vignette|alt=Bouillie bordelaise sur des grappes de raisin près de Monte Vibiano (Italie).|Bouillie bordelaise sur des feuilles de vigne. Sous l'action de l'eau, du CO2 et des sécrétions de la plante, le cuivre de ce fongicide est solubilisé très lentement.
La bouillie bordelaise est un fongicide de synthèse fabriqué à base de sulfate de cuivre(II) et d'oxyde de calcium (chaux). Elle est, depuis longtemps, principalement utilisée pour protéger la vigne, certains arbres fruitiers et quelques solanacées (pomme de terre et tomate) contre le mildiou. En cas de dose trop importante, elle peut affecter négativement le métabolisme de la plupart des organismes vivants (animaux, micro-organismes et plantes, terrestres et aquatiques).
Histoire thumb|Affiche de 1903.
La bouillie bordelaise trouve son origine dans une préparation destinée à donner un mauvais goût au raisin afin d'en empêcher le chapardage.. C'est un mélange d'eau, de sulfate de cuivre et de chaux. Elle se présente comme une bouillie claire bleu verdâtre, pulvérisée sur les feuilles et fruits de la vigne ou sur les feuilles de pomme de terre. C'est un traitement préventif contre le mildiou utilisé dans les vignobles européens depuis 1885 ( ; ) et qui depuis a souvent conduit à des accumulations conséquentes voire écotoxiques de cuivre dans les sols de vignobles ou dans les zones humides. à leur aval.
Le mildiou est une fausse moisissure qui attaque les organes de la vigne, surtout les feuilles et les raisins. Il fut constaté pour la première fois dans le sud-ouest de la France en 1878, sans que les vignerons et scientifiques trouvent rapidement un remède. Ce n'est que fortuitement que l'un des scientifiques, Alexis Millardet, conforta ses recherches déjà avancées à la découverte du remède.. Alexis Millardet, professeur de botanique à la faculté des sciences de Bordeaux, au cours d'une sortie en Médoc en fut étonné de la belle tenue des vignes en bordure de la route, au château Ducru-Beaucaillou à Saint-Julien-Beychevelle (Médoc), chez Nathaniel Johnston.
Il s'ouvrit de cette observation au régisseur du domaine, Ernest David (1845-1932), qui lui apprit qu'en Médoc on avait pris l'habitude de répandre un mélange de sulfate de cuivre et de chaux sur les ceps de vigne en bordure des routes pour dissuader les maraudeurs qui volaient les raisins. Alexis Millardet essayait chez lui des solutions contre le mildiou, sur quelques pieds de vigne, pour en observer le développement. Avec son ami Ulysse Gayon, professeur de chimie à la faculté des sciences de Bordeaux, de nombreuses expériences en laboratoire furent appliquées sur le terrain. Ils eurent l'autorisation de travailler sur les vignes du château Ducru-Beaucaillou à Saint-Julien et du château Dauzac à Labarde, appartenant tous deux au négociant Nathaniel Johnston. Les deux propriétés étaient régies par le même homme, Ernest David, qui les aida à mettre en pratique, dans les deux propriétés de Nathaniel Johnston, les solutions qu'ils voulaient tester. Les mêmes expériences eurent lieu au château Langoa chez Monsieur Barton à Saint-Julien, régi par Monsieur Jouet, ancien élève de l'Institut national agronomique de Paris.
Le mélange cuprique (« bouillie bordelaise ») se situait autour de 3 kg de sulfate de cuivre et d'un tiers de chaux vive dans d'eau. Les expériences de 1883 à 1885 furent concluantes et en 1886, le mildiou était relativement jugulé.
Il est intéressant de signaler que cette découverte fut également faite par les Bourguignons à la même époqueSource : éditions Féret du (Édouard Féret, 1844-1909).
Par la suite, des solutions d'oxychlorures de cuivre, d'hydroxyde de cuivre et d'oxydes cuivreux sont utilisées.
À force d'utiliser du cuivre sur les vignes, il finit par s'accumuler sous les pieds de vigne, dans les sols environnants, et en aval là où il est lessivé par les précipitations. En 2018, une grande étude a fait le point sur cette accumulation dans 25 pays de l'Union européenne. Elle s'est basée sur échantillons de sols prélevés dans ces pays par l'enquête LUCAS sur la couche arable. Elle montre que : dans le sol, la teneur en cuivre provenant de la bouillie bordelaise est corrélée à son usage agricole, mais aussi aux propriétés du sol (pH, texture, carbone organique du sol), au climat, à la géologie ; parmi tous les sols, ceux qui sont sous les vignobles sont les plus pollués par le cuivre (jusqu'à ), mais on en trouve aussi sous les oliveraies () et les vergers (). Cependant, c'est surtout en aval, dans les zones humides qu'on retrouvera ce cuivre, lessivé par les pluies..
Composition et fabrication thumb|Sulfate de cuivre utilisé pour la préparation de la bouillie bordelaise.
La solution est réalisée en mélangeant une solution de sulfate de cuivre(II) pentahydraté () avec de l'hydroxyde de calcium () ou de l'oxyde de calcium (). Le sulfate de cuivre est synthétisé à partir d'acide sulfurique () et d'oxyde de cuivre(II) ().
La composition exacte des bouillies bordelaises est souvent difficile à connaître, notamment quand les mélanges sont faits artisanalement, ou parce que différents sels de sulfates de cuivre sont utilisés ; de plus en France les bouillies bordelaises du commerce contiennent 17 à 50 % de cuivre selon les spécialitésAnatole-Monnier L (2014). Effets de la contamination cuprique des sols viticoles sur la sensibilité de la vigne à un cortège de bio-agresseurs (Doctoral dissertation, Bordeaux).. Elles sont supposées contenir environ 20 % de cuivre (exprimé en cuivre métal).
Par exemple pour 200 litres de bouillie/ha, l'apport est d'environ de sulfate de cuivre, soit () de cuivre métal.
Pour obtenir un meilleur effet mouillant, on y ajoute un tensioactif. Du savon noir naturel peut être utilisé, mais il a des propriétés insecticides pouvant être nocives pour l'environnement.
Elle est souvent vendue sous forme de poudre micronisée mouillable (de couleur bleue), de masse volumique d'environ (± ), à ne pas confondre avec d'autres matières actives biocides à base de cuivre tels que l' () (souvent appelé oxychlorure de cuivre), l'oxyde cuivreux () ou l'hydroxyde de cuivre(I) ().
Principe actif La bouillie bordelaise exerce son effet par le biais des ions de cuivre(II) (Cu2+) du mélange. Ces ions affectent des enzymes dans les spores des champignons (bénéfiques ou parasites) bloquant leur germination.
Lors de sa pulvérisation, une partie des ions cuivres doivent être actifs (sous forme soluble) pour avoir une efficacité curative immédiate. L'autre partie, plus importante, doit être inactive à cet instant pour avoir un effet retardé et plus ou moins long. Dans le cas contraire, si tous les ions étaient solubilisés, la solution pourrait sur le moment brûler les organes végétaux. La libération lente du cuivre permet une rémanence plus importante et évite donc la phytotoxicité sur les plantes..
Mode d'emploi vignette|Bouillie bordelaise préparée dans un pulvérisateur pour la viticulture. Il varie selon le type de plantes traitées.
En jardin potager sur fruits et légumes, il est conseillé de traiter si nécessaire au plus tous les 15 jours (selon le climat), dès la mi-printemps pour la pomme de terre, la tomate, la vigne, et les fraisiers. Il faut veiller à ne pas traiter les fruits eux-mêmes pour éviter un mauvais goût et un risque d'intoxication.
Les traitements sont seulement préventifs, et doivent donc être réalisés avant la pluie. En effet, ils sont partiellement lessivés par une pluie ou une aspersion de 20 à La quantité d'eau tombée en millimètres de hauteur, dans un pluviomètre, selon la formulation du produit. Pratiquement, il faut recommencer le traitement dès qu'il a été lessivé.
Sur rosiers, arbres fruitiers, arbustes à feuillage caduc, on applique parfois un traitement préventif en automne (idéalement juste après la chute des feuilles) ou au tout début du printemps, juste avant l'apparition des premiers bourgeons.
Si l'année ou le contexte sont humides, dans les 2 cas, il est souvent conseillé de renouveler l'opération deux à trois fois (à 15 jours d'intervalle). Ce traitement limitera la formation de champignons nuisibles au printemps. Usage non homologué sur rosier, même si utilisé depuis des décennies (seul le soufre est autorisé pour cette culture).
La bouillie bordelaise ne protège que ce qu'elle couvre. En améliorant l'adhérence du produit en ajoutant un litre de lait écrémé pour de bouillie, on constate une meilleure résistance à la pluie, mais ces protéines peuvent aussi nourrir des champignons ou bactéries. On y préfèrera le savon noir ou, plus efficacement, des mouillants à base d'alcool terpénique (résine de pin) qui augmente la rétention, l'étalement et la résistance aux lessivages. Le savon noir a l'avantage et l'inconvénient de tuer indifféremment nuisibles (altises, pucerons, aleurodes…) et auxiliaires (coccinelles, syrphes…).
Usages thumb|Publicité pour bouillie bordelaise. Elle est ou a été utilisée sur les arbres fruitiers (pêcher, pommier, abricotier, prunier) avant la floraison et après récolte. En oléiculture, le cuivre est utilisé contre l'œil de paon et parfois contre la bactériose et la fumagineLa réduction des doses de cuivre : une nécessité pour l'oléiculture de demain, Infolea 2020, - novembre 2008, AFIDOL. La bouillie bordelaise s'utilise aussi sur la pomme de terre, tomate, vigne, fraisiers, et bien d'autres plantes, pour :
à l'origine, protéger les vignes du mildiou, à la suite des observations faites par des viticulteurs qui traitaient leurs vignes au « vitriol », afin de décourager les voleurs de raisins ; traiter ou limiter certaines maladies cryptogamiques (cloque du pêcher, mildiou, tavelure, chancre…) ; traiter quelques maladies bactériennes (bactérioses…). Certaines personnes utilisent de la bouillie bordelaise dans les toilettes chimiques, pratique signalée dans plusieurs forums de camping-caristes, mais aucune source scientifique ou institutionnelle ne recommande cet usage. Les composés cupriques qu’elle contient sont connus pour être toxiques pour les bactéries des systèmes d’assainissement et peuvent corroder certains matériaux, ce qui en fait un produit inadapté à cet usage.
Pollution, toxicologie Le cuivre est un oligo-élément nécessaire à très faible dose chez les mammifères, mais devient toxique au delà, avec pour l'homme, des effets aigus à partir de 0,3 à 1,4 g/kg de poids corporel (toxicité variant selon les spécialités, le sulfate de cuivre étant le plus toxique) Nagaraj MV, Rao PV, Susaraia S (1985). Copper sulphate poisoning, hemolysis and methaemoglobinemia. J Assoc Physicians India 33:308-309 Patel KC, Kulkarni BS, Acharya VN (1976).Acute renal failure and methaemoglobinaemia due to copper sulphate poisoning. J Postgrad Med 22: 180-184. Chowdhury AK, Ghosh S, & Pal D (1961). Acute copper sulphate poisoning. J Indian Med Assoc, 36: 330-336. Chugh KS, Singhal PC, Sharma BK (1975). Methemoglobinemia in acute copper sulphate poisoning. Ann Int Med 82: 226-227.Chuttani HK, Gupta PS, Gulati S, Gupta DN (1965). Acute copper sulphate poisoning. Am. J. Med. 39: 849-854..La conjonctivite représente 24 % des symptômes recensésLes risques toxicologiques des fongicides (CAP Lyon, MSA). P. Delval (ACTA). 2004. Formation ACTA « Connaissance des Fongicides ». ;
Irritant par contact, les effets les plus douloureux ou impressionnants concernent les yeux, mais ce sont les muqueuses et la peau qui sont les plus couramment touchés (dermites ou eczéma (syndrome) constituent jusqu'à 80 % des cas recensés), devant les problèmes respiratoires et irritations nasales. Pour toutes ces raisons, ce produit est étiqueté « Xi » : produit irritant pour les yeux et par contact avec la peau (irritation oculaire démontrée en laboratoire sur le lapin).