendre en Amérique, que Fouché lui avait délivré, et tente de se diriger vers la Suisse.

Il y fût parvenu sans encombre, s'il n'avait eu l'idée de passer auparavant par Paris, soit qu'il ne pût résister au désir d'embrasser sa femme et son enfant, soit qu'il eût, comme on le lui reprocha, le projet de conspirer contre le gouvernement royal restauré. Dénoncé par un officier de gendarmerie qui se trouvait avec lui dans la voiture des messageries royales, il est aussitôt l'objet d'une surveillance étroite : on sait qu'il s'était fait conduire dans une maison au rue du Faubourg-Poissonnière chez de Fontry; on suit sa trace et il est pris et arrêté le . Fouché, qui le même jour donnait une grande fête à l'occasion de son mariage avec , apprend, au milieu des danses cette arrestation, qu'il n'avait pas ordonnée lui-même et qu'il ne pouvait empêcher.

Le conseil de guerre

Impliqué dans un complot récemment découvert, La Bédoyère est conduit à la prison militaire de l'Abbaye. Ses amis et les membres de la famille, dont plusieurs étaient royalistes, essayent de l'enlever. Mais le projet, secondé pourtant par le geôlier, échoue maladroitement au dernier moment. La Bédoyère trouve un habile et courageux défenseur dans Benjamin Constant, qui écrit, le , en forme de lettre au roi, un mémoire où il disait : Ces avis ne seront pas entendus.

Traduit, le , devant le de guerre permanent de la division militaire, La Bédoyère comparait, le 9, devant ce conseil, composé de Anne Pierre de Bertier de SauvignyAnne Pierre de Bertier de Sauvigny (1770-1848), vicomte de Bertier, garde du corps du comte d'Artois (1789), colonel (1815), maréchal de camp (1817), député de Seine-et-Oise (1815), gentilhomme ordinaire de la Chambre du Roi (1825), lieutenant-général honoraire (1830), chevalier de Saint-Louis, cofondateur des Chevaliers de la Foi, dont le père Louis Bénigne Bertier de Sauvigny et le grand-père Joseph François Foullon de Doué furent en juillet 1789 parmi les premiers massacrés de la Révolution., adjudant-commandant, qui présidait, Mazenot de Mondésir, adjudant-commandant, Durand de Sainte-Rose, adjudant-commandant, Saint-Just, chef de bataillon, adjoint à l'état-major, Lentivi, capitaine-adjoint à l'état-major, Boulnois, lieutenant de gendarmerie du département de la Seine, M. Viotti, chef de bataillon, adjoint à l'état-major, faisant les fonctions de ministère public, M. Gaudriot, capitaine de gendarmerie du département de la Seine, faisant celles de rapporteur. Il était prévenu de .

La Bédoyère se défend avec calme et simplicité.

Le , il est condamné à la peine de mort à l'unanimité, comme coupable : de rébellion et trahison, et non d'embauchage ; de n'avoir pas profité du délai de huit jours accordé par l'ordonnance royale, à tous les fauteurs de Bonaparte, pour rentrer dans le devoir.

L'exécution Le 19, le conseil de révision statua sur son pourvoi, qui fut rejeté, malgré une éloquente plaidoirie de M Mauguin.

Le même jour, à six heures et demie du soir, toutes les démarches de sa famille auprès du roi étant restées vaines, il fut exécuté en plaine de Grenelle, à la barrière Le lieu où il fut exécuté, la Barrière des Ministres (plus tard ), une des portes du mur des Fermiers généraux qui ceinturait alors Paris, se trouve à la hauteur du 61, boulevard de Grenelle (Paris , à l'emplacement actuel du guichet de vente de la station de métro Dupleix.

C'est également en cet endroit que furent exécutés : en 1809, Armand de Chateaubriand, frère de l'écrivain, royaliste ; le 29 octobre 1812, les généraux conspirateurs Malet, Lahorie et Guidal.

Généralement, les condamnés sortaient de Paris par cette porte, puis étaient adossés au mur face à la campagne. Source . Il fut assisté au dernier moment par un prêtre qui l'avait élevé. S'avançant au-devant du peloton de vétérans chargés de l'exécution, il montra la plus grande fermeté et leur dit en montrant son cœur :

Quelques minutes après, il était mort.

Le , son corps est transféré au cimetière du Père-Lachaise, ( ligne face à la ). Son fils Georges le rejoindra en 1867 et Georgine en 1871.

Le jugement de l'Empereur à Sainte-Hélène vignette|De gauche à droite : La Bédoyère, Ney et Lavalette, Bibliothèque municipale de Grenoble. À Sainte-Hélène c'est par Gourgaud, qui l'avait lu dans les journaux reçus, que Napoléon apprend la mort de Charles de La Bédoyère. C'était le : jour où est fusillé le maréchal Ney, avenue de l'Observatoire.

Dans son testament, en date du , l'Empereur léguait aux enfants de La Bédoyère. Dans son codicille (daté du ) il ajoutait la somme de aux mêmes.

Récapitulatif État des services : Gendarme d'ordonnance de la Maison de l'Empereur ; 1806-1807 : À la Grande Armée ; : Lieutenant en second ; : Passe au à cheval ; : Aide de camp du maréchal Lannes ; Campagne d'Espagne (1808) ; : Capitaine ; Armée d'Allemagne (campagne d'Allemagne (1809)) ; : Aide de camp du prince Eugène ; 1810-1811 : En Italie ; : Chef d'escadron ; Campagne de Russie (1812) ; : Colonel du d'infanterie de ligne ; Campagne de Saxe (1813) ; Campagne de France (1814) ; : Commandant provisoirement la brigade de la division militaire (Paris) ; : Commandant les et bataillons de son régiment à l'armée de Lyon ; : Colonel du régiment d'Orléans ( de ligne) ; : Maréchal de camp ; - : Aide de camp de l'Empereur ; Campagne de Belgique (1815) à l'Armée du Nord.

Titres Chevalier Huchet de La Bédoyère et de l'Empire (à la suite du décret du le nommant membre de la Légion d'honneur, lettres patentes du , Fontainebleau) ; Nommé, le , par pair des Cent-Jours, faisant de La Bédoyère, ipso facto, un comte de l'EmpireLe maréchal Brune (non-titré sous l'Empire), et le général-baron Girard, éphémère duc de Ligny, furent dans le même cas. Source

Distinctions

106px106px106px Légion d'honneur : Légionnaire (), puis, Officier de la Légion d'honneur () ; Ordre de la Couronne de fer Chevalier (), puis, Dignitaire ; Chevalier de l'ordre royal et militaire de Saint-Louis (1814).

Armoiries Figure BlasonnementArmes du chevalier Huchet de La Bédoyère et de l'Empire

D'azur à la fasce d'or chargée d'une étoile du champ, et accompagnée de trois croissants aussi d'or, deux en chef, un en pointe le tout soutenu d'une champagne de gueules du tiers de l'écu au signe des chevaliers. Livrées : les couleurs de l'écu

Notes et références

Annexes Sources et bibliographie Marcel Doher, Des rêves de gloire au peloton d'exécution. Charles de La Bédoyère, 1786-1815, aide de camp de l'Empereur, Paris, J. Peyronnet et , 1963.

Articles connexes

Liens externes

Côte S.H.A.T. : 8 Yd 2 037 ;

Pour approfondir

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