La Loi du Seigneur (, « Persuasion Amicale ») est un film américain de William Wyler, sorti en 1956. Il est adapté du roman The Friendly Persuasion (1945) de l'écrivaine Jessamyn West.

Le film obtient la Palme d'or au Festival de Cannes 1957.

Synopsis La famille Birdwell vit dans l'Indiana en 1862, alors que la guerre de Sécession fait rage. Jess, son épouse Eliza et leurs trois enfants (Mathilde, Josh et Nicolas), sont quakers. En tant que quakers, ils ont interdiction de recourir à toute forme de violence (physique ou verbale) alors qu'ils sont en pleine guerre. Ils se doivent d'aimer leur prochain, de le tutoyer et ils s'opposent à l'esclavage. Leur religion leur interdit également la musique, la danse et les jeux d'argent.

La foire de la ville est le lieu des choix et des tentations : Jess converse avec un musicien, tandis que Mathilde danse avec Gard, un soldat méthodiste. Quant à leur fils Josh, il est provoqué par des adolescents mais refuse de se battre. Nicolas le plus jeune prend part à un jeu d'argent. Très séduisant, Josh a beaucoup de succès auprès des trois filles de la veuve Hudspeth.

Quand l'arrivée des Sudistes est annoncée, Gard doit partir combattre mais promet à Mathilde de l'épouser à son retour. Pour la famille quaker un dilemme moral se pose : faut-il prendre les armes pour lutter contre l'esclavage ou s'opposer à toute forme de violence ? C'est le dilemme des objecteurs de conscience. Josh décide finalement de partir à la guerre malgré les supplications de ses parents. Lorsque le cheval de Josh revient seul à la ferme, Jess prend les armes à son tour pour lutter contre l'ennemi. Pourtant sur le champ de bataille, il épargne un Sudiste qui lui a tiré dessus, puis retrouve son fils vivant et le ramène à la ferme.

Pendant ce temps, Eliza se retrouve obligée de nourrir et d'accueillir ses ennemis (Sudistes). Eliza leur offre non seulement de prendre toute la nourriture qu'ils désirent et leur indique où se trouve le saloir et les produits entreposés mais leur donne à manger à volonté dans sa cuisine. Lorsqu'un des Sudistes essaie d'attraper l'oie domestique pour en faire un rôti, Eliza le frappe avec un balai jusqu'à ce qu'il abandonne le volatile. Les Sudistes décident finalement de reprendre leur chemin et ne mettent pas le feu à la ferme comme ils l'ont fait dans d'autres cas.

Fiche technique Titre français: La Loi du Seigneur Titre américain: Réalisation : William Wyler Assistant-réalisateur : Austin Jewell Scénario : Michael Wilson d'après le roman The Friendly Persuasion de Jessamyn West (1945) Musique : Dimitri Tiomkin Chanson du générique : Thee I love, musique de Dimitri Tiomkin, paroles de Paul Francis Webster, interprétée par Pat Boone. Chanson du générique de la version française : interprétée par Eddie Constantine Directeur de la photographie : Ellsworth Fredericks Décors : Joseph Kish montage : Robert Belcher, Edward A. Biery, Robert Swink Costume : Dorothy Jeakins Effets speciaux : Augie Lohman Producteur : Robert Wyler, William Wyler Société de production : Allied Artists Picture Corporation Société de distribution : Allied Artists Pictures (États-Unis) ; MGM (France et Europe). Pays de production : Langue : anglais américain Format : couleur par Deluxe — 1.75:1 — son monophonique (Westrex Recording System) — Genre : drame psychologique, western, film de guerre Durée : Dates de sortie : États-Unis : France : Affiche : Roger Soubie (France)

Distribution Gary Cooper (VF: Jean Davy) : Jess Birdwell (VO : Jess Birdwell) Dorothy McGuire (VF: Nadine Alari) Eliza Birdwell Anthony Perkins (VF: Michel François) : Jacques Birdwell (VO : Josh Birdwell) Richard Eyer : Nicolas Birdwell (VO : Little Jess Birdwell) Robert Middleton : Sam Jordan Phyllis Love : Mathilde Birdwell (VO : Mattie Birdwell) Peter Mark Richman (VF: Jean-Louis Jemma) : Charles Jordan (VO : Garner "Gard" Jordan) Walter Catlett (VF: Camille Guérini) : Waldo Quigley Richard Hale (VF: Louis Arbessier) : Purdy Joel Fluellen (VF: Georges Aminel) : Enoch Theodore Newton (VF: Jacques Beauchey) : Le major Harvey John Smith (VF: Jean Gournac) : Jérôme Cope (VO : Caleb Cope) Edna Skinner : Opale Hudspeth (VO : Opal Hudspeth) Marjorie Durant : (VF: Raymonde Devarennes) : Perle Hudspeth (VO : Pearl Hudspeth) Frances Farwell : Rubis Hudspeth (VO : Ruby Hudspeth) Marjorie Main (VF: Germaine Kerjean) : La veuve Hudspeth

Acteurs non crédités (par ordre alphabétique) Mary Carr (VF: Cécile Didier) : Emma, une vieille quaker Everett Glass (VF: Richard Francœur) : Le frère Amos Charles Halton (VF: Jean Gournac) : Le frère Cope Earle Hodgins (VF: Fernand Rauzéna) : Le responsable du stand de tir Frank Jenks (VF: Louis de Funès) : Le bateleur prestidigitateur Don Kennedy (VF: William Sabatier) : Bernard, le rebelle sudiste (VO : Buster) Ivan Rasputin (VF: Paul Bonifas) : Billy Goat, le lutteur Russell Simpson (VF: Richard Francœur) : Le frère Griffith

Critique Le film est plutôt bien apprécié, même si certaines critiques pointent l'académisme. Il a cependant une critique plutôt défavorable dans le quotidien français "Le Monde", où Jean de Baroncelli déclare avoir aimé ses précédents films et y voit "un brillant exercice de style" mais pas suffisant pour décrocher la Palme d'Or à Cannes, pour qui il voit d'autres favoris.

Le film est "hybride, ambigu, mal composé, fâcheusement photographié", et "constitue un échec", estime cet écrivain et journaliste Thomas Sotinel, « Les 80 ans du Monde. Entre « Le Monde » et le cinéma français, une histoire de critiques », lemonde.fr, 18 mai 2024, souvieux de n'être « d'aucun clan, d'aucun a priori en isme »Bertrand Poirot-Delpech, « Jean de Baroncelli », Le Monde, 4 août 1998, et dont la pondération a permis dans les années 1950 d'asseoir la "respectabilité" du métier de critiqueFiche auteur sur le site de la Bibliothèque du film, consultée le ..

Le journal affirme avoir vu en 24 heures trois des principaux favoris de la compétition cannoise, parmi lesquels aussi "Un condamné à mort s'est échappé", du Français Robert Bresson, dont rappelle avoir "longuement parlé" quand le film est sorti à Paris, car "triomphalement accueilli " et "un des plus beaux tournés en France depuis dix ans". Le critique déclare alors: "si j'avais personnellement à prendre une décision, j'avoue que j'hésiterais longtemps entre le film de Bresson et celui de Federico Fellini", "Les Nuits de Cabiria".

Sa critique sera également sévère l'année suivante, pour le western suivant de William Wyler, "Les Grands Espaces", une autre fresque épique à dimension sociale et humaniste, dotée elle aussi d'un héros pacifisteCritique du film, peu après sa sortie, dans "Le Monde".

"La Loi du Seigneur" est aussi en compétition à Cannes avec "Le Septième Sceau", film suédois d'Ingmar Bergman, également sorti en 1957, considéré par les cinéastes comme l'un des plus grands films de tous les temps, qui a eu droit au Prix Spécial du Jury et qui aurait mérité la palme d'or, selon Raymond Lefèvre, professeur de philosophie et critique pour des revues spécialisées. Ce dernier dénoncera dans le rival américain "un académique pensum bien-pensant"Biographie d'Ingmar Bergman publiée par le critique de ciné Raymond Lefèvre en 1983 à la maison d'édition Edilig.

Le critique et historien du cinéma français Jean-Pierre Coursodon et le cinéaste français Bertrand Tavernier se déclarèrent aussi, dans leur livre commun, admirateurs des débuts du cinéaste américain mais selon leur jugement, "par la suite Wyler ne cessa de décevoir avec des films médiocres dont l'épouvantable Friendly Persuasion", nom anglais de "La Loi du Seigneur", car alors chez lui, selon eux, "l'absence de style devient de plus en plus flagrante"..

Production Le tournage a été freiné quand le maccarthysme a émergé aux États-Unis. Un budget important de 1,5 million de dollars avait été prévu en 1947 par Monogram Pictures Corporation, un studio hollywoodien travaillant plutôt avant-guerre sur de petits budgets, pour qui Frank Capra a recruté un scénariste et un metteur en scène dès 1946, année de publication du livre dont il s'inspire. C'était ainsi devenu le premier projet de film en couleur de William Wyler même s'il avait en 1947 tourné le documentaire Thunderbolt, en couleur. Il a fini par coûter plus de 3 millions de dollars, obligeant Monogram Pictures Corporation à vendre les droits de distribution étrangers à MGM pour lever plus de fonds Article dans Variety, datant de 1956 . Le lieu de tournage a été déplacé passant du sud de l’Indiana vers à un studio et au recours à un domaine de la vallée de San Fernando Nixon, Rob. "Friendly Persuasion (1956)". 150th Anniversary of the Civil War. Turner Classic Movies. Retrieved October 6, 2011. .

Inspiration et scénario Le film est adapté d'un roman de Jessamyn West, écrit en 1946, et dépeignant quarante ans d’histoire de la famille Birdwell. Il a été publié dix ans avant le tournage.

L'intrigue a repris l'histoire mais en compressant le tout sur une seule année, celle de 1862, au cœur de la guerre de Sécession. Le producteur Frank Capra décide à la fin des années 1940 d'abandonner la mise en œuvre immédiate du projet d'adaptation car il estime que "ce serait un mauvais moment pour produire une image qui pourrait être interprétée comme étant anti-guerre", mais décide aussi de laisser le scénariste Michael Wilson "travailler dessus jusqu’à ce qu’il ait terminé" Article de l'historien du cinéma Joseph McBride en 2022, titré "A Very Good American" The undaunted artistry of blacklisted screenwriter Michael Wilson.

Jessamyn West a passé un an à la production du film comme scénariste et conseiller technique. Elle a créé de nouveaux personnages pour remplacer d’autres et entièrement réécrit le parcours à l'écran de Laban, le fils aîné.

Gary Cooper a échangé avec elle, pour exprimer des réserves sur le scénario, en rappelant que son image au cinéma fait qu'à partir d'un certain moent "les gens qui regardent s’attendent à ce que je fasse quelque chose". Elle lui a répondra qu'il donnera à son public, via le scénario "l’image rafraîchissante d’un homme fort qui se retient". Selon l'historien du cinéma Joseph McBride en 2002, "ce qui est arrivé au scénario pacifiste après son abandon" par Capra "refléte le climat politique de la guerre froide" à ce moment-là aux États-Unis" . Selon lui, le scénariste a dû faire changer l’histoire pour que le jeunesse quaker joué par Anthony Perkins devienne un tueur".

Selon Pauline Kael, critique de cinéma américaine, qui a travaillé notamment pour le magazine The New Yorker, dans le scénario remanié, les quakers ne sont plus là "que pour viole leurs propres convictions" mais "une partie de la force" du scénario original de Michael Wilson a survécu, "comme dans une scène d’un officier de l’armée de l’Union estropié défiant respectueusement les Quakers inébranlables sur le pacifisme".

En 1953, le syndicat des scénaristes de Hollywood a amendé ses règles permettant aux sociétés de production de refuser le crédit d'un scénario aux personnes inscrites sur liste noire, mais sans pouvoir empêcher William Wyler de recommander que son frère Robert et Jessamyn West, qui tous deux avaient simplement modifié le travail de Michael Wilson soit crédités du scénario .