Anu, aussi connue sous les noms Ana, Anann, Anand ou Anna, est une divinité celtique, principale déesse de l'Irlande pré-chrétienne. Elle est souvent confondue avec Dana, qui pourrait être une autre forme de la même divinité. Son pendant gallois est Dôn.

Citée au dans le Glossaire de Cormac, elle y est appelée . Elle aurait été une déesse majeure en Irlande pré-chrétienne, par ailleurs appelée dans plusieurs récits et poèmes médiévaux. Elle serait la mère des Tuatha Dé Danann. Tantôt bonne, tantôt mauvaise, elle est adorée dans la province de Munster où deux monts acollés portent le nom de Dá Chích Anann ou Paps of Anu, littéralement . Elle est liée à plusieurs personnages légendaires : elle est notamment l'épouse de Tuireann et mère de ses enfants dans le récit Oidheadh Chloinne Tuireann, ainsi que la grand-mère d'Ecne. Le récit Lebor Gabála Érenn la présente comme la fille d'Ernmas et la sœur de Bodb et Macha, tandis qu'elle est une ou selon An Banshenchas et une fée selon la tradition orale de Waterford.

Néanmoins, elle pourrait être à l'origine une déesse locale, adorée seulement dans la province de Munster. Son importance aurait pu être exagérée par l'auteur du Glossaire de Cormac, Cormac mac Cuilennáin, évêque et roi de Munster. La description qu'il en fait rappelle celle de la déesse gréco-romaine Cybèle.

Plusieurs chercheurs étudient la distinction entre Anu et Dana, qui sont confondues dans certains récits. Selon des recherches récentes, ces deux divinités doivent être distinguées. Le nom Anu a une origine celtique bien attestée, ce qui n'est pas le cas de Dana, dont les formes Danu et Danann sont des constructions modernes. Certains chercheurs penchent en faveur de deux avatars d'une même déesse mère, à des époques différentes ou en des lieux différents : Dana, plus ancienne et d'origine antérieure aux Indo-Européens, liée à des peuples guerriers et conquérants et à des cultes aquatiques, et Anu, dont l'origine celtique est attestée et qui serait plus représentative d'une société d'éleveurs.

Elle a été assimilée à sainte Anne dans la tradition chrétienne, dont le culte s'est maintenu en Bretagne et au pays de Galles méridional.

Dénomination Elle est connue sous les noms Anu, Ana, Anna, Anand ou Anann. Ana est une latinisation de Anu en vieil irlandais, dont le génitif est Anann. Son nom se rapporte à la richesse : il est lié au vieil irlandais anae, ou ana, , au vieux breton anau-, , au moyen gallois anaw, et au gaulois Anavorix. Gilles Boucherit et Philippe Jouët font remonter l'étymologie d'Ana au hittite, la plus ancienne langue indo-européenne écrite, dans laquelle Hanna signifie grand-mère, donnant son nom à la déesse HannaHanna, l'arrière grand-mère ou l'aïeule, puis le mot anna pour mère.

Son nom est cité dans le Sanas Cormaic ou Glossaire de Cormac, un document du où elle est présentée comme une déesse, la , la , de l'ancien nom de l'Irlande, Hibernia. La , en irlandais , est une appellation de l'Irlande qui apparaît fréquemment dans la poésie.

Elle est souvent confondue avec une autre déesse mère, Dana ou Danu, avec qui elle pourrait ne former qu'une seule et même divinité, et son pendant gallois est Dôn. L'érudit gallois John Rhys l'apparente à une autre figure mythologique galloise, Ána ou Anu.

Divinité Déesse mère de l'Irlande pré-chrétienne vignette|alt=Peinture représentant plusieurs personnages avec des costumes médiévaux, sur des chevaux ornés de bijoux, entourés d'oiseaux.|Les Tuatha Dé Danann, John Duncan, 1911. Anu est une déesse mère. Selon Claude Sterckx, il existe déjà chez les Celtes de l'Antiquité une divinité connue comme la mère de tous les dieux, di-ana ou Matrona. Anu est la principale déesse de l'Irlande pré-chrétienne et la mère nourricière des Tuatha Dé Danann. Dans les histoires où elle apparaît, elle peut prendre deux aspects, l'un bon, où elle apporte la prospérité et la fertilité, et l'autre mauvais. Dans sa forme mauvaise, elle est parfois assimilée à Áine, fée ou déesse de la fertilité et de l'amour, ou à Annis la Noire.

Dans le récit Oidheadh Chloinne Tuireann (La tragique histoire des enfants de Tuireann), elle est l'épouse de Tuireann et la mère de ses trois fils : Brian, Iuchar et Iucharba. Dans ce texte, dont l'histoire originelle pourrait remonter au moins au mais dont les versions les plus anciennes conservées datent du , elle est confondue avec Dana. Dans certaines versions, la mère de ces trois guerriers est Brigit. Anu est aussi présentée comme la mère et la grand-mère d'Ecne, une personnification ancienne de la connaissance et de l'éveil spirituel dont Brian, Iuchar et Iucharba sont les trois pères. Dans le récit Lebor Gabála Érenn, elle est présentée comme la fille d'Ernmas et la sœur de Bodb et Macha :

Dans la tradition orale du comté de Waterford, Anu est connue comme la sœur d'un personnage nommé Cían, tandis que dans An Banshenchas, un récit présentant brièvement des femmes remarquables de l'Irlande, elle est une et une . Le poète contemporain Pádraig Ó Miléadha écrit qu'elle tient une cour féérique à Sean-bhaile Ana ou Seanbhaile Anann, que Claude Sterckx traduit en . Il rapporte que selon la tradition orale, cette cour se tient chaque nuit près de Waterford.

Culte local Ana est particulièrement liée à la province de Munster qu'elle aurait rendue prospère. Un lieu y porte son nom : Dá Chích Anann, en anglais Paps of Anu, littéralement , deux collines en forme de seins à 10 miles à l'est de Killarney dans le Comté de Kerry. Les Dá Chích Anann sont, dans le folklore moderne et contemporain, un lieu de pèlerinage et de festivités lors de Beltaine, au début du mois de mai. Ces festivités pourraient être liées aux Tuatha Dé Danann, dont la légende dit qu'ils ont accosté en Irlande pour la première fois en mai.

Selon Mark Williams, il est très probable qu'une déesse nommée Ana ou Anu ait réellement existé dans la tradition irlandaise pré-chrétienne. En revanche, il souligne son absence étonnante des récits et des sagas majeurs du panthéon irlandais, alors qu'elle est présentée comme par Cormac. Patricia Monaghan écrit elle aussi que . En s'appuyant sur le Glossaire de Cormac et la légende entourant les Dá Chích Anann, Williams suggère qu'elle aurait pu être une déesse locale, adorée dans la province de Munster mais peu connue voire inconnue dans le reste de l'Irlande. Cormac aurait pu lui donner une importance disproportionnée dans son glossaire.

Construction médiévale d'inspiration classique Selon Michael Clarke, dont l'hypothèse est reprise par Mark Williams, la description d'Anu dans le Glossaire de Cormac pourrait être fortement inspirée de Cybèle. Cette déesse gréco-romaine, mère des dieux classiques, est connue des intellectuels irlandais du Moyen-Âge grâce aux Etymologiae d'Isidore de Séville, à l'Énéide de Virgile et aux commentaires qui en ont été faits par Servius. Servius dit de Cybèle qu'elle est la , la mère des dieux, et Isidore de Séville la décrit en ces termes :

Clarke souligne la proximité entre cette description et celle de Cormac dans son glossaire, ce qui lui fait penser à une imitation par l'auteur irlandais.

Anu et Danu Hypothèses en faveur d'une même divinité Anu et Dana sont généralement considérées comme les deux formes d'une seule et même divinité. Elles sont la déesse mère, génitrice de tous les héros qui forment les Tuatha Dé Danann, .

James MacKillop présente Ana comme la forme irlandaise et Dana comme la forme continentale de la déesse, tandis que Claude Sterckx dit qu'elle est . Selon certains historiens, la distinction entre ces deux divinités a été créée a posteriori par l'historiographie.

Dans le texte Lebor Gabála Érenn, sur six occurrences du nom Ana, une seule fait référence à Dana :

Hypothèses en faveur de deux déesses distinctes Des recherches récentes concluent plutôt à une distinction entre Anu et Dana. Pour Bernhard Maier, Danu ou Danann est . Gilles Boucherit, dans un article où il compare l'origine des noms Ana et Danu, conclue en distinguant les deux déesses, qui représentent selon lui . Philippe Jouët écrit : .

Selon Boucherit, Dana n'est pas un nom d'origine celte. Sa forme nominative *Danu, tirée du génitif *Danann, remonterait à l'indo-européen *Donu, probablement le nom d'une divinité des eaux. *Donu a donné leurs noms au Don, au Dniepr, au Donets et au Dniestr, tandis que la racine dan- a donné Danube. Selon Jouët, . Mark Williams rejette l'assimilation qui a été faite par certains chercheurs entre Anu et la racine dan-, ou encore la déesse indienne Danu, divinité des eaux, notamment car Anu semble n'avoir aucun lien avec des cultes liés aux cours d'eau.

Contrairement à Dana, Anu apparaît tôt dans les sources celtes, notamment dans le Glossaire de Cormac où elle est nommée , la mère des dieux irlandais. Mark Williams souligne lui aussi que Danu n'est mentionnée nulle part dans les sources celtes anciennes. Le plus ancien nom qui s'en approche est Donand, avec une évolution en Danann apparue plus tard. Les hypothétiques formes au génitif Donu et Danu, qui suivent la déclinaison irlandaise, sont des reconstructions modernes.

Selon Boucherit, . Selon Williams, et on ne trouve aucune trace de Donand ou Danann dans la tradition pré-chrétienne.

Christianisation Anu a été assimilée en sainte Anne dans la tradition chrétienne. Le culte de sainte Anne s'est maintenu en Bretagne et elle est fêtée en Armorique comme la . Elle est aussi célébrée à Llanmihangel, dans le comté de Glamorgan au pays de Galles méridional, où une fontaine la représente avec de l'eau sortant de ses seins.

Notes et références

Voir aussi Bibliographie

Articles connexes Religion des Celtes Dana (déesse) Liste des divinités celtiques Morgause ou "Anna", personnage de la légende arthurienne

Catégorie:Divinité irlandaise