Blaise Pascal, né le à Clairmont (devenu Clermont-Ferrand) en Auvergne et mort le à Paris, est un polymathe : mathématicien, physicien, inventeur, philosophe, moraliste et théologien français.

Enfant précoce, il est éduqué par son père. Les premiers travaux de Pascal concernent les sciences naturelles et appliquées. Il contribue de manière importante à l’étude des fluides et clarifie les concepts de pression et de vide en étendant le travail de Torricelli. Il est l'auteur de textes importants sur la méthode scientifique.

Mathématicien de premier ordre, il crée deux nouveaux champs de recherche majeurs : À , il publie un traité de géométrie projective ; À , il invente la première machine à calculer, la développe, puis présente à ses contemporains sa pascaline achevée ; À , il développe une méthode de résolution du « problème des partis » qui, donnant naissance au cours du au calcul des probabilités, influencera fortement les théories économiques modernes et les sciences sociales.

Après une bouleversante expérience mystique, le , il se consacre essentiellement à la réflexion philosophique et religieuse, sans toutefois renoncer aux travaux scientifiques. Il écrit pendant cette période Les Provinciales, et les Pensées, publiées seulement après sa mort qui survient deux mois après son , après une longue maladie.

Sa pensée marque le point de conjonction entre le pessimisme de saint Augustin et le scepticisme de Montaigne, et présente une conception théologique de l’homme et de sa destinée, souvent jugée tragique. La réflexion politique de Pascal est indissociable d’une interrogation métaphysique sur le tout de l’Homme.

Biographie Jeunesse vignette|Maison de Blaise Pascal à Clermont-Ferrand. L'emplacement actuel correspond au point de rencontre entre la place de la Victoire et la place Edmond-Lemaigre.

Né à Clairmont (actuel Clermont-Ferrand.), en Auvergne, Blaise Pascal est issu d'une famille bourgeoise proche de la noblesse de robe, auvergnate depuis plusieurs générations.. Il est baptisé en l'église Saint-PierreL'église Saint-Pierre de Clermont-Ferrand est démolie en 1797-1798. le .. Il perd sa mère, Antoinette Begon, le , alors qu’il n'a que trois ans.Sa maison natale a été détruite en 1908. Il en reste une photographie..

Son père, Étienne Pascal (1588-1651), très intéressé par les mathématiques, les sciences et les langues anciennes., occupe l’office parlementaire de conseiller du roi. en l'élection de Basse-Auvergne : il est chargé de connaître les contentieux fiscaux entre l’administration royale et les sujets ; en 1624, il achète la charge plus importante de second président à la cour des aides de Montferrand, c’est-à-dire le tribunal qui juge en appel les contentieux fiscaux. Devenu veuf, il décide d'éduquer seul ses enfants. Blaise Pascal a deux sœurs, Jacqueline, née en 1625, et Gilberte, née en 1620, mariée en 1642 à Florin Périer, conseiller à la cour des aides de Clairmont, qui lui survivra.. Le blason familial est d'azur à l'agneau pascal d'argent, la banderole chargée d'une croix de gueulesArmorial de Rietstap, 1861, p. 792.J.-B. Bouillet, Nobiliaire d'Auvergne, tome V, 1851, p. 41...

En 1631, Étienne Pascal quitte sa maison de Clermont et part avec ses enfants à Paris, alors que Blaise n'a encore que huit ans. Il décide d’éduquer lui-même son fils, qui montre des dispositions mentales et intellectuelles extraordinaires. En effet très tôt, Blaise a une capacité immédiate pour les mathématiques et la science, peut-être inspirée par les conversations fréquentes de son père avec les principaux savants de l’époque : Roberval, Marin Mersenne, Girard Desargues, Claude Mydorge, Pierre Gassendi et Descartes.. Malgré son jeune âge, Blaise participe activement aux séances où les membres de l’académie Mersenne soumettent leurs travaux à l'examen de leurs pairs. Le jeune Blaise se trouve donc immédiatement au niveau de la science en train de se faire ; par suite, il n’y aura dans son esprit aucun conflit entre la culture scolaire et les nouvelles façons de penser qu’impliquent la transcription mathématique des lois physiques, le passage d’un cosmos sphérique et limité aux espaces infinis ou indéfinis d’un univers ouvert.

À , il compose un court Traité des sons des corps vibrants et aurait démontré la du livre d’Euclide (concernant la somme des angles d'un triangle)Beaucoup d'anecdotes apocryphes courent sur les talents mathématiques du jeune Pascal. D'après Tallemant des Réaux, il aurait lu « en quelques après-midis » seulement les six premiers livres d'Euclide et commencé à rédiger ses propres démonstrations, ce qui est déjà assez étonnant ; voici cette historiette.. Étienne Pascal réagit en interdisant à son fils toute poursuite de ses études en mathématiques jusqu’à , afin qu’il puisse étudier le latin et le grec. Sainte-Beuve, dans son Port-RoyalPort-Royal, III, ., raconte :

À , en 1635, il commence à travailler seul sur la géométrie. Le travail de Desargues l'intéresse particulièrement et lui inspire, à , un traité sur les sections coniques , qu'il soumet à l'académie Mersenne.. La majeure partie en est perdue mais un résultat essentiel et original en reste sous le nom de théorème de Pascal. Il en découle toute la géométrie projective des indispensable en architecture et en dessin industriel. Le travail de Pascal est si précoce que Descartes, en voyant le manuscrit, croira qu’il est de son père Il dénoncera un plagiat..

Depuis 1635, la France est engagée dans la Guerre de Trente Ans. En 1638, Étienne Pascal, opposé à l’augmentation de la pression fiscale du cardinal de Richelieu, participe à une manifestation au milieu de quatre cents autres rentiers, spoliés comme lui, devant l’hôtel du garde des sceaux, le chancelier Séguier. De peur d’être arrêté, il quitte Paris avec sa famille pour échapper à la Bastille. Jacqueline, sœur de Blaise, est présentée à la reine, Anne d’Autriche, à qui l’on a loué ses talents de poétesse. Elle a ainsi l’occasion, en , de jouer dans une représentation théâtrale devant Richelieu et de lui adresser un compliment bien tourné, en faveur de l’amnistie de son père. Étienne Pascal obtient ainsi sa grâce. En 1639, la famille s’installe à Rouen, seconde ville du royaume, où Étienne est nommé : Étienne Pascal devient ainsi un des plus hauts personnages de cette région, où flambe l’insurrection des Nu-pieds.

À (1641)., Blaise commence le développement de la première machine à calculer capable d’effectuer des additions et des soustractions, afin d’aider son père dans son travail (Copie numérique, sur le site du CNAM)..

thumb|gauche|250px|Un exemplaire de la pascaline, calculant sans sous ni deniers, signé par Pascal, 1642. Musée des Arts et métiers.

Après trois ans de développement et une cinquantaine de prototypes, il présente sa machine à ses contemporains. Il la dénomme machine d’arithmétique, puis roue pascaline et enfin pascaline, et annonce son invention dans une sorte de prospectus publicitaire, le premier connu pour un produit industriel, intitulé : La Machine d’arithmétique, Blaise Pascal, sur Wikisource.. Pascal obtient du chancelier Séguier, en , le privilège royal pour sa machine. Bien que ce soit le tout début du calcul mécanique, la machine est un échec commercial à cause de son coût élevé (). Pascal améliore la conception de la machine pendant encore dix années et en construit une vingtaine d’exemplaires. Plusieurs sont conservés, en France, au Musée des arts et métiers à Paris et au muséum Henri-Lecoq à Clermont-Ferrand.

Pascal est également à l’origine de l’invention de la presse hydraulique, s'appuyant sur le principe qui porte son nom. On lui attribue aussi l’invention de la brouette, ou vinaigrette, et du haquet, véhicule hippomobile conçu pour le transport des marchandises en tonneaux. Ces attributions semblent remonter à la première édition complète des écrits de Pascal due à Charles Bossut, qui, dans l’avertissement, mentionne ces inventions d’après le témoignage de M. Le Roi, de l’Académie royale des sciences, lequel tient ses informations de son père, Julien Le RoiŒuvres de Blaise Pascal, tome 1 (lire en ligne)..

En 1645, d’après deux textes de Jacqueline et trois de Pascal, celui-ci semble avoir eu une déception amoureuse qui faillit lui être fatale. Il décide de ne pas se marier.

alt=Huile sur toile, couleurs dominantes marron et noir, portrait d’un homme de face, portant une coiffe et revêtu d'un manteau bordé de fourrure ; sa main droite est posée sur un livre ouvert où figure son nom|vignette|242x242px|Cornelius Jansen, évêque d’Ypres, auteur de l’Augustinus. (vers 1636-1638).

En 1646, le père de Pascal s’est démis la cuisse en tombant sur la glace. Il est soigné par deux médecins jansénistes, les frères Deschamps, qui ont été anoblis sous les noms de La Bouteillerie et Des Landes ; ils sont les disciples de Jean Duvergier de Hauranne, abbé de Saint-Cyran, qui introduisit le jansénisme en France. Blaise parle fréquemment avec eux durant les trois mois du traitement de son père, il leur emprunte des livres d’auteurs jansénistes, enthousiasmé en particulier par le Discours de la réformation de l'homme intérieur. écrit par Cornelius Jansen en 1628, dont il ressort si vivement marqué qu'il communique son admiration à ses proches, certains affirmant donc que ce fut là le début de sa « première conversion ». Certes, il est fortement marqué par leur témoignage et communique sa ferveur à ses proches ; Jacqueline, jusqu’alors écartelée entre l’amour de Dieu et le monde où elle brille, veut devenir religieuse. Cependant, ce n’est pas une conversion à proprement parler ; selon le mot de Jacqueline c’est un progrès, d’une religion vécue dans la tiédeur à une religion vécue dans la ferveur. Au témoignage de sa sœur Gilberte, il n’est question ni de jansénisme, ni de Port-Royal : ce n’est pas à la doctrine de l’Augustinus que se convertit la famille Pascal, mais à la spiritualité de l’abbé de Saint-Cyran. Durant cette période, Pascal commence à écrire sur des sujets théologiques. Toute sa famille se met à « goûter Dieu » avec lui.

Dès sa dix-huitième année, Pascal souffre d’une mystérieuse maladie neurologique qui le laisse rarement un jour sans souffrance.. En 1647, une attaque de paralysie l’atteint au point qu’il ne peut plus se mouvoir sans béquilles. Il a de violentes migraines, des maux de ventre, ses jambes et ses pieds sont continuellement froids et demandent des soins pour activer la circulation sanguine ; il porte des bas trempés dans de l’eau-de-vie pour se réchauffer les pieds. En partie pour avoir de meilleurs traitements médicaux, il se rend à Paris avec sa sœur Jacqueline.

Période mondaine (1647-1654) C’est pour faire diversion aux souffrances de sa maladie que Pascal se met à fréquenter le monde. Depuis 1648, la Fronde parlementaire réclame la suppression des intendants et la fin des tailles, dîmes et gabelles ; les émeutes grondent dans les rues de Paris. Étienne Pascal perd alors son poste et rentre à Paris. Pour réduire ses dépenses, il déménage en et s’installe avec Blaise et Jacqueline rue de TouraineActuellement, n°13 rue de Saintonge., avant de trouver refuge chez Gilberte, à Clermont. Durant l’année 1650, Blaise Pascal travaille à ses traités sur le vide et refait l’expérience de Roberval. Attiré par les controverses, il veut prouver l'existence du vide. S’opposant, de façon moderne, aux aristotéliciens, il choque vivement tous ceux qui croyaient que la nature avait « horreur du vide », selon l’antique adage. Les expériences sur le vide, à la suite des travaux de Torricelli, l'occupent pleinement. De 1646 à 1654, il multiplie les expérimentations avec toutes sortes d’instruments. L’une d’entre elles, en 1648, lui permet de confirmer la réalité du vide et de la pression atmosphérique et d’établir la théorie générale de l’équilibre des liquides.