LUnion franco-britannique est un projet politique d'union globale entre le Royaume-Uni et la France et de fusion des États respectifs, élaboré à Londres par Jean Monnet en 1940. Proposé à Winston Churchill et à Paul Reynaud le , il n'est jamais adopté.
Contexte
Rapprochement franco-britannique progressif Durant la fin du , la France et le Royaume-Uni, traditionnellement adversaires d'un point de vue géopolitique, actent un rapprochement face à la montée en puissance de l'Allemagne. Les deux pays combattent côte à côte durant la Première Guerre mondiale.
La construction d'un axe géopolitique franco-britannique est toutefois rendue compliquée, outre les phases de guerre, du fait des intérêts géopolitiques divergents. Le Royaume-Uni ne souhaite pas se trouver engagé dans un jeu d'alliances continentales du fait des amitiés françaises en Europe de l'Est. Il sait que la France est engagée dans une Petite Entente qui la lie à la Tchécoslovaquie, la Roumanie et la Yougoslavie. Durant l'entre-deux-guerres, le rapprochement franco-britannique achoppe la plupart du temps sur des problèmes de politique intérieure..
Projets communs durant les années 1930 Si le rapprochement franco-britannique patine dans les années 1930, les discussions sont ravivées à la fin de la décennie. En 1939 est discutée l'idée d'une émission conjointe de timbres postaux afin de montrer la solidarité entre les deux alliés. Au cours d'une intervention radiodiffusée, l'écrivain Jean Giraudoux, alors Commissaire général à l'information du gouvernement français, propose d'illustrer un timbre commun avec le léopard anglais et le coq gaulois Proposed Anglo-French issue, British Postal Museum and Archive, consulté le .. L'idée est relayée par le Times de Londres et les ministres des Postes des deux pays lancent le projet. Le , le Français Henry Cheffer fournit un timbre de grand format illustré des portraits du roi George VI à gauche et du président Albert Lebrun, tous deux en costumes officiels. Autour d'eux, les symboles rappellent les forces des deux pays : la marine en arrière-plan du roi, l'agriculture derrière le président. Entre, une allégorie tenant dans ses mains les deux médaillons avance vers l'avant.. Installé au Royaume-Uni, le Français Edmund Dulac corrige le dessin pour qu'il puisse être aisément imprimé en photogravure. L'émission est prévue pour le avec des valeurs de et de permettant l'affranchissement d'une lettre pour l'étranger.
Déclenchement de la Seconde Guerre mondiale La Seconde Guerre mondiale conduit à un rapprochement initial des deux pays. La France et le Royaume-Uni se coordonnent pour déclarer la guerre conjointement à l'Allemagne nazie le . L'engagement interallié du acte la promesse de deux anciens adversaires à ne pas conclure de paix séparée avec l'ennemi..
Les armées franco-britanniques s'effondrent pendant la campagne de France, entre le et le . Arguant de la faillite du commandement français, la Grande-Bretagne décide, pour pouvoir défendre son propre territoire d'un éventuel débarquement allemand, de replier son armée en rembarquant par Dunkerque la totalité de son corps expéditionnaire de , ainsi que de . Le reste de l'armée française tient le front afin de permettre cette retraite, avant de devoir capituler face aux Allemands, qui capturent , près de , de munition, de carburant, d'approvisionnements et font prisonniers français n'ayant pu être embarqués.
L'armistice du demandé par le maréchal Pétain conduit toutefois à l'abandon des projets de coopération. Le timbre-poste devient un projet non émis. Des essais dentelés en bleu, en rouge et en deux autres couleurs sont conservés par des musées postaux dans les deux pays.
Proposition
Rencontre entre Monnet et de Gaulle Jean Monnet préside depuis , à Londres, le comité de coordination visant à mettre en commun les capacités de production de la France et du Royaume-Uni en vue de préparer et de coordonner l'effort d'armement. Convaincu de la nécessité de créer un organisme intergouvernemental fusionné entre l'Angleterre et la France, il prépare un projet d'une union franco-anglaise pour la durée de la guerre.
Monnet profite de ce que Charles de Gaulle, sous-secrétaire d’État à la Défense, arrive à Londres en pour lui proposer, avec l'ambassadeur de France au Royaume-Uni Charles Corbin, le projet. Il souhaite que de Gaulle, lorsqu'il retourne en France, convainque Paul Reynaud de son bien-fondé. De Gaulle prend la nouvelle avec ironie, et répond : . Toutefois, il comprend que la proposition pourrait avoir un effet important sur le moral des troupes en leur donnant de l'espoir, et en accréditant la possibilité pour la France de résister à l'Allemagne nazie. De Gaulle accepte ainsi d'en parler à Winston Churchill, bien qu'il soit opposé à une fusion des États.
Discussion entre de Gaulle et Churchill De Gaulle rencontre Churchill dans l'après-midi. Ce dernier acquiesce, considérant que la proposition de Corbin et de Monnet peut agir comme un électrochoc. Toutefois, il ne semble pas que Churchill ait véritablement cru et soutenu le projet. Dans ses Mémoires de guerre, de Gaulle soutient que l'Union franco-britannique n'était pas un projet sérieux à long terme mais avait pour objectif de rendre espoir et énergie à ceux qui souhaitaient poursuivre la lutte.. Il écrit : . Pour l'historien Julian T. Jackson, de Gaulle .
Churchill est également en contact avec John Maynard Keynes, qui appuie un tel plan.
Mise au point de la proposition La proposition est rédigée sous forme de note. Elle évoque une union fusionnant les deux pays en une seule nation, avec la formation d'une armée unique et d'un Parlement unique, ainsi que la mise en commun des ressources naturelles. De cette manière, la puissante flotte française ne serait plus un risque pour le Royaume-Uni.
La note que le général de Gaulle transmet à Paul Reynaud est ainsi formulée :
La version anglaise de cette note est disponible publiquement dans les Archives nationales du Royaume-Uni, à la suite de leur ouverture au-delà de 30 ansRecord Type: Conclusion Former Reference: WM (40) 169 Attendees: W... | The National Archives Reproduction du texte proposé par le Parlement britannique (références : Great Britain, Parliament, Parliamentary Debates, Fifth Séries, Volume 365. House of Commons Official Report Eleventh Volume of Session 1939-40, (London, His Majesty's Stationery Office, 1940), columns 701-702)..
Mise en œuvre
Débat à la Chambre des Communes Le jour même, le , Churchill propose à la Chambre des communes du Parlement du Royaume-Uni l'union des gouvernements du Royaume-Uni et de la République française pour continuer .
Discussion entre de Gaulle et Reynaud Le lendemain, de Gaulle téléphone à Reynaud pour lui lire la note intitulée , qui est en essence le texte proposant la fusion. Il lui dit : .. Un témoin de la scène rapporte la réaction de Reynaud : .
(Reynaud re-traduit de l'anglais).
Échec Selon de Gaulle, la proposition ayant été transmise, Reynaud devait rencontrer Churchill à Concarneau pour signer le document.. Toutefois, Reynaud est pris en étau par son gouvernement, dont la plupart des ministres rejettent l'idée. La maîtresse de Reynaud, Hélène de Portes, joue un rôle d'influence en lui soutenant que la France n'allait pas suivre Isabeau de Bavière, qui, en 1420, avait déshérité son fils pour livrer la France à l'Angleterre.
Le président de la République française Albert Lebrun remercie Reynaud, et le remplace par Philippe Pétain. Contrairement à Reynaud, Pétain est en faveur d'une reddition française, et entame aussitôt des négociations d'armistice avec l'Allemagne. Il enterre le projet d'union afin de favoriser la collaboration avec l'Allemagne.
Postérité vignette|La France (bleu) et le Royaume-Uni (rouge) en 2020.
En 1956, une union similaire aurait été proposée secrètement par Guy Mollet alors président du conseil auprès du Premier ministre Anthony EdenAnthony Eden était secrétaire à la Guerre (ministre) du cabinet britannique lors de la en ., qui aurait refusé et indiqué préférer une entrée de la France dans le Commonwealth. Cette proposition est à mettre en relation avec la perte d'influence des deux puissances dans leur sphère coloniale (guerre d'Algérie, crise de Suez), et avec une certaine crainte pour l'indépendance de la France face aux États-Unis et à l'URSS.. L'existence d'une telle proposition a été révélée en 2007 par la BBC et The Times qui parle de « Frangleterre »., provoquant la stupeur de nombreux historiens.. En réalité, plusieurs publications antérieures mentionnent cet épisode ambigu des relations diplomatiques franco-britanniques.. La véracité de ses affirmations n'en reste pas moins discutable, les médias l'ayant relayé s'appuyant uniquement sur l'article de la BBC en date du , qui selon le dit article, parle d'un document ayant été émis le et disponible au sein des Archives nationales du Royaume-Uni, document qui n'est nullement présent dans lesdites Archives., ainsi que dans les Archives du Cabinet couvrant la période de 1955 à 1956, recherche spécifique..
Notes et références
Voir aussi Articles connexes Conférence de Briare, des et . Confédération polono-tchécoslovaque, un autre projet avorté d'union entre deux États dans le cadre de la Seconde Guerre mondiale. Liste de projets de fusion d'États, de façon plus générale.
Bibliographie . . . . . . . Documentaire 2025 : Churchill parie sur la France, film de Tom Webber.
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